Les Randos de Fred & Paul

Etape 9 : Franière → Mettet (25 km) réalisée en juillet 2020

Il est presque 10h lorsque nous entamons, près de l’église de Franière, cette longue étape. Pendant 5,6 km, le GRP 125 et le GR 412 vont faire parcours commun ; nous avions déjà croisé le « Sentier des terrils » lors de l’étape précédente. Nous quittons le village en montant la rue de l’Église jusqu’à une place où se dresse l’ancienne maison communale. Là, nous empruntons la rue du Boni d’Auge qui se prolonge par un chemin grimpant dans le bois Roly. Arrivés au sommet (186 m d’altitude), nous prenons, sur la droite, un autre chemin forestier descendant rejoindre la Sambre (103 m d’altitude).

GRP 125 entre Franière et Ham-sur-Sambre GRP 125 entre Franière et Ham-sur-Sambre

Pendant près de deux kilomètres, nous marchons sur le chemin de halage (RAVeL) longeant le cours d’eau. Au-delà de l’écluse de Mornimont, nous passons sous la N90 et découvrons, sur l’autre rive, l’usine AGC Glass Europe. En 1965, la première usine de verre flotté du continent européen s’est implantée à Moustier. Le procédé, mis au point en 1959 en Angleterre, consiste à verser continuellement du verre liquide en fusion sur du zinc en fusion ce qui permet d’obtenir une surface et une uniformité parfaites ; cette technique a révolutionné la fabrication du verre plat. On produit ici, dans la plus grande usine de verre plat du monde, du verre clair, coloré et à couches pyrolytiques pour les secteurs de la construction (vitrages extérieurs et décoration intérieure) et de l’automobile.

GRP 125 entre Franière et Ham-sur-Sambre GRP 125 entre Franière et Ham-sur-Sambre

Après un bref tronçon assez dangereux (en raison du manque d’accotement) au bord d’une route, nous suivons un sentier, envahi par la végétation, le long d’un étang qui est en fait un ancien bras de la Sambre. La Sambre était jadis une rivière à très nombreux méandres, au lit fluctuant et irrégulier et aux berges fragiles. Son lit comprenait beaucoup d’îlots, de rochers et de bancs de sable, autant d’embûches et d’obstacles pour la navigation. La canalisation de la Sambre, en 1829, provoqua la création de bras isolés (des petits lacs) du reste de la rivière.

Un peu plus loin, nous nous séparons du GR 412 et pénétrons dans un bois dans lequel nous progressons, durant 3 km, en légère montée. Au sommet, nous avançons, pendant 1,5 km, sur un chemin herbeux au milieu des terres cultivées.

GRP 125 entre Ham-sur-Sambre et Fosses-la-Ville GRP 125 entre Ham-sur-Sambre et Fosses-la-Ville

De l’autre côté de la N988, avant de descendre vers Fosses-la-Ville, nous traversons le hameau de Névremont où se trouve une petite brasserie qui fabrique trois bières locales : la Fol' Dorée, la Fol' Festive et la Fol' Cuivrée. Nous aurions aimé manger notre pique-nique tout en goutant l’une de ces bières mais, le seul café de Fosses-la-Ville n’ouvrant qu’à 14h, nous n’avons pas envie d’attendre pendant 1h30.

Fosses est connue dès l’antiquité celtique sous le nom de la rivière qui la traverse : Bebrona, actuellement la Biesme. Feuillen (ou Foillan) est un moine irlandais venu à Fosses, vers 650, pour prêcher la bonne parole. Aidé de moines, il fonde un monastère, probablement à l’emplacement de l’actuelle place du Chapitre. En 655, alors qu’il quitte Nivelles, Feuillen est assassiné par des voleurs ; son corps, ramené à Fosses selon son désir, fait alors l’objet d'une vénération populaire. Saint-Feuillen est invoqué contre les maux de tête, les épidémies, la sécheresse, les pluies incessantes et pour avoir de bonnes récoltes.

Vers 900, le monastère et ses dépendances sont cédés à l’évêque de Liège et, quelques années plus tard, les moines sont remplacés par un chapitre de chanoines ; en 1090, la collégiale romane est édifiée. Si la tour et la crypte datent de cette époque, le vaisseau et le chœur ont été refaits en 1721. Le chœur est imposant en raison du nombre de chanoines : 30, ce qui en fait le plus important chapitre de nos régions. À titre de comparaison, Notre-Dame de Namur n’avait que 18 chanoines, Dinant 13 et Walcourt 8.

GRP 125 : Fosses-la-Ville, collégiale Saint-Feuillen

La plus ancienne procession en l’honneur du patron de la cité est celle de 1086 organisée à l’occasion de la translation de ses reliques dans une nouvelle châsse. Au XVIe siècle, ces processions ont été escortées par des milices urbaines qui devaient protéger les reliques contre les brigands et les iconoclastes qui sévissaient dans la région. Aux XVIIIe et XIXe siècles, les archers et les arquebusiers furent remplacés par les habitants de Fosses qui enfilèrent d’anciens uniformes militaires pour accompagner les processions non plus dans le but de protéger les reliques mais, pour rendre un hommage solennel à leur saint patron.

C’est en 1635, après une épidémie de peste, que les chanoines et les bourgeois de Fosses s’engagèrent, pour la première fois, à organiser, tous les sept ans, une grande procession aux reliques de Saint-Feuillen. Cette tradition s’est perpétuée jusqu’à nos jours ; la dernière marche septennale s’est déroulée en 2019. Aujourd’hui, plus de 3000 marcheurs de Fosses et de ses hameaux, mais aussi des communes voisines, escortent le buste et la châsse de Saint-Feuillen au son des fifres et des tambours.

Sur la place du Marché, nous découvrons la statue du Chinel, personnage principal du carnaval de Fosses-la-Ville. Descendant du Polichinelle de la commedia dell'arte, le Chinel doit sa renommée internationale tant à son prestigieux ancêtre qu'à l'éclat de sa parure. De soie et de satin, sa tunique se caractérise par deux bosses effilées : une sur le thorax, inclinée vers le bas, et l’autre dans le dos, inclinée vers le haut. Une légende tente d’enraciner ce personnage dans le passé mythique de Fosses : « deux bossus allèrent trouver les fées « au chêne du pont de l’Allou » mais tandis que l’un, bon et charitable, voyait sa bosse disparaître, l’autre, dur et avare, en voyait pousser une deuxième à l’avant ».

GRP 125 : Fosses-la-Ville, statue du Chinel

Après avoir traversé la N922, nous quittons Fosses-la-Ville en empruntant la rue du Moulin puis, un chemin caillouteux. La suite du parcours jusqu’au lac de Bambois (environ 3 km) s’effectue majoritairement sur l’asphalte dans des quartiers résidentiels.

GRP 125 entre Fosses-la-Ville et le lac de Bambois

Le lac, de 33 hectares, a été créé au Moyen Âge ; il faisait alors office de réserve d’eau et de poissons. Dans les années 50, le site, unique lieu de villégiature et de loisirs de la région, était très populaire et accueillait des centaines de touristes sans aucune considération pour l'environnement. À la fin des années 70, le lac pollué est laissé à l'abandon. Il faudra vingt ans pour sauver ce lieu et en faire ce qu'il est aujourd'hui. Depuis 1996, une grande partie du site, racheté par la région wallonne, est classée Natura 2000. Plus de 150 espèces d'oiseaux peuvent y être observées.

GRP 125 : lac de Bambois

Au-delà du lac de Bambois, près de l’ancienne halte ferroviaire, nous passons par-dessus le RAVeL 150 (nous le traverserons encore deux fois dans les trois prochains kilomètres) et prenons juste après un chemin herbeux évoluant, pendant 1,5 km, entre les champs. En 1879, la première section de la ligne 150 (Tamines - Mettet) est construite pour relier les industries des entités de Mettet et Fosses-la-Ville au chemin de fer. La ligne prolongée vers la Meuse et Anhée, en 1890, sera fermée en septembre 1962.

GRP 125 entre Bambois et Mettet

Grâce à une passerelle en béton, nous franchissons le ruisseau de Belle Eau ; nous montons ensuite un sentier aboutissant à une aire de pique-nique où nous effectuons une petite pause. Après un agréable tronçon forestier de 2,5 km, en légère montée, le GRP 125 rejoint le hameau de Pontaury.

GRP 125 entre Bambois et Mettet GRP 125 entre Bambois et Mettet

À hauteur de l’église Saint-Antoine-de-Padoue, nous traversons la N933 et prenons la rue du Hameau sur une centaine de mètres. Par un sentier zigzaguant entre des maisons, nous parvenons à la rue de la Barrière. À la sortie du hameau, près d’une belle potale, nous montons un chemin menant au château de Thozée. Son style, datant du XVIIIe siècle, se rapproche de celui des gentilhommières françaises avec ses bâtiments de ferme accolés au corps de logis. Le site est intimement lié à la vie, à l’œuvre et à la pensée de Félicien Rops. Pendant les vingt années où il séjourna à Thozée, avant son exil à Paris et lors de ses nombreux retours pour raisons familiales, c’est tout autant la nature qui l’entoure que le château lui-même qui marqua la vie du peintre.

GRP 125 entre Bambois et Mettet

C’est par une petite route de campagne, suivie sur près d’un kilomètre, que nous parvenons à l’entrée de Mettet. Nous passons à côté du château Saint-Jean, un beau manoir néoclassique datant du XIXe siècle, avant d’emprunter différents sentiers pour rejoindre le centre de la localité.

GRP 125 : Mettet, château Saint-Jean GRP 125 entre Bambois et Mettet

Vers 17h, nous terminons cette étape et retrouvons la seconde voiture laissée, le matin, sur la place Joseph Meunier.