Les Randos de Fred & Paul

Etape 2 : Watermaal → Ohain (21 km) réalisée en mars 2017

Vers 10h, nous commençons cette étape dont une moitié de parcours se déroulera dans la forêt de Soignes. Si par endroits les perce-neiges et les crocus sont déjà en fleurs, nous sommes encore en hiver et il ne fait pas très chaud. Depuis la gare de Watermaal, nous empruntons la rue du Bien-Faire et, après le tunnel ferroviaire, nous laissons partir le GR 579 : Bruxelles - Liège vers la gauche et prenons, sur la droite, l’avenue Emile van Becelaere.

Après 200 mètres, nous prenons un sentier dallé nous menant dans l’avenue des Ortolans. Si le tracé du GR 126 reste dans cette avenue, nous préférons lui faire une petite infidélité afin de suivre un tracé plus agréable à travers la cité « Le Logis ».

GR 126 : Watermaal, cité le Logis

À Bruxelles, des exemples de cités jardins ont vu le jour dans plusieurs communes durant les premières décennies du XXe siècle et plus particulièrement dans les années qui ont suivi la fin de la Première Guerre mondiale. À cette époque, le déficit d’habitations est important en raison des destructions dues à la guerre, conjugué à la croissance démographique de la ville. Des quartiers entiers sont construits. C’est le début de la prise en charge par les pouvoirs publics de la construction de logements sociaux. Le choix de cités jardins est avant tout économique : la construction de groupes de maisons selon les mêmes plans et avec les mêmes matériaux permet d’importantes économies et la mise à disposition de nombreux logements en peu de temps.

La création de la Société coopérative du Logis date de 1921. Elle est le fait d’un groupe d’employés de la banque publique Caisse Générale d’Épargne et de Retraite, auquel se sont joints des employés d’autres administrations. La société se porta acquéreur de 32 ha de terrains situés sur le site dit des Trois Tilleuls, un plateau entre les vallées de la Woluwe et du Watermaalbeek. La première phase de travaux eut lieu de 1922 à 1924 ; les autres quartiers furent réalisés en phases successives de 1926 à 1951. Au total, 726 maisons unifamiliales, 164 appartements, 9 magasins, 3 jardins d'enfants et un centre social ont été construits.

Les marques distinctives de la cité Le Logis, préservées jusqu'à aujourd’hui, sont les boiseries peintes en vert et les rues qui portent des noms d’oiseaux. Un labyrinthe de chemins piétons, serpentant entre les jardins, mène, au cœur des îlots, à des plaines de jeux abritées de la circulation et plantées d'arbres. En 1995, certaines scènes du film « Le Huitième Jour », avec Daniel Auteuil et Pascal Duquenne, ont été tournées dans cette cité.

GR 126 : Watermaal, cité le Logis

De retour sur le GR 126, nous descendons par un sentier à l’arrière des maisons puis, nous suivons la drève de la Brise et, après un gauche - droite, la drève du Duc. Cette dernière monte jusqu’à la chaussée de La Hulpe que nous traversons, au passage piéton, pour atteindre le parking de la gare de Boitsfort.

Nous pénétrons ensuite dans le parc Tournay-Solvay. En 1878, Alfred Solvay fait construire dans le style néo-renaissance flamand, en vogue à l’époque, une villa sur un terrain gagné sur la forêt de Soignes. Le parc qui entoure à l’époque la demeure tient compte du relief et des espaces sauvages. Les marécages du fond de la vallée sont transformés en étangs, tandis qu’une partie de la hêtraie d’origine est maintenue. En 1894, la veuve d’Alfred Solvay étend le périmètre du parc vers la chaussée de La Hulpe.

En 1905, Léopold II acquiert les étangs de Boitsfort et une partie des terrains attenants pour préserver une partie du site, menacé par le percement du futur boulevard du Souverain et la création des nouveaux quartiers que va générer cette extension de Bruxelles. Ernest Solvay (célèbre frère d’Alfred), associé à l’opération, devient ainsi propriétaire d’un ancien lotissement de maraîchers, entre le nouveau boulevard et le chemin des Silex, et l’intègre dans la propriété familiale en faisant construire deux ponts au-dessus de ce chemin.

En 1911, l’architecte paysagiste Jules Buyssens réaménage le parc dans le style paysager que nous lui connaissons aujourd’hui. Lorsqu’en 1973 meurt Thérèse Tournay-Solvay, la fille d’Alfred Solvay, les héritiers vendent le domaine à une société immobilière. Le projet d’immeuble de bureaux est refusé par la commune de Watermaal-Boitsfort et le site est laissé à l’abandon. Racheté par la Région bruxelloise en 1980, le parc Tournay-Solvay est ouvert au public un an plus tard. En 1984, un incendie détruit le château dont il ne reste aujourd’hui que des ruines.

GR 126 : château du parc Tournay-Solvay

Nous descendons au bord de l’étang avant de remonter vers le potager du château, entouré, comme il se doit, de hauts murs. Exploité aujourd’hui par des privés, ce potager n’en conserve pas moins une vocation didactique. Il est ceinturé de fruitiers en espaliers, de fruitiers basses tiges et de parterres de plantes médicinales, condimentaires ou vivaces.

GR 126 : étang du parc Tournay-Solvay GR 126 : potager du parc Tournay-Solvay

Nous sortons du parc Tournay-Solvay et empruntons le chemin des Deux Montagnes qui, après être passé sous la ligne de chemin de fer (Bruxelles - Namur), entre dans la forêt de Soignes.

GR 126 entre le parc Tournay-Solvay et la forêt de Soignes

Tout comme d’autres bois brabançons tels que le bois de Hal et la forêt de Meerdael, la forêt de Soignes est un vestige de la pluriséculaire forêt charbonnière qui, à l’époque romaine, s’étendait des rives du Rhin et de la Meuse à la Mer du Nord. La forêt de Soignes est pratiquement restée intacte jusqu’au XVe siècle. Elle est consécutivement la propriété des comtes de Louvain et des ducs de Brabant. Jusqu’au XIIe siècle, ces derniers utilisent la forêt comme territoire de chasse.

Au cours du XVIIIe siècle, la forêt est saccagée par la population. Les propriétaires terriens désargentés abattent massivement les arbres. Deux points positifs cependant : le règne des archiducs Albert et Isabelle (de 1598 à 1691) et celui des Habsbourg, souverains d’Autriche (de 1714 à 1795). Le jeune architecte-paysagiste Joachim Zinner fait planter un très grand nombre de hêtres qui forment aujourd’hui encore la majestueuse hêtraie-cathédrale. Les hêtres âgés de plus de 200 ans ne sont pas rares en forêt de Soignes ; ils sont les témoins vivants de ces premières plantations.

À la fin du régime français (de 1794 à 1814), la forêt de Soignes s’étend encore sur près de 10 000 hectares. Sous l’administration néerlandaise, le 22 août 1822, la forêt de Soignes est acquise par la jeune « Société générale néerlandaise » (Algemene Nederlandsche Maatschappij). Lors de la révolution de 1830, la société prend le nom français de « Société générale de Belgique » et vend près de 60 % de ses propriétés. Ces terres sont alors défrichées. Les 4 400 hectares restant constituent la forêt de Soignes actuelle. En 1843, sous la pression de l’opinion publique et à l’invitation du roi Léopold Ier, la forêt devient la propriété de l’État belge.

Notre parcours en forêt de Soignes débute en suivant, pendant 1,5 km, le sentier du Vuylbeek, le long du cours d’eau du même nom qui est un affluent de la Woluwe. Ce sentier sinueux nous fait progressivement prendre de l’altitude (de 93 à 125 mètres). Après avoir coupé la drève de l’Infante, le tracé blanc et rouge quitte le vallon principal pour emprunter, sur deux kilomètres, le sentier des Bouleaux.

GR 126 dans la forêt de Soignes, sentier du Vuylbeek GR 126 dans la forêt de Soignes, sentier des Bouleaux

C’est au niveau de la drève du Haras (une route à grande circulation) que nous croisons le tracé du GR 512 : Brabantse heuvelroute... une meilleure signalisation serait ici la bienvenue car les indications sont très sommaires ! Ce sentier de grande randonnée relie, en 175 km, Diest à Geraardsbergen (Grammont) et traverse donc toute la province du Brabant flamand d’est en ouest.

GR 126 dans la forêt de Soignes, croisement du GR 512

Nous suivons maintenant le sentier des Reines jusqu’à la drève de Lorraine. C’est le long de cette drève que nous allons parcourir, en quasi ligne droite, pendant 3 km que nous trouvons un banc où nous installer pour manger nos tartines mais aussi pour enfiler la cape, car les premières gouttes d’une averse tombent sur nous. Cette averse sera heureusement de courte durée.

Durant notre périple sur la drève de Lorraine, nous croisons le tracé jaune et rouge du Streek-GR Groene Gordel avec qui nous ferons parcours commun sur 300 mètres. Ce circuit de 145 km résulte de l'association de plusieurs chemins de grande randonnée qui traversent le Brabant flamand. Ils sont reliés entre eux par de nouveaux tronçons afin d'effectuer une grande boucle autour de Bruxelles.

GR 126 dans la forêt de Soignes, croisement du Streek-GR Groene Gordel

Au bout de ce long tronçon, nous tournons à gauche puis à droite, 300 mètres plus loin, dans le Wildetijmweg ; un chemin nous menant jusqu’au ring, traversé grâce à un tunnel aménagé pour les cavaliers.

GR 126 dans la forêt de Soignes, passage sous le ring

De l’autre côté de cet important axe routier, nous traversons, sans nous en apercevoir, la frontière entre le Brabant flamand et le Brabant wallon et poursuivons le long de la drève Joséphine, en légère descente, jusqu’à la drève de la Ramée. Sur notre droite, se trouve le domaine Solvay avec son parc de 227 hectares et son beau château... que nous ne verrons pas.

Le GR 126 suit, pendant 1,3 km, le chemin du Pachy et monte ainsi de 80 à 125 mètres d’altitude. Au sommet, nous rejoignons une route, qui fut jadis asphaltée, longeant le mur d’enceinte du domaine d’Argenteuil. En 1961, après le mariage du roi Baudouin, le roi Léopold III quitta le château royal de Laeken avec sa seconde famille pour s’installer à Argenteuil. Le couple royal et leurs enfants y résideront jusqu’au décès de la princesse de Réthy en juin 2002.

GR 126 entre La Hulpe et Ohain, domaine d'Argenteuil

Nous redescendons à 80 mètres d’altitude et franchissons l’Argentine. Le nom de ce cours d’eau de 7,5 km vient d’« argentum », traduction latine du celte « helpe », qui signifie : ruisseau clair. Argenteuil (où elle naît) et La Hulpe (qu’elle arrose) lui doivent leur nom. Après La Hulpe, l’Argentine passe par Overijse et Rixensart avant de rejoindre la Lasne, en aval du lac de Genval. Un peu après la traversée du cours d’eau, nous reprenons un peu de la hauteur grâce à un sentier encaissé aboutissant à la rue Émile Semal.

GR 126 entre La Hulpe et Ohain

Nous nous engageons dans le chemin des Garmilles et, après la traversée de la N253, nous poursuivons dans la même direction. Nous débutons ici un premier tronçon pavé, d’environ un kilomètre, sinuant dans le quartier résidentiel de Basse-Ransbeck. À plusieurs reprises, nous franchissons « la Mazerine » ou « le Coulant d’Eau » ; ces deux cours d’eau sont généralement confondus sous le même vocable de la Mazerine.

Le Coulant d’Eau prend naissance dans les campagnes de Lasne et rejoint la Mazerine à la limite des communes de La Hulpe et Rixensart. Son cours est intermittent sur tout le territoire de Lasne car il résulte des eaux de ruissellement en provenance des terres agricoles. La Mazerine, quant à elle, prend sa source sur les hauteurs du village d’Hannonsart et traverse ensuite La Hulpe et Genval avant de se jeter dans l’Argentine.

Le tracé blanc et rouge rejoint la route des Marnières, au trafic intense, qu’il suit sur 300 mètres, puis descend à gauche, juste avant l’église Saint-Joseph de Ransbeck. Le kilomètre suivant s’effectue, en légère montée (de 93 à 116 mètres d’altitude), sur le chemin des Messes, un tronçon en gros pavés irréguliers où la progression est rendue plus pénible.

GR 126 entre La Hulpe et Ohain, chemin des Messes

Au sommet, nous coupons le Vieux Chemin de Wavre, au niveau de la belle chapelle Notre-Dame de Bonsecours, et continuons en face, toujours sur les pavés. 300 mètres plus loin, nous empruntons un sentier descendant d’abord à travers bois, puis entre des prairies. D'ici, nous avons un beau point de vue sur l’église Saint-Etienne d’Ohain.

GR 126 entre La Hulpe et Ohain, chapelle ND de Bonsecours GR 126 entre La Hulpe et Ohain, vue sur l'église d' Ohain

Vers 15h40, nous atteignons la place communale d’Ohain où nous terminons cette étape bien différente de la précédente. Cette place triangulaire, en pente légère, possède en son centre un kiosque et est encadrée de maisons des XVIIe et XVIIIe siècles.

GR 126 : place communale d'Ohain