Les Randos de Fred & Paul

Etape 3 : Malempré → La Roche-en-Ardenne (25 km) réalisée en avril 2018

Nous voici de retour à Malempré, après plusieurs mois, pour poursuivre notre périple sur le GR 14. Si nous profitons d’un beau ciel bleu en matinée, progressivement les nuages s’imposeront et nous subirons une petite averse en fin d’étape.

Groupé à flanc de colline autour de l'église St-Martin, Malempré est un village typique de l'Ardenne herbagère qui compte de nombreuses fermes en long de la première moitié du XIXe siècle, en moellons de schiste et de grès. Souvent endommagées lors de la Seconde Guerre mondiale, elles ont été fortement restaurées ou transformées. Cependant, les toitures en cherbains (plaques de schiste plus ou moins épaisses et courbes dans le bas) ont souvent été maintenues.

En face de l’église, nous empruntons le sentier du Bi del Chuma et quittons la localité, après la traversée de la rue du Monument, par la rue des Spinettes. Après 850 mètres, le tracé rouge et blanc tourne à gauche et poursuit l’ascension sur un chemin empierré. Nous suivons ce dernier, au milieu de la forêt, jusqu’à la N30 (Liège - Bastogne).

GR 14 entre Malempré et Odeigne

Nous marchons le long de cette grand-route, sur 350 mètres, et tournons à gauche sur une petite route reliant Malempré à Odeigne ; durant 800 m, nous progressons sur cette dernière. Dans un virage, près d’une aire de pique-nique, nous quittons l’asphalte pour monter un chemin de terre, parallèle au ruisseau du Fayi de la Folie.

GR 14 entre Malempré et Odeigne, Fayi de la Folie

Peu avant l’entrée dans la « Réserve naturelle du plateau des Tailles », nous prenons, sur la droite, un chemin envahi par l’eau et les arbres déracinés. Situé aux confins des provinces de Luxembourg et de Liège, le plateau des Tailles, qui culmine à 652 mètres à la Baraque de Fraiture, est traversé de part en part par l'autoroute E25. Une multitude de ruisseaux, appartenant aux bassins hydrographiques de l'Ourthe et de l'Amblève, naissent du plateau.

Le plateau des Tailles est en grande partie couvert de forêts, dans lesquelles l'épicéa domine largement, suivi par le hêtre. Ces zones boisées sont entrecoupées par des milieux ouverts, pour la plupart largement modifiés par l'homme : prairies pâturées, prairies de fauche, landes sèches et humides. Les tourbières n'occupent que des surfaces très marginales. Cette réserve naturelle a été créée en 1967, soit 10 ans après celle des Hautes Fagnes, et sa surface s’est progressivement agrandie pour atteindre 682 hectares, répartit sur différents sites.

Nous franchissons le ruisseau du Fayi de la Folie sur une dalle d’ardoise et poursuivons, entre les prairies, jusqu’à Odeigne. Selon une interprétation, les premiers habitants du pays, très idolâtres, avaient le dieu Odin pour principale divinité. Une espèce de statue de ce dieu se trouvait sur le territoire où fut bâti le village ; de là lui serait venu le nom d'Odeigne. Lorsque le christianisme s'implanta dans le pays, Odeigne devint propriété de l'abbaye de Stavelot (jusqu'à la Révolution française) et fit partie du ban de Lierneux. Sous le gouvernement de l'abbaye, la localité et ses habitants ont vécu dans une grande aisance.

GR 14 entre Malempré et Odeigne

À l’entrée du village, nous croisons le tracé du GR 15. Ce sentier de grande randonnée, de près de 200 km, relie Monschau (Montjoie), en Allemagne, à Martelange, à la frontière luxembourgeoise. Il passe notamment par Eupen, Spa, Aywaille, Houffalize et Bastogne. Depuis peu, l’itinéraire a été prolongé, de 29 km, pour atteindre la source de la Semois à Arlon.

Odeigne : croisement entre le GR 14 et le GR 15

Si le GR 14 traverse Odeigne, il ne passe cependant pas près de l’église ; celle-ci mérité pourtant un petit détour. L'église St-Donat, au milieu de son cimetière, est de tradition néo-classique et fut construite en moellons de grès en 1846. Cependant l'existence d'un sanctuaire à Odeigne remonterait au IXe siècle. La façade de l'église actuelle est dominée par la tour dont le clocheton terminal ajoute une note particulière à sa silhouette assez traditionnelle. On peut voir, à l'extérieur, de nombreux monuments funéraires, notamment des croix en pierre d'Ottré des XVIIIe et XIXe siècles.

GR 14 : Odeigne, église St-Donat

Après une petite pause, nous nous remettons en route en direction du prochain village : Dochamps, situé à neuf kilomètres. À la sortie d’Odeigne, nous montons une petite route (de 501 à 527 mètres d’altitude) et profitons, en nous retournant, d’une belle vue sur le village. Nous entrons ensuite dans la forêt et descendons jusqu’à l’Aisne. Cette rivière prend sa source, à une altitude de 630 m, dans la Fagne du Pouhon sur le plateau des Tailles. Le cours d'eau rejoint, après un parcours d’une trentaine de kilomètres, l’Ourthe à Bomal, à 140 m d'altitude.

GR 14 : vue sur Odeigne GR 14 entre Odeigne et Dochamps

Une centaine de mètres après avoir franchi la rivière, le GR 14 continue sur un chemin empierré qui, évidemment, prend de la hauteur. Plus loin, nous avançons sur un chemin herbeux, de moins en moins visible, au milieu des bruyères et genêts. Au terme de ce tronçon, nous débouchons sur un chemin empierré, à proximité d’un pont au-dessus de l’Aisne.

GR 14 entre Odeigne et Dochamps

Pendant 1,5 km, nous suivons, en quasi ligne droite, ce chemin montant jusqu’à la route reliant la N89 au village de Lamormenil. Nous sommes, à cet endroit, au point culminant de l’étape à 608 mètres d’altitude ; c’est également le point le plus élevé de tout le GR 14 ! Il n’est donc pas étonnant de découvrir un panneau annonçant que le chemin que nous venons de suivre est aussi une piste de ski.

GR 14 entre Odeigne et Dochamps

De l’autre côté de la route, nous suivons un chemin de terre, légèrement caillouteux, descendant lentement au milieu de la forêt, où dominent les conifères. Après trois kilomètres, nous franchissons le ruisseau de l’Alu (471 mètres d’altitude) et quittons, un peu plus loin, le couvert forestier. Nous retrouvons l’asphalte et longeons un vaste camping avant d’atteindre la N841, à l’entrée de Dochamps.

GR 14 entre Odeigne et Dochamps GR 14 entre Odeigne et Dochamps, ruisseau de l'Alu

La seigneurie de Dochamps, qui remonte aux premiers temps de la féodalité, a appartenu aux comtes d'Ardenne et de Montaigu, aux seigneurs de Rochefort et de la Marck, familles turbulentes qui ont marqué l'histoire jusqu'à la fin de la féodalité. Le 16 août 1642, une troupe de réformés hollandais ravagea le village qui fut mis à sac et livré ensuite aux flammes. Plusieurs habitants périrent dans la tour de l'église où ils avaient trouvé refuge. D'autres, heureusement, s'étaient réfugiés avec enfants et bétail au plus profond du Bois Saint-Jean et reconstruisirent le village. Dochamps a également souffert de la Seconde Guerre mondiale et tout particulièrement lors de l'Offensive des Ardennes.

L'église Sts-Pierre-et-Paul date de la seconde moitié du XVIIe siècle mais fut construite sur base d'une église plus ancienne (XIe siècle) brûlée en 1642 et dont subsiste la tour, de style roman. Elle fut alors reconstruite en grande partie grâce aux démarches des frères Germai qui collectèrent jusqu'auprès de Louis XIII, roi de France. L'histoire raconte qu'à la question du roi de savoir combien de louis seraient nécessaires pour rebâtir l'église, ceux-ci répondirent fort à propos : « Sire, un seul suffit... » Le roi, saisissant l'allusion, donna ordre de leur remettre une somme suffisante pour achever l'édifice. Les bienfaits de ces deux révérends pères, du village de Lamormenil, sont immortalisés par une inscription gravée sur une pierre placée au milieu du parvis de l'église. L'église fut encore restaurée suite aux dégâts causés par l'offensive de 1944.

GR 14 : Dochamps, église Sts-Pierre-et-Paul

Nous trouvons dans le centre de Dochamps, une taverne « Le Miroir » qui nous accepte pour la pause pique-nique ; nous mangerons nos tartines avec un bon verre de Chouffe. Après le repas, c’est sous un ciel bien gris que nous quittons le village en grimpant un chemin herbeux dénommé « Pazai de Bénasse ». Près de ce qui ressemble à un hôtel à l’abandon, nous retrouvons l’asphalte, et continuons la montée sur celui-ci, durant 600 mètres.

GR 14 entre Dochamps et Cielle, Pazai de Benasse

Peu après un ancien terrain de football, le GR 14, en pénétrant dans les bois, atteint 577 mètres d’altitude. Nous entamons ensuite la longue et lente descente vers le village de Cielle. Pendant environ cinq kilomètres, nous progressons au milieu des bois. Le début de ce tronçon s’effectue sur des chemins devenus très boueux suite à des travaux de débardage. Au niveau d’un carrefour de voies forestières, au lieu-dit « Queue de Veau », nous prenons un chemin empierré passant dans une zone récemment déboisée. 600 mètres plus loin, nous revenons en pleine forêt et longeons une carrière de grès.

GR 14 entre Dochamps et Cielle GR 14 entre Dochamps et Cielle

Le tracé rouge et blanc ayant retrouvé les prairies et l’asphalte, atteint ensuite Cielle (350 mètres d’altitude). Nous effectuons une brève pause près de la chapelle Delacolette, XIXe siècle, dédiée à Notre-Dame et St-Lambert. Nous passons près de l’église et suivons la route du Tram descendant vers l’Ourthe. Un kilomètre plus loin, dans un virage, nous quittons l’asphalte pour emprunter un sentier permettant d’éviter une large boucle de la route.

GR 14 : Cielle, chapelle Delacolette

C’est sous la pluie que nous cheminons dans la vallée (235 mètres d’altitude) en direction du pont du Tram, traversant l’Ourthe. Le tramway a permis de désenclaver l'Ardenne et de lier de nombreuses localités au grand réseau ferré. La ville de la Roche-en-Ardenne se trouvait sur le terminus d'une ligne longeant l'Ourthe jusqu'à la gare de Melreux en passant par Rendeux et Hotton. Cette ligne, en tout temps fort fréquentée, notamment par les touristes qu’attirait la cité de La Roche-en-Ardenne, fut inaugurée en grande pompe le 9 octobre 1887. À la fin des années 1950, le tramway a été remplacé par des lignes de bus.

Si de l’autre côté de l’Ourthe, il ne nous reste plus qu’un kilomètre pour rejoindre le centre de La Roche-en-Ardenne, le début de ce tronçon sera le plus éprouvant de l’étape. Après avoir longé un camping, nous grimpons un sentier dans le versant boisé (12 % de dénivelé). Vers la crête, le chemin s’élargit et descend, sur l’autre versant, jusqu’à la N820 à l’entrée de la cité. Vers 16h30, nous retrouvons la seconde voiture (laissée là le matin) et terminons ainsi cette longue étape.

GR 14 entre Cielle et La Roche-en-Ardenne