Les Randos de Fred & Paul

Etape 14 : Mas de Dalat → Poudally (26 km) réalisée en juin 2016

Après le petit déjeuner, et la photo souvenir devant le gîte, nous quittons notre hôte et démarrons l’avant-dernière étape de cette semaine sur le GR 65, entre Conques et Cahors. Il n’est que 8h10 et pourtant il fait déjà chaud mais, heureusement le parcours du jour ne présente aucune difficulté.

Nous suivons la petite route qui dessert le hameau sur 200 mètres puis tournons vers la droite pour rejoindre un beau sentier. C’est sur la D143 que nous arrivons au Mas de Palat et, puisque ce n’est pas là que nous allons, nous poursuivons notre itinéraire ! Le tracé rouge et blanc nous emmène vers Limogne-en-Quercy situé deux kilomètres plus loin. Nous cheminons d’abord au milieu de la campagne puis dans les sous-bois.

GR 65 entre St-Jean de Laur et Limogne en Quercy GR 65 entre St-Jean de Laur et Limogne en Quercy

Le GR rejoint la D911 et traverse la ville sur celle-ci. Dans ce causse désert, Limogne-en-Quercy est une bourgade active, grâce notamment à son marché aux truffes, le vendredi en saison. « Le diamant noir du Quercy » est un champignon noir très parfumé pour lequel les sols calcaires des causses du Quercy sont un terrain de prédilection. Pour dénicher ces joyaux enterrés à une profondeur de 5 à 20 centimètres, on utilisait jadis le cochon. De nos jours, ce sont les chiens, plus dociles, qui remplacent les cochons.

GR 65, Limogne en Quercy

Nous continuons la randonnée en direction de Varaire. Les sept kilomètres de ce parcours se déroulent essentiellement sur de larges chemins bordés de murets de pierre. Nous progressons dans la forêt jusqu’à Ferrières-Bas puis, dans une combe herbeuse. Cependant, le sous-bois reprend vite ses droits et c’est sur des chemins de terre ou caillouteux que nous avançons.

GR 65 entre Limogne en Quercy et Varaire GR 65 entre Limogne en Quercy et Varaire GR 65 entre Limogne en Quercy et Varaire

Le GR 65 n’entre pas dans Varaire mais le village mérite le détour. Plus du tiers des communes du Parc naturel régional ont un nom d'origine gallo-romaine. Le nom d’un propriétaire peut être suivi de « Villa » ou « Fundum » qui s'efface progressivement ; Varaire est issu de Varatia Villa, la villa de Varatius. Dès le XIIIe siècle, un hôpital avec une église, connu sous le nom de St-Jacques de Peyronèse accueillait les pèlerins au bord de la voie romaine appelée le « Cami Gasco », qui reliait Caylus, dans le Tarn-et-Garonne, à Cahors. De la même époque, demeure dans le village une tour, vestige du château, et le lavoir papillon aux dimensions impressionnantes car il en fut le vivier.

GR 65, Varaire : lavoir papillon

Nous reprenons notre périple, à travers la forêt, vers le village de Bach. Pendant 4 km, notre GR sera commun avec le GR 36 ainsi que le GR 46. Le GR 36 relie la Manche à la Méditerranée, sur plus de mille kilomètres ; il passe notamment par Caen, Saumur, Angoulême, Cahors, Albi et Carcassonne. Le GR 46, quant à lui, permet au départ de Tours de rejoindre Toulouse.

GR 65 entre Varaire et Bach GR 65 entre Varaire et Bach, panneau GR

Non loin d’ici, on peut visiter des phosphatières. Vers le milieu du XIXe siècle, face à la croissance démographique, l’agriculture doit augmenter sa productivité. L’utilisation des engrais se généralise alors, notamment celle des phosphates. Près de 300 gisements sont repérés dans le sud du Quercy et font l’objet de contrats d’exploitation entre propriétaires et compagnies minières. De 1870 à 1886, 2400 mineurs extraient annuellement 30 000 tonnes de phosphate qui, après broyage dans des moulins, sera transporté par gabarres et par trains vers Bordeaux puis l’Angleterre.

De nouveaux gisements sont découverts en France, mais surtout en Floride et en Afrique du nord. L’activité périclite rapidement dans le Quercy et, cette crise superposée à celle du phylloxéra qui détruit le vignoble, entrainera un important exode rural. L’activité minière devenue saisonnière se poursuivra jusqu’aux premières années du XXe siècle. Depuis 1990, une association s’attache à la préservation et à la valorisation pédagogique et touristique de ce patrimoine.

C’est peu avant midi que nous atteignons Bach. Le village ne doit pas son nom (en allemand, « ruisseau ») à une famille venue d’Allemagne au XVIIIe siècle car l’existence de la paroisse est attestée au Moyen-âge. Nous passons à côté d’un gîte où l’on apprend notamment que depuis Conques, nous avons déjà parcouru 116 km.

GR 65, Bach : La grange St-Jacques

Profitant de la présence d’un banc, à l’ombre de l’église Notre-Dame de l’Assomption, nous y effectuons la pause pique-nique.

GR 65, Bach : église ND de l'Assomption

Après un bref tour du village, nous nous remettons en route. S’il ne nous reste que neuf kilomètres à marcher cet après-midi pour rejoindre le gîte de Poudally, à cause de la chaleur et de la monotonie du parcours, cette distance nous paraitra bien plus longue !

GR 65, Bach

Le GR 65 suit pendant 500 mètres la D19 avant de tourner, à droite, dans un chemin herbeux aboutissant à la voie romaine appelée « Cami Ferrat ». Il s’agit de la même voie romaine (Caylus - Cahors) que précédemment mais qui a changé de nom à partir de Bach. Cette ancienne voie de communication évite les lieux d’implantation humaine ce qui explique son relatif oubli. Le pèlerin d’antan dédaignait ce chemin dont l’entretien était souvent défectueux et dont la solitude était propice aux embuscades.

GR 65 entre Bach et Mas de Vers

Pendant 7 km, nous allons progresser sur cette ancienne voie romaine, quasiment rectiligne, au milieu de la forêt essentiellement mais aussi entre des prairies récemment fauchées. La forêt ou plutôt les espaces boisés occupent une superficie considérable sur le territoire du Parc naturel régional du Quercy. La forêt lotoise n’a cessé de s'étendre depuis plus d'un siècle si bien qu’elle occupe aujourd'hui près de 50 % de la superficie du département du Lot.

GR 65 entre Bach et Mas de Vers, Cami Ferrat

Si nous sommes seuls dans les gîtes depuis deux jours, il en va de même sur le Chemin où nous ne rencontrons plus personne. Nous apprendrons plus tard qu’une majorité de pèlerins et randonneurs passent ici au mois de mai (afin d’être à Compostelle vers le 25 juillet, date de la St-Jacques) et donc de juin à mi-juillet, il fait très calme sur la Via Podiensis dans le causse de Limogne.

Un panneau nous indique une variante permettant d’aller à Vaylats où se trouve un grand couvent construit à la fin du XIXe siècle, à l’emplacement d’un ancien château détruit à la Révolution. C’est le couvent des Filles de Jésus, qui sert aussi de gîte. Depuis avril 2014, la communauté de religieuses a décidé de laisser la gestion du couvent à une association créée pour l’occasion.

GR 65 vers le couvent de Vaylats

A défaut de pouvoir photographier des monuments, je tente quelques clichés de papillons...

GR 65, photo de papillon GR 65, photo de papillon

A 14h30, au niveau du Mas de Vers, nous abandonnons le GR 65 pour emprunter brièvement la D26 puis un sentier botanique menant au gîte de Poudally. Là, nous sommes chaleureusement accueillis par Elsa et Manu. Après un verre d’eau bien fraiche à la menthe, nous prenons possession de notre chambre qui est en fait un dortoir de 8 places où nous ne serons que Paul et moi.

GR 65, gite de Poudally

L’après-midi se passe tranquillement dans ce petit coin de paradis jusqu’à l’heure du repas. Nous sommes quatre pèlerins autour de la table car un couple provenant de Suisse fait étape ici aussi : Mario, qui a déjà parcouru le Chemin il y a 5 ans, et Hélène. Ensemble, ils sont partis du Puy-en-Velay et iront probablement jusqu’à Compostelle. Une belle rencontre amicale qui se poursuivra grâce à Facebook où nous suivrons, à notre retour en Belgique, le compte-rendu quotidien de leur périple.

GR 65, gite de Poudally

Elsa nous sert un très bon repas avec notamment une étonnante mousse d’artichaut en entrée et une délicieuse crème mangue - framboise pour le dessert. Nous regrettons l’absence de nos hôtes qui préfèrent ne pas manger avec nous afin de pouvoir surveiller leurs deux jeunes enfants ; ils nous rejoindront cependant au moment du café.