Les Randos de Fred & Paul

Etape 3 : Ensival → Eupen (24 km) réalisée en novembre 2015

Info : pour effectuer cette étape, nous avons pris le bus TEC 725 entre Eupen Haas et la gare de Verviers.

Depuis la gare de Verviers, nous devons d’abord marcher 2 km afin de rejoindre le début de l’étape situé au lieu-dit « Hameau du Bois » à Ensival. Ce trajet s’effectue en suivant l’itinéraire de liaison entre le GR 573 et le GRP 563 : Tour du Pays de Herve. Nous empruntons le chemin du Facteur, un sentier herbeux se faufilant le long d’une propriété et qui descend ensuite fortement dans un petit bois jusqu’au lieu-dit « Pied Vache ».

GR 573 entre Ensival et Heusy

Le GR 573 emprunte un chemin menant vers un restaurant et, juste avant celui-ci, il tourne à gauche pour suivre l’itinéraire d’un parcours santé. Ce dernier a pour cadre un beau vallon boisé où coule le ruisseau de Préri. Nous prenons progressivement de la hauteur et peu à peu le bruit de l’E42 se fait entendre.

GR 573 entre Ensival et Heusy, parcours santé José Lilien

Après la traversée de l’autoroute, nous suivons la rue Champs des Oiseaux sur 500 mètres puis, nous prenons une sente boisée aboutissant à la N657 au lieu-dit « La Bouquette » à Heusy. Nous suivons brièvement cette grand-route avant de nous engager dans l’avenue Nicolas Defrêcheux.

GR 573 entre Heusy et Mangombroux

Un peu plus loin, nous découvrons l’agolina de Moraifosse : une dépression dans laquelle les eaux d’un petit ruisseau, sans nom, disparaissent sous terre. Ce ruisseau prend sa source dans les prairies en amont de l’agolina où l’on constate différentes dépressions à la surface du sol. Ces marques dans le paysage sont la partie visible de phénomènes naturels souterrains.

Une bande de roches calcaires, recouverte d’une épaisse couche d’argile, s’étend de la Bouquette au vallon de Mangombroux. La dissolution de cette roche, par les eaux de pluie ou de ruissellement, forme des dépressions à la surface, ce sont les dolines. Quand l’eau élargit suffisamment les fissures pour passer en force, la doline peut absorber un ruisseau, c’est ce qu’on appelle entre Welkenraedt et Chaudfontaine : un agolina. Ailleurs, comme dans la région de Remouchamps, on dira un chantoir.

Au-delà de l’agolina, le balisage blanc et rouge chemine, pendant trois kilomètres, au milieu de quartiers résidentiels et traverse successivement le ruisseau de Mangombroux, la N640, le ruisseau des Paires et la N672. Nous montons la rue des Carrières qui devient, un peu plus loin, un beau chemin sinuant à travers un bosquet. Ce chemin nous fait passer de 250 à 290 mètres d’altitude. Nous retrouvons l’asphalte, sur 700 mètres, et poursuivons ensuite l’ascension, entre bois et prairies, jusqu’à la route Limbourg - Jalhay.

GR 573 entre Mangombroux et Hevremont

Le GR 573 emprunte cette route et oblique peu après, sur une large allée caillouteuse, dans le bois de Hèvremont. C’est sur ce tronçon que nous atteignons le point culminant de l’étape à 374 mètres d’altitude. Juste avant de tourner à gauche, à un carrefour de plusieurs chemins forestiers, nous trouvons un bel abri où effectuer la pause casse-croûte.

GR 573 entre Mangombroux et Hevremont, bois de Hevremont GR 573 entre Mangombroux et Hevremont, bois de Hevremont

Nous suivons, toujours dans le bois de Hèvremont, un chemin rectiligne qui, après le croisement d’une drève, perd de l’altitude pour aller couper un ruisseau dans un fond humide et poursuivre tout droit, sur l’autre versant.

GR 573 entre Mangombroux et Hevremont, bois de Hevremont

À la sortie du bois, à l’angle d’une prairie, il nous faut opérer un gauche - droite pour emprunter un sentier entre deux haies vives. Nous passons un échalier qui nous fait pénétrer dans les prairies où se trouvent deux chevaux. Tandis que moi je peux traverser sans problème, il n’en est pas de même pour Paul qui se retrouve poursuivi, de très près, par un des chevaux.

GR 573 entre Mangombroux et Hevremont, traversée de prairies GR 573 entre Mangombroux et Hevremont, traversée de prairies

Heureusement pour Paul, un portillon nous permet de nous échapper des prairies et, quelques mètres plus loin, nous aboutissons dans Hèvremont. Entre Limbourg et Goé, ce petit hameau, qui faisait jadis partir du duché de Limbourg, possède quelques belles maisons en pierre du pays. Autrefois, les habitants, pour la plupart agriculteurs, fileurs ou tisserands étaient paroissiens de Goé. Dès 1733, ils réclamèrent leur chapelle pour éviter les longs trajets vers le village voisin. Construite en 1802, la chapelle St-François d'Assise se trouve au centre du hameau.

Nous n’entrons pas dans Hèvremont mais, nous nous engageons dans un sentier, entre deux haies, qui pénètre à nouveau dans des prairies (heureusement sans chevaux). En grimpant un sentier rocailleux (de 255 à 294 mètres d’altitude, en 400 mètres), légèrement glissant, nous croisons l’aqueduc de la Gileppe.

GR 573 entre Hevremont et Limbourg, aqueduc de la Gileppe

Le barrage de la Gileppe (situé à trois kilomètres d’ici) est l’un des plus anciens d’Europe, le premier en Belgique. Il a été construit entre 1869 et 1878 suite aux nombreuses et récurrentes demandes faites dès 1838 par les industriels lainiers Verviétois qui souhaitaient disposer quotidiennement d’une quarantaine de milliers de litres d’eau pure, nécessaire à l’industrie de la laine, et que la Vesdre seule, pourtant réputée pour la qualité de ses eaux, ne pouvait plus offrir. Les industriels ne voulaient surtout plus être sous la coupe des Eupenois, dont les usines utilisaient également l'eau de la Vesdre, mais en première main.

Bien que mis sous eaux en mai 1875, l’inauguration du barrage n’eut lieu que trois ans plus tard en présence du roi Léopold II. La capacité de contenance du lac était alors de 12 millions de mètres cubes pour une superficie totale de 86 hectares. En 1967, le Ministère des Travaux publics décida de rénover et de rehausser l’ancien barrage d’une bonne dizaine de mètres. Ces travaux engendrèrent une augmentation de sa capacité de retenue qui, aujourd’hui encore, est portée à 26,5 millions de mètres cubes pour une superficie totale de 130 hectares.

Deux tours permettent le captage de l’eau. Celle-ci est envoyée à la station de traitement de Stembert via un aqueduc long de 9 km, haut de 2,4 mètres, large de 2,25 mètres et doté d’une pente de 15 cm par kilomètre. Cette eau sera ensuite distribuée dans la région verviétoise.

Au sommet de cette petite côte, nous poursuivons sur un chemin goudronné et atteignons le mur d’enceinte de Limbourg. Bien que le GR 573 n’y passe pas, il est intéressant de faire le petit détour afin de visiter son centre. La ville, située dans une boucle de la Vesdre, naquit aux alentours de 1020 lorsque Frédéric de Luxembourg, futur duc de Basse-Lotharingie, édifia la forteresse de Limbourg. Celle-ci donna son nom à la nouvelle principauté territoriale, qui ne prit le titre de duché qu’au cours du XIIe siècle. La ville haute vécut des siècles durant au rythme de son duché, de ses appartenances successives et des nombreuses guerres européennes dont il fut le centre. La forteresse fut ainsi ruinée par onze sièges et huit incendies.

La place St-Georges, pavée avec des galets de la Vesdre, est le centre névralgique de la ville depuis le Moyen-âge. En son centre se trouvait l’ancienne halle ou maison de ville, construite en 1446, qui fut détruite lors du passage des troupes françaises en 1675 et remplacée par l’hôtel de ville en 1687, appelé « arvô » par les Limbourgeois. Construit entre 1681 et 1687, le bâtiment accueillait les autorités communales et judiciaires.

GR 573 : Limbourg, place St-Georges

Adossée à la muraille et semblant plonger dans la vallée, l’église St-Georges est remarquable à plus d’un titre. Construite en style gothique au XVe siècle, à partir de l’ancienne chapelle castrale du XIIe siècle, elle a subi depuis plusieurs modifications, notamment suite aux destructions françaises de 1675 et à un incendie survenu en 1834.

GR 573 : Limbourg, église St-Georges

Le balisage blanc et rouge tourne à droite, le long du mur d’enceinte, et suit un chemin de campagne, vers Goé. Le village s'est notamment développé grâce à l'industrie du bois en raison de la proximité des forêts de l'Hertogenwald. Goé est connu pour ses entreprises artisanales et la firme Corman, mondialement connue dans le domaine agro-alimentaire. Nous passons devant l’église St-Lambert qui possède un clocher tors (plus penché que tordu), et poursuivons la descente, sur l’asphalte, jusqu’à la N620.

GR 573 : Goé, église St-Lambert

De l’autre côté de cette grand-route, nous franchissons la Vesdre et commençons à reprendre progressivement de la hauteur. Juste avant une ferme, nous tournons vers la droite et pénétrons, grâce à un échalier, dans une prairie. Presqu’au bout, une ouverture permet de se diriger vers le bois de Botterweck. Le GR 573 reste proche de la lisière et s’élève doucement, sur un chemin de terre, vers le plateau.

GR 573 entre Goé et Membach

Ici, près de la ferme de « Blanc Baudet », nous croisons le Chemin des échaliers. Ce parcours est jalonné de balises marquées du logo de l’itinéraire et d’un rectangle de couleur rouge pour l’itinéraire nord - sud (33,5 km entre l’abbaye du Val-Dieu et Jalhay), vert pour l’itinéraire ouest - est (14,5 km entre Stembert et Eupen). Des panneaux d’information se trouvent à tous les points importants du parcours.

Les échaliers sont des dispositifs permettant aux piétons de franchir une clôture ou une haie, entourant une prairie, sans permettre au bétail de s’échapper. Un échalier peut prendre la forme d’une échelle, d’un portail, d’un tourniquet. Les plus anciens sont complétés par une « pierre debout » ou « pierre dressée ».

GR 573 entre Goé et Membach, Chemin des Echaliers

Nous prenons ensuite la direction de Membach où nous franchissons un ruisseau dénommé « Bach » (ruisseau en allemand). À la sortie de ce village, en face du cimetière, le balisage nous invite, à nouveau, à traverser des prairies. De portillons en échaliers, pendant 800 mètres, nous cheminons, pour notre plus grand plaisir, sur ces servitudes.

GR 573 entre Membach et Eupen GR 573 entre Membach et Eupen

Nous rejoignons un chemin de terre et passons devant une borne en pierre. La défaite de Napoléon à Waterloo amena un nouveau découpage des frontières. Signé en juin 1816, le traité d’Aix-la-Chapelle détermine les limites frontalières entre la Prusse et les Pays-Bas (la Belgique dès 1830). Cette démarcation nouvelle se concrétise par l’implantation de bornes qui, à cette époque, sont des poteaux en bois, peints en noir et blanc, côté prussien ; en orange et blanc, côté hollandais (puis belge). Ils seront remplacés, de 1839 à 1856, par des bornes en pierre numérotées, octogonales ou carrées, qui, pour la plupart, existent encore aujourd’hui. Lorsque la frontière longeait une route ou un cours d'eau, on plaçait une borne ayant un numéro identique de chaque côté.

La borne 178, à côté de laquelle nous sommes, se trouve sur le « Chemin des Fraudeurs » en mémoire de ces hommes, venus d’Eupen, qui pratiquaient la fraude au nez et à la barbe des douaniers prussiens chargés de surveiller la frontière. Au risque de leur vie, ils tentaient de la repasser, besaces et sacs remplis de victuailles destinées au marché noir ou, dans certains cas, réservées à la consommation familiale.

GR 573 entre Membach et Eupen, ancienne borne frontière

Par le Limburger Weg, nous arrivons à Eupen. Il nous faut encore parcourir un kilomètre afin d’atteindre le lieu-dit Eupen Haas où nous prenons le bus nous ramenant à Verviers. Ce trajet s’effectue principalement sur d’agréables sentiers bétonnés et passe à proximité du gîte d’étape.