Les Randos de Fred & Paul

Etape 3 : Saive → Abbaye du Val-Dieu (23 km) réalisée en juillet 2017

C’est sous un ciel nuageux, mais avec une température agréable, que nous entamons cette troisième étape. Le village de Saive, dont l’existence est attestée depuis au moins le IXe siècle, comporte neufs hameaux ou quartiers. Nous sommes ici au Mousset dont l'étymologie serait : endroit où une rivière « pénètre » dans une autre (en wallon « mousse »). En effet, le hameau se situe, dans un vallon, au confluent du ruisseau Ste-Julienne et du ruisseau d'Évegnée.

Nous suivons le chemin de la Julienne qui se prolonge par un sentier bucolique. Au bout de ce dernier, nous découvrons un beau poteau indicateur du GR 5 (commun au GR 563 depuis Olne). Nous apprenons qu’en suivant ce tracé rouge et blanc, il nous faudra encore marcher 1632 km pour atteindre le Mont Blanc ; pour mettre nos pieds dans la Méditerranée, il nous reste 2115 km à parcourir...

GR 563 entre Saive et Barchon

Le hameau du Frise, où nous sommes à présent, est implanté le long du ruisseau Ste-Julienne. Ici, tout comme au Mousset, une foulerie utilisait la force motrice du cours d'eau pour « fouler » (rendre plus serré, plus fermé) des draps de serge (grosse laine abondamment produite notamment pour les tenues ecclésiastiques puis militaires). Le nom du ruisseau fait référence à Ste-Julienne de Cornillon (1192 - 1258), religieuse augustinienne et prieure du couvent du Mont-Cornillon, à Liège. Le cours d’eau prend sa source à Retinne (lieu de naissance de la Sainte) pour se jeter dans la Meuse à Argenteau.

Nous traversons le ruisseau et suivons brièvement la rue sur les Heids. Sur la droite, nous découvrons le site du Vieux Château. C’est au XIIIe siècle que l’on trouve la trace de l'existence du château dans un document écrit. On peut déduire que sa construction débuta sans doute un ou deux siècles auparavant, par l'érection du donjon suivi de la construction de la haute cour. La basse-cour et la ferme dateraient du XVe siècle au plus tôt.

Cet ensemble avait une importance stratégique considérable car situé en territoire Liégeois face au duché de Limbourg. Il gardait la vallée de la Julienne et les routes environnantes. Sa position permettait un contrôle visuel très étendu. La construction sur un épi rocheux dominant toute la vallée garantissait sa défense. Le donjon, haute tour de 10 m de côté sur 20 m de hauteur hors toiture, lui donnait un aspect de forteresse imprenable.

En 1692, la seigneurie de Saive sera vendue à Jean Ernest de Méan dont la famille se fera construire un nouveau château et délaissera l'ancien. Ainsi abandonné, le château tombera peu à peu en ruine. La toiture du donjon s'écroulera en 1895, victime de la foudre. En 2008, des bénévoles ont créé l'ASBL « Les Compagnons du Vieux Château » qui s'active depuis à sauvegarder et promouvoir les ruines.

GR 563 : vieux château de Saive

Nous suivons ensuite, durant 900 mètres, l’ancienne assiette du chemin de fer vicinal. C'est en 1895 que la société des chemins de fer vicinaux, créée peu de temps auparavant, entreprend la construction d'une ligne entre Liège et Barchon. Mise en service en 1898, elle sera ensuite prolongée jusque Fouron-le-Comte, via Dalhem. Cette liaison ferrée permettra, pendant de longues années, d'acheminer à Liège les produits des fermes mais aussi des armuriers locaux. La connexion au charbonnage de Trembleur permettra ensuite au charbon d'être à son tour acheminé par cette voie à Liège.

GR 563 entre Saive et Barchon

Après la traversée de la N642, nous empruntons un chemin de terre descendant, à travers bois, vers le ruisseau Ste-Julienne. C’est à la sortie de ce bois, juste avant de passer sous l’autoroute E40, que nous croisons le tracé du GR 57 : Sentiers de l'Ourthe. Ce sentier de grande randonnée, créé en 1966, remonte, au départ de Liège, le cours de cette rivière jusqu’au barrage de Nisramont. Il se divise ensuite en deux branches : une qui suit le cours de l’Ourthe occidentale jusqu’à Libramont ; une autre qui remonte le cours de l’Ourthe orientale vers Gouvy et se poursuit jusqu’à Diekirch, au Grand-Duché de Luxembourg. Il est regrettable que le croisement des GR ne soit pas mieux signalé !

Jonction du GR 563 et du GR 57

De l’autre côté de l’autoroute, le tracé rouge et blanc va, pendant trois kilomètres, progresser dans le vallon de la Julienne ; un beau parcours essentiellement forestier. C’est par un sentier très pentu (de 115 à 140 mètres d’altitude) que nous quittons la vallée pour rejoindre le village de St-Rémy.

GR 563 : vallée de la Julienne

Après un sentier entre deux clôtures, nous passons à côté du presbytère, dont le fronton armorié, daté de 1728, porte la devise « Recte et fortite ». Nous descendons la voie Marion jusqu’à la N604 que nous suivons sur une centaine de mètres, le long de l’église St-Rémy.

GR 563 : église de St-Rémy (Blegny)

Nous franchissons le ruisseau de Bolland et prenons la direction de Feneur. Le Bolland prend sa source près du centre de Herve. Il passe par le village de Bolland où, canalisé, il alimente les étangs du château. Il se jette dans la Berwinne, à Dalhem, après un parcours de 13 km. À Feneur, il alimentait trois moulins, dont un reste en activité. C’est via un chemin caillouteux, entre des prairies, que nous atteignons le centre du village dont le nom proviendrait de « Fenore » (bon foin), qui s’expliquerait par les prés fertiles le long du Bolland.

GR 563 entre St-Rémy et Feneur

Nous traversons la rue de Trembleur et prenons un chemin, qui semble privé, à côté de l’ancienne seigneurie. Nous franchissons deux barrières et, par une servitude, nous arrivons à l’entrée d’une ferme. Après avoir contourné l’exploitation agricole, nous montons le chemin de Tongres. Sur ce tronçon de 400 mètres, nous pouvons voir, sur la gauche, le village de Dalhem, que nous atteindrons dans 1,5 km.

GR 563 entre Feneur et Dalhem, ancienne seigneurie de Feneur GR 563 entre Feneur et Dalhem, vue sur Dalhem

Nous effectuons la pause de midi puis, nous empruntons l’ancienne assiette du chemin de fer vicinal (la même ligne que celle suivie en début d’étape). Un parcours bien agréable qui nous mène jusqu’à l’entrée du tunnel passant sous le centre historique de Dalhem. C’est à proximité de ce tunnel qu’a eu lieu, le 5 octobre 1991, une catastrophe ferroviaire. Ce jour-là, « Li Trimbleu », petit train touristique entre la mine de Blegny et Mortroux, déraille causant la mort de 7 personnes.

C’est par un escalier passant sous le « Wichet de la Rose » que nous arrivons au centre de Dalhem. Le terme « Wichet » est une altération du mot guichet, petite poterne dans une enceinte. Ce passage, restauré en 1920, le long des jardins en terrasses est encore utilisé comme liaison entre la partie basse et la partie haute de Dalhem.

GR 563 : Dalhem, Wichet de la Rose

Par la construction, en 1080, du château fort sur l’éperon rocheux dominant les vallées de la Berwinne et du Bolland, Dalhem devint le nom de la terre, puis celui du comté, qui jusque-là s’était appelé Fouron-le-Comte. Il semble que la construction de ce château se soit faite à la suite d’un partage du pays entre les princes de la maison de Luxembourg. De ce vieux château, il ne subsiste qu’un pan de mur haut de 14 m et long de 30 m.

Après avoir traversé la Berwinne, nous prenons un sentier, à travers les prairies, le long du cours d’eau. Les sources de la Berwinne se trouvent à proximité d’Henri-Chapelle. Durant son parcours de 25 km, jusqu'à son confluent avec la Meuse à Mouland, la rivière passe notamment au pied de l’abbaye du Val-Dieu.

GR 563 entre Dalhem et Mortroux

Nous atteignons la rue du Chafour où nous nous séparons du GR 5. Si, à partir d’ici, le balisage est supposé être exclusivement jaune et rouge, il reste cependant de nombreuses marques blanches et rouges... Le GR 563, dans son ancienne version, effectuait ici une boucle vers Berneau et Bombaye. Désormais, nous ne passons plus dans ces deux villages et prenons directement la direction de La Tombe. Dans ce hameau (faisant partie de Bombaye), on peut voir, au milieu d’un carrefour, une belle chapelle.

Jonction du GR 563 et du GR 5

En 562, Sigebert Ier, notre roi d'alors, livre bataille dans les plaines de la Meuse contre des hordes germaniques. Sur la tombe de ses guerriers, il fait élever un petit oratoire. Au VIIIe siècle, cet oratoire possédait le seul clocher digne d'être cité dans le Pays d'Outre-Meuse. Dans la seconde moitié du XVe siècle, le seigneur Oury Xhervel del Floxhe, propriétaire d'une grande ferme à La Tombe, fait construire au même emplacement une chapelle de style gothique, dite de la Ste-Croix. En 1613, un ermite habite la sacristie adjointe à la chapelle en attendant la construction d'un ermitage quelques années plus tard.

En 1645, la chapelle est complètement restaurée et prend l'aspect que nous connaissons encore aujourd'hui. Mais bientôt le comté de Dalhem est partagé entre protestants et catholiques. L'ermite doit abandonner son office car Bombaye devient hollandais. En 1762, la chapelle est restaurée. Beaucoup de pèlerins viennent alors y prier la Ste-Croix pour obtenir la délivrance des fièvres et autres maux. En 1795, les pèlerinages sont interdits ; la chapelle est fermée et vendue comme bien national. En 1899, l'ermitage est abattu, ce qui déstabilise quelque peu la chapelle. En 2000, la restauration qui revalorise ce bel édifice, au riche passé, s’achève.

GR 563 entre Dalhem et Mortroux, chapelle de La Tombe

Par un chemin herbeux, entre les terres cultivées, nous progressons vers la N627. De l’autre côté de cette grand-route, nous entamons la descente, toujours à travers champs, vers Mortroux. Nous traversons la N650 et la Berwinne pour atteindre le centre du village.

GR 563 entre Dalhem et Mortroux

Après être passés à côté de l’église, le tracé jaune et rouge se dirige, le long de prairies, vers le bois de Mortroux. Nous cheminons un peu plus d’un kilomètre, sous le couvert forestier, parallèlement au ruisseau d’Asse. Nous traversons le cours d’eau et progressons sur un étroit chemin, longeant les prairies, vers Asse.

GR 563 entre Mortroux et Val-Dieu GR 563 entre Mortroux et Val-Dieu

Dans le hameau, nous faisons presque demi-tour et traversons à nouveau le ruisseau d’Asse avant de grimper sur d’étroits sentiers envahis par la végétation. Au sommet, dans le hameau de Mauhin, à 214 mètres d’altitude (point culminant de l’étape), nous retrouvons l’asphalte. Nous cheminons, durant un kilomètre, sur de petites routes d’où nous profitons d’un beau panorama. Nous descendons, à travers les prairies, vers l’abbaye du Val-Dieu où nous terminons cette journée, autour d’une bonne bière.

GR 563 entre Mortroux et Val-Dieu, ruisseau d'Asse GR 563 entre Mortroux et Val-Dieu, descente vers l'abbaye

L’abbaye Notre-Dame du Val-Dieu a été fondée, en 1216, par des moines de l’abbaye de Hocht (près de Maastricht). Située à cheval sur le comté de Dalhem et le duché de Limbourg, la fondation du Val-Dieu sera le départ du défrichement qui donnera par la suite la physionomie si caractéristique du Pays de Herve.

L’abbaye atteignit son apogée dans la seconde moitié du XIIIe siècle et possédait alors un vaste domaine comprenant moulins, granges, maisons, vignes, fermes et terres faisant de l’abbé le plus riche propriétaire foncier de la région. Le monastère n’échappa à aucun conflit : luttes entre seigneurs féodaux, guerres de successions et de religion pour enfin connaitre la dispersion lors de la Révolution française.

GR 563 : abbaye du Val-Dieu

L’église, détruite ou incendiée à plusieurs reprises, sera à chaque fois reconstruite pour prendre la configuration actuelle qui reste, pour l’essentiel, conforme au plan cistercien initial. Les bâtiments abbatiaux remontent principalement aux XVIIe et XVIIIe siècles. Après la tourmente révolutionnaire, la restauration de l’abbaye et le retour de moines, au milieu du XIXe siècle, permirent au Val-Dieu de demeurer le seul site cistercien primitif encore en vie en Belgique dans ses bâtiments historiques.