Les Randos de Fred & Paul

Etape 5 : Puenta la Reina → Estella (23 km) réalisée en juin 2019

Nous commençons cette cinquième étape vers 9h en découvrant d’abord, près de notre hébergement, la statue représentant un pèlerin. Érigée en 1965, cette statue évoque la réunion des différents Chemins et le début du Camino Francés : « Y desde aqui, todos los caminos a Santiago se hacen uno solo ».

Nous traversons le centre de Puenta la Reina et atteignons le pont roman qui a donné son nom à la localité. Jusqu’à l’an mil, il n’y avait, pour franchir l’Arga, qu’un gué redouté des pèlerins tant à cause des crues que des passeurs. Une reine (doña Mayor, épouse du roi Sanche III el Mayor, ou doña Estefania, épouse du roi García de Nájera) les prit en pitié et fit édifier, au XIe siècle, ce bel ouvrage. Le pont possède sept arcs en plein cintre, le plus oriental étant enfoui, et fait 110 mètres de long. Entre les arches, quelques petites ouvertures ont été percées pour alléger la structure et permettre le passage de l'eau en cas de crue. Il était jadis doté de trois tours défensives, une centrale et une à chaque extrémité.

Camino Francés : pont de Puenta la Reina

De l’autre côté de l’Arga, dont nous suivons le cours depuis Zubiri, nous prenons sur la gauche vers la N111. Le Camino traverse cette dernière et emprunte une petite route qui lui est parallèle. Rapidement l’asphalte cède la place à un chemin gravillonné progressant entre champs et garrigues. Après 1,5 km, nous quittons la vallée de l’Arga pour grimper la première côte de l’étape : nous passons, en un kilomètre, de 345 à 480 mètres d’altitude. Au sommet, nous cheminons sur un sentier progressant entre des genets (sur la gauche) et l’A12. La suite de l’étape se déroulera souvent à proximité de cette autoroute. Nous arrivons dans Mañeru où nous effectuons une petite pause boisson.

Camino Francés entre Puenta la Reina et Mañeru Camino Francés entre Puenta la Reina et Mañeru

À la sortie du village, le tracé retrouve un beau chemin évoluant entre des champs de céréales et des vignobles. Dans le lointain, nous apercevons un village perché sur une colline ; il s’agit de Cirauqui que nous atteindrons dans 1,5 km. S’il n’y avait pas ce ciel si sombre, le paysage pourrait presque faire penser à un décor de carte postale. Par moments, le Chemin quitte la piste principale pour suivre différentes sentes.

Camino Francés entre Mañeru et Cirauqui Camino Francés entre Mañeru et Cirauqui

Nous accédons au centre de Cirauqui par une porte de l'ancienne muraille ; sur le côté droit se trouve une stèle funéraire datant, selon les inscriptions, de 1658. L’église San Roman (XIIIe siècle) et l'église Santa Catalina sont les noyaux d'un peuplement qui commença dès avant le XIe siècle ; la ville s'est ensuite agrandie sur les pentes coniques de la colline.

Camino Francés : Cirauqui, porte fortifiée

L’itinéraire nous emmène sous la casa consistorial (mairie) construite au XVIIIe siècle. La partie inférieure de la façade, de style baroque, possède des arcades. Au centre de cette façade, on peut voir le plus ancien blason de la cité. Dans ce passage sous la mairie, à côté de grands fonts baptismaux romans, il est possible d’apposer le cachet communal sur la credencial.

Camino Francés : Cirauqui, casa consistorial

Juste avant de pénétrer sous l’édifice, nous effectuons un bref détour afin d’admirer l’église San Roman et plus particulièrement son beau portail. L’édifice a été bâti en l'an 1200 puis rénové aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. Le portail, construit entre le XIIe et le XIIIe siècles, est stylistiquement liée à celui de l’église Santiago el Mayor de Puenta la Reina ainsi qu’à celui de l’église San Pedro de la Rúa d’Estella (que nous verrons en fin d’étape).

Camino Francés : Cirauqui, église San Roman

Nous quittons Cirauqui en descendant un chemin pavé qui serait un tronçon de la voie romaine qui conduisait à Asturica (actuelle Astorga). C’est sur un pont annoncé comme étant lui aussi de l’époque romaine que nous traversons un petit cours d’eau. De l’autre côté, nous prenons la bretelle spécialement conçue pour permettre aux pèlerins de franchir l’A12 avant d’entamer un parcours campagnard de 2,5 km. Celui-ci peut, au choix, se dérouler sur un large chemin caillouteux ou sur d’étroits sentiers parallèles à ce dernier… nous optons pour la seconde option.

Camino Francés entre Cirauqui et Lorca

Nous longeons une aire de pique-nique aménagée dans une oliveraie. Si l’endroit semble attirant, d’autant plus qu’il est presque midi, la présence de plusieurs fumeurs ne nous incite pas à y effectuer la pause. Le tracé passe sous l’autoroute (nous la franchirons à trois reprises en un kilomètre) puis, emprunte, sur 500 mètres, la N7171. Avant d’atteindre la rivière Salado, nous passons sous l’aqueduc du canal d’Alloz, construit en 1939. Cette rivière est l’un des endroits mentionnés dans le Codex Calixtinus, un genre de guide qui déjà au XIIe siècle donnait des conseils aux pèlerins et décrivait la route. D’après ce guide, les eaux de la rivière Salado étaient très dangereuses : « Attention de ne pas y boire, ni vous ni votre cheval, car c’est un fleuve meurtrier ! ». C’est sur un pont médiéval que nous traversons le cours d’eau… qui n’est plus meurtrier.

Camino Francés entre Cirauqui et Lorca, canal d'Alloz Camino Francés entre Cirauqui et Lorca, rio Salado

Pour rejoindre le village de Lorca, nous prenons un sentier gravillonné grimpant, en un kilomètre, de 391 à 464 mètres d’altitude. Nous découvrons l’église San Salvador et effectuons, un peu plus loin, la pause de midi dans la cave voutée d’une auberge restaurant.

Camino Francés : Lorca, église San Salvador

À la sortie de Lorca, nous prenons un chemin étroit filant, en bordure des champs de céréales, parallèlement à la N111. C’est au terme de ce parcours d’un kilomètre que nous atteignons le point culminant de l’étape à 490 mètres d’altitude. Un petit chemin, quasi rectiligne, nous fait ensuite progresser, en légère descente, pendant 1,5 km, au milieu des terres cultivées.

Camino Francés entre Lorca et Villatuerta Camino Francés entre Lorca et Villatuerta

Le Camino Francés s’engouffre une dernière fois sous l’A12 et aboutit, 600 mètres plus loin, aux premières maisons de Villatuerta. Le développement de ce village, comme beaucoup d’autres, est en rapport étroit avec le pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle puisque c’était, au Moyen Âge, un important lieu de passage. La présence du pont roman à deux arches, sur la rivière Iranzu, en est la preuve. Nous franchissons ce pont, séparant actuellement Villatuerta en deux quartiers, et montons vers l’église dédiée à Notre-Dame de l’Assomption.

Camino Francés : pont de Villatuerta

De l’église romane primitive (vers 1200), il ne reste que la tour, seul vestige qui a survécu à l'incendie de la localité en 1378. Dès cette date commença la reconstruction, en style gothique, qui dura jusqu’au XVe siècle. Nous pénétrons dans l’édifice (c’est la première église ouverte depuis le début de l’étape) et admirons le grand retable datant du milieu du XVIIe siècle.

Devant l’église, on trouve une statue de San Veremundo. Né vers 1020, il fut l’abbé du monastère d’Irache (où nous passerons demain) à l’époque où celui-ci atteint sa plus grande splendeur. Deux localités se disputent l’honneur de sa naissance : Villatuerta et Arellano, un fait qui motiva le jumelage des deux villages. À cause de la « desamortizacion » (distribution des biens de l’Église par l’État), les reliques du saint arrivèrent, en 1839, à Ayegui. Depuis 1841, Villatuerta et Arellano les gardent alternativement pendant 5 ans. San Veremundo a été un grand bienfaiteur du Camino de Santiago au même titre que ses contemporains Santo Domingo de la Calzada et San Juan d'Ortega.

Camino Francés : église de Villatuerta, San Veremundo

Après cette pause culturelle, nous reprenons notre pérégrination et montons, à travers champs, vers l’ermitage San Miguel. Nous traversons, grâce à un tunnel, la N132 et descendons ensuite franchir l’Ega. De l’autre côté, nous suivons, sur un kilomètre, un chemin pierreux dominant cette rivière et arrivons, peu avant 15h, à l’entrée d’Estella.

Camino Francés entre Villatuerta et Estella

Peu après une belle fontaine, nous parvenons devant l'église Santo Sepulcro, fermée depuis 1881. Sa construction débute au XIIe siècle et s'interrompt au XIVe, laissant inachevé l'ambitieux projet originel qui visait à bâtir une église à trois nefs similaire à San Pedro de la Rúa, San Juan ou San Miguel, autres églises de la fin de l'époque romane d'Estella. L’église présente une belle façade gothique agrémentée, dans sa partie supérieure, d'une galerie de 12 arcs trilobés sous lesquels on reconnaît les apôtres. La porte est flanquée de deux statues en ronde-bosse représentant saint Jacques, vêtu en pèlerin, et saint Martin de Tours, en évêque bénissant.

Camino Francés : Estella, église Santo Sepulcro

Le tympan, divisé en trois bandes, est illustré par plusieurs scènes de la vie du Christ. En haut, celui-ci est représenté crucifié, entouré de soldats, Marie et Saint-Jean. Le groupe central rassemble, de gauche à droite, trois scènes : la visite des Trois Marie au sépulcre de Jésus, sur laquelle un ange apparaît, tandis que dans la partie inférieure, trois soldats, représentés à une plus petite échelle, dorment. La scène centrale représente la descente de Jésus aux enfers, représentés par le dragon engloutissant quatre âmes sous la surveillance de deux démons. Dans la troisième scène, l'apparition de Jésus ressuscité à Marie Madeleine est envisagée. La bande inférieure est entièrement occupée par la Cène ; la perspective modifiée de la table permet au spectateur de contempler la vaisselle.

Camino Francés : Estella, église Santo Sepulcro

En suivant une petite rue pavée, nous parvenons sur la place San Martín où se dresse le palais des rois de Navarre. Ce bâtiment, élevé dans le dernier tiers du XIIe siècle, est l'un des joyaux architecturaux de la ville et l’unique exemple de l'art roman civil. On peut supposer que ce fut, au Moyen Âge, la halle commerciale. Au XVe siècle, l’édifice devint le palais des marquis de Cortes. De 1868 jusqu’en 1941, au moins, il fut utilisé comme prison ; c’est aujourd’hui un musée.

Cet édifice, de plan rectangulaire, se détache par sa belle façade harmonieuse encadrée par deux colonnes superposées couronnées de chapiteaux. Le chapiteau inférieur de la colonne gauche est le plus célèbre des deux chapiteaux historiés : on y distingue la lutte entre Roland et le géant Ferragut, lors de la bataille de Roncevaux. Le chapiteau illustre le moment où le héros chrétien vainc le musulman en attaquant son seul point faible, le nombril. Sur la colonne de droite, le chapiteau supérieur montre deux scènes où sont représentés de façon symbolique quelques vices comme l’orgueil (un âne jouant de la harpe), l’avarice (deux condamnés avec des sacs au cou) et la luxure (une femme aux seins mordus par les serpents).

Camino Francés : Estella, palais des rois de Navarre

En face, nichée sur une pente d'où elle domine la ville, l'église San Pedro de la Rúa offre un beau portail du XIIIe siècle composé d’un arc polylobé d’influence arabe, richement décoré. Nous retrouvons ici le même style que pour les églises Santiago el Mayor de Puenta la Reina et San Roman de Cirauqui. L'emplacement de l'église, au flanc d'un tertre autrefois couronné par le château primitif d'Estella, explique l'irrégularité de son tracé. L'imposante tour rectangulaire, jaillissant au pied de la nef, confère à l'ensemble une allure militaire que renforcent les meurtrières. Les différentes étapes de la construction sont clairement perceptibles sur toute la hauteur de la tour, dont l'étage final, en brique, appartient au XVIIe siècle.

Camino Francés : Estella, église San Pedro de la Rúa

Si l’édifice est fermé, nous pouvons quand même observer le cloître, daté des alentours de 1170. Deux galeries ayant disparu avec la destruction du château, ordonnée par Felipe II en 1572, il ne conserve que les galeries nord et ouest. Les arcs, en plein cintre, prennent appui sur des colonnes géminées. Les chapiteaux de l'aile nord sont illustrés de scènes de la vie des saints et du Christ, tandis que ceux de la galerie ouest sont ornés de motifs végétaux et d'êtres fantastiques ; un chapiteau s’appuie sur quatre colonnes torses entrelacées.

Camino Francés : Estella, cloitre de San Pedro de la Rúa

Notre logement se situant à l’autre bout de la ville, près des arènes, nous devons encore marcher un dernier kilomètre pour y parvenir.