Les Randos de Fred & Paul

Etape 5 : Sippenaeken → La Calamine (20 km) réalisée en août 2017

Nous voici de retour à Sippenaeken, un mois plus tard, pour effectuer cette nouvelle étape qui se déroulera presque totalement dans la commune de Plombières. Au départ de l’église St-Lambert, nous descendons, sur une petite route, vers un camping situé à deux pas de la frontière néerlandaise. Avant d’atteindre ce dernier, nous traversons la Gueule. Aujourd'hui, nous allons suivre à plusieurs reprises ce cours d’eau.

GRP 563 entre Sippenaeken et Plombières

La Gueule prend sa source près de Hauset, à proximité de la frontière belgo-allemande. Elle parcourt 20 km en Belgique et 38 km aux Pays-Bas, où elle se jette dans la Meuse, au nord-est de Maastricht. C’est le cours d'eau le plus rapide des Pays-Bas ce qui n'est pas étonnant quand on sait qu'elle descend de 238 mètres sur une très courte distance.

Après la traversée du camping, nous continuons, sur l’asphalte et longeons le golf de Mergelhof. 700 mètres plus loin, les balises jaunes et rouges, nous emmènent, vers un autre camping. C’est sur chemin semi caillouteux, le long de prairies alluviales, que nous progressons. Situées dans le lit majeur de la rivière, ces prairies sont des zones naturelles d’expansion des crues. Elles jouent ainsi un rôle important pour limiter l’impact des inondations en aval.

GRP 563 entre Sippenaeken et Plombières

Grâce à un portillon, le GRP 563, pénètre dans la réserve naturelle de la vallée de la Gueule. Celle-ci s'étend sur plus de 20 hectares et est composée de plusieurs blocs de parcelles très différents les uns des autres. Cette réserve présente un intérêt paysager exceptionnel où la succession d'habitats (haies vives, chemin creux, prairie naturelle, versant boisé, mares, saules têtard, berges et lit) en fait un véritable havre de paix pour une multitude d'espèces animales et végétales !

GRP 563 entre Sippenaeken et Plombières, vallée de la Gueule

Nous randonnons, au milieu des prairies, jusqu’à une passerelle permettant de traverser la Gueule. De l’autre côté du cours d’eau, nous sortons de la réserve naturelle et poursuivons, toujours à travers les pâtures. C’est en franchissant un échalier, face au cimetière de Plombières, que nous terminons cet agréable parcours d’environ 1,5 km.

GRP 563 entre Sippenaeken et Plombières

Nous effectuons une pause, devant l’église Notre-Dame de l’Assomption, construite en 1935. Cet édifice octogonal de style néo-byzantin est un chef d'œuvre d'élégance dont l'intérieur frappe par sa clarté.

GRP 563 : Plombières, église ND de l'Assomption

Près de l’église, un wagonnet de mine évoque le passé industriel de Plombières, qui s’appelait jadis « Bleiberg ». On extrait ici la pierre calaminaire depuis 1365. Au cours des siècles, l'exploitation de la mine connaîtra des hauts et des bas. Les périodes de chômage correspondront souvent aux périodes pendant lesquelles les eaux de la Gueule toute proche ou les eaux souterraines envahissent le site d'extraction.

Il faudra attendre le XIXe siècle pour voir se développer une véritable activité industrielle. Début 1825, le gouvernement néerlandais autorise les frères Cockerill à effectuer des recherches sur le site minier de Bleiberg. Le 23 juin 1825, ils obtiennent de la commune de Montzen, dont dépend alors le hameau de Bleiberg (Montagne de Plomb), la concession sur l'exploitation des gisements. En 1855, les mines de plomb et de zinc atteignent une superficie de 112 hectares. Cette étendue ne cessera de croître jusqu'en 1875 pour dépasser 1000 hectares.

Mais, Bleiberg souffre de l'absence de voies de communication. C'est ainsi qu'en 1869, l'état accorde à l'exploitant de la mine la concession pour la construction d'une ligne de chemin de fer entre Welkenraedt et la frontière prussienne. C’est à ce moment que débute la production de zinc brut en plaques, d'argent et de plomb en barre, tant à partir de minerais locaux que de minerais d'importation. La mine, qui comptera jusqu'à 364 personnes, arrêtera ses activités en 1922.

Depuis 1919, « Bleiberg » (nom jugé à consonance trop germanique à la fin de la Première Guerre mondiale) est devenu « Plombières ». En 1976, lors de la fusion des communes, la paroisse de Plombières est choisie afin d'éviter des querelles entre les communes de Gemmenich et Montzen. Plombières ne possédant pas de bâtiment propice à l'installation de locaux communaux, la maison communale sera installée, jusqu’en 2000, à Montzen.

GRP 563 : Plombières, wagon de mine

Le tracé jaune et rouge traverse la N608 et, après avoir suivi brièvement la N613, s’engage dans la rue du Casino. Nous allons, pendant 1,5 km, nous balader sur l’ancien site minier et découvrir notamment une grotte artificielle. Le problème principal du site était la rivière (la Gueule), dont les eaux s'infiltraient régulièrement dans les galeries, causant la mort d'ouvriers au fond. C'est pourquoi les frères Cockerill obtiennent, en 1861, l'autorisation de détourner la rivière. Un tunnel est donc creusé sous le rocher pour laisser passer la rivière. Nous contournons ensuite la « halde calaminaire », des pelouses qui renferment des plantes particulières liées à la présence de zinc et d’autres métaux lourds dans leur substrat.

GRP 563 entre Plombières et les Trois-Frontières

Nous poursuivons la randonnée en nous dirigeant vers le village de Gemmenich. Le parcours se déroule à présent principalement sur de petites routes au milieu des champs et prairies. Peu à peu, nous prenons de la hauteur en nous dirigeant vers le site des « Trois Frontières » situé à 322,5 mètres d’altitude. C’est près du cimetière de Gemmenich que nous trouvons un banc où nous installer pour la pause de midi.

GRP 563 entre Plombières et les Trois-Frontières

Le GRP 563 évite le centre du village et continue son ascension, sur l’asphalte, jusqu’à la N608. Nous traversons cette grand-route et retrouvons les chemins de terre. Le parcours, désormais à travers bois, progresse le long de la frontière néerlandaise où nous découvrons plusieurs anciennes bornes.

GRP 563 entre Plombières et les Trois-Frontières

Nous effectuons une pause, après cette longue ascension, au niveau de la borne marquée des trois lettres B (Belgique), D (Allemagne) et NL (Pays Bas). De 1830 à 1919, l'endroit était le point de rencontre de quatre territoires puisqu'il y avait aussi « Moresnet Neutre » (dont nous parlerons plus loin). La tour Baudouin surplombe le site, avec ses 50 mètres de haut. Un ascenseur conduit en quelques secondes les touristes sur un plateau panoramique où une vue exceptionnelle sur une partie de la Belgique, des Pays-Bas et de l'Allemagne s'offre à eux. C’est ici, aux « Trois Frontières », que se situe le point culminant des Pays-Bas à 322,5 mètres d’altitude.

GR 563P : les Trois-Frontières, Tour Baudouin GR 563P : les Trois-Frontières, point culminant des Pays-Bas

Le « Tour du Pays de Herve » croise ici un sentier de grande randonnée néerlandais : le Krijtlandpad. Ce circuit décrit, au départ de Maastricht, une boucle de 90 km, à travers le Limbourg hollandais. Si les couleurs du fléchage sont aussi le jaune et le rouge, les balises, en forme de flèche, permettent de ne pas se tromper d’itinéraire. Nous quittons le site des « Trois Frontières » en suivant, sur un kilomètre, un chemin goudronné, en léger faux plat, au milieu de la forêt.

Sur une centaine de mètres, le GRP 563 est ici associé au GR 128. Ce sentier de grande randonnée, d’environ 680 km (dont près de 470 en Flandre), permet de relier Wissant, dans le Pas-de-Calais, à Aachen.

GRP 563 entre les Trois-Frontières et Moresnet

Arrivés au point culminant de l’étape, à 347 mètres d’altitude, nous entamons une longue descente à travers le bois de Preuss. Sur ce tronçon, quasi rectiligne, nous traversons un territoire qui a existé de 1816 à 1919 : Moresnet Neutre.

GRP 563 entre les Trois-Frontières et Moresnet

Après la défaite de Napoléon Ier, en 1815, les alliés décidèrent de réorganiser l'Europe. Cependant, lors de la redéfinition des frontières, les gisements de minerai de zinc de la région provoquèrent un sérieux différend entre les Pays-Bas et la Prusse. La Prusse les veut pour ses usines de laiton et les Pays-Bas pour ses usines liégeoises de zinc. Une solution insolite fut trouvée pour résoudre cette question : on établit un territoire relevant d'une administration commune, donc un territoire « neutralisé », d'où le nom ultérieur de Moresnet Neutre.

Ce territoire avait une superficie de seulement 3,44 km2 et presque la forme triangulaire d'un morceau de tarte. En 1816, on comptait seulement 256 habitants mais, avec l'essor économique lié au développement de la mine, la population augmenta rapidement. L'exploitation du zinc se termina en 1895 ; deux ans plus tard, les habitants de Moresnet Neutre remirent une pétition demandant leur rattachement à la Belgique en cas de cessation du statut autonome. Par les accords du traité de Versailles de 1919, le territoire fut rattaché à la Belgique ; quelques bornes frontières subsistent encore. Une loi de 1919 donnera le nom de La Calamine à cette nouvelle commune belge.

GRP 563 : territoire de Moresnet Neutre

Juste avant un tunnel, passant sous la ligne de chemin de fer (Aachen - Tongres), le tracé rouge et jaune tourne à gauche pour emprunter un chemin empierré. Après la traversée d’un quartier résidentiel, nous suivons un agréable sentier en contrebas du talus de la même ligne ferroviaire. Nous arrivons ainsi face à l’imposant viaduc de Moresnet composé de 22 tabliers métalliques (mesurant 48 mètres et pesant environ 750 tonnes). Le viaduc de 1107 mètres supporte actuellement 70 % du trafic marchandises de la SNCB, ce qui représente 100 à 120 trains par jour, les deux sens confondus.

Afin de permettre le transport de troupes et de matériel militaire en direction du front des Flandres, sans passer par les Pays-Bas, les Allemands entreprirent, dès 1916, la construction de la ligne Aachen - Tongres via Montzen, dans laquelle le viaduc constituait un maillon important. Si les ingénieurs allemands en conçurent le projet et dirigèrent les travaux, la main d'œuvre était fournie par les milliers de prisonniers de guerre. Ces malheureux, loin de leur patrie, furent parqués dans des camps locaux et astreints aux travaux les plus pénibles et les plus dangereux. Une nourriture insuffisante et de mauvaises conditions d'hygiène rendirent leur situation encore plus misérable.

GRP 563 : viaduc de Moresnet

Le viaduc, arrivé intact entre les mains des Belges au lendemain de l'armistice, fut considéré comme réparation de guerre. Il contribua, au cours des années qui suivirent, à l'expansion commerciale du pays. Mais déjà la Seconde Guerre mondiale s'annonçait à l'horizon. Le 10 mai 1940, l'armée allemande envahissait la Belgique pour la seconde fois. Les Belges firent sauter le viaduc, le même jour vers 7 heures du matin, au nez et à la barbe des envahisseurs.

Rapidement reconstruit par les occupants, le viaduc fut continuellement parcouru par des patrouilles pour prévenir toute tentative de sabotage. La présence de cet ouvrage et la proximité de la grande gare de triage de Montzen constituaient une menace permanente pour les villages voisins. L'armée allemande en retraite fit sauter le viaduc au début du mois de septembre 1944, quelques jours avant l'entrée des Américains à Moresnet. Près de cinq ans furent nécessaires pour réparer les dommages.

GRP 563 : viaduc de Moresnet

Nous passons sous le viaduc et entrons dans Moresnet. Sur la place du village, nous découvrons l’église St-Remy (construite en 1645 et agrandie en 1864) ainsi que le musée du terroir. Etabli dans l’ancienne maréchalerie, datant de 1638, ce musée propose une exposition permanente sur l’histoire du viaduc ferroviaire.

GRP 563 : Moresnet, ancienne maréchalerie

Nous traversons la Gueule et, par la rue de la Foulerie, nous quittons Moresnet. La petite route passe sous le viaduc et rejoint, un peu plus loin, l’assiette d’une ancienne ligne ferroviaire. Cette voie de liaison, entre Moresnet et La Calamine, a été inaugurée en mars 1871 et désaffectée en 1952. Après 1,4 km sur ce parcours, en parallèle à la rivière, nous atteignons la N3 à l’entrée de La Calamine. C’est près d’un ancien wagon, ayant circulé sur cette ligne, que nous terminons cette étape.

GRP 563 entre Moresnet et La Calamine