Les Randos de Fred & Paul

Etape 2 : Charneux → Ensival (22 km) réalisée en octobre 2015

Info : pour effectuer cette étape, nous avons pris le bus TEC 390 entre la gare de Verviers et Jalhay (centre).

Nous devons d'abord, afin de retrouver le tracé du GR 573, depuis le centre de Jalhay où nous sommes descendus du bus, marcher 2 km le long d’une route. Arrivés à Charneux, nous suivons les balises blanches et rouges nous menant vers le bois du Moulin. Le nom de Charneux viendrait du wallon « tcharnale » qui signifie : endroit planté de charmes.

Après 1,5 km de descente, nous retrouvons la Hoëgne que nous allons aujourd’hui suivre, plus ou moins près, jusqu’à son confluent avec la Vesdre soit durant 17 km. Nous tournons à droite et, toujours à travers bois, nous nous dirigeons vers la N629 en contournant le hameau de Royompré. Il y a quelques siècles, une intense activité due à l’industrie métallurgique florissante s’exerçait dans tout le bassin de la Hoëgne. Il y avait à Royompré un fourneau et une forge dont on a retrouvé les fondations. En cherchant bien le long de la rivière, on trouve encore souvent des espèces de lourds cailloux aux reflets bleutés ; ce sont des scories de minerais de fer.

GR 573 entre Charneux (Jalhay) et Polleur GR 573 entre Charneux (Jalhay) et Polleur

De l’autre côté de la grand-route, nous passons à côté d’un ancien moulin et longeons ensuite la Hoëgne sur un chemin goudronné ; nous traversons deux fois la rivière. Au lieu-dit « Trou Colas » le GR 573 est rejoint par le GR 15 avec qu'il cheminera pendant 2,5 km. Ce sentier de grande randonnée relie, en 200 km, Monschau (en Allemagne) à Martelange via, notamment, Eupen, Spa, Aywaille, Houffalize et Bastogne.

GR 573 entre Charneux (Jalhay) et Polleur, la Hoëgne

Nous traversons à nouveau la Hoëgne et nous nous dirigeons vers Neufmarteau. Le nom de ce hameau fait directement référence au passé métallurgique de la Hoëgne. À la sortie de Neufmarteau, le balisage nous invite à franchir (pour la dernière fois) le cours d’eau grâce à une passerelle métallique. Sur l’autre rive, nous empruntons une servitude le long d’une prairie et, par la rue Nicolas Midrez, nous entrons dans Polleur. Le village a emprunté son nom au cours d’eau qui le traverse, la Poleda, devenue aujourd’hui la Hoëgne. La localité s’est développée principalement sur la rive droite de la rivière.

GR 573 entre Charneux (Jalhay) et Polleur, la Hoëgne

Le long de la N640, reliant Jehanster à Tiège, on trouve la statue du Congrès de Polleur. Celle-ci commémore la réunion tenue par des délégués des divers bans de la région, en 1789, afin de rétablir les libertés et franchises du pays de Franchimont. Après plusieurs jours de réunions, le congrès a adopté le texte d’une « Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen », s’inspirant de la déclaration proclamée à l’assemblée nationale française peu de temps auparavant et ponctuée d’accents locaux. Le Congrès de Polleur jouera ainsi un rôle non négligeable dans la révolution liégeoise. Ce monument aux Droits et aux Libertés a été érigé en 1989 à l’occasion du 200e anniversaire dudit Congrès de Polleur.

Nous passons à côté de la plaine de jeux communale et atteignons le centre du village où se dresse l’église. Cet édifice, en moellons de grès et calcaire, est déjà mentionné au XIIe siècle comme chapelle dédiée à Notre-Dame et à St-Jacques. De style gothique, l'église aurait été construite sur les ruines d’un ancien temple ; des restes ayant été trouvés suite à des fouilles vers 1900. Le clocher unique en son genre, car tordu volontairement serait, selon la légende, le fait du diable lui-même qui, en colère, donna d’un coup de pied cette forme actuelle. Plus concrètement, ce clocher est l’œuvre des Compagnons du Tour de France qui ont développé cette technique probablement pour faire face aux caprices des vents.

GR 573, Polleur : statue du Congrès de Polleur et église St-Jacques

C’est ici que nous quittons le GR 15 qui, après avoir traversé le vieux pont sur la Hoëgne, continue vers Spa à travers le bois du Staneux. Ce vieux pont romain, dont on ne connaît pas exactement la date de construction, se trouvait sur l’antique voie romaine allant de Trèves à Tongres. En moellons calcaires, le tablier du pont est construit en léger dos d’âne, au-dessus de deux arches en anse de panier. Ce pont a été reconstruit deux fois (en 1767 et en 1978) car les années l’ont abîmé des suites de très nombreux passages. Cet ouvrage est repris sur la liste du patrimoine wallon. De part et d’autre, sur les parapets, deux œuvres remarquables en bronze : un Christ, daté de 1767, et la Vierge à l’Enfant. Celle-ci fut volée dans les années 1990 et remplacée par une œuvre de Jacques Dubois.

GR 573, Polleur : vieux pont

La fête folklorique bisannuelle du « Coucou » qui se déroule à Polleur a une double origine. D’une part la légende de la Bête du Staneux : un buste de femme, un corps de cheval et une queue de lion vivant dans le bois de Staneux et se nourrissant de chair humaine, que les pollinois finirent par tuer (cet exploit a certainement un fond de vérité). D’autre part, une ancienne coutume : un tribunal populaire se réunissant chaque année et condamnant certains habitants, pour des faits de ménage, à être précipité dans une mare ou même dans la rivière.

Dès lors tous les deux ans, le village hésite entre l’envie de se réjouir d’un mariage de leurs enfants et la peur de la vilaine bête. Qu’à cela ne tienne, le samedi après-midi, les habitants du cru, en tenue d’époque, assiste à la cérémonie unissant les derniers mariés du village. Le dimanche matin, tous les hommes vaillants du village partent à la traque « del mâle biesse ». Ils sont près de 200 à franchir la Hoëgne et à revenir peu de temps après triomphants : ils ont réussi à capturer vivante la Bête du Staneux grâce aux bottes enduites de poix savamment préparées par le cordonnier. C’est toujours un moment de liesse générale où néanmoins l’absence du jeune marié de la veille ne passe pas inaperçue. Le voilà donc affublé du titre peu envié de « Coucou », c’est-à-dire en wallon « celui qui a pu d’bètche ku d’cou » (celui qui a plus de langue que de courage), et condamné à être précipité dans la Hoëgne depuis le vieux pont.

Le GR 573 se dirige vers l’autoroute E42, sous laquelle il passe, avant de prendre un chemin rocailleux. Ce tracé presque rectiligne, de 2,5 km, se fait à flanc de vallée. En nous retournant, nous apercevons, émergeant au-dessus de la cime des arbres, le viaduc de Polleur dont la construction a débuté en juin 1976. Le tablier, d’une longueur totale de 464 m, se situe 45 mètres au-dessus de la rivière.

GR 573 entre Polleur et Theux GR 573 entre Polleur et Theux, viaduc de Polleur

Dans le hameau de Sasserotte, nous prenons un sentier, peu visible au début, entre deux propriétés. Celui-ci aboutit devant un échalier donnant accès à un champ puis, à une prairie qu’il nous faut à présent traverser. Nous trouvons, caché au milieu de la végétation, l’échalier nous permettant de sortir de ce pré.

GR 573 entre Polleur et Theux, passage d'échalier vers Sasserotte

C’est sur un tapis de feuilles mortes que nous montons en direction des ruines du château de Franchimont. Datant vraisemblablement du milieu du XIe siècle, le premier château était la propriété de la principauté épiscopale de Liège ; ce qu’il restera jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Il constituait la protection orientale de la principauté contre ses voisins : les duchés de Limbourg et de Luxembourg et la principauté de Stavelot.

GR 573 entre Polleur et Theux, sentier vers Franchimont

Le début du XVIe siècle est une période très importante pour le château puisqu’en 1505 arrive sur le trône épiscopal Erard de la Marck, un des plus grands princes-évêques que Liège ait connu. La sécurité du territoire est une de ses préoccupations majeures et il ordonne de grands travaux dans les places fortes. C’est de cette époque que date la grande enceinte pentagonale flanquée de quatre casemates et d’une tour d’artillerie : le balloir. Pour imaginer l’ampleur des travaux, il faut savoir que la surface « dans les murs » a été multipliée par six !

GR 573 : chateau de Franchimont

Au XVIIe siècle, suite aux progrès de l’artillerie, sa position stratégique diminue vu la proximité des collines avoisinantes. En 1676, Louis XIV ordonne la démolition du château, mais, en fait, seul le balloir sera partiellement détruit. Au XVIIIe siècle, le château est toujours entretenu et sert principalement de prison. Le 7 septembre 1789, le Congrès de Polleur, y tient sa réunion. À partir de cette époque, le château sera dévasté et pillé. En 1959, la commune de Theux rachète le château pour un franc symbolique.

Depuis 2001, le site est classé au Patrimoine exceptionnel de la Wallonie. En effet, la grande enceinte, construite au début du XVIe siècle avec ses casemates et sa tour d’artillerie, n’a pas été modifiée et est toujours intacte alors que d’autres places fortes ont évolué avec le temps. Elle nous est parvenue non transformée et est un des rares exemples de la mutation des systèmes de défense à la Renaissance.

GR 573 : chateau de Franchimont

Nous contournons la forteresse et descendons par un sentier étroit vers l’Institut St-Roch. Nous remontons directement en face. Cette rude montée nous mène vers des prairies d’où nous profitons d’un beau point de vue sur Theux.

Le tracé blanc et rouge descend vers l’entrée de la ville mais n’y pénètre pas, ce qui est dommage car Theux mérite une visite notamment pour son église Sts-Hermès-et-Alexandre. Celle-ci a la particularité d'être une église-halle, c'est-à-dire une église dont la nef et les collatéraux sont de même hauteur. La tour, avec son allure de donjon, date du XIIIe siècle et témoigne du rôle défensif que jouait l'église à cette époque ; il n'existe plus que deux tours de ce type en Belgique : une ici et une à Bastogne. Le plafond plat de la nef, constitué de 127 caissons de bois peints placés en 1630, représente de nombreux personnages religieux.

GR 573, Theux : église GR 573, Theux : plafond peint de l'église

Theux présente un ensemble de maisons des XVIIe et XVIIIe siècles avec au centre, le perron, symbole des libertés communales. Un premier perron est érigé en 1456 lorsque Theux reçoit le titre de Ville. Celui-ci est détruit en 1468 par l’armée du duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, venu punir le pays de Franchimont de l'attaque opérée contre lui à Liège par les Six Cents Franchimontois. Le perron qui se dresse actuellement date de 1768.

GR 573, Theux : la Maison Lebrun

Nous suivons la N657 sur 400 mètres et prenons, sur la gauche, une petite route qui devient rapidement un chemin de terre. Celui-ci nous mène vers le village d’Oneux que nous traversons avant de suivre une route goudronnée, sinuant à travers la campagne, en direction de Sohan. À proximité du château de Sohan, un peu à l’abandon, nous nous attardons devant une stèle évoquant des événements tragiques qui se sont produits ici en septembre 1944.

GR 573 entre Theux et Pepinster, vue sur la campagne vers Sohan

Les trois kilomètres nous séparant de Pepinster sont assez vallonnés avec d’abord une longue descente (de 240 à 160 mètres d’altitude) sur une petite route asphaltée, vers le hameau de Chinheid. Le GR 573 monte ensuite dans le bois des « Nids d’Aguesses » par un sentier à flanc de coteau, en surplomb de la Hoëgne. Au sommet, nous quittons ce beau chemin pour descendre, à travers un quartier résidentiel, vers la gare de Pepinster (de 207 à 147 mètres d’altitude).

GR 573 entre Theux et Pepinster, bois des Nids d'Aguesses

Nous ne descendons cependant pas jusqu’à la gare car nous devons aujourd'hui nous diriger vers Verviers. Toutefois, pour poursuivre la randonnée vers Chaudfontaine et Angleur ou pour emprunter la variante vers Spa ; il faut passer devant la gare et descendre vers la N690 au centre de Pepinster.

Ici à Pepinster, nous quittons le cours de la Hoëgne pour remonter celui de la Vesdre jusqu’à Ensival via un agréable chemin forestier. Au lieu-dit « Hameau du Bois », nous suivons la liaison entre le GR 573 et le GRP 563 : Tour du Pays de Herve nous menant, 2 km plus loin, à la gare de Verviers où nous retrouvons notre voiture.

GR 573 entre Pepinster et Ensival