Les Randos de Fred & Paul

Etape 10 : Rotheux-Rimière → Hautgné (22 km) réalisée en août 2013

Il est 9h lorsque nous commençons cette étape qui sera bien différente de la fin de la précédente. Hier, entre les villages de St-Séverin et de Rotheux, nous avons circulé sur des chemins asphaltés, plats et rectilignes, au milieu des champs ; aujourd’hui, par contre, nous marcherons souvent sur des sentiers dans les bois et le relief sera nettement plus vallonné !

Après être passés à côté du cimetière, nous prenons un sentier le long d’une clôture entre une prairie et le Bois de la Porte. Nous suivons ici les marques d’un balisage « inter-hameaux » réalisé par la commune de Neupré avec l’aide d’un groupement œuvrant pour l’entretien et la réhabilitation d’anciens sentiers.

Le GR 575-576 passe dans le hameau de La Salle puis, longe une ferme avant de prendre un chemin de terre serpentant vers le fond de la vallée. Au niveau de la N638, que nous traversons, nous sommes 100 mètres plus bas qu’au début de la randonnée à Rotheux mais, il nous faut à présent remonter à la même altitude sur l’autre versant. Cette ascension se fait par un chemin parallèle à la route qui prend lentement de la hauteur. En amorçant une large courbe, le chemin pénètre dans le Bois de la Chapelle et poursuit sa longue montée vers le sommet.

GR 575-576 entre Rotheux et Esneux, Bois de la Chapelle

Nous sommes ici tout près du hameau de Houte Si Plou. En Belgique francophone, ce nom sert de réponse évasive et moqueuse à toutes sortes de questions indiscrètes. Pour beaucoup de personnes, il s'agit d'un endroit « reculé », au sens propre et au sens figuré, peuplé d'habitants incultes et illettrés. Pourtant, plusieurs lieux portent effectivement ce nom. L'expression « Hoûte-s'i-Ploût » : écoute s'il pleut, se rapporterait à l'utilisation des moulins à eau. Il s'agissait d'une moquerie à l'attention du meunier attendant la pluie, et le débit d'eau suffisant en résultant, pour se mettre à l'ouvrage.

Le 15 décembre 1965, les étudiants et les professeurs de la section francophone de l'Université Catholique de Louvain, un peu avant le « Walen buiten » du CVP (parti démocrate-chrétien flamand), cherchent un terrain pour implanter la nouvelle Université. Par dérision et pour montrer à l'opinion publique l'aberration d'une telle décision, ils décident d'installer le nouveau campus francophone à Houte-si-Plou !

GR 575-576 : Houte-si-Plou

Au sommet, nous quittons la forêt en nous dirigeant vers le hameau de Lagrange, sur un sentier herbeux. Nous retrouvons cependant bien vite les bois et entamons la longue descente vers Esneux. À l’entrée du Parc du Mary, au niveau de deux étangs, le GR 575-576 rejoint le GR 57 : Sentiers de l’Ourthe et fera parcours commun avec celui-ci pendant deux kilomètres. Ce sentier de grande randonnée, créé en 1966, remonte, au départ de Liège, le cours de cette rivière jusqu’au barrage de Nisramont. Il se divise ensuite en deux branches : une qui suit le cours de l’Ourthe occidentale jusqu’à Libramont ; une autre qui remonte le cours de l’Ourthe orientale vers Gouvy et se poursuit jusqu’à Diekirch, au Grand-Duché de Luxembourg.

GR 575-576 : Esneux, parc du Mary

À la sortie du Parc du Mary, nous suivons la N638 sur 600 mètres et laissons la ville d’Esneux sur notre droite. Nous empruntons ensuite un chemin qui devient un sentier serpentant entre des haies. Le tracé rouge et blanc franchit un tourniquet et se rapproche de l’Ourthe qu'il longe sur 2,5 km.

GR 575-576 entre Esneux et Fêchereux, boucle de l'Ourthe

L'Ourthe est issue de la confluence de l'Ourthe orientale (dont la source se situe près du village d'Ourthe sur la commune de Gouvy) et de l'Ourthe occidentale (qui prend sa source près du village d'Ourt sur la commune de Libramont Chevigny). Après avoir traversé Houffalize, l'Ourthe orientale reçoit sur sa gauche son homonyme occidentale au pied du village d'Engreux. Elle est retenue par le barrage de Nisramont.

On distingue généralement deux parties dans le cours commun : la Haute-Ourthe jusqu'à La Roche en Ardenne, et en aval la Basse-Ourthe confluant avec la Meuse à Liège. La Basse-Ourthe, parfois appelée Ourthe Moyenne, arrose Hotton, Durbuy, Barvaux, Bomal puis, dans la province de Liège, Hamoir, Comblain-au-Pont, Esneux et Chênée avant d'atteindre la Meuse, via la Dérivation.

Nous arrivons à la ferme équestre de Rosière, ancienne demeure des moines qui fondèrent l'abbaye du Val-St-Lambert, et abandonnons le GR 57, qui grimpe vers la Roche aux Faucons, tandis que le GR 575-576 continue, au bord de la rivière, sur un étroit sentier au milieu d’une végétation luxuriante. Le passage s’avère un peu difficile par moment à cause de troncs d’arbres obstruant le chemin.

GR 575-576 entre Esneux et Fêchereux, boucle de l'Ourthe GR 575-576 entre Esneux et Fêchereux, boucle de l'Ourthe

Après ce beau tronçon, nous atteignons le hameau de Fêchereux dont le nom se réfère au wallon fètchîre, qui désigne un lieu où poussent les fougères ; ces plantes étaient autrefois utilisées comme litière pour le bétail. Construit à hauteur suffisante pour être à l’abri des crues de l’Ourthe, Fêchereux était étroitement lié au hameau voisin d’Avister, distant de 500 mètres à vol d’oiseau, où nous passerons tout à l’heure. Avant la construction, en 1894, de la rue de Fêchereux, le hameau n’était accessible que par le petit chemin d’Avister ou par l’Ourthe. La rivière était en effet navigable et Fêchereux devint un relais de batellerie.

Par ce petit hameau passait en outre une voie de communication reliant l’Ardenne et le Condroz à la Hesbaye. Les voyageurs traversaient l’Ourthe à gué, directement dans le lit de la rivière, car à cet endroit, le niveau de l’eau était bas. En fait, le passage était double. Le gué d’amont, emprunté dans le sens Ardenne - Condroz vers la Hesbaye, partait de la rive droite, pour aboutir à Fêchereux. Le gué d’aval, situé à environ 600 mètres en aval du gué d’amont, assurait le passage dans l’autre sens. Cette disposition en V devait permettre aux piétons, bétail, animaux de bât et charrettes de passer en oblique vers l’aval en profitant chaque fois de la poussée du courant. La traversée n’était pas toujours une partie du plaisir, surtout pour les attelages.

Les petites îles fluviales, qui facilitaient le passage à gué mais aggravaient les crues et provoquaient des rapides gênants pour la navigation, ont disparu pour la plupart, lors du second projet de construction du canal de l’Ourthe (1846 - 1857).

GR 575-576: Fêchereux, boucle de l'Ourthe

Après la pause de midi, nous grimpons vers Avister (70 mètres plus haut) par un chemin rocailleux et escarpé ; celui-ci menait à l’ancienne voie de Tongres et, de là, vers la Hesbaye. Empierré pour ralentir l’érosion et retenir les sabots des chevaux, le chemin creux a été excavé au long des siècles par le passage des charrettes et le ruissellement des eaux.

GR 575-576 entre Fêchereux et Avister : Chéra de Fêchereux

Comme de bien entendu, à peine sommes-nous arrivés au sommet que le tracé rouge et blanc redescend vers le village de Méry, au bord de l’Ourthe. Nous circulons d’abord sur un large chemin herbeux avant de poursuivre la descente dans le bois. Nous passons dans un quartier résidentiel avec de belles villas des années 1900 – 1930 puis, nous traversons la ligne de chemin de fer et le pont sur l’Ourthe.

GR 575-576: L'Ourthe à Méry (Esneux)

L’histoire de Méry est intimement liée à celle de la batellerie locale, mais aussi à celle de l’exploitation du minerai de fer. C’était une des principales marchandises transportées par voie fluviale. Le trafic sur l’Ourthe, d’une importance difficilement imaginable aujourd’hui, assurait la liaison économique avec Liège en permettant le transport d’une masse considérable de marchandises. À la descente, on trouve des produits locaux comme le minerai de fer, le charbon de bois, le bois, les matériaux de construction ; à la remontée de Liège vers les villages bordant l’Ourthe, on peut citer les denrées alimentaires, les vêtements, des marchandises diverses. La concurrence du chemin de fer a eu raison de ce mode de transport au cours du XIXe siècle.

Nous traversons la N633 et grimpons (une fois de plus !) dans la rue des Heids, à droite de l’église. Cette longue grimpette nous fait passer de 95 à 245 mètres d’altitude. Le GR 575-576 emprunte d’abord un petit chemin caillouteux puis, un étroit sentier à travers la forêt. L’itinéraire arrive sur les hauteurs de Beaufays et parcourt un quartier de belles bâtisses.

GR 575-576: église de Méry (Esneux) GR 575-576 entre Méry et Hayen

Un peu avant d’atteindre l’autoroute E25, nous descendons à droite dans la rue Au Clos Colas. Après une barrière métallique, le GR 575-576 continue sur un sentier à travers le bois de feuillus. Nous franchissons à gué le ruisseau du Gobry. Ce cours d'eau de 5 km prend sa source au sud-est de Beaufays à une altitude de 273 mètres. Dès sa source, il marque la limite entre les communes de Chaudfontaine et de Sprimont. En se dirigeant vers l'ouest, le ry de Gobry pénètre en milieu boisé et sa vallée devient encaissée. Le ruisseau se jette dans l'Ourthe à une altitude de 80 mètres.

GR 575-576 entre Méry et Hayen GR 575-576 entre Méry et Hayen, ruisseau du Gobry

A la sortie du bois, nous nous dirigeons vers Hayen que nous découvrons même si le tracé rouge et blanc n’y passe pas. Ce hameau, avec ses fermettes restaurées, a beaucoup de charme.

GR 575-576 : Hameau de Hayen GR 575-576: Hameau de Hayen, calvaire

Le parcours continue sur un chemin de terre entre les prairies suivi d’un chemin creux bordé d’arbres. Nous traversons la N674 et poursuivons en face vers Hautgné où nous finissons cette étape, un peu avant 16h.

GR 575-576 entre Hayen et Hautgné