Les Randos de Fred & Paul

GR 575 - 576 : Conjoux → Spontin (22 km) - avril 2013

Si les deux jours précédents, on pouvait presque se promener en short et tee-shirt, aujourd'hui la veste et le bonnet sont nécessaires. Vers 8h45, nous entamons cette sixième étape sur le Tour du Condroz. Le GR 575 - 576 traverse tout le village de Conjoux puis, passe sous l'autoroute E411. Nous cheminons à travers bois avant de prendre un beau chemin campagnard pour atteindre Celles, reconnu comme étant un des « Plus beaux villages de Wallonie ».

GR 575-576 entre Conjoux et Celles

Celles vient du latin « cella », cellule, et doit son origine, suivant la tradition, à saint Hadelin (617 - 690). Après un long périple pendant lequel il fut un temps accompagné par saint Remacle, le fondateur de l'abbaye de Stavelot, saint Hadelin se retira au milieu des forêts, dans une grotte où vinrent se joindre à lui plusieurs compagnons attirés par son renom de sainteté et le bruit de ses miracles. Les cellules que firent construire les compagnons du saint pour y vivre ont donné leur nom au village. Depuis le XIVe siècle, les reliques de saint Hadelin se trouvent à Visé.

La collégiale Saint-Hadelin, remarquablement bien conservée, est considérée comme l'un des plus beaux exemples de l'architecture romane mosane. Construite en moellons de calcaire et de grès, elle serait antérieure au XIIe siècle, tandis que la crypte daterait du IXe siècle. La tour massive, ancienne tour de défense dont on peut encore voir les meurtrières, est flanquée de deux tourelles saillantes. Si l'édifice est superbe de l'extérieur, à l'intérieur la blancheur et le dépouillement sont tout aussi impressionnants.

GR 575-576 : Celles, collégiale Saint-Hadelin GR 575-576 : Celles, collégiale Saint-Hadelin

À flanc de colline, un chemin de croix relie la collégiale à l'ermitage Saint-Hadelin. La belle rampe d'accès se décline en une suite de triples marches disposées à intervalles réguliers et ponctuées de quatorze stations d'un chemin de croix néogothique en pierre bleue. L'ermitage a été habité, de 1858 à 1973, par les sœurs de Saint-Vincent de Paul. Celles-ci allaient deux à trois fois par jour faire leur dévotion à l'église, le chemin de croix leur permettait donc de faire leurs prières en chemin.

GR 575-576 : Celles, chemin de croix

Nous traversons ce charmant village et montons, une rue asphaltée, jusqu'au « chêne des amoureux ». Là, nous continuons à travers bois, vers Boisseilles où nous admirons le château, construit à la fin du XVIIIe siècle. C'est dans ce hameau que le GR 575 - 576 croise le GR 129 : La Belgique en diagonale avec qu'il fera parcours commun pendant 3 km. Pendant longtemps, ce sentier de grande randonnée a été limité au trajet entre Bruges et Dinant. Avec une longueur de 320 km, cet itinéraire valait déjà la peine d'être parcouru. Depuis 2012, il est prolongé jusqu'à Arlon et couvre maintenant 575 kilomètres !

GR 575-576 : château de Boisseille

Nous longeons, sur un sentier herbeux, la bruyante N97 aussi appelée « Route Charlemagne » avant d'atteindre Foy-Notre-Dame ; c'est le plus petit village - en superficie - de l'entité dinantaise. L'église et le calvaire d'allure baroque situé à l'entrée du cimetière daté de 1633 sont classés.

GR 575-576 : Foy-Notre-Dame, calvaire

Selon la tradition, en 1609, un bûcheron a découvert une statuette de la Vierge Marie au cœur d'un vieux chêne qu'il était en train d'abattre. Cette découverte a, dans le cadre du renouveau religieux né de la Contre-Réforme, donné à cette terre une destinée aussi inattendue qu'internationale. Vers 1613, une chapelle fut construite par le baron de Celles et un premier miracle a été attesté en 1616. Devant l'affluence qu'il provoqua et suite à la visite, en 1619, des archiducs Albert et Isabelle, le prince-évêque nomma le prélat de l'abbaye de Leffe, administrateur du sanctuaire et des pèlerinages. La chapelle fut complétée par une nef et quelques bâtisses ont été érigées afin de loger les pèlerins.

L'élément le plus remarquable de l'édifice est son célèbre plafond à caissons. Celui-ci est constitué de 145 panneaux peints à l'huile représentant des scènes de la vie de Marie et des portraits de saints. Cette pratique architecturale, issue de la renaissance italienne, présente plusieurs avantages. Un plafond est plus léger et moins coûteux qu'une voûte ; il autorise la construction d'une grande halle sans contreforts avec des murs moins massifs. En permettant aux pèlerins d'offrir un panneau, les frais de construction ont été diminués.

GR 575-576 : Foy-Notre-Dame, église

Nous laissons le GR 129 continuer tout droit, vers Dinant, et suivons les balises du Tour du Condroz qui tournent vers la droite. Les trois kilomètres nous séparant de Taviet se font, à travers la campagne, sur des chemins essentiellement herbeux si ce n'est le tronçon asphalté entre la ferme de Jauvelan et la N936. Un sentier, en lisière de bois, nous mène à proximité du château de Taviet.

GR 575-576 entre Foy-Notre-Dame et Taviet

Situé dans un grand parc vallonné et arboré, jadis partiellement cerné de douves aujourd'hui comblées, le château a été presque totalement reconstruit durant le dernier quart du XIXe siècle, dans une optique « romantique » par le baron d'Huart. De nouveaux travaux ont été réalisés vers 1960, lui conférant un aspect plus classique. À l'origine, il s'agissait d'un donjon construit au XIVe siècle dont quelques témoignages (arquebusières, meurtrières) subsistent encore. Aujourd'hui, il est propriété de la famille Le Hardy de Baulieu.

GR 575-576 : château de Taviet

Nous effectuons la pause pique-nique à proximité de l'église de Taviet. Les neuf kilomètres de l'après-midi passent d'abord par le moulin de Taviet. Le bâtiment actuel et ses dépendances datent de la fin du XVIIIe siècle. Aujourd'hui, son mécanisme a disparu et le moulin a été transformé en double habitation. Déjà attesté au XVIe siècle, ce moulin est alimenté par la Leffe. Il ne s'agit pas bien entendu de la célèbre bière d'abbaye, mais d'un ruisseau de 14 km. Aussi dénommé « Fonds de Leffe » ou « Ruisseau du Polissoir », le cours d'eau prend sa source à proximité de Taviet et se jette dans la Meuse, en aval de l'abbaye de Leffe qu'il traverse en une galerie souterraine.

À la sortie du bois de Thynes, nous apercevons, sur le plateau, plusieurs éoliennes vers lesquelles nous nous dirigeons. Ce parc éolien, situé à cheval sur les territoires des communes de Dinant et Yvoir, comprend actuellement six éoliennes. D'une hauteur de 139 mètres (pale comprise), ces éoliennes sont chacune dotée d'une puissance de 2 MW. Ensemble, les six machines génèrent une production annuelle équivalente à la consommation d'environ 7 500 familles.

GR 575-576 entre Taviet et Spontin

Les trois kilomètres de ce parcours rectiligne sur le plateau ne sont pas très passionnants. Au niveau d'une cabine électrique, le balisage blanc et rouge tourne vers la droite pour emprunter un chemin herbeux qui suit le tracé d'une ancienne chaussée romaine. Il ne s'agit pas d'une voie de première importance, ni d'une voie très ancienne ; il est probable qu'elle date plutôt du Bas-Empire, vers le quatrième siècle de notre ère. Cette voie reliait Dinant à Tongres, en passant par Huy.

Peu à peu, nous descendons vers Spontin que nous atteignons à 14h30. Le village se situe très exactement au centre de la Région wallonne. Établi dans la vallée du Bocq, il s'est principalement développé sur la rive opposée à celle occupée par le château. C'est au pied de ce dernier que nous terminons cette étape.

GR 575-576 : château de Spontin

Dans une région où les châteaux du Moyen Âge ont tendance à profiter du relief pour s'accrocher au flanc des collines et aux éperons rocheux, le château féodal de Spontin joue la différence ; il est l'unique château fort de plaine à des kilomètres à la ronde. À l'origine, vers le XIIe siècle, le château de Spontin était une tour défensive carrée, construite sur un îlot du Bocq, destinée à protéger les usagers de l'antique voie romaine Dinant - Huy. Après de hauts faits d'armes, le chevalier de Spontin transforma, à la fin du XIIe siècle, le bâtiment primitif en une demeure fortifiée de trois étages, aux murs plus épais et y ajouta deux tourelles de défense avec pont-levis.

C'est seulement au XIVe siècle que la demeure prit réellement son aspect de château fort classique. Dès le XVIe siècle, les fortifications devenues inutiles, le château se transforme en résidence de style par le percement de fenêtres et la construction des toitures actuelles sur les tours. Les deux dernières transformations ont été la construction d'une ferme fortifiée sur la façade (XVIIe siècle) et la démolition d'une partie des fortifications situées à l'arrière. Depuis une dizaine d'années, le château n'est plus accessible au public. Aujourd'hui, on ne peut l'approcher, mais il reste partiellement visible depuis le parc communal.