Les Randos de Fred & Paul

Etape 12 : Deigné → Bernardfagne (23 km) réalisée en août 2013

C’est sous un ciel fort nuageux que débute cette nouvelle étape qui s’annonce très vallonnée : 705 mètres de montée, 610 de descente ! Nous quittons le village de Deigné par un chemin herbeux qui laisse rapidement place à une petite route asphaltée.

Même si le GR 575-576 n’y passe pas, nous entendons le bruit des haut-parleurs du Safari parc « Monde sauvage » d’Aywaille, tout proche. Après avoir longé un manège, nous montons par un chemin de terre dans la forêt de feuillus. À l’orée, nous prenons le chemin pierreux de droite qui, s’enfonçant dans la forêt, amorce une descente d’un kilomètre. Arrivés près d’une prairie, nous remontons, par un chemin de terre, tout ce que nous venons de descendre.

GR 575-576 entre Deigné et la Porallée

Nous cheminons entre les prairies jusqu’à l’orée d’un bois de résineux. Là, nous poursuivons l’ascension le long du bois sur la Voie de la Porallée : une large allée rectiligne d’environ 7 km, jalonnée d’anciennes bornes, qui était la frontière orientale d’un territoire dénommé Porallée. Ce chemin marque aujourd'hui la limite communale entre Aywaille et Theux.

Située le long de la vallée de l'Amblève, la Porallée faisait partie des duchés de Limbourg et de Luxembourg. Dans la Porallée « pour aller », les habitants pouvaient aller et venir à leur gré d'un duché à l'autre sans payer de taxe ni de dîme. Dans cette zone franche, ils avaient la possibilité de cultiver un champ, de mettre du bétail en pâture, de prélever du bois de chauffage et de pêcher dans l'Amblève. Toutefois, il leur était interdit d’y bâtir ou d'y ériger une construction.

GR 575-576 : borne La Porallée

Arrivés à 327 mètres, nous descendons pendant un peu plus de 2 km, un sentier parallèle au ruisseau de Gervova, jusqu’à l’altitude de 171 mètres. Après avoir longé une carrière, nous retrouvons brièvement l’asphalte. Bien entendu, le tracé rouge et blanc, à peine arrivé en bas, tourne à gauche et nous fait remonter à 229 mètres d'altitude ! Cette grimpette s’effectue par un sentier à flanc de colline. Juste avant d’entrer dans le bois, nous franchissons un portillon et nous nous retrouvons dans une prairie, au milieu d’un troupeau de vaches.

GR 575-576 entre la Porallée et Remouchamps GR 575-576 entre la Porallée et Remouchamps

À la sortie de la prairie, nous partons sur un chemin empierré en direction du viaduc de Sécheval, sur l’autoroute E25, sous lequel nous passons. Ce viaduc, d’une hauteur de 67 mètres, permet aux automobilistes de franchir le ruisseau de Gervova ainsi que la N666. Par un sentier, assez raide par endroit, nous descendons vers Remouchamps.

GR 575-576 entre la Porallée et Remouchamps, viaduc de Sécheval

Au niveau d’une petite chapelle, à l’entrée de Remouchamps, le GR 575-576 rencontre les GR 15 (Monschau – Martelange) et GR 571 : Vallées des Légendes avec qu’il fera parcours commun pendant environ 400 mètres.

Jonction des GR 575-576, GR 15 et GR 571

Nous traversons la N666, face aux grottes de Remouchamps. Ces grottes, qui servirent d’abri aux chasseurs du paléolithique il y a 8000 ans, ont été découvertes en 1828 et sont visitées depuis 1912. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elles ont servi de refuge aux Remoucastriens.

Les grottes se sont formées dans le calcaire il y a plus d'un million d'années par la présence d'une rivière souterraine, le Rubicon. Cette petite rivière provient du vallon des Chantoirs, entre Louveigné et Deigné, où elle s'engouffre sous terre pour ne réapparaître que quelques mètres avant son confluent avec l'Amblève.

GR 575-576 : grottes de Remouchamps

A l’intérieur des grottes (visitées après l’étape) on découvre successivement, au fil d'un parcours pédestre de 800 mètres : la galerie du précipice qui est la salle d'entrée, la salle des ruines et son bloc suspendu d'une quarantaine de tonnes, la grande draperie d'une hauteur de 7 mètres formée par l'eau de pluie se transformant en dépôts cristallins, la salle de la Vierge et sa stalagmite, la grande galerie et enfin la cathédrale, haute de 40 mètres et profonde de 100 mètres.

GR 575-576 : grottes de Remouchamps

Par une arche naturelle, on accède à la rivière où la visite se poursuit en barque à fond plat. Au milieu du Rubicon, se dresse le palmier, étrange et magnifique colonne formée par la jonction d'une stalactite et d'une stalagmite. La navigation est tranquille mais le plafond s'abaisse par endroits. Par un ancien siphon agrandi, on accède au débarcadère au terme d'une navigation souterraine de 700 mètres, soit la plus longue au monde.

Juste à côté des grottes se trouve le local du fan club de Philippe Gilbert. Ce cycliste, né en 1982, est originaire de Remouchamps. En 2011, il a notamment gagné la Flèche wallonne et Liège - Bastogne - Liège ; l’année suivante, il remporte le championnat du monde sur route.

GR 575-576 : Remouchamps, fan club Philippe Gilbert

Nous poursuivons le long de l’Amblève avant de traverser la rivière puis, la N633. L’Amblève (en allemand Amel) prend sa source aux confins du parc naturel des Hautes Fagnes - Eifel, à une altitude d’environ 600 mètres. Après 93 km, elle se jette dans l’Ourthe à proximité de Comblain-au-Pont. Le nom germain signifierait « rivière des aulnes » (ambla = « aulne » et ah va = « eau »). Ses principaux affluents sont la Warche, l’Eau Rouge, la Salm et la Lienne.

GR 575-576 : Remouchamps, l'Amblève

Le parcours monte en pente régulière, par une petite route, vers Hénumont. Après la traversée du hameau, la montée se poursuit sur un chemin de terre entre des prairies puis, au milieu des bois. Le sol est constitué de schiste ferreux ce qui explique sa teinte rougeâtre. Le GR 575-576 descend en direction du hameau de Kin puis remonte vers un autre hameau : Stoqueu. C’est à l’entrée de ce dernier que nous retrouvons le GR 15 (déjà croisé à Remouchamps) avec qui nous resterons pendant six kilomètres, jusqu’à Harzé.

GR 575-576 entre Remouchamps et Kin Jonction des GR 575-576 et GR 15

À la sortie de Stoqueu, l’ascension continue d’abord à travers champs puis dans le bois de Winhistè, jusqu’à atteindre le point culminant de cette étape à 360 mètres d’altitude. Nous nous rapprochons progressivement de l’autoroute E25 mais le balisage bifurque juste avant de la rejoindre, le long d’une prairie.

GR 575-576 entre Stoqueu et Harzé GR 575-576 entre Stoqueu et Harzé

Peu à peu, le parcours s’éloigne du bruit de l’autoroute pour entamer la descente, sur un sentier de terre et de cailloux, dans le bois de Winhistè à nouveau. Passage par le hameau de Pavillonchamps avant de s’engager sur un sentier, le long d’un pré, nous menant à l’entrée de Harzé.

C'est à l'époque féodale que Harzé apparaît dans l'histoire. Un acte de l'abbaye de Stavelot daté de l'an 890 en fait alors état. C'est probablement à ce moment qu'un seigneur établit un ouvrage défensif sur un éperon dominant la vallée du Wayai et faisant face aux plaines de Pironboeuf pour se protéger contre les envahisseurs. La seigneurie de Harzé fait partie du duché de Luxembourg et relève du comté de Montaigu-en-Ardenne. Elle verra se succéder une dizaine de dynasties à sa tête.

Si les origines d'un château remontent probablement au IXe ou Xe siècle, l'édifice actuel est l'œuvre du comte Ernest de Suys de Lynden qui fit aménager, dans les années 1632 à 1645, l'ancien fenil transformé en une vaste salle des comtes. Ses armoiries, ainsi que celles de son épouse, surmontent le porche d'entrée donnant accès à la grande cour du château.

GR 575-576 : château de Harzé

La façade du château, restaurée entre 1909 et 1924, constitue un exemple remarquable du style Renaissance mosane, avec ses arcades en plein cintre sur colonnes toscanes et ses fenêtres à triples meneaux. Pendant la Seconde Guerre mondiale, lors de la bataille des Ardennes, le château fut réquisitionné par l'armée américaine qui y installa un état-major dirigé par le général Matthew Ridgway. Ce dernier y reçut le Field Marshall Bernard Montgomery le 24 décembre 1944 et le général Dwight Eisenhower le 28 décembre 1944. Une plaque commémorative placée dans le porche d'entrée relate ces événements.

GR 575-576 : château de Harzé

Propriété de la province de Liège depuis 1973, le château est devenu un centre de séminaires résidentiels, de réception de mariage et d'hébergement. Ses anciennes dépendances abritent le musée de la Meunerie et de la Boulangerie. Le dernier week-end d'août, le site du château accueille la fête du fromage.

Une averse nous oblige à effectuer une pause à proximité de l’église mais heureusement, celle-ci sera de courte durée et nous pourrons effectuer les cinq derniers kilomètres au sec ! Nous suivons la N30 sur 200 mètres puis, tournons à gauche pour monter sur un sentier herbeux.

GR 575-576 entre Harzé et Bernardfagne

Au lieu-dit « Campagne de Betnay », nous poursuivons sur une petite route avant d’emprunter un chemin de terre pénétrant dans un bois de conifères. Après cette ascension, nous amenant 110 mètres plus haut qu’à Harzé, nous continuons dans le bois, en légère descente, vers la ferme de Pironboeuf.

GR 575-576 entre Harzé et Bernardfagne

Le tracé rouge et blanc, après cette ferme, se remet à grimper dans un chemin raviné en direction de la chapelle St-Roch. Celle-ci a été érigée, à l'altitude de 346 mètres, le long de l'ancienne Voie de Liège. Trois tilleuls l'entourent et l'un d'eux sert d'appui à un antique crucifix. C'était, au milieu de fagnes aujourd'hui partiellement boisées, une étape pour les pèlerins se rendant à Bernardfagne.

GR 575-576 : Bernardfagne, chapelle St-Roch

Un chemin empierré nous amène à une petite route suivie sur une centaine de mètres. Nous prenons un chemin, parallèle à la route, qui est en fait l’assise de l’ancien vicinal reliant Manhay à Comblain-la-Tour ; celui-ci a circulé de 1909 à 1948 pour les voyageurs, 1959 pour le trafic des marchandises. Nous passons à côté d'une aire de pique-nique se trouvant à l’emplacement de l’ancienne gare de Xhoris - St-Roch. Nous retrouvons, un peu plus loin, la route asphaltée qui nous amène devant le collège St-Roch, au hameau de Bernardfagne, où se termine cette étape.

Bernardfagne a une longue histoire. St-Remacle y aurait, au VIIe siècle, béni les sources. Sur un document de 1159, on peut lire la confirmation de l'existence d'un ermitage, placé sous la règle de St-Benoît, qui a pour mission d'accueillir et de protéger les pèlerins. Très vite, l'ermitage prend le nom de « Bernardfagne » qui désigne cette terre fangeuse (boueuse) placée probablement, à l'origine, sous la protection de St-Bernard.

Au XIIIe siècle, un monastère bénédictin remplace l’ermitage lui-même ensuite transformé en prieuré, en 1520. Fin XVIIe, début XVIIIe, à la faveur d'une gestion très zélée du patrimoine, les bâtiments prennent progressivement l'aspect remarquable qui les caractérise encore de nos jours : le porche monumental (1716) puis, au fond de la cour d'honneur, la salle du chapitre, le cloître et la cuisine du monastère.

GR 575-576 : Bernardfagne, collège St-Roch

Ensuite le ciel s'assombrit, c'est la période révolutionnaire : en 1794, les moines quittent Bernardfagne où le culte est interdit ; bâtiments et biens sont confisqués... En 1820, l'évêché loue puis rachète les lieux pour y créer un petit séminaire. En 1825, l'établissement est fermé par un arrêté du roi Guillaume de Hollande ; en 1837, il est à nouveau ouvert et les classes se reconstituent progressivement. En 1853, le petit séminaire (devenu collège par la suite) est rétabli et depuis, sans discontinuer, il a poursuivi sa mission d'éducation et d'enseignement.