Les Randos de Fred & Paul

Etape 2 : St-Privat d'Allier → Saugues (20 km) réalisée en juin 2014

C'est un peu après 9h que nous débutons cette seconde étape. Le parcours d'aujourd'hui s'annonce encore plus vallonné que celui d'hier (510 mètres de dénivelé à la montée et 440 à la descente) ! Le Chemin de Compostelle est loin d'être de tout repos, même pour nous qui sommes pourtant de bons marcheurs. Le GR quitte St-Privat d'Allier et monte un peu afin de nous faire admirer la vue sur le village et ses alentours. Nous suivons ensuite une départementale que nous quittons de temps en temps pour emprunter des sentiers ou des chemins empierrés permettant de couper certains virages.

GR 65 entre St-Privat d'Allier et Rochegude

Après trois kilomètres, nous atteignons le hameau de Rochegude qui tire son nom du piton rocheux sur lequel il est construit : la « roche aigue » (Rocha Aguda), dominant l'Allier de plus de 350 mètres. Les reliefs accidentés des gorges de l'Allier, ancienne zone de frontière et de passages, sont marqués de nombreux « châteaux de rocher » tels que Rochegude. Constitué à partir du XIIe siècle, ce réseau de sites fortifiés affirmait l'autorité des seigneurs implantés le long du cours d'eau.

Vigie du pays vellave face au Gévaudan et à la Basse Auvergne, la tour est le vestige d'un château fort du XIIIe siècle. En 1230, Rochegude appartenait aux seigneurs de Montlaur qui cherchaient à contrôler les gués, bacs et ponts les plus fréquentés de l'Allier. Les droits de péage dont devaient s'acquitter les nombreux voyageurs traversant la région en faisaient un enjeu économique important.

GR 65, Rochegude : la tour

En contrebas de la tour, l'ancienne chapelle castrale, avec son clocher « peigne » et son chevet rond couvert de lauzes, reste solidement ancrée dans la roche. Cet édifice, dédié à St-Jacques, date du XIIe siècle. Depuis ce promontoire, nous profitons du panorama sur les gorges de l'Allier et la Margeride en face.

GR 65, Rochegude : la chapelle

A la sortie de Rochegude débute un sentier qui va nous mener vers Monistrol d'Allier mais aussi et surtout nous faire passer de 925 à 610 mètres d'altitude ! Assez bon au départ, le sentier devient vite plus raide en cheminant à travers des éboulis de roches... mieux vaut bien regarder où l'on met les pieds. Dans cette descente, je découvre tout à coup un appareil photo trainant au milieu du chemin. Je m'aperçois qu'il appartient à la troisième personne de notre groupe qui est juste devant moi et qui l'a probablement mal remis dans sa poche.

GR 65 entre Rochegude et Monistrol d'Allier

Vers 11h15, nous faisons notre entrée dans Monistrol d'Allier après être passé au-dessus de la ligne de chemin de fer. Du fait de sa géomorphologie, le Massif Central va rester très longtemps à l'écart du réseau ferroviaire. En avril 1862, l'exécution de la ligne entre Brioude et Alès est déclarée d'utilité publique. Plus de 6000 personnes vont travailler sur cet audacieux chantier. Véritable musée d'architecture à ciel ouvert avec plus de 171 ouvrages d'art, la ligne est achevée en 1870 et voit la circulation du premier train sur ce parcours cévenol.

Monistrol enjambe les deux rives de l'Allier et assure le franchissement de la rivière. A l'époque médiévale, la traversée dans une gorge très encaissée s'avérait souvent périlleuse ; aujourd'hui elle s'effectue à la faveur de ponts dont le « petit pont vert » construit par Gustave Eiffel. Cet ouvrage est exécuté en 1888, quasiment à la même époque que le viaduc de Garabit et que la célèbre tour parisienne.

GR 65, Monistrol d'Allier : Pont Eiffel

Un peu comme sa sœur la Loire, dont il est le principal affluent, l'Allier est souvent considéré comme l'une des dernières grandes rivières sauvages d'Europe. C'est en Lozère qu'il prend naissance à 1485 m d'altitude. A 425 km de sa source et 167 m d'altitude, l'Allier rejoint la Loire au Bec d'Allier (près de Nevers). Le « Bec » est le nom donné aux confluences dans le bassin ligérien.

L'Allier aurait pu être le fleuve et la Loire la rivière. En effet, l'Allier, guère moins long que la Loire en amont du Bec d'Allier (respectivement 425 et 460 km), donne sa direction au fleuve à la confluence des deux rivières. Mais l'Allier, avec une surface de bassin versant inférieure et des débits moyens inférieurs, a dû s'incliner. Il garde néanmoins le privilège d'être le principal affluent du bassin ligérien.

GR 65, Gorges de l'Allier

Le petit prieuré, « Monasteriolum » en latin, dépendant de l'abbaye de la Chaise Dieu, connu depuis 1145, a donné son nom au village. Du fait du franchissement de l'Allier, l'influence jacquaire est très importante dans l'histoire de Monistrol et de son prieuré. Ainsi en témoigne la croix, datant du XVIe siècle, au chevet de l'église. Timbrée de la coquille et du bourdon elle représente sur chaque face une Vierge des douleurs et le Christ en croix, sur les côtés latéraux deux reproductions de pèlerins donc l'un pourrait être St-Jacques.

GR65, Monistrol d'Allier: croix sculptée

C'est à la sortie du village que commence la montée raide vers le haut plateau de la Margeride. Nous suivons un petit sentier pierreux qui serpente, en montant dans le sous-bois, au-dessus des gorges de l'Allier. En chemin, nous découvrons des orgues basaltiques.

Lorsque la lave émise par le volcan atteint la surface de la Terre, elle se solidifie alors que sa température est encore très élevée. En se refroidissant complètement, elle se rétracte, son volume diminue et des fissures peuvent apparaître, donnant naissance aux orgues volcaniques, étonnantes structures formées de prismes hexagonaux. La prismation qui se forme s'effectue perpendiculairement aux surfaces de refroidissement. Il en résulte des orgues verticales pour une coulée de lave horizontale. Plus le refroidissement de la coulée est lent et plus les prismes seront réguliers.

GR 65, orgues basaltiques

En cours d'ascension, nous passons devant une chapelle troglodytique dédiée à Ste-Madeleine, déjà mentionnée dans un texte daté de 1312. Cet oratoire est construit dans une grotte naturelle occupée dès la préhistoire. Au XVIIe siècle, on a construit une façade de pierre pour fermer le trou et le transformer en une chapelle. Nous profitons des lieux pour faire une pause et admirer le point de vue sur la vallée et sur Monistrol.

GR 65 entre Monistrol d'Allier et Saugues, chapelle de la Madeleine GR 65 entre Monistrol d'Allier et Saugues, vue sur Monistrol d'Allier

A partir d'ici, le chemin devient encore plus pentu mais, un escalier avec une main courante facilite la montée ! Le GR 65 traverse ensuite la D589 puis zigzague à travers bois jusqu'au hameau de Montaure. Après tous ces efforts, nous recherchons un lieu propice pour effectuer la pause pique-nique. Les bancs étant rares dans cette région, nous nous asseyons sur des rondins de bois au bord du chemin.

GR 65 entre Monistrol d'Allier et Saugues, montée vers Montaure

Nous reprenons notre périple qui emprunte d'abord un chemin de terre jusqu'au hameau de Roziers puis, une petite route vers le hameau de Le Vernet à 1050 mètres d'altitude. Nous suivons deux randonneurs que nous reverrons régulièrement ces prochains jours : un allemand qui, bien souvent, préfère passer par les routes plutôt que de suivre les sentiers balisés ; une française tractant derrière elle un Carrix. Il s'agit d'un système de portage à roulettes sur lequel repose un sac pouvant atteindre les 15 à 20 kg. Remplaçant ou s'ajoutant au sac à dos, le Carrix permet d'alléger la charge sur le dos d'environ 75 %.

GR 65 entre Monistrol d'Allier et Saugues, Le Vernet

Un peu partout, le long du parcours, fleurissent des affiches pour promouvoir un gîte, un café. Le Chemin de Compostelle, au départ du Puy-en-Velay, drainant chaque année environ 20 000 marcheurs ; certains ont vite compris qu'il fallait attirer ces « clients » potentiels vers leurs établissements. C'est ainsi que, grâce à un panneau publicitaire, nous nous arrêtons chez une dame bien sympathique qui, dans l'arrière-cour de sa maison, vend des boissons et des tartes à la myrtille... un régal !

L'itinéraire quitte Le Vernet par un large chemin de terre qui s'en va, entre les prairies, vers le hameau de Rognac. Nous sommes à présent à 1100 mètres d'altitude, le point le plus élevé de cette seconde étape.

GR 65 entre Le Vernet et Rognac

A la sortie de Rognac, le tracé rouge et blanc prend un sentier étroit traversant un petit bois et des prés avant d'entamer la descente vers la ville de Saugues. Au bord de la D589, un peu à l'écart du parcours, on découvre une étrange sculpture en bois évoquant la Bête du Gévaudan.

GR 65, Saugues : Bête du Gévaudan (sculpture) GR 65, Saugues

Ancienne place forte du Gévaudan, à la frontière de l'Auvergne, Saugues s'est développée dès le XIIe siècle sous l'autorité des évêques de Mende et des seigneurs de Mercœur. C'est de cette époque que date l'essentiel des fortifications, dont la fameuse Tour des Anglais ; donjon attenant au château détruit par un incendie, en septembre 1788, en même temps qu'une grande partie du centre de la cité. Ce sont les pierres des pans de mur du château qui servirent à reconstruire les maisons incendiées. Seule la Tour du Seigneur a été conservée.

Ces solides fortifications furent à l'épreuve des batailles que connut le Gévaudan pendant les guerres de Cent Ans contre les Anglais puis, des guerres de Religion. Le nom de la tour date des années 1380, époque où le Connétable Bertrand Du Guesclin est envoyé dans la province par Charles V pour déloger les « Anglais » qui n'étaient pas tous Anglais, mais plutôt des Routiers et bandits désœuvrés qui rançonnaient les villes qu'ils assiégeaient. L'intérieur de la tour est aujourd'hui un musée qui offre aux visiteurs des fresques sur les travaux de la forêt, les métiers d'autrefois, et des expositions.

GR 65, Saugues : Tour des Anglais

A deux pas de la Tour des Anglais, la collégiale St-Médard, mérite une visite. La partie la plus ancienne de l'édifice est le clocher-porche, probablement édifié à la fin du XIIe ou au début du XIIIe siècle. Celui-ci ouvrait sur l'ancien cimetière déplacé en 1787. Au cours du XVIe siècle, une nouvelle église, de style gothique ou ogival, est construite sur l'ancienne.

A l'intérieur, on peut vénérer, dans la chapelle qui lui est dédiée, St-Noël Chabanel, un missionnaire jésuite originaire de Saugues qui mourut en martyr au Canada ; se recueillir devant la châsse de St-Bénilde, dans une autre chapelle latérale. Le trésor de la collégiale comprend plusieurs croix processionnelles du début du XVIe siècle ainsi que des vêtements liturgiques.

GR 65, Saugues : collégiale St-Médard

Avant de quitter Saugues pour rejoindre notre logement, nous allons faire quelques courses dans une supérette. Chose étonnante, nous trouvons des tomates originaires de Belgique moins chères que celles provenant de France...