Les Randos de Fred & Paul

Etape 6 : Roux-Miroir → Wavre (25 km) réalisée en octobre 2016

Nous voici de retour, six mois plus tard, à Roux-Miroir pour poursuivre notre périple sur le GR 579. Le nom même du village de Roux-Miroir rappelle sa vocation agricole, « roux » désignant un terrain défriché et « miroir » (ajouté plus tardivement) signifiant à moitié. La pratique du défrichage intensif s’est ainsi étendue jusqu’au milieu du XIXe siècle. Certains noms de rues évoquent la présence des bois qui les longeaient avant que ceux-ci ne soient arrachés ; les 3/4 du territoire de l’entité sont aujourd’hui des terres labourées.

Le patrimoine bâti témoigne de cette activité agricole dominante. De nombreuses fermes et fermettes, des XVIIIe et XIXe siècles, sont dispersées dans le village. L’imposante tour de l’église St-Martin, de style roman, conjugue deux pierres exploitées dans les environs, le quartzite et la pierre de Gobertange ; elle date du XIIe siècle.

GR 579 : Roux-Miroir, église St-Martin

Nous quittons le village et entamons la traversée rectiligne du plateau agricole. Par manque de supports au milieu des champs, le balisage est quasiment inexistant.

GR 579 entre Roux-Miroir et Piétrebais

Après deux kilomètres, nous tournons à droite et atteignons Basse-Roux. Ce hameau du village de Roux-Miroir s’est développé aux abords de Piétrebais, non loin d’une imposante ferme, appelée le Grand Hacquedeau. Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, cette ferme seigneuriale était appelée la ferme d’Hacquedeau mais, à la suite de la construction d’une nouvelle exploitation agricole à peu de distance de celle-ci, on jugea bon de différencier les deux fermes en leur attribuant un qualificatif.

Nous passons à côté de la ferme de Petit Hacquedeau dont l’ensemble est dominé par un imposant corps de logis de la fin du XIXe siècle, d’esprit néo-classique. C’est par un agréable sentier, au fond d’un vallon bordé de vieux arbres, que nous arrivons aux premières maisons de Piétrebais ; village qui s’étire dans la vallée du ruisseau de Piétrebais. Ce nom fait directement référence à cette géographie : le suffixe « bais », dérivé du néerlandais « beek », signifie « ruisseau » et indique donc que l’entité est traversée par un cours d’eau.

Depuis 2000, au mois d’août, les rues des villages de Piétrebais, Happeau, Chapelle St-Laurent et Roux-Miroir sont envahies de centaines de créatures étranges faites de pailles et de chiffons. Ces épouvantails ne sont pas là pour faire fuir les curieux mais pour attirer le plus grand nombre afin de faire découvrir la ruralité et la convivialité de ces petits villages pittoresques ! Une sculpture, représentant un épouvantail à oiseaux, orne d’ailleurs un rond-point du hameau de Chapelle St-Laurent.

GR 579 : Piétrebais, statue de l'épouvantail aux oiseaux

Nous suivons la rue Marcel Louis pendant 600 mètres puis, par une rue pavée, nous montons vers l’église de Chapelle St-Laurent où nous trouvons un banc pour effectuer une petite pause. Par un chemin de terre, nous atteignons la N240 (Grez-Doiceau - Jodoigne) que nous traversons.

GR 579 entre Piétrebais et Bossut-Gottechain

Le tracé rouge et blanc se poursuit en face, toujours à travers la campagne. En raison de l’absence de support pour le balisage, le changement de direction nous est annoncé 400 mètres avant. Nous marchons, pendant un kilomètre, au milieu des terres cultivées et y découvrons les balises de la base aérienne militaire de Beauvechain.

GR 579 entre Piétrebais et Bossut-Gottechain

Sur notre gauche, nous apercevons, isolé à l’orée d'un bois, le château-ferme de Beausart. Cet ensemble, dont les traces remontent à la donation en 1155 du domaine par l’abbaye de Nivelles à celle d’Aulne, forme un imposant quadrilatère. Vers le milieu du XIXe siècle, une aile de la ferme a été transformée en un sobre château néo-classique. Le porche-colombier date quant à lui de 1726.

GR 579 entre Piétrebais et Bossut-Gottechain, château-ferme de Beausart

Le parcours passe à proximité de l’ancienne ferme de Linsmeau avant de descendre dans le bois du même nom. Nous cheminons ensuite le long des prairies vers Gottechain et profitons de beaux paysages. Le GR 579 ne passe pas dans le centre du village préférant se diriger vers Bossut, situé sur la colline en face, un kilomètre plus loin. Nous y parvenons en suivant la rue Jules Depauw jusqu’à la N25 puis, en montant la rue Philippe Collette.

GR 579 entre Piétrebais et Bossut-Gottechain GR 579 entre Piétrebais et Bossut-Gottechain, vue sur Grez-Doiceau

En latin, Bossut vient de Bossutum qui désigne un lieu où pousse le buis. On retrouve le nom de Bossut dans des actes datant des XIe et XIIe siècles. En 1060, la population de Bossut fut décimée par la peste. Celle-ci, selon la tradition, ne cessa que grâce à l'intervention de Notre-Dame de Basse-Wavre. En 1811, la commune de Bossut fut réunie à celle de Gottechain qui prit alors le nom de Bossut-Gottechain. Depuis 1977, suite à la fusion des communes, Bossut-Gottechain dépend de la commune de Grez-Doiceau.

Selon les sources, l'existence d'une première église est attestée à Bossut en 1191. L'église actuelle, reconstruite en 1786, est consacrée à Notre-Dame de l'Assomption. Elle abrite un orgue exceptionnel qui se trouvait jusqu’au début du XIXe siècle dans l’abbaye de Florival, toute proche. Construit vers 1760 par le facteur d’orgues nivellois François Coppin, l’instrument se trouve dans un superbe buffet de style baroque alliant les courbes et les contre-courbes.

GR 579 : Bossut-Gottechain, église ND de l'Assomption et son orgue

Nous quittons Bossut et retrouvons rapidement un parcours campagnard. Une fois de plus, le balisage fait défaut si bien que nous devons consulter le topo-guide afin de savoir quel chemin suivre.

GR 579 entre Bossut-Gottechain et Florival

Au lieu-dit « La Malhaise », nous quittons le tracé principal du GR 579 pour emprunter, à gauche, la variante se dirigeant vers Wavre. Mise à jour, janvier 2018 : suite à la création du GRP 127 : Tour du Brabant wallon, balisé en jaune et rouge, le tracé du GR 579 a été modifié. La variante passant par Wavre est désormais le parcours officiel du GR 579 ; le tronçon vers Huldenberg, via Pécrot, sera débalisé. Ce parcours de 10 km commence par une descente (de 97 à 36 mètres d’altitude), à travers bois, qui, après la traversée de la voie ferrée, atteint le village de Florival.

GR 579 entre Bossut-Gottechain et Florival GR 579 entre Bossut-Gottechain et Florival

Nous profitons de l’ouverture du seul café se trouvant sur notre parcours pour nous désaltérer et manger nos tartines. Le nom de Florival vient de « Florida Vallis » : « vallée fleurie ». Son abbaye remonte à 1096 et serait une fondation due au comte Werner de Grez, suite à un vœu fait, avant de partir en croisade en Terre Sainte, avec son cousin Godefroid de Bouillon.

L'abbaye abritait des femmes de l'ordre de Cîteaux. Elles auraient été averties miraculeusement de choisir ce lieu « couvert de fleurs » pour s'y établir, d'où ce nom de « Val fleuri ». L’abbaye est dédiée à la Vierge Marie, comme tous les monastères de l'ordre de Cîteaux. Les armoiries représentent une maison sur le toit de laquelle est assise la Vierge Marie, portant son enfant sur le bras gauche. De 1218 à 1792, on recense +/- 40 abbesses qui se sont succédées à la tête de l'abbaye. En 1798, l'abbaye est supprimée et ses biens vendus ; l'église et les bâtiments conventuels sont rasés afin de récupérer les matériaux.

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, période d’essor industriel, F. Oldenhove implante une filature de lin sur le site du moulin de l'ancienne abbaye. Les dépendances et la basse-cour sont intégrées dans la filature. Il construit un château de style néoclassique et ne garde que quelques vestiges de l'abbaye. Aujourd'hui, le site est occupé par le Centre d'Instruction de la Protection Civile et seuls quelques colonnes, pierres armoriées ou datées rappellent le curieux destin de cette abbaye.

GR 579 : ancienne abbaye de Florival

Le parcours de l’après-midi commence face à la chapelle St-Bernard. Adossée au talus du chemin de fer, elle a été construite en 1705 à l'initiative de l'abbesse Van Haenewijk. Elle abritait les reliques de St-Ghislain, transférées à Archennes lorsque l'Abbaye de Florival fut supprimée à la Révolution française.

GR 579 entre Florival et Wavre, chapelle St-Bernard

Pendant un kilomètre, nous marchons le long de la rue de Florival qui, après le franchissement de la Dyle, devient « Florivalstraat ». La rivière marque en effet ici la frontière entre la province du Brabant wallon et celle du Brabant flamand. Les trois prochains kilomètres se dérouleront en Flandre... Juste avant une ferme, nous prenons un chemin de terre à gauche qui suit, en lisière, le creux d’un vallon verdoyant. Malgré le changement de région, le balisage est toujours aussi sommaire et, à nouveau, nous avons recours au topo-guide pour trouver la bonne voie à suivre.

GR 579 entre Florival et Wavre

Nous entrons dans un bois et suivons le chemin le plus à gauche qui nous fait remonter à 97 mètres d’altitude. Le tracé rouge et blanc atteint un quartier résidentiel et contourne un poste d’électricité surmonté d’un clocheton.

GR 579 entre Florival et Wavre, De Tomme

A la sortie de De Tomme, nous prenons un chemin de terre qui nous ramène dans la province du Brabant wallon et nous entraine, à travers la campagne, vers un zoning industriel. Un peu avant d’y arriver, nous partons à gauche et descendons un chemin rural aboutissant devant la ferme de l’Hosté à Basse-Wavre.

GR 579 entre Florival et Wavre GR 579 entre Florival et Wavre

Vaste quadrilatère enserrant une cour carrée, la ferme de l'Hosté présente une physionomie bien brabançonne au creux de la vallée de la Dyle. La « cense de l'hostel » est l'ancienne exploitation du seigneur de Wavre qui possédait sa demeure à proximité. Celle-ci, primitivement château, devint au XIVe siècle un manoir cossu que l'on appelait « l'hostel du seigneur » et qui fut démoli et incendié en 1506. C'est de là que la ferme tire son nom. Les bâtiments tels que nous les voyons aujourd'hui datent des années 1752 - 1760. La ferme est toujours exploitée pour l’agriculture et propose des chambres d’hôtes.

GR 579 : Basse-Wavre, ferme de l'Hosté

Nous contournons la ferme en empruntant un sentier parallèle aux bâtiments puis, par une drève arborée, nous rejoignons la chaussée du Tilleul suivie sur 300 mètres. Un peu plus loin, le GR 579 effectue une petite boucle qui permet de découvrir la basilique Notre-Dame de Basse-Wavre.

Formée d'un chœur gothique du XVIe siècle et de trois nefs baroques du XVIIe siècle, la basilique présente une tour en briques et pierres bleues, millésimée de 1710 et surmontée d'une flèche bulbeuse. L'élément le plus ancien de ce bâtiment est la chapelle mariale, à laquelle on accède par une élégante grille en fer forgé de style Louis XIV. Cette chapelle abrite la statue d'une Vierge à l'enfant du XVIIe siècle ainsi qu'une châsse miraculeuse.

Cette châsse, exécutée en 1628, a été offerte par l'archevêque de Malines, en remplacement d'un autre coffre à reliques que des iconoclastes avaient brûlé en 1590 ; elle est en cuivre doré et ses côtés sont ornés de quatorze médaillons illustrant la légende mariale de Basse-Wavre. Il s’agit d’une « châsse vivante » car elle est exceptionnellement, mais périodiquement, ouverte pour y accueillir de nouvelles reliques. Ainsi, par la présence des nombreuses reliques de saints et saintes c'est un véritable livre retraçant l’histoire de l’Eglise depuis près de mille ans. De nos jours, cette châsse est encore l'objet d'une procession annuelle : « le Grand Tour » qui parcourt la région sur un trajet de 7,5 km.

En 1999, le Pape Jean-Paul II, suite au rayonnement séculaire du sanctuaire, a élevé l’église de Basse-Wavre au rang de basilique mineure. C’est le plus haut titre qu’une église puisse recevoir dans l’Eglise catholique.

GR 579 : Basse-Wavre, basilique Notre-Dame

C’est par la Belle-Voie que nous rejoignons le centre de Wavre où nous finissons cette étape. La Belle-Voie, créée en 1628, pour relier Wavre au sanctuaire marial de Basse-Wavre, mesurait alors 585 mètres de long sur 11 de large. Cette avenue droite, large et praticable en toutes saisons pour les passants et les pèlerins, avait fière allure et les Wavriens l’appelèrent spontanément la « Belle-Voie ». Depuis 2014, ce sont des tilleuls qui remplacent les marronniers malades qui bordaient la drève.

GR 579 entre Florival et Wavre, la Belle-Voie