Les Randos de Fred & Paul

Etape 1 : Le Puy-en-Velay → St-Privat d'Allier (23 km) réalisée en juin 2014

Il est 9h15 lorsque nous arrivons sur la place du Plot, là où démarre ce périple qui va nous mener jusqu'à Conques. Pour la plupart des pèlerins et randonneurs, le vrai départ se situe dans la cathédrale Notre-Dame mais, vu que nous l'avons visitée hier et que nous n'avons pas vraiment envie de grimper là-haut ce matin, nous commençons l'étape sur cette place. Nous immortalisons cet instant par une photo devant la plaque annonçant que c'est ici que la Via Podiensis prend naissance.

GR 65, Le Puy-en-Velay : début de la Via Podiensis

Le Puy-en-Velay (630 mètres d'altitude) se situe dans une vallée, c'est donc en montée que les premiers kilomètres s'effectuent. Dans la rue des Capucins, on peut observer une croix du XVIe siècle avec la représentation de St-Jacques et d'un pèlerin. Un peu plus haut, à l'angle de la rue de Compostelle, une statue a été érigée à l'occasion du centenaire du Rotary International. Au pied de ce grand pèlerin en bois, se trouve un panneau nous recommandant de bien suivre les marques de GR officielles pour parvenir à la bonne destination !

GR 65, Le Puy en Velay (statues)

Après 1,5 km de montée sur l'asphalte, le GR se poursuit à plat sur un large chemin caillouteux en pleine campagne. Nous passons au pied de la croix de Jalasset, récemment restaurée, dont le fût date de 1621. Sur ce long faux plat, nous rencontrons quelques pèlerins avec des sacs à dos bien chargés, trop probablement ; nous apercevons aussi un bivouac avec un âne à côté... une autre manière de parcourir le Chemin de Compostelle ! L'itinéraire passe à gauche d'une petite montagne le Croustet. On appelle ces monts des « gardes » : petits volcans remaniés par l'érosion, constitués de pierres rouges, meubles, exploitées sous le nom de pouzzolanes.

GR 65 entre Le Puy en Velay et St-Christophe sur Dolaizon, croix de Jalasset

Nous faisons la connaissance d'un couple de suisses, avec qui nous ferons un petit bout de chemin, un peu avant La Roche. Ce charmant petit hameau surplombe une vallée profonde où coule le Dolaizon, une rivière de 15 km qui se jette dans la Borne près du Puy-en-Velay. La Borne rejoint ensuite la Loire environ 2 km plus à l'est. Le GR contourne partiellement La Roche par un chemin en corniche au-dessus du ravin de la Gazelle. Nous découvrons un premier ferradou (j'en parlerai plus loin) ainsi qu'un ancien four à pain.

GR 65 entre Le Puy en Velay et St-Christophe sur Dolaizon, hameau de La Roche

Après la traversée du hameau de La Roche, l'itinéraire se poursuit par un étroit chemin empierré sur la crête. Nous nous trouvons ici au milieu du pays vellave, large plate-forme volcanique. Il y a environ un million d'années, de gigantesques explosions issues des mouvements alpins et pyrénéens sont venues bouleverser le paysage du Massif central. Aujourd'hui, le Velay est une moyenne montagne, à environ 1000 mètres d'altitude, composée de vastes plateaux basaltiques. Au sud-ouest, la chaîne du Devès, composée de quelques 150 volcans, marque le partage entre les bassins de la Loire, au nord, et l'Allier, au sud.

GR 65 entre Le Puy en Velay et St-Christophe sur Dolaizon, vallée du Dolaizon

La Via Podiensis traverse un petit bois et franchit le ruisseau de la Roche avant d'atteindre St-Christophe sur Dolaizon. Ayant déjà parcouru 9 km, nous faisons une pause, en compagnie d'autres randonneurs, sur un banc au centre du village.

Classée monument historique, l'église est mentionnée dès le XIIe siècle ; époque à laquelle remonteraient ses parties les plus anciennes. L'édifice est construit en brèche volcanique rougeâtre, pierre composée de fragments de roches magmatiques et d'un ciment de cendres et de pouzzolane. Sur le mur sud, on constate la présence de trois enfeus, tombe encastrée dans l'épaisseur du mur, dont la base se situe à environ 1,70 m de hauteur.

GR 65, St-Christophe sur Dolaizon : église

La façade principale, plus haute que large, se compose de trois niveaux séparés par un bandeau de pierre. L'ensemble est surmonté par un clocher « peigne », typique du plateau vellave, datant de 1727. On qualifie un clocher de peigne lorsqu'il se compose d'un mur unique percé d'une ou plusieurs ouvertures recevant la ou les cloches. Ici à St-Christophe, quatre baies accueillent trois cloches de tailles différentes. Chacune est accrochée à un axe en bois relié à un système d'engrenage permettant de créer le mouvement de balancier nécessaire à la mise en action des cloches.

GR 65, St-Christophe sur Dolaizon : église

De St-Christophe sur Dolaizon à Liac, le tracé rouge et blanc se poursuit en légère montée sur une petite route. A la sortie de Liac, le goudron fait place à un chemin de terre jusqu'au hameau de Lic, où il retrouve un instant l'asphalte. L'entrée de Lic est marquée par une croix plantée dans une large pierre carrée en bordure du chemin. Mesurant 1,60 m, ce monument est sculpté sur l'ensemble de ses faces. Le thème figuré est celui de La passion du Christ à travers la représentation de ses instruments. Sur le bras vertical, on trouve une croix latine et l'échelle ayant servi à descendre le corps du Christ. Sur le côté gauche, sont gravés la lance ayant percé le flanc du Christ et un marteau. Sur le côté droit, on distingue aisément des tenailles.

Comme les bornes milliaires romaines, les croix de chemin servent de repères aux pèlerins et placent la route sous la protection divine. La croix de carrefour, généralement plus haute, permet l'orientation du voyageur et délimite le périmètre d'un village ou d'une seigneurie. Sur la plupart de ces croix, les pèlerins déposent de petites pierres.

GR 65 entre St-Christophe sur Dolaizon et Montbonnet, croix de Lic

Avant d'atteindre Ramourouscle, une variante nous est proposée. Celle-ci est conseillée en cas de fortes pluies, ce qui n'est heureusement pas le cas aujourd'hui même si le temps devient de plus en plus nuageux. Nous prenons un beau sentier, délimité par un muret de pierre sèche. Ces murs de pierres, issues des champs nettoyés lors de labours, sont assemblés sans mortier. Ils servent à délimiter les parcelles ou à aménager les pentes en terrasses.

GR 65 entre St-Christophe sur Dolaizon et Montbonnet, variante en cas de pluie GR 65 entre St-Christophe sur Dolaizon et Montbonnet

Le village de Ramourouscle possède quelques très belles maisons faites de granit ou de pierres basaltiques irrégulières et sombres, jointoyées par une large couche de mortier clair. Il y a aussi, comme dans presque chaque village, un ferradou. Cet instrument servait à ferrer les bêtes : bœufs et vaches principalement. Le ferradou est généralement bâti avec de grosses poutres de bois, même si l'on en trouve quelques-uns en fer ou en granit. Dans chaque village, c'était un lieu de rencontre et de convivialité.

On ferrait toujours une paire de bovins habitués à travailler ensemble pour débarder le bois ou pour divers travaux agricoles. A l'avant se trouve le joug, pour maintenir la tête de l'animal, associé à une petite plaque métallique posée sur son museau. Sur des sortes de reposoirs, on installe la patte de l'animal repliée le temps de la ferrer. Pour plus de tranquillité, on faisait coulisser de larges sangles sous le ventre du bovin. Ce dernier était délicatement soulevé à l'aide de la poutre cylindrique et d'un taquet de bois calé entre les poutres horizontales opposées.

GR 65, ferradou à Ramourouscle

Ferradou à Ramourouscle

GR 65, ferradou à Liac

Ferradou à Liac

Vers 13h, nous arrivons à la chapelle St-Roch située un peu à l'écart du village de Montbonnet. Construite au XIe siècle, elle fut d'abord dédiée à St-Jacques et plus tard à St-Roch, lors de l'extension du culte de ce saint devenu patron des pèlerins au début du XVIIe siècle. La chapelle est un édifice en partie roman qui arbore un plan architectural simple composé d'une nef unique à chevet plat et d'un chœur orienté à l'est. Elle a été remaniée de nombreuses fois : après la guerre de Cent Ans, au début du XVe siècle, après les guerres de Religion, et au XVIIe siècle.

On ne peut évoquer cette chapelle sans parler de St-Roch. Né à Montpellier à la fin du XIIIe siècle, il est considéré comme le guérisseur de la Peste. Parti pour un pèlerinage à Rome, il a soigné de nombreux malades tout le long du chemin. La légende veut que, sur le chemin du retour, ayant lui-même contracté la peste et souffrant d'un énorme bubon à la cuisse, il se serait retiré dans un bois avec son chien pour seule compagnie. Chaque jour, l'animal revenait avec un pain. Puis un ange le guérit miraculeusement. Il reprit alors sa route, mais fut fait prisonnier et resta cinq ans au cachot avant de mourir. St-Roch est souvent représenté sous les traits d'un pèlerin qui tend une jambe sur laquelle on peut voir un bubon pesteux.

GR 65, Montbonnet, chapelle St-Roch

C'est devant cette chapelle, malheureusement fermée, que nous mangeons notre pique-nique. Nous voyons passer plusieurs groupes de randonneurs, pèlerins. Sur cette première étape, les marcheurs sont très nombreux mais la difficulté du parcours (600 mètres de dénivellation aujourd'hui) fera diminuer leur nombre au fil des jours et des kilomètres. Nous traversons le charmant village de Montbonnet puis, le GR se remet à grimper sur un large chemin de terre sillonnant la campagne. Nous entrons alors dans les bois et atteignons le lac de l'Œuf à 1200 mètres d'altitude (le point culminant de cette étape).

Ce lac, qui n'en est pas un, est en fait une zone humide occupée par une tourbière. Cet espace de 2 hectares forme une sorte de clairière entourée de grands arbres notamment des pins sylvestres et des épicéas. Pourquoi une tourbière s'est-elle développée ici ? En fait, après la fonte des glaces, les dépressions d'abord occupées par des lacs ont progressivement été conquises par la végétation. Lentement, les végétaux gagnent en épaisseur et la tourbe commence à se former à partir des plantes mortes. À terme, l'accumulation sur de longues périodes de matière organique implique un rejet progressif de l'eau, la tourbière s'assèche, devient inactive et se boise. D'un point de vue pratique, la tourbe, générée par ce milieu spécifique, a servi de combustible au XIXe siècle pour pallier à la pénurie de bois de chauffage et de charbon.

GR 65 entre Montbonnet et St-Privat d'Allier : lac de l'Œuf

Le parcours se poursuit sur une voie forestière devenant un sentier herbeux. Après la traversée du hameau Le Chier, à 1034 mètres d'altitude, il faut encore descendre de 150 mètres pour arriver au terme de l'étape. Nous nous engageons sur un sentier caillouteux assez raide, passons devant le moulin de Piquemeule et débouchons sur la D589 à l'entrée de St-Privat d'Allier, un peu avant 15h30.

GR 65, descente vers St-Privat d'Allier

St-Privat d'Allier est encadré par le Rouchoux et la Planchette, deux ruisseaux de moins de 10 km qui ont façonné le paysage pour aller se jeter au sud dans l'Allier. Ce petit village est installé sur un éperon rocheux qui domine un paysage verdoyant très encaissé et découpé. Au bout de l'éperon rocheux, un château a été érigé ; ce dernier surplombe ainsi l'ensemble du village. Construit du XIIIe au XVIIIe siècle, ce site stratégique permettait de contrôler la route du Gévaudan. Enraciné dans le rocher, le château prend la forme d'un triangle très allongé dont la pointe serait tournée vers le village. Construit en pierre volcanique sombre, le château paraît très austère d'autant que les murs sont hauts et les ouvertures très étroites.

GR 65, St-Privat d'Allier

Derrière le château, on aperçoit l'église. L'édifice, construit à partir du XIIe siècle en brèche volcanique rouge, dépendait d'un prieuré fondé en 1046. À partir de 1111, le prieuré et l'église deviennent les vassaux de l'abbatiale de la Chaise-Dieu. D'un point de vue architectural, l'église est de tradition romane avec quelques éléments gothiques rajoutés lors des nombreuses transformations.

GR 65, église de St-Privat d'Allier