Les Randos de Fred & Paul

Etape 5 : Vielsalm → Gouvy (16 km) réalisée en septembre 2016

Info : pour effectuer cette étape, nous avons pris le train entre les gares de Gouvy et de Vielsalm.

Quelques mots sur Vielsalm avant de débuter le résumé de cette étape...

Le mot salm viendrait du celtique salwa (noir, brouillé). À moins que ce nom provienne de l'allemand Salm « saumon », ce qui expliquerait les armoiries de l'ancienne maison de Salm et de la commune actuelle. Au Xe siècle, le château des comtes de Salm, s’érigeait fièrement à Vielsalm, face à l’église actuelle. Il fut cependant détruit lors d’une attaque (en effet, de nombreuses guerres sévissaient alors entre seigneurs de l’époque). Les comtes de Salm firent reconstruire un autre château à Salmchâteau sur un promontoire rocheux. L’ancien bourg fut dès lors dénommé la « vieille » Salm (Vielsalm), tandis que la « nouvelle » Salm devint Salmchâteau.

GR 571 : vue sur Vielsalm

Un nez crochu, des dents peu blanches ou manquantes, des cheveux gris filandreux, des tissus amples et sombres dissimulant un corps encore plus difforme que le visage, voilà le portrait typique d'une macralle. Les plus connues en Belgique sont les macralles de Vielsalm dont voici la légende...

Il y a bien longtemps, au début du printemps, de jeunes habitants de Vielsalm partirent à la recherche de myrtilles dans la forêt de Bonalfa. Leur recherche fut loin d'être fructueuse car l'hiver avait été rude. Au bout de plusieurs heures, ils préférèrent rentrer plutôt que de chercher des baies inexistantes. Sur le chemin du retour, le groupe croisa Gustine Maka, une macralle. Elle portait un panier rempli de myrtilles à son bras ! Devant leurs regards surpris, la vieille femme leur dit, un sourire en coin, « Vîno beure on p'tit henna è magnî do tchatcha » : venez boire un verre de genièvre et manger du « tchatcha » (sorte de nectar fait de myrtilles fraîches écrasées). La gourmandise fut plus forte que la raison et tous se laissèrent tenter. Mal leur en pris, ils furent transformés en macralles. Ils possédèrent dès lors tous les pouvoirs de sorcellerie possibles.

Chaque 20 juillet et durant 24 heures, les « Neurès Bièsses » (les macralles) prennent symboliquement possession de la clef de la ville, et se rassemblent sur les rochers du Tiennemesse pour y tenir leur Sabbat en présence de leur maître, le « Neûr Bo » (le bouc noir), qui n'est autre que le Diable. Cette cérémonie attire chaque année de nombreux spectateurs. Les macralles s'y vantent, dans le patois local, de leurs activités néfastes perpétrées au cours de l'année, dont les cibles sont très diverses. Les « Neurès Bièsses » profitent également de ce spectacle son et lumière pour introniser certaines personnalités et leur conférer ainsi le titre de « Baron des Frambâches ».

GR 571 : les Macralles de Vielsalm

Depuis la gare de Vielsalm (367 mètres d’altitude), nous devons marcher un kilomètre afin de retrouver les balises blanches et rouges. Nous montons, à travers la campagne, en direction de la forêt « Le Bonalfa ». L’ascension, parfois raide, se poursuit dans le massif forestier jusqu’à atteindre 526 mètres d’altitude ! Au sommet, nous nous engageons dans un sentier, entre chênes et épicéas. C’est par ce sentier que nous descendons vers Salmchâteau.

GR 571 entre Vielsalm et Salmchâteau GR 571 entre Vielsalm et Salmchâteau

Le topo-guide nous informe que dans cette descente, nous devons faire très attention. En effet, à plusieurs endroits se trouvent, envahis par la végétation, les bosses et fosses des anciens trous d’exploitation de coticule. La région située entre la Baraque de Fraiture et Salmchâteau est d'un très grand intérêt géologique. On y rencontre le coticule, cette roche très particulière que l'on trouve dans des schistes d'environ 480 millions d'années. Ce schiste métamorphique contient une infinité de cristaux microscopiques de grenats qui lui donnent une dureté apte à user l'acier et lui permettent d'affiler les lames tranchantes les plus fines ; d’où le nom plus commun de « pierre à rasoir ».

Des documents attestent que des carrières étaient en activité au début du XVIe siècle. C'est au cours des XIXe et XXe siècles que cette pierre fut vendue dans le monde entier. En 1922, on recensait 22 sites d’exploitation qui occupaient plusieurs centaines d’ouvriers. Le coticule fut peu à peu détrôné par les pierres synthétiques. Les puits d'extraction et les ateliers disparurent les uns après les autres. Le musée du Coticule à Salmchâteau est la mémoire vivante d'un des derniers ateliers de façonnage construit en 1923 et qui cessa son activité en 1955.

GR 571 : le coticule de Vielsalm

Avant d’atteindre le centre de Salmchâteau, nous contournons l’ancien château des comtes de Salm. Ce château fait aujourd’hui partie d'un domaine privé, non accessible au public. Il est cependant ouvert à certaines occasions telles les Journées du Patrimoine. Seules les deux tours médiévales de l'entrée ont été conservées. À l'origine, elles étaient certainement précédées d'un fossé, actuellement remblayé, que l'on franchissait par un pont-levis.

Construit par les comtes de Salm à cet emplacement entre 1307 et 1362, le château remplaça un premier château construit à Vielsalm. Au cours des siècles, l’édifice fut abîmé, incendié et restauré à de nombreuses reprises. Son destin sera définitivement et tristement scellé à la fin du XVIIIe siècle. Il sera en effet démantelé par les ferrailleurs, brocanteurs et entrepreneurs du moment. Avant le XVIIe siècle, on sait peu de choses à son sujet, sinon que les comtes n'y résident que très rarement. Les caves des tours du château servirent également de cachot pour les criminels, voleurs et personnes accusées de sorcellerie. C'est pour cette raison que le château a longtemps gardé le nom de « vieille prison ».

GR 571 : château des comtes de Salm à Salmchâteau

Nous effectuons une petite pause, à côté du pont Madeleine, au bord de la Salm. Un panneau d’information nous apprend qu’en 1862, Victor Hugo s’est arrêté à Salmchâteau. L’écrivain français a immortalisé l’un des plus beaux endroits du village : le pont Madeleine avec les ruines du château des comtes de Salm, en arrière-plan. Son croquis a été publié dans un livre édité par le musée du Louvre à Paris. Dans le village, on peut effectuer une promenade de 7 km ponctuée d'une dizaine de panneaux, en français et néerlandais, reprenant des citations de Victor Hugo.

GR 571 : pont Madeleine à Salmchâteau

Le GR 571 longe l’église St-Servais avant de traverser la N68 et le chemin de fer. Un peu plus loin, nous entamons la seconde montée de la journée. Cette ascension se fait, à travers bois, sur un chemin caillouteux jalonné par les stations d’un chemin de croix. Au sommet, notre continuons, pendant deux kilomètres, dans la forêt.

GR 571 entre Salmchâteau et Cierreux GR 571 entre Salmchâteau et Cierreux

Peu après la sortie du bois, nous rejoignons une route asphaltée et passons devant une chapelle dédiée à St-Roch. Celle-ci fut reconstruite, en 1953, sur l’emplacement d’une ancienne chapelle datant, selon la tradition, de 1636, année où la peste frappa durement la population. Nous profitons d’un banc pour nous reposer quelques instants. Après être passé devant l’église de Cierreux, nous progressons durant 2,5 km au milieu des prairies. A la suite de ce tronçon campagnard, nous suivons un large chemin empierré à travers la forêt.

GR 571 : chapelle St-Roch à Cierreux GR 571 entre Cierreux et Gouvy

Le tracé rouge et blanc descend jusqu’au fond du vallon où coule le Glain... et non la Salm ! Avant la création du comté de Salm existait le domaine de Glain. Tout naturellement, ce puissant domaine donna son nom au cours d'eau qui y prend sa source : le Glain. Au fil des années, ce domaine perdit sa puissance et fut rapidement effacé par le développement du comté de Salm. Les habitants en aval du comté ont progressivement remplacé le nom « Glain » par « Salm » pour désigner la provenance de cette rivière. Un cartographe commis l'erreur de dénomination en remplaçant le Glain par la Salm ; cette erreur persiste encore sur nos cartes actuelles.

Comme il est déjà midi, nous cherchons un endroit sympa pour la pause pique-nique. Ayant lu dans le topo-guide qu’il existe (à 300 mètres hors GR) une chapelle, nous décidons de tenter notre chance. Nous grimpons, le long d’un chemin de croix, vers la butte St-Martin. Là-haut, devant la chapelle, nous trouvons deux bancs où nous installer.

GR 571 : chapelle ND des Malades et St-Martin (Bovigny)

Cette région, d’abord occupée par les Romains puis par les Mérovingiens et les Carolingiens, devint un centre important. En octobre 814, la villa de Glain est citée dans un diplôme de Louis le Pieux confirmant les droits de l’abbaye de Stavelot dans ses possessions. Comme ces droits avaient déjà été accordés par ses prédécesseurs, on peut légitimement penser que la chapelle de Glain existait au milieu du VIIIe siècle. Cette chapelle sera mentionnée pour la dernière fois en 950. Succédant à cet oratoire, dont on ignore presque tout, apparait vers le IXe siècle, un bâtiment rectangulaire sans tour. Ses murs, d’une épaisseur d’un mètre environ, sont constitués de plaques de schiste et de moellons de grès.

Au XIe - XIIe siècle, cet édifice devient l’église romane du Mont-St-Martin. Vers le XIVe siècle, des calamités de toutes sortes touchèrent la région et provoquèrent l’abandon de plusieurs hameaux. Progressivement, l’église est aussi abandonnée et tombe en ruine en dépit de divers travaux de réfection et d’entretien. Si « St-Martin » subsiste encore aujourd’hui, on le doit principalement à l’abbé Debra. En 1850, aidé par ses paroissiens, il réutilise tout ce qu’il peut récupérer de l’ancienne église pour construire la chapelle qu’il dédie à Notre-Dame des Malades et à St-Martin.

En 1933, à l’initiative de l’abbé Bernard, un chemin de croix en schiste fut planté le long du chemin qui s’élève vers la chapelle. Les quatorze pierres tombales matérialisant les différentes stations proviennent de tombes désaffectées du cimetière de Bovigny. Le site est classé depuis 1973.

GR 571 : chemin de croix de la butte St-Martin (Bovigny)

Légende du trésor de St-Martin

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De retour sur le tracé rouge et blanc, nous traversons la N68 et prenons le chemin forestier en face. Arrivés à un croisement, nous tournons à gauche dans un large chemin descendant vers le ruisseau de Neuf Pré. Ensuite, nous progressons, toujours à travers bois, pendant deux kilomètres jusqu’à atteindre le point culminant de cette étape à 532 mètres d’altitude. A la sortie du bois, nous prenons, à droite, un chemin empierré qui devient asphalté aux premières maisons de Gouvy.

GR 571 entre Cierreux et Gouvy

Au niveau du pont franchissant le chemin de fer, nous croisons le tracé du GR 57 venant d’Houffalize et se dirigeant vers le Grand-Duché de Luxembourg. La gare de Gouvy, où nous terminons cette petite journée de randonnée, se trouve une centaine de mètres après le pont.