Les Randos de Fred & Paul

Etape : Sedoz (Ninglinspo) → Polleur (23 km) réalisée en août 2019

Info : pour effectuer cette étape, nous avons pris le bus TEC 294 entre Polleur (Hôtel de la Hoëgne) et la gare de Verviers-Central, le bus TEC 727 entre la gare de Verviers-Central et Louveigné (Plein-Vent), le bus TEC 64 entre Louveigné (Plein-Vent) et Remouchamps (Grottes) et le bus TEC 142 entre Remouchamps (Grottes) et Nonceveux (Ninglinspo).

Afin de réaliser cette étape, en n’utilisant qu’une seule voiture, nous avons dû (comme indiqué ci-dessus) prendre quatre bus différents. Heureusement, tout s’est bien passé et 1h30 après notre départ de Polleur, nous étions à Sedoz pour continuer notre périple sur le GR 15.

Vers 9h15, nous entamons la première côte qui nous mène, en 3,5 km, de 174 à 407 mètres d’altitude ; cette ascension s’effectue en remontant d’abord le cours du Ninglinspo. Ce ruisseau dévale, sur près de trois kilomètres, un dénivelé de 238 mètres (pente moyenne 7,9 %), ce qui en fait l’un des seuls torrents de Belgique. Le Ninglinspo, en se faufilant entre de gros blocs de quartzite, donne naissance à de nombreuses cascades et des « cuves » ou « bains ». Le Ninglinspo, formé par les ruisseaux des Blanches Pierres et du Hornay, se jette dans l’Amblève. Le nom d'origine du ruisseau : le « Doulneux » rappelle que celui-ci est issu d'une aulnaie. Ce patronyme figure déjà en 647 dans une charte de Sigebert III, roi des Francs d'Austrasie, pour situer une frontière de son territoire. Nous parcourons ce site, inscrit au patrimoine exceptionnel de Wallonie, en empruntant de nombreux ponts et passerelles.

GR 15 : le Ninglinspo GR 15 : le Ninglinspo GR 15 : le Ninglinspo

Près du « Bain de Vénus », le tracé blanc et rouge s’éloigne du ruisseau et se dirige vers Vert-Buisson. C’est par un large chemin caillouteux que nous atteignons ce hameau situé à 417 mètres d’altitude, point culminant de l’étape. Vert-Buisson trouve son origine dans sa fonction : un relais routier sur la Vèquée (ou Vecquée) ; l’ancienne voie reliant la cité des princes-évêques (Liège) à l'abbaye de Stavelot. Le hameau se situait exactement à la frontière du marquisat de Franchimont et d'une « terre franche » farouchement monopolisée par un duché de Luxembourg jaloux de ses privilèges. Cette situation donnera naissance à quatre siècles de guerre : les « guerres de la Porallée », du nom de la terre franche.

GR 15 entre Sedoz et Vert-Buisson GR 15 entre Sedoz et Vert-Buisson

Nous prenons un chemin de terre, entre des haies vives, menant, après 800 mètres, à un croisement. C’est là que devrait aboutir la variante permettant de découvrir la charmille du Haut-Marais mais, nous ne trouvons aucune balise indiquant cet itinéraire ; le début de cette variante, situé dans le vallon du Ninglinspo, près du « Bain de Vénus », n’était pas renseigné non plus... Le GR 15 traverse, un peu plus loin, la N606 et descend ensuite, à travers bois, vers Winamplanche.

GR 15 entre Vert-Buisson et Winamplanche GR 15 entre Vert-Buisson et Winamplanche

Pour atteindre ce village, nous empruntons un sentier, très rocailleux, en lisière de prairies. À l’entrée de Winamplanche (255 mètres d’altitude), nous croisons le GR 5 avec qui nous ferons parcours commun jusqu’à Spa (7 km).

Winamplanche : jonction des GR 15 et GR 5

Winamplanche pourrait avoir vu le jour au Xe siècle. Aux XVe et XVIe siècles, le village était habité par des bucherons et des forgerons. En 1714, la première messe fut célébrée dans la chapelle nouvellement construite. L’église actuelle, achevée en 1859, est placé sous le patronage de Saint-André. Jadis, on venait à Winamplanche prier le saint paroissial pour qu’il protège la famille de la coqueluche.

Nous franchissons l’Eau Rouge et grimpons un étroit sentier rocailleux, fortement envahi par la végétation. Le ruisseau de l’Eau Rouge, aussi appelé ruisseau de Winamplanche, marque la limite entre les communes de Spa et de La Reid (Theux depuis 1977). Jusqu'à la fin de l’Ancien Régime, il indiquait la limite des bans de Spa et de Theux.

GR 15 entre Winamplanche et Spa, l'Eau Rouge

Après cette côte, assez raide, nous poursuivons l’ascension sur une route asphaltée, pendant 1,3 km. Ce tronçon n’est guère passionnant même s’il se déroule principalement à travers bois. Les deux GR contournent le village de Creppe en empruntant, entre les prairies, des chemins herbeux encaissés. Après avoir longé un centre équestre, nous pénétrons dans le bois de Mambaye où nous cheminons durant 1,5 km. Ce parcours s’effectue, sur de beaux sentiers, essentiellement le long du ruisseau du Vieux Spa. Nous trouvons, dans ce bois, un banc où effectuer, la pause de midi.

GR 15 entre Winamplanche et Spa GR 15 entre Winamplanche et Spa, bois de Mambaye

Nous franchissons le cours d’eau et suivons un chemin forestier grimpant de 316 à 347 mètres d’altitude. Le tracé blanc et rouge prend la « Promenade de Walque », jusqu’à la rue de Barisart et suit cette dernière sur une petite centaine de mètres. Nous montons une rue étroite et descendons ensuite, sur la N686, vers le centre de Spa.

Située aux confins du massif ardennais, la ville doit sa renommée à ses sources d'eau minérale déjà hautement appréciées par les Romains. Au XVIe siècle, la réputation des eaux favorise son développement. C’est ainsi que le tsar Pierre le Grand vient passer quelques semaines à Spa, en juin 1717, et cette cure d’eau minérale le guérit d’une maladie du foie. Dès le XVIIIe siècle, Spa devient le lieu de rendez-vous des têtes couronnées et des personnages illustres. L'empereur Joseph II la nomme « le Café de l’Europe ». Tout le monde y vient sous prétexte de cure, mais il s’agit surtout de s’y montrer et, de préférence, en bonne compagnie.

À cette époque, on ne prend pas de bains d’eau minérale, on l’ingurgite. Pour occuper tout ce beau monde, on organise toute une série de passe-temps agréables. L’ouverture des premiers véritables casinos d’Europe, la Redoute en 1764 et le Waux-Hall en 1770, marquent le destin de Spa, ville d’eau, de jeux et de divertissements. Par ailleurs, l’eau de source est déjà embouteillée et expédiée dans toute l’Europe. Au milieu du XIXe siècle, l’aristocratie fait place à la bourgeoisie, la villégiature remplace le séjour mondain et la balnéothérapie supplante la crénothérapie. L’urbanisme suit cette évolution et Spa se dote de l’infrastructure indispensable à une ville thermale digne de ce nom.

Au bord de la N62, nous nous séparons du GR 5 et pénétrons, de l’autre côté de l’axe routier, dans le Parc de Sept Heures. Aménagé en promenade publique en 1758, ce parc est ainsi nommé parce que les Bobelins (nom donné aux curistes de Spa) s’y promenaient en fin de journée. La Galerie Léopold II, réalisée en 1878, figure sur la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie. Constituée d’un long promenoir couvert, supporté par une centaine de colonnettes en fonte, elle relie les deux pavillons de briques dits des « Petits Jeux ».

GR 15 : Spa, galerie Léopold II

En empruntant d’abord des escaliers puis, un sentier en zigzag, nous montons vers les thermes de Spa (inauguré en 2004) ; ceux-ci se situent sur la colline de Spaloumont, aussi dénommée Anette et Lubin. S’il n’avait pas été en réparation, nous aurions pu grimper grâce au funiculaire. Entièrement automatisé, il relie la place royale au centre thermal une centaine de mètres plus haut. Une des cabines est réservée aux curistes ; l’autre est ouverte au public, moyennant le paiement d’1,50€ le billet aller. Le funiculaire, qui fonctionne plutôt comme ascenseur, termine sa course à l'intérieur même du centre thermal.

GR 15 entre Spa et Polleur

Nous pénétrons dans le bois de Staneu dans lequel nous allons progresser durant cinq kilomètres. C’est à l’entrée de ce massif forestier que le GR 15 rencontre le GR 573 : Vesdre et Hautes Fagnes. Ce sentier de grande randonnée sinue, au départ d’Angleur, le long de la Vesdre vers Pepinster, Verviers et Eupen. Il remonte ensuite la Helle et débouche dans les Hautes Fagnes où il suit la Hoëgne, au milieu des tourbières, jusqu’à Polleur. Il pénètre finalement dans la région de Theux avant de revenir, après 122 km, à Pepinster. Ce croisement, tout comme la variante en début d’étape, mériterait un meilleur balisage ! Par un large chemin caillouteux, nous descendons vers l’étang de Chawion alimenté par le ruisseau du même nom. Le cours du Chawion, environ 6 km, se passe presque exclusivement en milieu forestier.

GR 15 entre Spa et Polleur GR 15 entre Spa et Polleur, étang de Chawion

Au-delà de ce plan d’eau, le tracé blanc et rouge longe une réserve naturelle avant de monter, toujours à travers bois, de 267 à 363 mètres d’altitude. Ce parcours s’effectue tantôt sur d’étroits sentiers fortement encaissés, tantôt sur de larges chemins de terre. Arrivés au sommet, il ne nous reste plus qu’à descendre vers Polleur en passant sous l’imposant viaduc autoroutier. La construction de ce dernier a débuté en juin 1976 ; le tablier, d’une longueur totale de 464 m, se situe 45 mètres au-dessus de la Hoëgne.

GR 15 entre Spa et Polleur GR 15 entre Spa et Polleur, viaduc de Polleur

C’est sur un ancien pont que nous franchissons la Hoëgne. On ne connaît pas exactement la date de construction de ce pont qui se trouvait sur l’antique voie romaine allant de Trèves à Tongres. En moellons calcaires, le tablier du pont est construit en léger dos d’âne, au-dessus de deux arches en anse de panier. Ce pont a été reconstruit deux fois (en 1767 et en 1978) car les années l’ont abîmé des suites de très nombreux passages. Cet ouvrage est repris sur la liste du patrimoine wallon. De part et d’autre, sur les parapets, deux œuvres remarquables en bronze : un Christ, daté de 1767, et la Vierge à l’Enfant. Celle-ci fut volée dans les années 1990 et remplacée par une œuvre de Jacques Dubois.

GR 15 : Polleur, vieux pont

Près de l’église, nous croisons à nouveau le tracé du GR 573 : Vesdre et Hautes Fagnes avec qui nous ferons parcours commun durant 2,5 km (500 mètres aujourd’hui et la suite lors de la prochaine étape). L’édifice religieux, en moellons de grès et calcaire, est déjà mentionné au XIIe siècle comme chapelle dédiée à Notre-Dame et à Saint-Jacques. De style gothique, l'église aurait été construite sur les ruines d’un ancien temple ; des restes ayant été trouvés suite à des fouilles vers 1900. Le clocher unique en son genre, car tordu volontairement serait, selon la légende, le fait du diable lui-même qui, en colère, donna d’un coup de pied cette forme actuelle. Plus concrètement, ce clocher est l’œuvre des Compagnons du Tour de France qui ont développé cette technique probablement pour faire face aux caprices des vents.

Nous traversons le village de Polleur qui a emprunté son nom au cours d’eau qui le traverse, la Poleda, devenue aujourd’hui la Hoëgne. La localité s’est développée principalement sur la rive droite de la rivière. C’est au bord de la N640, près de la statue du Congrès de Polleur, que se termine cette étape. Ce monument commémore la réunion tenue par des délégués des divers bans de la région, en 1789, afin de rétablir les libertés et franchises du pays de Franchimont. Après plusieurs jours de réunions, le congrès a adopté le texte d’une « Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen », s’inspirant de la déclaration proclamée à l’assemblée nationale française peu de temps auparavant et ponctuée d’accents locaux. Le Congrès de Polleur jouera ainsi un rôle non négligeable dans la révolution liégeoise.

GR 15 : Polleur, église Saint-Jacques