Les Randos de Fred & Paul

Etape 2 : Nismes → Treignes (17 km) réalisée en juin 2018

Tout comme hier, il est environ 9h30 lorsque l’autobus dépose notre groupe d’une trentaine de randonneurs au point de départ. Si cette étape compte dix kilomètres de moins que la précédente, elle ne sera pas pour autant plus aisée car le relief est plus accidenté ! Aujourd’hui, nous évoluerons uniquement dans la commune de Viroinval. Ce nom ne désigne pas une localité mais est une variante de « vallée du Viroin », la rivière la plus importante de la commune. Quelques mots sur Nismes avant de débuter cette étape...

Agrippé au flanc d’une butte dominant le village, un château a été bâti, en 1148, par Henri II de Leez (prince-évêque de Liège). La chapelle castrale fortifiée a servi d'église paroissiale durant tout le Moyen-âge. Le château et sa chapelle sont détruits en 1554, par les troupes françaises, lors des guerres de Charles Quint. Reconstruite en 1606, l'église paroissiale St-Lambert et son cimetière fortifié occupent le site jusqu'en 1845, moment où l'église est désaffectée au profit de la nouvelle église St-Lambert édifiée, en 1829 - 1830, plus bas face au pont et à la rivière.

GRP 125 : Nismes, église St-Lambert

Le site des ruines du château-fort et de l'ancienne église paroissiale (démolie en 1890) prend plus ou moins la forme d'un quadrilatère. Il ne reste de l'ancien château-fort qu'une tour située à l'angle nord-ouest de ce quadrilatère ainsi qu'une portion de muraille ancrée sur le rocher le long de la rue St-Antoine.

Non loin de là, on peut admirer la « Maison des Baillis ». Le premier édifice construit à cet endroit, comme résidence des baillis de la châtellenie de Couvin, a probablement été construit vers 1408 pour le premier bailli, Jehan d'Avignon. Les baillis étaient, sous l'Ancien Régime, les officiers de justice, délégués du prince-évêque et détenteurs de l'argent des impôts. Le bâtiment actuel a été édifié à la fin du XVIe ou au début du XVIIe siècle.

GRP 125 : Nismes, maison des Baillis

Nous quittons Nismes (157 mètres d’altitude) en empruntant, dans la rue des Juifs, un escalier. La montée se poursuit sur un petit sentier passant à l’arrière de jardins puis, dans un bois. Nous descendons ensuite la rue Orgeveau et, alors que le tracé jaune et rouge semble regagner Nismes, nous obliquons à gauche dans un étroit sentier se faufilant entre deux clôtures. Nous grimpons à nouveau, à travers bois, et atteignons ainsi, 400 mètres plus loin, le site du « Fondry des Chiens ».

GRP 125 entre Nismes et le Fondry des Chiens

Les fondrys ou abannets sont des phénomènes naturels modifiés par l’homme. L’origine la plus fréquemment acceptée pour le terme « fondry » est : un lieu effondré, fondrière, et pour « abannet »  : un lieu à bannir, c’est-à-dire à interdire, plus particulièrement au bétail, à cause du danger de chute qu’il présente. Mais cette dernière interprétation est contestée et on lui prête aussi le sens de « lieu d’où les activités traditionnelles de fagotage et de pâturage auraient été bannies »... afin de permettre la régénération de la forêt.

GRP 125 : Fondry des Chiens

Ces larges cavités, disséminées à la surface du plateau calcaire, sont d’origines diverses mais la plupart ont vraisemblablement été creusées par des eaux d’infiltration lorsque, au Tertiaire, la région connaissait un climat tropical. Elles étaient alors recouvertes d’un sable riche en composés ferrugineux et, ce métal, entrainé par les eaux d’infiltration qui ont creusé les cavités, s’est retrouvé au fond sous forme de minerai de fer. Ces gisements, qui remplissaient à l’origine les abannets et fondrys, étaient déjà exploités à l’époque celtique, ce qui explique que la région soit traditionnellement le siège d’exploitations métallurgiques et que ces cavités se retrouvent vides aujourd’hui.

Si certaines personnes du groupe descendent explorer le fond du gouffre, d’une vingtaine de mètres de profondeur, nous préférons admirer ce très beau site, unique en Belgique, d’en haut. Nous contournons le « Fondry des Chiens » et descendons, par des chemins herbeux, vers la N99.

GRP 125 : Fondry des Chiens

Nous progressons, pendant 300 mètres, au bord de cette grand-route et abordons ensuite une longue ascension, de 194 à 300 mètres d’altitude. Celle-ci commence dans la rue de Regniessart et se poursuit au milieu des bois. Au sommet, nous tournons à gauche et descendons, d’une trentaine de mètres, pour traverser un petit ruisseau. De l’autre côté de ce dernier, nous grimpons vers le point culminant de l’étape situé à 327 mètres d’altitude.

GRP 125 entre le Fondry des Chiens et Olloy-sur-Viroin

Après une petite pause boisson, nous reprenons ce parcours sur de larges chemins forestiers, durant 750 mètres. Le tracé jaune et rouge oblique vers la gauche et amorce sa descente vers Olloy-sur-Viroin (140 mètres d’altitude). Pour atteindre ce village, nous longeons d’abord le vallon du ruisseau Damier Ri et prenons ensuite, pendant 1,5 km, un large chemin empierré quasi rectiligne.

GRP 125 entre le Fondry des Chiens et Olloy-sur-Viroin

Vers 12h30, nous arrivons à Olloy-sur-viroin où nous effectuons la pause pique-nique à la terrasse du café « Chez Raoul ». Au centre du village, nous découvrons un buste et une fontaine évoquant Joseph Chot. Cet écrivain, né en 1871, est l'auteur de nombreux romans et recueils inspirés, pour la plupart, de l'histoire locale. La lecture de ces œuvres nous apporte de nombreuses informations sur les légendes, traditions et événements historiques de l'ensemble des villages des vallées du Viroin, de l'Hermeton et de la Haute Meuse.

GRP 125 : Olloy-sur-Viroin, Joseph Chot

Un panneau nous informe que nous croisons ici le tracé du GR 12 (Amsterdam - Bruxelles - Paris).

Olloy-sur-Viroin : jonction des GRP 125 et GR 12

Avant de reprendre la randonnée, nous voyons passer un autorail du « Chemin de fer à vapeur des 3 vallées » (CFV3V). Dès 1835, le gouvernement belge étudie la possibilité de doter la région de l’Entre-Sambre-et-Meuse d’un chemin de fer. En réalité, la région vallonnée et boisée à souhait était riche de minerai de fer, de carrières, d’ardoisières, de scieries et d’industries sidérurgiques. Une ligne de chemin de fer permettait de transporter ces différents produits vers Charleroi.

La ligne Mariembourg - Vireux, qui porte le numéro 132 dans les archives de la SNCB, est inaugurée en juin 1854 et exploitée jusqu’en septembre 1963 en service voyageurs. Le transport des marchandises, qui a subsisté sur le tronçon Mariembourg - Nismes, est quant à lui totalement supprimé en octobre 1977. Entre Mariembourg et Treignes, le train parcourt les vallées de la Brouffe, de l’Eau Blanche, de l’Eau Noire et du Viroin ; le nom retenu de « 3 vallées » est lié aux trois dernières rivières citées. Le chemin de fer traverse successivement les villages de Nismes, Olloy-sur-Viroin, Vierves et Treignes. Depuis 1973, une poignée d’amoureux du chemin de fer à vapeur fait revivre ce moyen de transport disparu de la scène quotidienne sur cette ligne, à voie normale, de 14 km.

GRP 125 : chemin de fer à vapeur des 3 vallés

Nous nous dirigeons vers Vierves, distant de 3,5 km, en suivant un agréable chemin forestier. Celui-ci surplombe le Viroin, cette rivière qui naît près de Dourbes de la fusion de l'Eau Noire venant de Couvin et Nismes et de l'Eau Blanche qui vient de Chimay et Mariembourg. Le Viroin se jette dans la Meuse, après 22 km, à Vireux-Molhain, en France. Après avoir brièvement longé la ligne du CFV3V, le tracé jaune et rouge atteint la rue de la Chapelle à l’entrée de Vierves (134 mètres d’altitude).. Nous traversons successivement la ligne de train et le Viroin et montons vers le centre de ce village qui fait partie des « Plus beaux villages de Wallonie ».

GRP 125 entre Olloy-sur-Viroin et Vierves GRP 125 entre Olloy-sur-Viroin et Vierves

À l’origine, le site primitif de Vierves est un éperon rocheux surplombant le Viroin. L’endroit est stratégique car la position dominante protège des assaillants et permet de contrôler le passage dans la vallée. Les premiers seigneurs de Vierves y construisent un donjon médiéval, probablement au XIVe siècle. Certains vestiges de cette époque sont encore visibles comme la base de certaines tours ainsi que la muraille et la tour des sorcières (grosse tour carrée située à droite de l’entrée). Cette dernière doit son nom aux tristement célèbres procès de sorcières qui endeuillèrent l’histoire de Vierves aux XVIe et XVIIe siècles.

Au cours de la période allant du bas Moyen-âge aux Temps Modernes, ces seigneurs deviennent de plus en plus puissants et l’ensemble de leurs possessions forme finalement une « baronnie » placée sous l’autorité des comtes de Hamal, maîtres des lieux entre 1567 et 1852. Aux XVe, XVIe et XVIIe siècles, le château-fort à caractère défensif se transforme quelque peu en demeure féodale de plaisance. La haute tour carrée en briques , dite tour d’Attila, peut être datée du XVIIe siècle. Bien que le château ne soit pas ouvert au public, on peut le découvrir sous différentes perspectives en parcourant le village et les points de vue situés de part et d’autre du Viroin.

GRP 125 : château de Vierves GRP 125 : château de Vierves

En face du porche d’entrée du château, sur la place servant régulièrement comme terrain de balle pelote, se dresse l'église des Sts-Rufin et Valère (1788). Rufin et Valère étaient deux fonctionnaires romains qui dirigeaient les greniers impériaux de la région de Soissons. Convertis au christianisme, ils évangélisaient les voyageurs, les paysans et ceux qui venaient s’approvisionner en grains.

Nous traversons le centre de la localité et la quittons en prenant un sentier grimpant fortement (la côte la plus difficile de l’étape). Plus haut, notre effort est récompensé par un très beau point de vue sur Vierves. Nous nous trouvons au Mémorial 14 - 18. Durant la Première Guerre mondiale, une batterie allemande était constituée de 4 canons et de 8 chariots portant chacun 58 charges. Les canons de Vierves peuvent être les vestiges d’une batterie de ce type abandonnés lors de la débâcle allemande.

GRP 125 : vue sur Vierves GRP 125 entre Vierves et Treignes

Après une pause bien méritée, nous reprenons l’ascension, en pente plus douce, à travers une petite forêt de résineux. Nous franchissons ensuite la N99 et poursuivons, environ 250 mètres, sur l’asphalte. Arrivés à 227 mètres d’altitude, nous prenons, sur la droite, un sentier progressant à flanc de coteau.

GRP 125 entre Vierves et Treignes

Le GRP 125 descend un étroit sentier rocailleux et atteint la N99, à proximité d’une chapelle. De là, il ne nous reste plus qu’à descendre gentiment, 400 mètres, le long de cette route jusqu’au centre de Treignes. C’est autour d’un verre de « Super des Fagnes » ou de « Chimay » que nous clôturons, vers 16h, ce beau week-end organisé par les équipes SGR de Namur et du Hainaut.