Les Randos de Fred & Paul

Etape 4 : Chapelle St-Roch → Aumont-Aubrac (25 km) réalisée en juin 2014

Départ à 9h20, sous un ciel très nuageux, pour cette première étape dans le département de la Lozère (qui doit son nom à la principale montagne située sur son territoire : le Mont Lozère). Nous suivons brièvement la D987 avant de bifurquer sur un chemin circulant entre les prés et les bosquets. Le parcours est très beau mais, de fréquentes petites bruines, viennent quelque peu gâcher notre plaisir.

GR 65 entre le Sauvage et St-Alban sur Limagnole : fontaine St-Roch GR 65 entre le Sauvage et St-Alban sur Limagnole

Après 1,5 km, nous traversons la D987 et poursuivons en face sur un large chemin bordé de prairies. Un peu plus loin, le GR 65 croise le GR 4 et continue avec lui pendant deux kilomètres. Ce sentier de grande randonnée part de Royan (Charente-Maritime) et se termine à Grasse (Alpes-Maritimes). En 1400 km, le GR 4 relie l'Atlantique à la Provence.

De grandes dalles permettent de franchir le ruisseau de Gazamas. Ce petit cours d'eau, long de 16 km, prend sa source dans les monts de la Margeride aux confins des départements de la Haute-Loire et de la Lozère dans l'ancienne province du Gévaudan. Devenant plus loin la Limagnole, c'est un affluent de la Truyère.

GR 65 entre le Sauvage et St-Alban sur Limagnole : ruisseau de Gazamas

Depuis notre départ à la chapelle St-Roch, nous cheminons dans la Margeride. Un espace qui se trouve à cheval sur le Cantal, la Haute-Loire et la Lozère. Entre le Velay au nord, l'Aubrac à l'ouest, les Causses et les Cévennes au sud, la Margeride est un haut-plateau granitique (1200 à 1500 m d'altitude) de 60 km de long qui a été épargné par l'activité volcanique du Massif Central. Des rochers polis par les intempéries surgissent soudain du sol comme de gigantesques billes éparpillées dans ce paysage couvert de landes à genêts, de bruyères et de pins.

Un peu avant d'entrer dans un bois, quelques vaches nous regardent passer. Un pelage couleur froment, des cornes en forme de lyre, des yeux qui semblent maquillés,... voici nos premières vaches de race Aubrac ! Demain et après-demain, nous cheminerons sur le plateau de l'Aubrac au milieu de ces vaches.

GR 65, vaches Aubrac

Nous passons dans Le Rouget, hameau qui tire son nom de la carrière qui produit ce grès rose appelé : arkose. Cette pierre de construction, très répandue dans la région, contraste avec le gris foncé du granit. Nous empruntons ensuite un chemin de terre passant sous une ligne haute tension avant de rejoindre, à nouveau, la D987.

Vers 11h, nous arrivons sur le territoire de la commune de St-Alban sur Limagnole mais, il nous faudra encore marcher près de 20 minutes avant d'atteindre son centre-ville. En effet, le GR 65 nous fait faire un grand détour, sans intérêt, par un lotissement. Nous contournons l'hôpital psychiatrique puis faisons une halte pour admirer le château et notamment son portail et ses galeries en grès rose qui lui donnent un air de théâtre.

GR 65 : château de St-Alban sur Limagnole

Cette forteresse médiévale, dont les plus anciennes traces remontent au XIe siècle, a été plusieurs fois attaquée et reconstruite. Elle a été embellie au XVIIe siècle, avec l'arkose provenant des carrières locales, en s'inspirant du style architectural de la Renaissance Italienne, sous l'impulsion du marquis de Morangies, propriétaire des lieux. De 1764 à 1767, sous la conduite de ce marquis, de nombreuses battues pour tenter de capturer la Bête du Gévaudan furent organisées à partir du château.

En 1821, Hilarion Tissot, de l'ordre de St-Jean de Dieu, transforma le château en asile pour y accueillir et soigner les aliénés. Au fil des ans et des vicissitudes, cet asile prit de l'importance pour se transformer en hôpital psychiatrique qui allait accueillir jusqu'à 620 malades dans les années 1970. C'est dans ce château que l'office de tourisme a aujourd'hui installé ces locaux.

GR 65 : château de St-Alban sur Limagnole

Même s'il n'est que 11h30, nous décidons de manger notre pique-nique au pied de l'église de St-Alban sur Limagnole qui, comme son nom l'indique, est dédiée à St-Alban. Les disciples de ce saint martyr anglais du IVe siècle sont venus fonder un monastère en Margeride, à l'emplacement de l'église actuelle.

L'église, construite au XIe siècle, est de style roman mais on ressent aussi l'influence auvergnate. Sa situation, en contrebas de la grand-route, permet de bien voir l'abside, en cul-de-four, éclairée par cinq fenêtres ébrasées qu'entourent de belles arcades en plein cintre. Un imposant clocher-mur à trois baies, construit en 1891, surplombe l'abside ; il porte, accroché à sa croix, une Bête du Gévaudan.

GR 65 : église de St-Alban sur Limagnole

A la sortie de la ville, après le terrain de sport, nous montons vers une grande croix sculptée. D'ici le panorama est parait-il très beau mais, la grisaille ne nous permet pas d'en profiter.

GR 65 entre St-Alban sur Limagnole et Grazières-Mages

Un peu en dehors du GR, nous admirons l'ancien four à pain de Grazières-Mages puis, nous traversons la Limagnole et, une fois de plus, la D987. La municipalité de St-Alban sur Limagnole a installé, tout le long du Chemin de St-Jacques, une série de panneaux consacrés à l'histoire du pèlerinage. Une bonne initiative car depuis Monistrol d'Allier, nous n'avons plus vu aucun panneaux touristiques. Nous lisons les infos sur l'équipement du pèlerin et apprenons l'histoire de la célèbre coquille St-Jacques avant d'entamer la première montée de la journée.

GR 65, Grazières-Mages : four à pain GR 65, panneau info sur le pèlerin de St-Jacques

Si les douze kilomètres entre la chapelle St-Roch et Grazières-Mages se sont déroulés en descente, passant de 1308 à 950 mètres d'altitude ; la suite du parcours sera plus accidentée. Aussitôt, de l'autre côté de la départementale, nous grimpons un chemin qui serpente entre les racines de pins. Au sommet de la colline (1030 m), le tracé rouge et blanc rejoint le hameau de Chabanes-Planes.

GR 65, montée vers Chabanes-Planes

Nous traversons le hameau et continuons en faux-plat, à travers bois et champs. Ce parcours est un vrai plaisir olfactif entre l'odeur des pins et celle des genêts en fleur. Au milieu de la forêt, nous découvrons cette construction ; peut-être l'abri d'un pèlerin qui a passé la nuit ici ?

GR 65 entre Chabanes-Planes et Les Estrets : abri

C'est par un large chemin rempli d'ornières que nous descendons vers Les Estrets (940 m). Soudain, nous nous faisons dépasser par un marcheur alors que d'habitude, c'est nous qui allons plus vite que les autres randonneurs. Ceux-ci sont d'ailleurs toujours surpris par notre vitesse de marche qui n'est pourtant que de 4 km à l'heure. Il faut dire que, contrairement à beaucoup de personnes qui se lancent sur le Chemin de Compostelle, nous avons de l'entrainement puisque nous marchons une trentaine de kilomètres tous les week-ends.

GR 65, descente vers Les Estrets

Les Estrets est une ancienne commanderie des Hospitalier de St-Jean de Jérusalem (appelés communément Chevaliers de Malte). Leur présence ici est signalée dès le mois de juin 1266. La chapelle, autrefois à l'usage exclusif des Chevaliers, fut agrandie pour devenir l'église paroissiale en 1843. L'édifice possède un clocher-mur à double arcature.

Nous nous abritons de la pluie en pénétrant dans l'ancien four à pain du village. Un peu plus loin, nous traversons le pont des Estrets, où jadis il fallait verser un droit de péage aux seigneurs de Peyre, pour passer la Truyère. Cette rivière de 167 km prend sa source au sein du massif de la Margeride, à 1450 mètres d'altitude. Elle coule dans les départements de la Lozère, du Cantal et de l'Aveyron. C'est l'affluent principal du Lot et donc un sous-affluent de la Garonne.

GR 65, Les Estrets : pont sur la Truyère

Le GR 65 grimpe lentement en direction d'Aumont-Aubrac en ondulant, pendant plusieurs kilomètres, entre campagne et sous-bois sur un large chemin qui serait une ancienne voie romaine : la Via Agrippa. Le ciel se dégage peu à peu, nous permettant d'enfin enlever la cape et de profiter un peu plus du paysage qui nous entoure.

GR 65 entre Les Estrets et Aumont Aubrac

Nous finissons l'étape à Aumont-Aubrac vers 15h45. L'agglomération d'Aumont-Aubrac se serait formée autour d'un prieuré fondé par les barons de Peyre, vers l'an mille. Le bourg s'est développé au croisement de deux voies de communication très importantes à l'époque gallo-romaine.

L'église St-Etienne est un ancien prieuré bénédictin, remontant à 1067, au cœur de la baronnie de Peyre. L'édifice a subi de nombreuses reconstructions, d'où son style inspiré à la fois des styles roman et baroque. Sa principale particularité est son clocher, excentré, démoli lors de la Révolution et reconstruit en 1839 avec des pierres du cimetière. Une coquille St-Jacques, au-dessus du portail, rappelle que le village est une étape importante sur le Chemin de Compostelle.

GR 65, église d'Aumont Aubrac

Située sur un des côtés de l'église, la croix de l'Oustalet représente, de face, le Christ et, au revers, la Vierge Marie. On l'appelle croix de l'Oustalet parce que le Christ est placé dans une petite niche polygonale ou « Oustalet » : maisonnette.

GR 65, Aumont Aubrac : croix de l'Oustalet

C'est dans une salle, à côté de l'église que nous achevons cette journée de marche. Toute l'année de 7 à 19h, René y accueille bénévolement les pèlerins en leur offrant une boisson (thé, café,...) et quelques biscuits. L'occasion de faire connaissance avec d'autres randonneurs et même de découvrir que certains habitent à seulement quelques kilomètres de chez nous ! En épinglant sur une grande carte l'endroit d'où l'on provient, on s'aperçoit que des marcheurs des quatre coins du monde sont déjà passés par ici.