Les Randos de Fred & Paul

Etape 4 : Eupen → Signal de Botrange (24 km) réalisée en juillet 2016

Info : pour effectuer cette étape, nous avons pris le bus TEC 394 entre le signal de Botrange et Eupen Haas.

Il est 10h lorsque nous commençons cette longue étape qui va nous mener vers le point culminant de notre pays, à 694 mètres d’altitude. Plus des ¾ du parcours s’effectue en pleine nature, loin de toute habitation. Les dix derniers kilomètres de l’itinéraire traversent les Hautes Fagnes où le cheminement peut s’avérer plus compliqué et donc plus lent. Le tracé monte constamment puisque le dénivelé, entre Eupen et le signal de Botrange, est de 430 mètres !

Voilà les diverses raisons pour lesquelles nous voulions parcourir cette étape durant l’été, soit 8 mois après avoir effectué la précédente. Il faut bien entendu choisir un jour de beau temps afin d’avoir une bonne visibilité et pouvoir, un peu, se repérer au milieu de cette lande immense. Toutefois, en été, il est possible que l’accès aux Hautes Fagnes soit interdit en raison de risque d’incendie... il convient donc de vérifier si oui ou non on pourra randonner le jour choisi.

C’est donc à Eupen, au niveau de l’église St-Joseph, que nous reprenons notre périple. Ici se croisent trois GR : 15, 563 et 573. Le GR 15 relie, en 200 km, Montschau (en Allemagne) à Martelange via, notamment, Eupen, Spa, Aywaille, Houffalize et Bastogne ; nous avions déjà croisé ce GR, à Polleur, sur la seconde étape. Le GR 563 : Tour du Pays de Herve décrit, au départ de Herve, une grande boucle de 160 km à travers cette région de bocages et de haies vives.

Jonction des GR 573, 563 et 15 à Eupen

Lorsque le nom d’Eupen est mentionné pour la première fois en 1213, la localité appartient au petit duché indépendant de Limbourg. Après la bataille de Worringen (1288), le Limbourg est rattaché au duché de Brabant avec lequel il va partager 500 ans d’histoire mouvementée. C’est après la défaite de Napoléon à Waterloo que le congrès de Vienne décide de couper l’ancien duché de Limbourg en deux dont la partie orientale, avec Eupen, est octroyée à la Prusse.

Après la Première Guerre mondiale, le traité de Versailles règle le sort d’Eupen désormais belge, hormis son annexion à l’Allemagne entre mai 1940 et septembre 1944. Grâce à une industrie du drap très florissante, Eupen a connu son apogée au XVIIIe siècle comme en témoignent encore de nos jours de nombreuses splendides maisons de maître bien entretenues.

Nous franchissons la Vesdre puis la N68 et atteignons ainsi le confluent de la Vesdre avec la Helle. Pendant 18 km, nous allons remonter le cours de cette rivière, un des affluents de la Vesdre. Issue des Hautes Fagnes, la Helle prend sa source dans les environs de la Baraque Michel. Ses deux sources nommées sont la Verdte Fontaine (la source réelle) et la Fontaine Perigny. Fait relativement rare en Belgique, cette rivière, tout au long de ses 20 km, ne croise aucune route si ce n'est une route locale à proximité de son embouchure avec la Vesdre. Ses principaux affluents sont le Spoorbach et la Soor.

Le tracé rouge et blanc s’engage dans une petite rue menant à un barrage avec bief. A l’époque des industries, les usines de la ville basse d’Eupen étaient approvisionnées en eau par des biefs. A l’aide d’un système de barrages et de vannes, l’eau de la rivière était dérivée vers le bief et amenée en débit constant vers les usines. Ce système qui desservait d’abord des forges et des moulins, remonte au XVe et XVIe siècles ; au cours des XVIIIe et XIXe siècles, il fut étendu et adapté aux besoins de l’industrie textile.

GR 573 entre Eupen et le signal de Botrange, barrage avec bief sur la Helle

Au-delà d’installations sportives (piscine et terrains de tennis), nous pénétrons dans la forêt domaniale de l’Hertogenwald. Avec ses 12 300 ha de superficie, c’est l’une des forêts les plus imposantes des Ardennes. Une allée goudronnée rectiligne, un peu en surplomb de la Helle, conduit, après un kilomètre, au « Pont guerrier ». Ce pont a été construit, vers 1890, à l’initiative d’un garde général (ingénieur forestier) nommé Guerrier. C’est ici que se situe le confluent de la Helle avec la Soor.

GR 573 entre Eupen et le signal de Botrange, Hertogenwald GR 573 entre Eupen et le signal de Botrange, pont guerrier

Nous franchissons les deux rivières et continuons sur un sentier, proche de la Helle. Nous atteignons rapidement un chemin plus large sur lequel nous progressons, en légère montée, durant 3,5 km.

GR 573 entre Eupen et le signal de Botrange GR 573 entre Eupen et le signal de Botrange

Au barrage de la Helle, nous effectuons une petite pause boisson. Ce barrage a été conçu pour dériver le surplus du débit moyen de la rivière dans le lac d’Eupen. Un chenal amène les eaux à l’entrée d’un tunnel, construit en 1949, passant sous le Branderberg. Ce conduit rectiligne, en béton, mesure 1200 mètres ; il a un diamètre interne de 2,30 mètres. La différence de hauteur entre l’entrée et la sortie du tunnel est de 10 mètres, ce qui donne une pente moyenne d’un centimètre au mètre.

GR 573 entre Eupen et le signal de Botrange, barrage de la Helle

Le GR 573 emprunte un sentier sous le couvert forestier. Après un passage un peu escarpé, nous retrouvons un chemin plus large sur lequel nous progressons jusqu’à un gué bétonné. A proximité de ce dernier, on trouve une aire de pique-nique réalisée à partir de troncs d’arbres.

GR 573 entre Eupen et le signal de Botrange GR 573 entre Eupen et le signal de Botrange, aire de pique-nique

De l’autre côté du gué, nous continuons, toujours en montée, sur un chemin empierré pendant environ 3 km. Nous franchissons deux petits affluents de la Helle et, peu après, le chemin devient un sentier. Celui-ci grimpe à flanc de coteau pour rejoindre un chemin caillouteux. Ce court tronçon est rendu compliqué par la présence de nombreuses racines.

GR 573 entre Eupen et le signal de Botrange GR 573 entre Eupen et le signal de Botrange

Au lieu-dit « Herzogenhügel » (526 mètres d’altitude), deux possibilités se présentent à nous : suivre un large chemin forestier ou s’engager sur un parcours plus difficile au milieu des Hautes Fagnes. C’est cette seconde option que nous choisissons sans trop savoir dans quoi nous nous engageons.

GR 573 entre Eupen et le signal de Botrange, Herzogenhugel

L’itinéraire traverse la Helle et suit le cours d’eau tantôt sur des caillebotis, tantôt sur des chemins approximatifs à travers la « prairie » fagnarde. Par manque de supports, le balisage est très sommaire et plusieurs fois nous hésiterons sur la voie à suivre. Par chance, nous ne nous perdrons pas et nous éviterons les bains de pieds.

GR 573 entre Eupen et le signal de Botrange GR 573 entre Eupen et le signal de Botrange GR 573 entre Eupen et le signal de Botrange GR 573 entre Eupen et le signal de Botrange

Nous sommes pleinement dans les Hautes Fagnes. Il y a 2000 ans, une forêt composée essentiellement de feuillus couvre la majeure partie de ce haut plateau. Celle-ci ne cède la place, ici et là, qu'à quelques étendues de tourbières. Dès le Moyen-âge, l'exploitation humaine débute et bouleverse complètement le paysage. Coupe de bois, pâturage, culture, extraction de tourbe engendrent peu à peu un milieu de vastes landes.

Après ces trois kilomètres, que nous avons parcourus en 1h30, nous traversons, une dernière fois, la Helle. La pont Marie-Anne Libert, que nous devons emprunter, n’inspire guère confiance vu son état... il aurait été réparé depuis notre passage.

Passionnée de botanique comme son mari, le médecin verviétois Simon Lejeune, Marie-Anne Libert (1782 - 1865) le seconde dans une mission que le préfet du département de l’Ourthe lui a confiée : dresser le tableau méthodique du règne végétal de la circonscription. Auteur de quatre fascicules parus dans les années 1830, elle donne une description détaillée du champignon responsable de la maladie de la pomme de terre. Elle est en effet l’une des premières à identifier la responsabilité du mildiou, dans un mémoire publié en août 1845.

GR 573 entre Eupen et le signal de Botrange, pont Marie-Anne Libert

Nous sommes à présent à 582 mètres d’altitude et le parcours devient plus aisé. Les Hautes Fagnes sont formées de plusieurs fagnes plus ou moins contiguës, toutes reprises comme site de grand intérêt biologique. Nous cheminons ici le long de la « Fagne de Cléfaye ». Celle-ci occupe une superficie de 414 ha dont l'immense majorité fait partie de la commune de Waimes. Cette fagne est entièrement entourée par des forêts de résineux.

Tandis que la variante, que nous avions ignorée à Herzogenhügel, rejoint le tracé officiel, nous continuons notre progression sur de larges chemins forestiers rectilignes. Un peu plus loin, nous croisons le GR 56 qui nous accompagnera pour les quatre derniers kilomètres de cette étape. Ce sentier de grande randonnée, un des plus anciens de Belgique, chemine pendant 170 km dans les cantons de l’Est, les Hautes Fagnes et l’Eifel. Au départ de St-Vith, il décrit une grande boucle qui passe notamment par Malmedy, Monschau et Manderfeld.

GR 573 entre Eupen et le signal de Botrange

Nous abordons ensuite la « Fagne wallonne ». Au Moyen-âge, celle-ci se trouvait en duché de Luxembourg, sur le territoire de la seigneurie de Bütgenbach. Cette seigneurie dépendant des ducs d'Orange, la fagne était appelée alors « Terre de Nassau » ou « Terre d'Orange ». Elle devint la fagne wallonne lorsque des villageois de Robertville, parlant le wallon, y firent paître leur bétail. D'une superficie de 661 ha, l’altitude de la fagne wallonne varie de 580 m (au bord de la Helle) à 691 m ; ce qui en fait la fagne la plus élevée de Belgique.

Le tracé rouge et blanc chemine en lisière d’une sapinière avant de tourner à droite pour suivre, pendant deux kilomètres, un coupe-feu rectiligne. Ce tronçon, bien que très beau et facilement praticable, nous semble interminable. Sur notre droite, nous avons toujours la Fagne wallonne où des panneaux nous informent sur les tourbières.

GR 573 entre Eupen et le signal de Botrange

Les tourbières sont des écosystèmes où se forme de la tourbe, c'est-à-dire de la matière organique incomplètement décomposée. Pour qu'une tourbière puisse se développer, il faut que l'ensemble des apports en eau (ruissellement, pluies, neige, nappe souterraine) excède en permanence les pertes (écoulements, évaporation, transpiration des plantes). Une autre exigence est requise : il faut que l'écoulement de l'eau soit faible ou inexistant (eaux stagnantes). Ce sont les sols imperméables, pauvres et acides, ainsi que les fortes précipitations qui ont permis l'apparition des tourbières en Fagne il y a environ 10 000 ans.

Par une passerelle, nous franchissons un filet d’eau : la Roer, ici proche de sa source. Après quelques kilomètres à l'extrême est de la Belgique, cette rivière entre en Allemagne, dans le land de Rhénanie-du-Nord Westphalie. La Roer arrose notamment Monschau (Montjoie en français) avant de finir son cours aux Pays-Bas. Elle se jette dans la Meuse, après 165 km, à Ruremonde, signifiant littéralement « embouchure de la Roer ».

Il est presque 17h lorsque nous arrivons enfin au signal de Botrange, sous une petite bruine.