Les Randos de Fred & Paul

Etape 4 : Lustin → Namur (19 km) réalisée en juin 2018

Depuis la gare de Lustin, nous devons marcher environ un kilomètre pour rejoindre le tracé du sentier de grande randonnée. Aujourd’hui, le balisage à suivre sera uniquement blanc et rouge car nous cheminerons avec le GR 126 : Brussegem - Membre-sur-Semois ; lorsqu’un GR et un GRP sont communs, c’est le balisage du GR qui prime. Après avoir brièvement longé la Meuse, nous montons vers la N92. De l’autre côté de cette grand-route, nous prenons un discret sentier démarrant entre deux habitations. Ce sentier sinueux, taillé dans le roc par endroits, nous fait grimper de 97 à 199 mètres d’altitude.

GRP 125 entre Rivière et le point de vue de la Sibérie

Un peu avant de quitter provisoirement le couvert forestier, nous effectuons un petit détour afin d’admirer le point de vue « de la Couleuvrine », à 173 mètres d'altitude. Depuis ce dernier, nous pouvons observer le pont de Lustin (où nous sommes passés en début d’étape) ainsi que l’écluse de Rivière.

GR 126 & GRP 125 : point de vue de la Couleuvrine

Nous longeons une prairie et suivons, sur environ 1 km, un chemin qui s’étire à flanc de coteau. Ce chemin traverse le bois de la Grande Hulle où, çà et là, pointent des ouvrages bétonnés. Ceux-ci sont des puits d’entretien du collecteur Spontin - Mazy - Boitsfort. Ce collecteur, long de 82 km, est l’un des plus anciens aqueducs de la société Vivaqua. Il permet d’acheminer de l’eau brute (issue directement du captage sans traitement de potabilisation) depuis son lieu d’origine vers son lieu de distribution. L’eau s’y écoule uniquement par gravité, grâce à une pente de l’ordre de 15 à 20 cm au kilomètre. Ce collecteur est formé de tronçons d’aqueduc reliés entre eux par des conduites forcées, appelées siphons, permettant la traversée des vallées.

GRP 125 entre Rivière et le point de vue de la Sibérie GRP 125 entre Rivière et le point de vue de la Sibérie

Au bout de ce tronçon, assez aisé, nous entamons l’ascension vers le plateau de Sibérie. Cette montée, qui se fait sur un sentier en lacets, passe par le point de vue « de la Sibérie » où nous effectuons une petite pause.

GRP 125 entre Rivière et le point de vue de la Sibérie

Nous dominons ici un méandre abandonné de la Meuse. Lorsqu’un cours d’eau s’écoule dans une zone de très faible pente, il développe un système de méandres. La dynamique propre aux méandres les amène à s’allonger et à se recouper. Le méandre court-circuité devient un « bras mort ». Souvent inondé au début, lors des périodes de crues, celui-ci se comble d’alluvions et de colluvions et finit par être définitivement asséché ; il devient alors un « méandre abandonné ».

Devant nous s’étalent Profondeville, la butte du bois de la Petite Hulle et la carrière de Lustin. Cette dernière a permis de mettre à jour une structure en forme de U : le « synclinal de Walgrappe ». Dans la carrière, les différentes couches de roches se distinguent les unes des autres par leurs couleurs et leurs compositions. Ces variations s’expliquent par les fluctuations du niveau de la mer qui a engendré ces couches en arrachant des éléments à un continent situé au nord du site, il y a quelque 360 millions d’années. Les couches, à l’origine déposées horizontalement dans le fond de la mer, vont suivre une évolution géologique complexe : écrasées et pliées dans le mouvement de rapprochement des continents, érodées sur les reliefs et enfin incisées par la Meuse, elles donnent aujourd’hui un gisement de grès de très bonne qualité ; la production annuelle est d’environ 400 000 tonnes.

GR 126 & GRP 125 : point de vue de la Sibérie

Le tracé blanc et rouge quitte le bois de la Grande Hulle et suit, pendant 400 mètres, un chemin herbeux en lisière de forêt ; c’est sur ce tronçon que nous atteignons le point culminant de cette étape, à 264 mètres d’altitude. En suivant la rue Camille Stavaux qui traverse, en ligne droite, le plateau campagnard, nous nous dirigeons vers Bois-de-Villers. Le plateau est dénommé « Sibérie » ; ce nom proviendrait du fait qu’un soldat de Napoléon, rentrant dans sa famille après la guerre, se serait exclamé : « Il fait aussi froid ici qu’en Sibérie ».

GRP 125 entre le point de vue de la Sibérie et Bois-de-Villers

Par une série de sentiers, parfois fortement envahis par la végétation, nous arrivons au centre de Bois-de-Villers. En 1231, les moines de l'abbaye de Villers-en-Brabant (Villers-la-Ville) reçoivent une partie de la forêt de la Marlagne. Le site fut tout naturellement appelé « Bois des moines de Villers ». Lorsque, plus tard un village s'y développa, il prit le nom de « Bois-de-Villers ».

GRP 125 entre le point de vue de la Sibérie et Bois-de-Villers

Pour quitter le village, le GRP 125 (et le GR 126) emprunte une succession de petites routes et d’étroits sentiers, de part et d’autre de la N951. Nous traversons la cour d’une ferme et descendons une petite route vers le hameau de Haute-Charlerie. Ce nom proviendrait du mot « charron », cet artisan qui, jadis, concevait, fabriquait et entretenait les véhicules.

GRP 125 entre Bois-de-Villers et Namur

Un peu après une belle chapelle, nous nous engageons sur un chemin herbeux se faufilant entre les clôtures. Au bout de la rue de la Charlerie, nous traversons la N954 et le ruisseau de Maulenne (195 m d’altitude). Nous grimpons ensuite, pendant environ 400 mètres, dans un bois. À l’orée (241 m d’altitude), nous nous dirigeons vers l’ancienne ferme de l’Aquisse.

GRP 125 entre Bois-de-Villers et Namur, Haute-Charlerie GRP 125 entre Bois-de-Villers et Namur

Le tracé blanc et rouge tourne, vers la gauche, dans la rue Clément Didriche et entame un tronçon de 2 km sur des petites routes asphaltées. Au bord du chemin de Wépion, près d’une fontaine, nous effectuons la pause pique-nique. Nous montons ensuite (de 172 à 215 mètres d’altitude) en lisière d’un pré. Nous traversons le chemin des Trois Fortins et entrons dans un bois où nous progressons, pendant 800 mètres.

GRP 125 entre Bois-de-Villers et Namur

Nous arrivons au bord de la N954, longée sur une dizaine de mètres, et prenons ensuite le chemin Bouillot ; un chemin herbeux passant à travers les cultures. Nous franchissons la rue Marcel Lecomte et découvrons, peu après, l’ancienne ferme Notre-Dame-au-Bois. Celle-ci était l’habitation du prêtre qui desservait la chapelle voisine, construite en 1696 et disparue depuis.

GRP 125 entre Bois-de-Villers et Namur

Par un chemin forestier, nous revenons, à la N954. De l’autre côté de cette route, nous atteignons rapidement l’endroit où s’effectue la séparation entre les GR (125 et 126) et la liaison vers Namur. Vu que nous devons prendre le train à la gare de Namur, afin de retourner à Lustin, nous optons pour l’itinéraire de liaison.

Séparation des GRP 125, GR 126 et liaisons vers Namur

Pendant un kilomètre, nous progressons sur le chemin Fernand Séverin. Celui-ci passe entre les futaies, les prairies et les haies d’importantes villas. Nous atteignons, à nouveau, la N954, au lieu-dit « Milieu du Monde » et laissons partir, vers la droite, la liaison vers l’auberge de jeunesse de La Plante. Nous suivons brièvement la grand-route puis, nous tournons deux fois à droite pour emprunter la rue de l’Ermitage. Celle-ci, en serpentant entre de grosses résidences, atteint le château de Namur (un hôtel-restaurant) puis, la citadelle.

La citadelle de Namur se situe au confluent de la Sambre et de la Meuse. Bien que le site soit occupé de façon ponctuelle dès la Préhistoire, sa fonction militaire n’apparaît qu’au IIIe siècle de notre ère avec la construction d’un mur et l’approfondissement d’un creux naturel en fossé de défense. Au Moyen Âge, une résidence fortifiée est érigée à la pointe de l’éperon rocheux et est, peu à peu, transformée en un véritable château fort. Cette partie, aujourd’hui appelée « Strate médiévale », comprend à l’époque deux ensembles : le château en lui-même et un mur d’enceinte situé en avant.

À partir de 1519, le conflit qui oppose Charles Quint et le roi François Ier entraine une véritable course à l’armement. Une nouvelle forme de défense apparaît : la construction enterrée ou citadelle (murs plus bas, plus larges et recouverts d’une couche de terre protectrice). La partie dite « Médiane » est ainsi érigée. Elle comprend une courtine et deux bastions de flanquement qui renferment chacun une casemate à canon. Malgré des modifications postérieures, la forme de cette partie est toujours visible, de même que les casemates.

GR 126 & GRP 125 : citadelle de Namur

Suite à l’entrée de l’Espagne dans la guerre de Trente Ans (1618-1648), la citadelle subit des aménagements considérables et des travaux de fortification. Une nouvelle partie de défense, appelée « Terra Nova », voit le jour entre 1631 et 1675. Après plusieurs campagnes de démilitarisation et des reconstructions partielles et épisodiques, les derniers grands travaux de fortification ont lieu entre 1815 et 1830. La citadelle est alors reconstruite par les Hollandais en suivant en partie le tracé des anciens remparts. Ces aménagements restent visibles puisque 90 % de la citadelle telle qu’on peut l’observer aujourd’hui date de cette période.

GR 126 & GRP 125 : citadelle de Namur

Dès la fin du XIXe siècle, la construction de neuf forts en béton autour de Namur rend la citadelle inutile en tant qu’outil de défense. Elle se transforme alors en centre de loisirs et de promenades. L’accessibilité au site est facilitée par le tracé de deux routes panoramiques et par l’installation d’un funiculaire. Seules les parties « Médiane » et « Terra Nova » conservent leur fonction militaire mais servent principalement de lieu de casernement. La citadelle joue néanmoins un dernier rôle militaire durant la Seconde Guerre mondiale en tant que poste de commandement de la Position Fortifiée de Namur. Le dernier régiment (des para-commandos) quitte la citadelle en 1977.

Nous traversons l’ensemble du site et descendons vers le Grognon. En chemin, nous admirons les différents points de vue sur la ville et ses environs. Afin de rejoindre la gare, il nous faut encore traverser tout le centre de Namur, soit 1 km (non balisé) de rues et ruelles commerçantes.

GR 126 & GRP 125 : vue sur la Meuse depuis la citadelle de Namur