Les Randos de Fred & Paul

Etape 3 : Malmedy → Signal de Botrange (21 km) réalisée en mars 2018

Nous voici de retour à Malmedy, un peu plus de deux mois après la dernière étape. Le nom « Malmedy » proviendrait de l'expression « a malo mundarum » qui signifiait « en purifiant le lieu du mal ». La ville se développe dès 648 autour du monastère bénédictin érigé par St-Remacle. Le monastère est indissociable de son ancienne église abbatiale, aujourd’hui cathédrale. L’ancienne abbatiale a été détruite par le feu en 1689, comme le monastère, suite au passage des troupes de Louis XIV. En forme de croix latine, l’église actuelle fut construite entre 1776 et 1784. La façade est encadrée de deux tours à clocheton, dont l’une abrite le carillon. Dès 1795, après l’annexion de la principauté de Stavelot-Malmedy par la République française, elle servit pendant un temps d’écurie et de magasin de vivres pour les troupes d’occupation.

Placés sous la domination de la Prusse depuis le Traité de Vienne (1815), les cantons d'Eupen et Malmedy sont ré-annexés à la Belgique en 1920, suite au Traité de Versailles et à l'issue d'un référendum. Côté religieux, les cantons d'Eupen et Malmedy faisaient partie de l’archevêché de Cologne jusqu'au Traité de Versailles. En 1921, un diocèse d'Eupen - Malmedy est brièvement créé puis dissout en 1925 pour être rattaché au diocèse de Liège. L’église paroissiale se trouve ainsi promue, pendant 4 ans, au rang de cathédrale ; rang que les Malmédiens lui attribuent encore aujourd’hui. Consacrée à St-Pierre, St-Paul et St-Quirin, elle abrite la châsse contenant les reliques de St-Quirin.

GR 56 : cathédrâle de Malmedy

Après être passés devant la cathédrale, nous nous dirigeons vers le vieux pont sur la Warche. L’ouvrage, vraisemblablement en bois, est mentionné au début du XIIIe siècle. Le premier pont de pierre comportant sept arches fut construit entre 1619 et 1622. De graves défauts aux fondations débouchèrent sur sa nécessaire reconstruction en 1765. Le pont est flanqué d’une statue de St-Jean Népomucène. La vie, ou plutôt la mort, de ce saint homme est étroitement liée à ce type d'ouvrage. Il termina son existence dans le lit de la Vltava, précipité du haut du pont Charles à Prague, le 16 mai 1393.

Nommé aumônier à la cour de Wenceslas, roi de Pologne et empereur d’Allemagne, il s'attira le courroux de ce dernier en refusant de lui révéler le contenu de confessions intéressant le monarque. Après moult pressions, emprisonnements et autres séances de « questions », Wenceslas scella le sort du malheureux. St-Jean Népomucène fut canonisé en 1729, après quoi sa vie et sa légende se répandirent en Europe. Sa fin tragique le propulsa tout naturellement au titre de protecteur des ponts et, depuis, sa statue orne de nombreux ouvrages d'art.

GR 56 : Malmedy, vieux pont sur la Warche

De l’autre côté du pont, nous nous séparons du GR 14 : Sentier de l'Ardenne (balisage très sommaire) et grimpons la rue Outrelepont. Le chemin asphalté laisse place, après 600 mètres, à un chemin de terre, boueux, passant au milieu d’un bois. Presqu’au sommet de cette rude montée (de 334 à 492 mètres d’altitude), nous découvrons un monument érigé à la mémoire du poète Guglielmo Apollinare de Kostrowitzky, alias Guillaume Apollinaire, qui séjourna dans la région durant l'année 1899.

Apollinaire aimait se promener dans les Fagnes, si souvent sous la brume. Il a écrit un très beau poème sur la ville de Malmedy. Le monument formé d’une haute stèle en calcaire bouchardée porte le nom de Guillaume Apollinaire et la date de 1899. Autour, se trouvent de petites stèles portant chacune une partie de l’inscription suivante : « Soyez indulgents quand / vous nous comparez à / ceux qui furent la / perfection de l’ordre, / nous qui quêtons / partout l’aventure ».

GR 56 : Malmedy, monument Apollinaire

Peu après ce monument, à la sortie du bois, le parcours, à nouveau asphalté, oblique à droite dans le chemin Sur le Thier. 200 mètres plus loin, nous tournons à droite et descendons un chemin herbeux s’enfonçant dans le bois. À hauteur d’un crucifix, nous prenons une voie forestière sinuant à flanc de versant. Ce chemin devient un étroit sentier qui s’étire parallèlement à la crête.

GR 56 entre Malmedy et la Ferme Libert GR 56 entre Malmedy et la Ferme Libert

Nous passons ensuite à côté de l’ermitage de Bévercé, érigé en 1146, sous le règne du prince-abbé Henri de Mérode. Depuis lors, les ermites s’y sont succédé sans interruption. Le bâtiment actuel de 1742 a été restauré en 1925 et 1985, lors de son classement comme monument remarquable.

GR 56 : ermitage de Bévercé

Le tracé rouge et blanc se dirige à présent vers la ferme Libert qu’il atteint après avoir traversé une prairie aménagée en piste VTT (avec un remonte-pente !). Nous trouvons, à proximité de cet hôtel restaurant, un banc où nous installer pour la pause tartines. Nous empruntons brièvement une route asphaltée avant de retrouver une piste forestière. Celle-ci, à flanc de coteau, descend progressivement vers le ruisseau du Trô Maret.

GR 56 entre Malmedy et la Ferme Libert GR 56 entre la Ferme Libert et les Six Hêtres

Le chemin, à l’approche du cours d’eau, devient un sentier entravé de racines. Grâce à un pont de bois, nous traversons, au lieu-dit « Pouhon des Cuves », ce ruisseau qui prend sa source dans la Fagne du Sotay (620 mètres d’altitude) et suit la direction du sud. En pénétrant dans la forêt ardennaise, le Trô Maret se transforme en torrent et se faufile entre d'imposants blocs de quartzite et de grès formant nombre de cascades et de cuves comme le Pouhon des Cuves. Le ruisseau se jette en rive droite de la Warche, à Bévercé, à une altitude de 353 m.

GR 56 entre la Ferme Libert et les Six Hêtres, Trô Maret

Pendant 3,5 km, nous allons suivre ce cours d’eau pittoresque. Le sentier caillouteux monte lentement, et les quelques passages difficiles sont sécurisés par une corde en acier. En cette fin mars, certains tronçons sont encore gelés et nous obligent à redoubler de prudence.

GR 56 entre la Ferme Libert et les Six Hêtres, Trô Maret GR 56 entre la Ferme Libert et les Six Hêtres, Trô Maret

Nous traversons la route Hockai - Xhoffraix et continuons sur une petite sente. Cette dernière serpente, parfois sur des caillebotis, le long du Trô Maret, sur le flanc est de la fagne de Fraineu. Nous franchissons une dernière fois le ruisseau et longeons, grâce à des caillebotis récemment restaurés, la fagne de Fraineu (sur la gauche) puis la fagne du Setay (sur la droite). Après un passage un peu plus compliqué, car sans caillebotis, nous rejoignons une piste caillouteuse, suivie sur 300 mètres.

GR 56 entre la Ferme Libert et les Six Hêtres, Trô Maret GR 56 entre la Ferme Libert et les Six Hêtres, Fagne de Fraineu

Nous tournons, à droite, dans un coupe-feu et atteignons les « Six hêtres ». Perdus au milieu de la pessière, ce sont des vieux arbres qui abritaient jadis les bergers en cas d’intempéries. C’est peu après ces « Six hêtres » que nous croisons le tracé du GR 573 : Vesdre et Hautes Fagnes avec qui nous ferons parcours commun jusqu’à la fin de cette étape (8 km) et une partie de la suivante. Ce sentier de grande randonnée sinue, au départ d’Angleur, le long de la Vesdre vers Pepinster, Verviers et Eupen. Il remonte ensuite la Helle et débouche dans les Hautes Fagnes où il suit la Hoëgne, au milieu des tourbières, jusqu’à Polleur. Il pénètre finalement dans la région de Theux avant de revenir, après 122 km, à Pepinster.

Les deux GR sinuent à travers une sapinière puis, empruntent un chemin herbeux, quasi rectiligne, durant 2 km. Le sol étant encore partiellement gelé, nous pouvons cheminer plus facilement sur ce terrain d’habitude fort humide. Nous tournons, à gauche, et suivons un coupe-feu qui descend doucement vers le ruisseau de Polleur ; celui-ci deviendra un peu plus loin la Hoëgne.

GR 56 entre les Six Hêtres et le Signal de Botrange

Nous traversons et remontons le cours d’eau jusqu’à une petite route asphaltée. Nous prenons cette dernière sur une centaine de mètres et passons ainsi le « Pont de Bèleu ». Le tracé rouge et blanc abandonne l’asphalte pour un sentier qui longe, pendant 1 km, l'escarpement du Bèleu, un versant abrupt (le plus important du Haut Plateau fagnard) dominant, d'une hauteur de vingt mètres, le ruisseau de Polleur.

GR 56 entre les Six Hêtres et le Signal de Botrange

Nous abordons ensuite un parcours d’environ 2,5 km à travers la Fagne de Polleur (ou de la Poleûr). Celle-ci s’étend entre la Baraque Michel et Mont Rigi sur 54 hectares, à une altitude variant de 640 à 675 mètres. Depuis 1984, elle a le statut de réserve naturelle. Le paysage de cette fagne est le résultat de plusieurs siècles d’activités humaines (exploitation de la tourbe, fauchage, pâturage…) qui ont peu à peu transformé les zones boisées originelles en vastes étendues de landes.

Ce tronçon, jadis équipé de caillebotis, est aujourd’hui à 80 % un chemin caillouteux. Nous passons à proximité du Mont Rigi. Ce nom vient d'un des bourgmestres de Waimes qui avait attribué à certains endroits de sa commune le nom de lieux célèbres. Ainsi, le Rigi qui est le nom d’une montagne suisse située à proximité du lac des Quatre-Cantons. Quelques années après la fin de la construction de la route reliant Eupen à Malmedy, on créa au milieu des Hautes Fagnes, à l’embranchement de la route qui conduit à Robertville, une auberge destinée à offrir une possibilité de repos aux hommes (et à leurs montures) qui s’étaient aventurés sur ce chemin difficile.

GR 56 : Fagne de Polleur

Sur ce parcours, nous passons à côté du parc synoptique et météorologique de l’IRM. C’est le fils du fondateur de l’auberge du Mont Rigi qui commença, à la fin du XIXe siècle, à relever des données météorologiques comme les températures, les précipitations, la pression barométrique et la direction du vent. Sur la base de ces données et de celles collectées par d’autres stations météorologiques, on créa des bulletins météo qui furent affichés dans tous les bureaux de poste et bâtiments publics de Rhénanie.

GR 56 : station météo du Mont Rigi

En suivant les caillebotis, nous rejoignons la N68 (Eupen - Malmedy) que nous traversons. La fin de l’étape s’effectue en suivant, sur environ un kilomètre, un large coupe-feu. C’est par un sentier, en caillebotis, que nous atteignons le Signal de Botrange où se terminent cette belle journée et ce très beau parcours.

GR 56 entre les Six Hêtres et le Signal de Botrange

Après le Traité de Versailles, en 1919, la Belgique a reçu les cantons d'Eupen - Malmedy et leurs 33 000 ha de forêts, en compensation des destructions causées par les combats et les services allemands dans les forêts belges. En effet, pendant la guerre, 22 000 hectares de forêts belges ont été mis à mal tant par les destructions provoquées par les combats que par des exploitations abusives liées aux besoins militaires ou commerciaux des Allemands.

Au travers de l'annexion des cantons de l'Est, le royaume a reçu une compensation de ces dégâts et s'est ainsi agrandi par la même occasion de 1 050 kilomètres carrés, répartis sur 31 localités à l'est du pays. L'altitude maximale du territoire belge a ainsi été rehaussée de 20 mètres ! Alors que jusque-là, la Baraque Michel, du haut de ses 674 mètres, était le point culminant du pays, celui-ci a alors été détrôné par le Signal de Botrange, et ses 694 mètres d'altitude, lorsque cette partie de Prusse a été annexée à la Belgique. Si le Signal de Botrange est le point culminant de la Belgique, c’est aussi le point le plus haut du Benelux !

La première tour en bois érigée à l’époque prussienne en 1889 a été remplacée par la tour actuelle, haute de 24 m, construite en 1934. Un petit tertre, aménagé en 1923, a porté artificiellement l’altitude à 700 mètres. La « butte Baltia » porte le nom du général qui a gouverné les nouveaux territoires entre 1920 et 1925.