Les Randos de Fred & Paul

Etape 9 : Falmignoul → Houyet (19 km) réalisée en avril 2018

Il est un peu plus de 9h lorsque nous quittons le village de Falmignoul. Afin de rejoindre le GR 126, au niveau de la N95, nous devons d’abord marcher 600 mètres. Ce tronçon s’effectue sur des sentiers le long du ruisseau de Falmagne. Ce cours d’eau, qui prend sa source près de Mesnil-St-Blaise, arrose les villages de Falmagne et Falmignoul avant de se jeter dans la Meuse.

De retour sur le tracé blanc et rouge, nous suivons brièvement la grand-route avant de tourner à gauche dans la rue du Bois de Baileu. Nous progressons sur cette petite route, en légère montée (de 188 à 221 mètres d’altitude), jusqu’à un croisement de chemins de remembrement. Nous continuons, tout droit, sur un chemin caillouteux descendant doucement vers la vallée de la Lesse. Ce parcours, d’environ 2 km, se déroule d’abord entre champs et prairies puis, à travers le bois de Baileux.

GR 126 entre Falmignoul et Furfooz

Nous franchissons le pont sur la ligne de chemin de fer (Dinant - Bertrix) ; ligne SNCB que nous côtoierons jusqu’à la fin de cette étape à Houyet. Un peu plus loin, nous découvrons le beau château de Walzin. Cet édifice, dont la construction remonte au XIIe siècle, se situe sur un éperon rocheux, de plus de 50 mètres de hauteur, surplombant un méandre de la Lesse.

Le château de Walzin, un des plus grands de Belgique, fut édifié pour défendre la vallée inférieure de la Lesse. Autant dire que l’édifice fut, pendant des siècles, l’objet de toutes les convoitises, d’autant plus qu’il fut vite transformé en poste de protection avancée de la ville de Dinant. Détruit, saccagé, il a été, au fil des ans restauré et reconstruit. Mis à mal par les Révolutionnaires français, le château a été restauré, en grande partie, dans les années 1930, et le parti pris fut de le reconstruire selon une architecture traditionnelle, ce qui fait qu’aujourd’hui, il n’a plus grand-chose à voir avec les constructions médiévales. Le château est aujourd’hui la propriété du comte et de la comtesse Alexis de Limburg Stirum.

GR 126 : château de Walzin

Le GR 126 atteint ici le point le plus bas de l’étape (109 mètres d’altitude) ; il contourne une prairie et rejoint la Lesse au pont du chemin de fer. Nous gagnons l’autre rive par la passerelle aménagée sur le pont ferroviaire. Nous passons sous le pont et nous nous éloignons de la vallée en grimpant, dans le bois, un sentier rocailleux.

GR 126 entre Falmignoul et Furfooz GR 126 entre Falmignoul et Furfooz

Au sommet (205 mètres d’altitude) de cette longue côte d’1,5 km, nous profitons d’un banc pour effectuer une pause et surtout profiter du panorama du haut des « Aiguilles de Chaleux ». Il s'agit d’une formation lithologique constituée de roches carbonatées déposées au fond de la mer, il y a plus de 325 millions d'années. Par la suite, entre 295 et 250 millions d'années, ces roches ont été plissées au cours de la formation du synclinal (couches plissées avec une concavité vers le haut). Les Aiguilles de Chaleux sont bien individualisées parce qu'elles correspondent à des paquets de bancs plus résistants séparés par des couches sensiblement moins résistantes, ou plus fracturées, et donc plus facilement érodables. Les pionniers de l'alpinisme n'ont pas manqué de visiter le site dès 1929.

GR 126 : Aiguilles de Chaleux GR 126 : Aiguilles de Chaleux

Les Aiguilles de Chaleux, vue depuis la vallée

Nous poursuivons, au milieu des champs, vers le village de Furfooz. Le site est une station préhistorique extrêmement importante, constituée de plusieurs grottes et excavations en bordure de la Lesse qui ont livré des vestiges paléolithiques, magdaléniens et néolithiques consistant en ossements (humains et animaux), armes et outils. Plus tard, sur ces mêmes plateaux et plus particulièrement sur le promontoire, les occupants militaires y dressèrent une forteresse. Plusieurs fouilles attestent de l'importance considérable de ce site archéologique habité du Bas-Empire (IIe siècle) jusqu'à l'époque médiévale. De la fin du XIIe siècle jusqu'à la Révolution, Furfooz est une simple dépendance de la seigneurie de Celles, important domaine féodal dépendant de la Principauté de Liège.

Le tracé rouge et blanc passe devant l’église St-Pierre et descend rejoindre la Lesse en empruntant la rue du Camp Romain. Le parcours progresse dans le parc naturel de Furfooz, un domaine de 65 hectares, géré par l’association « Ardenne et Gaume ». Nous découvrons le Trou Reuviau puis, un peu plus bas, le Puits des Vaux. Ce dernier est aussi appelé le Trou Collard, en souvenir d’un habitant du pays qui, au siècle dernier, y fut victime d’un accident mortel. De la terrasse, qui le domine, jusqu’au fond du gouffre, la dénivellation est de 30 mètres.

GR 126 : parc naturel de Furfooz GR 126 : parc naturel de Furfooz, trou Reuviau

De retour dans la plaine (130 mètres d’altitude), nous passons à côté de la buvette du parc. Ce site est souvent pris d’assaut l’été par les nombreux touristes effectuant la descente de la Lesse en kayak. Le sentier continue sur la berge, au pied des rochers où se cachent d’autres cavernes : Trou du Frontal et Trou de la mâchoire.

GR 126 : parc naturel de Furfooz, trou du Frontal

Nous quittons le parc naturel de Fufooz et atteignons, par un chemin herbeux, la gare de Gendron-Celles. Comme il ne fait pas très chaud et que nous n’avons pas trop envie de manger dehors, nous tentons notre chance à l’Auberge de la Lesse. Le patron de cet hôtel restaurant accepte que nous y mangions nos tartines, avec une bonne assiette de soupe maison. C’est ici à Gendron-Celles que nous croisons le tracé du GR 129 : La Belgique en diagonale, avec qui nous cheminerons jusqu’à Houyet. Pendant longtemps ce sentier de grande randonnée a été limité au trajet entre Brugge et Dinant. Avec une longueur de 320 km cet itinéraire valait déjà la peine d'être parcouru. Depuis 2012, il est prolongé jusqu'à Arlon et couvre maintenant 575 kilomètres !

Le reste du parcours (8,5 km) va s’effectuer le long de la Lesse. Nous nous engageons sur le sentier passant le long du talus du chemin de fer puis, entre celui-ci et la rivière. Le GR 126 s’élève près de l’entrée d’un tunnel ferroviaire et redescend au bord de l’eau, par un escalier. Le cours d’eau, et donc le tracé blanc et rouge, décrit un grand méandre contournant le promontoire du Chéreau.

GR 126 entre Gendron-Celles et Houyet GR 126 entre Gendron-Celles et Houyet GR 126 entre Gendron-Celles et Houyet

La Lesse prend sa source sur le plateau de Recogne, en province de Luxembourg, et serpente sur une distance de 84 km vers le nord. Elle traverse plusieurs villages avant d’atteindre le gouffre de Belvaux sur les hauteurs de Han-sur-Lesse, et de réapparaître ensuite à la sortie des grottes. Enfin, elle parcourt Lessive, Villers-sur-Lesse et Houyet pour terminer sa course à Anseremme, où elle se jette dans la Meuse.

Un escarpement rocheux est surmonté et redescendu par une volée d’escalier puis, nous rejoignons le chemin de fer et continuons le long de la rivière. Plus loin, nous passons sous un pont ferroviaire et, juste après, le parcours s’élève à nouveau. Nous continuons sur le sentier en corniche et descendons tantôt grâce à des escaliers, tantôt des échelles métalliques.

GR 126 entre Gendron-Celles et Houyet GR 126 entre Gendron-Celles et Houyet

Nous retrouvons un « bon » chemin suivi, sur environ un kilomètre, jusqu’au confluent de la Lesse et de l’Iwoigne. Ce ruisseau, affluent de la première, prend sa source à Chevetogne et arrose Custinne avant de rejoindre la Lesse. Un peu plus loin, au niveau de la ligne de chemin de fer, nous découvrons une étrange construction à l’abandon.

Léopold II a fait construire le château Royal d'Ardenne à Houyet, en 1874, dans le magnifique parc du Domaine d'Ardenne, à quelques kilomètres du château de Ciergnon. Le roi fit de ce château un hôtel de grand luxe pour attirer à Houyet les têtes couronnées et les plus grosses fortunes du monde entier. Il voulait que la Belgique, Houyet en particulier, soit le centre touristique de l'Europe !

Après la construction de la ligne de chemin de fer entre Gendron-Celles et Houyet, en 1896, Léopold II fait construire une gare, la « Halte Royale d'Ardenne ». Sa principale fonction : accueillir les membres du Gotha européen et autres éminents visiteurs jusqu’au château. L’hôte des lieux, qui ne laisse rien au hasard, cherche tout naturellement le moyen de signaler la route menant de la gare au château. Il fait alors bâtir en bordure de rails, une muraille ronde surmontée d’une tourelle crénelée dont le rôle est d’indiquer le chemin à travers les bois.

Ce grand palace européen vécut une épopée fabuleuse entre 1899 et 1949, d'abord sous la houlette de la Compagnie des Wagons-Lits jusqu'en 1911, puis sous la houlette de la famille Marquet de 1922 à 1949. Meurtri par les deux guerres, le château Royal d'Ardenne ferma définitivement ses portes en 1950. Il fut alors abandonné et périt dans les flammes en août 1968 avant d'être démoli et rasé en 1970. La « gare », n’ayant plus de raison d’être, cessa son activité en 1919 mais est toujours intacte.

En suivant la Lesse, nous atteignons la N929, à l’entrée de Houyet où se croisent trois sentiers de grande randonnée. Nous nous séparons du GR 129 : La Belgique en diagonale, qui poursuit sa route vers Wanlin et Lavaux Ste-Anne, et récupérons le GR 577 : Tour de la Famenne avec qui nous cheminerons jusqu’à Martouzin (lors de la prochaine étape).

GR 126 entre Gendron-Celles et Houyet Houyet : jonction des GR 126, 129 et 577

Nous suivons la N929, sur une centaine de mètres, jusqu’à la gare de Houyet où, peu après 16h, nous terminons cette belle étape.