Les Randos de Fred & Paul

Etape 16 : Cahors → Lascabanes (24 km) réalisée en juin 2017

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C’est vers 7h15, après un bon petit-déjeuner en libre-service, que nous démarrons cette étape. Depuis le gîte où nous avons logé hier... après une longue journée de voyage (9h de train de Bruxelles à Cahors, via Lille et Paris), nous devons parcourir 1,5 km, pour traverser toute la ville, afin de rejoindre le pont Valentré.

Construit aux temps des guerres franco-anglaises, le pont Valentré constitue un exemple rare d'architecture militaire française de cette époque, et l'un des plus beaux ponts médiévaux fortifiés subsistant encore. Décidé par les consuls de la ville en 1306, il était destinée à défendre la ville contre les attaques en provenance du sud. Toutefois, ni les Anglais, ni Henri IV ne l'attaquèrent.

En dos-d'âne, long de 138 mètres, avec six grandes arches de 16,50 mètres, ce pont est flanqué d'avant-becs crénelés et surmonté de trois tours carrées à créneaux et mâchicoulis dominant l'eau de 40 mètres. Deux barbacanes protégeaient son accès, mais seule celle du côté de la ville a été conservée.

Cahors : pont Valentré Cahors : pont Valentré

La construction en s'éternisant sur plus d'un demi-siècle (le pont a été commencé en 1308 et achevé en 1378), fit naître la légende que chaque cadurcien se plaît à raconter. Exaspéré par la lenteur des travaux, le maître d'œuvre signe un pacte avec le Diable. Selon les termes de ce contrat, Satan mettra tout son savoir-faire au service de la construction, et s'il exécute tous ses ordres, il lui abandonnera son âme en paiement. Le pont s'élève avec rapidité, les travaux s'achèvent, le contrat arrive à son terme. Pour sauver son âme, car il ne tient pas à finir ses jours en enfer, le maître d'œuvre demande au diable d'aller chercher de l'eau à la source des Chartreux, pour ses ouvriers, avec un crible. Satan revint naturellement bredouille, l'exercice étant impossible, et perdit son marché. Décidé à se venger, le Diable envoya chaque nuit un diablotin pour desceller la dernière pierre de la tour centrale, dite « Tour du Diable », remise en place la veille par les maçons.

En 1879, lors de la restauration du pont, l'architecte fait apposer dans l'emplacement vide, une pierre sculptée à l'effigie d'un diablotin. Ainsi à chaque fois que le Diable vérifie si le pont est bien inachevé, il se fourvoie en pensant que c'est l'un des siens qui démantèle le pont.

Cahors : pont Valentré, le Diable

Nous franchissons ce bel ouvrage d’art et, aussitôt sur l’autre rive, nous entamons la première côte de la journée (de 120 à 236 mètres d’altitude). Celle-ci s’effectue sur un étroit sentier escaladant la falaise grâce à quelques marches de béton. Arrivés sur le plateau, nous poursuivons, en légère montée, sur de larges sentiers caillouteux. De temps à autre, nous nous rapprochons un peu du bord de la falaise afin d’admirer le point de vue sur Cahors et la vallée du Lot.

GR 65 entre Cahors et Les Mathieux, montée après le pont Valentré GR 65, vue sur Cahors depuis la croix Magne

A proximité de la croix de Magne, nous rejoignons une route qui descend progressivement, à travers un quartier résidentiel, et vient longer la D820 pendant 800 mètres. Nous empruntons le passage souterrain sous la départementale et continuons, durant 1,3 km sur une route asphaltée. Même s’il y a peu de circulation, nous sommes heureux lorsque le GR quitte enfin cette route.

GR 65 entre Cahors et Les Mathieux

Nous montons un chemin caillouteux, entre les prairies, menant au village de La Rozière où nous effectuons une petite pause boisson. Le balisage rouge et blanc prend ensuite la direction des Mathieux et plus précisément du domaine du même nom. Ce gîte, qui propose aussi des chambres d’hôtes, aurait, selon certaines rumeurs, fait détourner le parcours afin qu’il passe devant l’établissement. C’est par un chemin de terre, en légère montée, au milieu d’un bois de chênes que nous y parvenons.

GR 65 entre Cahors et Les Mathieux

Après les Mathieux, le GR 65 descend (de 233 à 171 mètres d’altitude, en 700 mètres) par une piste rocailleuse. Dans le fond de la combe, nous passons sous l’ancienne voie ferrée et traversons la D653. Nous poursuivons en face, sur un discret sentier, et franchissons ensuite le ruisseau de Bartassec... quasiment à sec !

GR 65 entre Les Mathieux et Labastide-Marnhac GR 65 entre Les Mathieux et Labastide-Marnhac

Nous restons parallèles à la départementale et au cours d’eau pendant environ 800 mètres puis, nous amorçons déjà la dernière côte de la journée. Nous cheminons principalement dans un bois de chênes mais, vers le sommet, apparaissent quelques résineux. Nous dépassons quelques pèlerins qui effectuent une pause au bord du chemin. Suivant les conseils prodigués dans certains hébergements, durant cet arrêt, ils enlèvent chaussures et chaussettes... à chacun sa méthode mais ce ne sera pas la nôtre !

GR 65 entre Les Mathieux et Labastide-Marnhac, croix sur le chemin GR 65 entre Les Mathieux et Labastide-Marnhac

A la sortie de la forêt, nous retrouvons une route goudronnée s’en allant, à plat, vers Labastide-Marnhac. Sur notre gauche, nous apercevons le château construit sur une butte à 318 m d'altitude. Ce château (fin XIVe, début XVe siècle) a été édifié, après la guerre de Cent Ans, sur les ruines du précédent ; il a subi de multiples dégradations à la Révolution, et a ensuite été utilisé comme bâtiment agricole.

GR 65 : château de Labastide-Marnhac

Nous profitons d’un banc, près de l’église, pour effectuer une pause boisson. Selon toute vraisemblance, l'église actuelle de Labastide-Marnhac n'est autre que l'ancienne chapelle de l'hôpital construit en 1284 par Guillaumon de Jean. Cet hôpital était destiné à accueillir les pèlerins fatigués, affamés ou malades, dans un esprit d’assistance et de charité. Sérieusement endommagée pendant la guerre de Cent Ans, l’église a dû être restaurée à la fin du XVe siècle.

GR 65 : église de Labastide-Marnhac

A la sortie du village, nous suivons, sur une centaine de mètres, la D7 puis nous prenons, entre une gariotte et un hêtre, un chemin de terre. Ces constructions, aussi appelées « cazelles », bâties en pierre sèche en encorbellement (chaque assise de pierre fait saillie sur celle d'en dessous) et leurs toits couverts de lauzes datent pour la plupart de la fin du XIXe siècle. Nous ignorons la variante menant à Lhospitalet et continuons, tout droit, durant deux kilomètres, cet agréable parcours entre bois et prairies.

A l’endroit où la variante de Lhospitalet rejoint le GR, nous retrouvons brièvement l’asphalte. Le tracé rouge et blanc progresse ensuite, pendant six kilomètres, sur un large chemin caillouteux, sur la crête. De temps à autre, nous avons droit à quelques sentiers passant à travers les bosquets ; ce qui n’est pas pour nous déplaire car, depuis Labastide-Marnhac, le soleil a peu à peu chassé les nuages.

GR 65 entre Labastide-Marnhac et Lascabanes GR 65 entre Labastide-Marnhac et Lascabanes

Sur ce trajet, de plus en plus ensoleillé et donc toujours plus chaud, nous avons bien du mal à trouver un endroit approprié où effectuer la pause de midi. C’est en nous éloignant quelque peu du tracé rouge et blanc que nous trouvons finalement un lieu ombragé où nous installer, à même le sol, pour un peu de repos.

Progressivement nous entrons dans le « Quercy Blanc » ; région qui doit son nom à la blancheur éclatante de sa pierre calcaire. Ici, les grands plateaux crayeux arides ou « planhès », semblent lacérés par une multitude de cours d'eau rectilignes. Ces petites rivières ont découpé de longues lanières fertiles que les géographes ont baptisés « serres ». Parfois, l'horizon est dominé par un « pech » ou un « tuque », un promontoire isolé où surgit un village, une ville.

A l’approche du hameau de Baffalie, nous quittons ce chemin de crête pour descendre dans la vallée du Verdanson. Ce cours d’eau d’environ onze kilomètres prend sa source près de Labastide-Marnhac et se jette dans le Lendou aux environs de Lascabanes. Après Baffalie, nous poursuivons la descente sur une petite route. Juste avant le Verdanson, nous tournons à gauche sur un chemin de terre au milieu des cultures.

GR 65 entre Labastide-Marnhac et Lascabanes

Vers 13h30, nous entrons dans Lascabanes où se termine cette étape. Nous traversons la rue principale de ce village pittoresque avec son alignement de maisons typiques des petits paysans d’autrefois.

GR 65 : Lascabanes

C’est à côté de l’église St-Georges que se situe notre gîte et plus précisément, dans l’ancien presbytère. Même si Cécile, la responsable du « Nid des Anges » n’est pas encore présente, nous pouvons déjà prendre possession de notre chambre. Un tableau nous informe de la chambre qui nous a été attribuée. Les cinq chambres qui portent le nom d’une étape du chemin possèdent chacune une salle d’eau.

GR 65 : Lascabanes, gîte le Nid des Anges

A 18h, nous nous rendons à l’église où le père Kerveillant, procède au lavement des pieds des pèlerins, avant de célébrer la messe. Cette tradition millénaire fait de Lascabanes une étape pas tout à fait comme les autres. Le prêtre citera St-Benoît pour qui « tous les hôtes qui arrivent doivent être accueillis comme le Christ ». A la fin de l’office, le prêtre demande le prénom et la ville d’origine de chacun ; pendant une semaine, il nous citera chaque soir. Nous apprenons ainsi que durant les sept derniers jours des pèlerins du monde entier sont passés par ici.

Le gîte de 17 places est complet ce soir ; nous retrouvons certains des randonneurs déjà rencontrés hier à Cahors : un couple de la région parisienne (Marie et Etienne) et trois dames de Rennes. Le repas est servi à 19h dans une belle salle voûtée ; nous y faisons la connaissance d’un sympathique couple franco-britannique (Marie-Madeleine et Michael).