Les Randos de Fred & Paul

Etape 2 : Aywaille → Stoumont (21 km) réalisée en août 2016

Info : pour effectuer cette étape, nous avons pris le bus TEC 142 entre l'église de Stoumont et la gare d'Aywaille.

L’histoire d’Aywaille a toujours été étroitement liée à l’Amblève et par conséquent aux différents ponts qui, au fil des siècles, l’ont franchie. L’appellation « Aywaille » tire probablement son origine du wallon : « êye » signifiant eau et « wayî » signifiant passer à gué. Il est avéré que c’est à cet endroit de la vallée qu'autrefois on traversait l'Amblève à gué. Les Romains l’appelaient « Aqualia » (lieu humide et fangeux) qui donna naissance au nom des habitants : les Aqualiens.

Depuis la gare d’Aywaille, nous devons marcher environ 500 mètres et franchir le pont sur l’Amblève afin de retrouver les balises blanches et rouges. Pendant 8 km, nous cheminerons en compagnie du GR 15. Ce sentier de grande randonnée, de près de 200 km, relie Monschau (Montjoie), en Allemagne, à Martelange, à la frontière luxembourgeoise. Il passe notamment par Eupen, Spa, Aywaille, Houffalize et Bastogne.

Nous empruntons brièvement la rue de la Heid avant de prendre, sur la gauche, un sentier montant à travers bois ; en un kilomètre, nous passons de 150 à 235 mètres d’altitude. Durant cette ascension, nous découvrons le monument commémorant la libération d’Aywaille, le 9 septembre 1944, par l’armée américaine et la Résistance.

GR 571 entre Aywaille et Remouchamps GR 571 entre Aywaille et Remouchamps, monument commémorant la libération d’Aywaille

À la sortie du bois, nous suivons un chemin empierré longeant la réserve naturelle de la « Heid des Gattes ». Celle-ci appartient à la commune d'Aywaille et est administrée par l'ASBL « Ardenne et Gaume ». Ce massif, de près de cinquante hectares, longe la rive droite de l'Amblève entre Aywaille et Remouchamps. Comme le souligne son nom wallon, cette colline boisée est parcourue par un troupeau de chèvres sauvages. La falaise qui s'élève presque verticalement à 55 mètres au-dessus de la rivière est entourée par les carrières de la Falize et du Goiveux. C'est sa flore exceptionnelle qui fait la réputation internationale de cette falaise. Des plantes très rares mais surtout des associations végétales inédites poussent sur un grès à ciment calcaire finement stratifié exposé plein sud.

GR 571 entre Aywaille et Remouchamps

À la suite d’un petit tronçon asphalté, nous prenons un sentier herbeux descendant vers un bois. Depuis le belvédère Walter Fostier (243 mètres d’altitude), où nous effectuons une première pause, nous profitons d’un beau panorama sur Remouchamps, la vallée de l’Amblève et le viaduc de l’autoroute E25 (sous lequel nous passerons plus tard).

GR 571 entre Aywaille et Remouchamps, belvédère Walter Fostier GR 571 entre Aywaille et Remouchamps, vue depuis le belvédère Walter Fostier

Nous entamons ensuite la descente vers Sougné. Celle-ci s’effectue d’abord sur des chemins rocailleux à travers bois puis, sur l’asphalte. Avant le passage sous la N633d, nous laissons partir à gauche une route qui n’est autre que la célèbre Côte de la Redoute. Cette côte, sur le parcours de la doyenne des courses cyclistes : Liège - Bastogne - Liège, d'une longueur de 1,7 km a un dénivelé de 161 m passant de 131 à 292 mètres d’altitude au sommet ; elle a un pourcentage moyen de 9,5 % et un pourcentage maximum de 20 %. Cette côte doit son nom à une « redoute » de la bataille de Sprimont qui se déroula le 18 septembre 1794 et opposa les troupes républicaines françaises aux troupes impériales autrichiennes. Une redoute est un ouvrage fortifié isolé, fermé et de forme carrée, destiné à ne fournir qu’une résistance limitée dans le temps.

GR 571 entre Aywaille et Remouchamps Côte de la Redoute

Sur la droite, nous découvrons les rochers de la réserve naturelle de la « Heid des Gattes » où nous étions tout à l’heure.

GR 571 entre Aywaille et Remouchamps, Heid des Gattes

Nous atteignons Sougné que nous traversons pour rejoindre les rives de l’Amblève. Le village a gardé un caractère ancien par la présence de ses rues étroites, bordées de vieilles maisons en pierre du pays, qui serpentent autour de l’église. Cette dernière, consacrée à l'Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, est entourée d’un ancien cimetière et précédée, devant le porche, de deux beaux marronniers.

La tour carrée, construite en moellons de calcaire en 1230, est la seule partie de l'église primitive qui subsiste encore actuellement. En prolongement de la tour, l’église actuelle date de 1739. L’intérieur se présente sous la forme d’un vaisseau à nef unique. Il est éclairé par 12 verrières qui étaient jadis ornées de vitraux mais cinq d'entre eux, situés sur la façade sud, ont été pulvérisés lors de la destruction du pont de Sougné, le 10 mai 1940 ; ils n'ont jamais été remplacés.

GR 571 : Remouchamps, église de Sougné

Près de l’église, au bord de l’Amblève, nous découvrons deux panneaux évoquant des légendes locales : « Le passeur d’eau de Sougnez » et « Le dernier Sottai de la grotte de Remouchamps ».

Légende du Passeur d'eau de Sougnez

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Légende du Dernier Sottai de la grotte de Remouchamps

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Un peu plus loin, nous passons devant l’entrée des grottes de Remouchamps. Ces grottes, qui servirent d’abri aux chasseurs du paléolithique il y a 8000 ans, ont été découvertes en 1828 et sont visitées depuis 1912. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les grottes ont servi de refuge aux Remoucastriens. Les grottes se sont formées dans le calcaire, il y a plus d'un million d'années, par la présence d'une rivière souterraine, le Rubicon. Cette petite rivière provient du vallon des chantoirs, entre Louveigné et Deigné, où elle s'engouffre sous terre pour ne réapparaître que quelques mètres avant son confluent avec l'Amblève.

Grottes de Remouchamps

À l’intérieur des grottes (visitées en 2013) on découvre successivement, au fil d'un parcours pédestre de 800 mètres : la galerie du précipice qui est la salle d'entrée, la salle des ruines et son bloc suspendu d'une quarantaine de tonnes, la grande draperie d'une hauteur de 7 mètres formée par l'eau de pluie se transformant en dépôts cristallins, la salle de la Vierge et sa stalagmite, la grande galerie et enfin la cathédrale, haute de 40 mètres et profonde de 100 mètres.

Grottes de Remouchamps

Par une arche naturelle, on accède à la rivière où la visite se poursuit en barque à fond plat. Au milieu du Rubicon, se dresse le palmier, étrange et magnifique colonne formée par la jonction d'une stalactite et d'une stalagmite. La navigation est tranquille mais le plafond s'abaisse par endroits. Par un ancien siphon agrandi, on accède au débarcadère au terme d'une navigation souterraine de 700 mètres, soit la plus longue au monde.

Après la traversée de la N666, nous laissons le GR 575-576 : À travers le Condroz, qui nous accompagnait depuis 400 mètres (à l’entrée de Remouchamps), grimper vers la gauche en direction de Deigné et Sprimont. Nous poursuivons notre parcours, avec le GR 15, dans la rue de Spa et passons ainsi sous le viaduc de l’autoroute E25.

Juste après le viaduc, nous tournons à droite dans le Thier de Nonceveux ; en 500 mètres, nous grimpons de 164 à 236 mètres d’altitude. À la suite de cette rude montée, le tracé blanc et rouge continue, pendant 1 km sur un chemin asphalté, entre les prairies. Nous entrons ensuite dans le bois et descendons en direction du hameau de Sedoz et de la N633.

GR 571 entre Remouchamps et Sedoz

C’est ici, à Sedoz, que le GR 15 nous quitte pour partir à la découverte de la vallée du Ninglinspo avant de se diriger vers Spa. Nous devons être bien attentifs et continuer dans la bonne direction car, nous sommes aussi à l’endroit où notre GR terminera la grande boucle qu’il va maintenant débuter ! À noter, en plus des tracés blancs et rouges, les nombreuses promenades locales qui sillonnent les environs.

GR 571 entre Sedoz et Stoumont, séparation des GR 571 et 15

Le GR 571, à présent seul, suit la N633 sur 600 mètres puis emprunte une petite route passant sous la ligne de chemin de fer. Après les dernières habitations, nous poursuivons, au milieu d'une végétation luxuriante, sur un sentier longeant l’Amblève sur environ 1 km. C’est au début de ce sentier que nous trouvons un banc où nous installer pour manger nos tartines.

GR 571 entre Sedoz et Stoumont, sentier du Fonds de Quarreux

Nous cheminons à présent dans les « Fonds de Quarreux », un site classé au Patrimoine exceptionnel de Wallonie depuis 1970. La balade révèle de mystérieux rochers arrondis dans le lit de l’Amblève, défiant immuablement le temps malgré leur lutte séculaire avec la rivière. La légende (à lire un peu plus bas) raconte que ces pierres de quartzites sont le fruit d’un pacte passé entre Hubert Chefneux, meunier du Fonds de Quarreux, et le Diable. Les amateurs de géologie préféreront cependant l’explication scientifique : très résistant et quasi inaltérable à l’érosion, le quartzite, contrairement aux pierres schisteuses, n’a pas été altéré par le travail de l’Amblève creusant son lit.

GR 571 entre Sedoz et Stoumont, Fonds de Quarreux

Légende du Meunier du Fonds de Quarreux

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Arrivés à l’entrée d’un camping, nous quittons le cours de l’Amblève pour entamer une longue ascension : nous allons grimper pendant six kilomètres et ainsi passer de 180 à 571 mètres d’altitude !

C’est le long du vallon de la Chefna que commence cette montée. La Chefna est un ruisseau moins connu et un peu moins spectaculaire que le Ninglinspo mais tout aussi beau, plus sauvage et beaucoup moins fréquenté. Il vient de Ville-au-Bois et descend vers le hameau de Quarreux pour se jeter dans l'Amblève en amont des Fonds de Quarreux. La Chefna marque la limite entre les communes d'Aywaille et de Stoumont et jadis entre le duché de Luxembourg et la principauté de Stavelot-Malmedy.

Le sentier franchit, à plusieurs reprises, le ruisseau grâce à des ponceaux faits de troncs d’arbres sciés en long. Parfois il y a des mains courantes mais, le plus souvent il faut jouer les équilibristes. Pour compliquer encore un peu plus le périple, par endroits, des arbres ont été déracinés emportant avec eux le sentier...

GR 571 entre Sedoz et Stoumont, Vallon de la Chefna GR 571 entre Sedoz et Stoumont, Vallon de la Chefna

Malgré la beauté du site, nous sommes contents lorsque le GR 571 rejoint un chemin forestier sur lequel l’ascension se poursuit. De temps à autre, le tracé blanc et rouge quitte le bois pour cheminer entre les bruyères et les fougères. Au terme de ce parcours de 4,5 km, nous gagnons le hameau de Ville-au-Bois où nous retrouvons l’asphalte.

GR 571 entre Sedoz et Stoumont

Cette route rejoint, après 700 mètres, la N606 que nous suivons brièvement avant de prendre, à gauche, un large chemin herbeux. Nous sommes, au début de ce chemin, au croisement de deux très anciennes voies de communication : la voie de la Porallée et la Vecquée. La voie de la Porallée est une large allée rectiligne d’environ 7 km, jalonnée de neuf anciennes bornes, qui était la frontière orientale d’un territoire dénommé Porallée. Ce chemin marque aujourd'hui la limite communale entre Aywaille et Theux.

Située le long de la vallée de l'Amblève, la Porallée faisait partie des duchés de Limbourg et de Luxembourg. Dans la Porallée « pour aller », les habitants pouvaient aller et venir à leur gré d'un duché à l'autre sans payer de taxe ni de dîme. Dans cette zone franche, ils avaient la possibilité de cultiver un champ, de mettre du bétail en pâture, de prélever du bois de chauffage et de pêcher dans l'Amblève. Toutefois, il leur était interdit d’y bâtir ou d'y ériger une construction.

GR 571 entre Sedoz et Stoumont, Bornes de la Porallée

Nous progressons pendant 1,5 km sur la Vecquée dans un environnement faisant penser aux fagnes. Le premier document citant la Vecquée date de 1569. Elle formait la frontière territoriale entre le marquisat de Franchimont (possession du prince-évêque de Liège) et la principauté abbatiale de Stavelot-Malmedy. Elle était utilisée, comme voie de desserte locale et comme chemin d'exploitation, par la population autochtone pour desservir les terrains où se pratiquaient les nombreux droits d'usage.

GR 571 entre Sedoz et Stoumont, la Vecquée

Lorsque le chemin devient, enfin, horizontal nous le quittons pour un sentier revenant sous le couvert forestier, ce qui n’est pas pour nous déplaire car il fait très chaud. Nous passons à côté de la croix Honnay, qui se situe au point le plus élevé de cette étape à 571 mètres d’altitude.

GR 571 entre Sedoz et Stoumont, croix Honnay

Sur un chemin empierré, nous entamons la descente vers le hameau de Monthouet puis, vers Stoumont, situé 2 km plus loin. Il est un peu plus de 16h lorsque nous parvenons au pied de l’église de Stoumont où se termine cette seconde étape.