Les Randos de Fred & Paul

Etape 6 : Spa → Stavelot (17 km) réalisée en mai 2018

Info : pour effectuer cette étape, nous avons pris le bus TEC 295 entre Stavelot (Ecoles) et Tiège (Charmille) puis, le bus TEC 294 jusqu'à Spa (Gare).

Il est environ 10h20 lorsque nous descendons du bus à la gare de Spa, là où nous avons terminé l’étape précédente. Nous empruntons la rue Alphonse Jacques et rejoignons, après 350 mètres, le tracé rouge et blanc. Nous descendons vers la place du Monument où nous nous séparons du GR 15 qui poursuit sa route vers Polleur et Eupen. Pendant un peu plus d’un kilomètre, nous progressons dans Spa.

Située aux confins du massif ardennais, la ville doit sa renommée à ses sources d'eau minérale déjà hautement appréciées par les Romains. Au XVIe siècle, la réputation des eaux favorise déjà son développement. C’est ainsi que le tsar Pierre le Grand vient passer quelques semaines à Spa en juin 1717 et cette cure d’eau minérale le guérit d’une maladie du foie. Dès le XVIIIe siècle, Spa devient le lieu de rendez-vous des têtes couronnées et des personnages illustres. L'empereur Joseph II la nomme « le Café de l’Europe ». Tout le monde y vient sous prétexte de cure, mais il s’agit surtout de s’y montrer et, de préférence, en bonne compagnie.

À cette époque, on ne prend pas de bains d’eau minérale, on l’ingurgite. Pour occuper tout ce beau monde, on organise tout une série de passe-temps agréables. L’ouverture des premiers véritables casinos d’Europe, la Redoute en 1764 et le Waux-Hall en 1770, marquent le destin de Spa, ville d’eaux, de jeux et de divertissements. Par ailleurs, l’eau de source est déjà embouteillée et expédiée dans toute l’Europe. Au milieu du XIXe siècle, l’aristocratie fait place à la bourgeoisie, la villégiature remplace le séjour mondain et la balnéothérapie supplante la crénothérapie. L’urbanisme suit cette évolution et Spa se dote de l’infrastructure indispensable à une ville thermale digne de ce nom.

Le Parc de Sept Heures, aménagé en promenade publique en 1758, est ainsi nommé parce que les Bobelins, nom donné aux curistes de Spa, s’y promenaient en fin de journée. La Galerie Léopold II, réalisée en 1878, figure sur la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie. Constituée d’un long promenoir couvert, supporté par une centaine de colonnettes en fonte, elle relie les deux pavillons de briques dits des « Petits Jeux ».

GR 5 : Spa, galerie Léopold II

L’ancien établissement des Bains, construit en 1867, marque l’essor des cures thermales. Ce bâtiment de style Renaissance française entraina une dépense de 1 500 000 francs belges, somme énorme pour l’époque. Son équipement d’avant-garde est imité dans plusieurs villes d’eaux européennes. De deux fontaines de marbre coulent l’eau de la source de la Reine et l’eau ferrugineuse de la source Marie-Henriette. En 2000, pour diverses raisons, on va délaisser les « anciens » bains pour la construction de nouveaux thermes, cette fois, sur la colline d’Annette et Lubin.

GR 5 : Spa, ancien établissement des Bains

Le Pouhon Pierre le Grand, construit en 1880, abrite la source la plus abondante ; naturellement gazeuse, elle est chargée en sel minéraux et riche en fer. Elle débite en moyenne 21 000 litres par jour. Peu avant son inauguration officielle, ce nouveau Pouhon reçu la visite du roi Léopold II et de son épouse Marie-Henriette. La présence régulière de la reine, son attachement à Spa (elle y vécu les sept dernières années de sa vie), renforça le prestige de la ville qui devint, avec Oostende, le phare touristique de la Belgique.

Nous quittons la N62 et montons la rue longeant l’église St-Remacle. Celle-ci a été construite en 1885, en style néo-roman rhénan, sur l'emplacement d'édifices antérieurs dont le premier date du début du XVe siècle. L’église est caractérisée par ses deux hautes tours carrées en façade et sa tour lanterne octogonale à la croisée du transept. C’est dans cette église qu’ont eu lieu, le 22 septembre 1902, les funérailles de la reine Marie-Henriette.

GR 5 : Spa, Pouhon Pierre le Grand

Plus haut dans cette rue, après avoir dépassé la gare de Spa-Géronstère, nous découvrons le Waux-Hall. Construit en 1770, c’était le lieu de rendez-vous mondain des aristocrates et des têtes couronnées européennes qui venaient s'y distraire après avoir « pris les eaux ». L'abolition des jeux de hasard en 1791 entraîna la transformation du Waux-Hall en hôpital militaire. Il sert ensuite successivement de lieu d'exposition, de bibliothèque, d'école primaire et d'orphelinat. Ce bâtiment est aujourd’hui le rare témoin architectural d’une des plus vieilles salles de jeux d’Europe. La Redoute a subi plusieurs incendies et l’actuel Casino de Spa, reconstruit en lieu et place, ne comprend malheureusement plus aucunes pièces originales de 1764.

GR 5 : Spa, Waux-Hall

Nous empruntons une petite rue qui, après une chapelle, devient un chemin de terre passant au milieu d’un bois. Par l’avenue de la Havette, nous arrivons au pied de la Picherotte ; toponyme très commun, désignant un ruisseau peu important. Cependant, ce cours d’eau était très important pour les manants de Spa car il alimentait le moulin banal, aujourd’hui disparu. Comme une promenade pittoresque a été créée, en 1849, le long de la partie supérieure du ruisseau, on lui donne en cet endroit le nom plus poétique de « ruisseau des artistes ». Sur environ un kilomètre, nous allons remonter le ruisseau et passer plusieurs fois d’une rive à l’autre grâce à des ponts en bois ; chacun portant le nom d’un artiste peintre.

GR 5 entre Spa et Berinzenne, ruisseau des Artistes

Après la traversée d’une route, nous passons à côté du « Pouhon Delcor » et poursuivons ensuite l’ascension sur de larges chemins forestiers. Après une ligne droite, d’environ 750 mètres, nous tournons vers la droite et suivons, toujours en montée, une autre voie rectiligne, sur 850 mètres.

GR 5 entre Spa et Berinzenne

Au terme de ce tronçon, nous pénétrons dans la fagne de Malchamps. L'endroit bénéficie de toutes les attentions car son sous-sol renferme la précieuse eau exploitée et commercialisée par la société « Spa Monopole ». Couvrant un peu plus de 330 hectares, cette fagne s'étend à mi-distance entre les localités de Spa et de Francorchamps, au cœur de la Haute Ardenne. Le paysage ouvert qui s'étend sous nos yeux, abrite une grande variété d'habitats : de la lande sèche à la tourbière, du bois clair de bouleaux au bas-marais. La fagne de Malchamps n'est pas une réserve naturelle et est, en principe, toujours accessible. Les habitats qu'elle abrite ainsi que plusieurs espèces d'oiseaux qui y vivent ont justifié son intégration au réseau écologique européen Natura 2000.

Le tracé rouge et blanc progresse, pendant 1,5 km, essentiellement sur des sentiers caillouteux ; par endroits on trouve aussi des caillebotis. Nous arrivons au pied de la tour de Berinzenne. Située à l’altitude de 570 m, cette tour, réalisée en mélèze, repose sur quatre colonnes en béton lissé. Le toit en ardoises naturelles, culmine à 24 m. Cette tour possède deux plates-formes de vision situées, l’une à 10 m de hauteur, l’autre à 22 m ; 86 marches mènent à cette dernière. Ces plates-formes débordent des colonnes de la tour afin de permettre une vue panoramique totalement dégagée.

GR 5 entre Spa et Berinzenne, fagne de Malchamps GR 5 entre Spa et Berinzenne, fagne de Malchamps

Nous sommes ici, à la tour de Berinzenne, au point culminant de l’étape... la ville de Spa se trouve 320 mètres plus bas ! Sur le mur d’enceinte, en pierres de la Warchenne, nous découvrons un panneau commémorant, en avril 2009, les cinquante ans des sentiers de grande randonnée en Belgique.

GR 5 entre Spa et Berinzenne, 50 ans des SGR

Après la pause de midi, nous franchissons la Vecquée ; un ancien chemin, mentionné pour la première fois dans un texte de 1569. La Vecquée formait la frontière territoriale entre le marquisat de Franchimont (possession du prince-évêque de Liège) et la principauté abbatiale de Stavelot-Malmedy. Elle était utilisée, comme voie de desserte locale et comme chemin d'exploitation, par la population autochtone pour desservir les terrains où se pratiquaient les nombreux droits d'usage. La Vecquée sépare deux bassin hydrauliques : au nord, la Vesdre et ses affluents (la Gileppe, la Hoëgne, le Wayai) et au sud, la vallée de l’Amblève et ses affluents (la Warche et le Roannay).

GR 5 entre Berinzenne et Ruy, la Vecquée

De l’autre côté de cette voie antique, nous descendons vers Andrimont (450 mètres d’altitude) en empruntant d’abord un chemin forestier, fort dégradé. Le tracé rouge et blanc traverse le hameau comprenant une vingtaine d'habitations (fermes, fermettes et maisons) principalement construites en moellons de grès dont certaines remontent au XVIIe siècle.

GR 5 entre Berinzenne et Ruy GR 5 entre Berinzenne et Ruy, Andrimont

Via des chemins caillouteux, nous atteignons le hameau de Ruy (308 mètres d’altitude) où nous franchissons le Roannay. Ce ruisseau prend sa source au nord de Francorchamps. Il forme rapidement une vallée encaissée, boisée et très peu habitée. Ensuite, la vallée prend un aspect plus bucolique et les pâturages succèdent aux espaces forestiers. Le Roannay traverse les hameaux de Ruy et de Moulin du Ruy avant de terminer son cours de 11 km dans l'Amblève, entre la cascade de Coo et le village de La Gleize.

GR 5 entre Ruy et Stavelot

Le GR 5 remonte ensuite vers Exbomont en suivant d’agréables sentes herbeuses, entre les prairies. À la sortie du hameau, nous continuons l’ascension en direction du lieu-dit « Les Grandes Fagnes » (500 mètres d’altitude). En chemin, nous profitons d’un beau point de vue sur l’autre versant de la vallée et notamment le hameau d’Andrimont, où nous étions il y a trois kilomètres.

GR 5 entre Ruy et Stavelot

Après un sentier forestier peu marqué, nous descendons, au milieu des résineux, sur de larges chemins rectilignes. Nous traversons une prairie et apercevons ensuite, caché dans la forêt, un gros rocher appelé « faix du diable » auquel est attachée une légende :

Le diable fâché de voir St-Remacle construire l’église de Stavelot se promit d’aller écraser cet édifice. Pour cela, il chargea sur son dos ce rocher colossal et s’achemina vers Stavelot. St-Remacle apprenant ce projet diabolique lui dépêcha un émissaire porteur d’une hotte remplie de vieux souliers. Aussitôt que le démon l’aperçut, il lui demanda si la route était encore longue pour arriver à destination. Jugez-en, lui répondit-il, j’en viens et j’ai usé toutes ces chaussures sur la route. Le diable blasphéma horriblement, laissa tomber son fardeau et disparut.

GR 5 entre Ruy et Stavelot GR 5 entre Ruy et Stavelot, Faix du diable

Nous rejoignons une petite route suivie brièvement et passons sous l’ancienne ligne de chemin de fer (Trois-Ponts - Waimes), transformée en RAVeL en 2010. Ce passage sous voie s’effectue dans un étroit tunnel où s'écoule le ruisseau : Hottonruy.

GR 5 entre Ruy et Stavelot, passagge sous le RAVeL

Peu après 15h, nous atteignons la N68, à l’entrée de Stavelot, et retrouvons la voiture laissée là le matin.