Les Randos de Fred & Paul

GR 126 : Godinne → Dinant (19 km) - août 2016

Info : pour effectuer cette étape, nous avons pris le train entre les gares de Dinant (500 m hors GR) et de Godinne.

Il est un peu plus de 9 h lorsque nous débutons cette étape, à la gare de Godinne. Grâce à un tunnel piétonnier, pas très haut, nous passons sous les voies et entamons ensuite la première ascension de la journée. En deux kilomètres, nous montons de 94 à 232 mètres d’altitude.

Nous empruntons d’abord la rue des Rèches jusqu’à la chapelle Saint-Roch, puis nous continuons en lisière d’un bois. Ce bel édifice en moellons de calcaire, d'aspect massif, ne possède aucune fenêtre ; la seule lumière éclairant l'intérieur filtre par sa porte vitrée.

Il faut remonter à 1669 pour trouver une première trace de cette chapelle qui fut érigée avec l'autorisation de l'évêque de Namur. Soulignant la simplicité des moellons, les céramiques décorant l’intérieur de la chapelle retracent la vie du saint, toujours accompagné de son chien.

Godinne, chapelle Saint-Roch

Nous gravissons un large chemin, en sous-bois, et longeons ensuite la clôture du domaine de Tricointe. Au bout du parc, le GR 126 contourne l’imposante ferme d’Anwé. Au sommet, nous apercevons les carrières Dapsens que nous surplomberons dans 2 km.

Nous traversons le hameau de Tricointe et descendons, vers l’ancienne gare des Forges, en empruntant un beau sentier en lisière d’un bois. À partir du XIVe siècle, Yvoir a été le centre d'une importante industrie du fer qui comprenait jusqu'à douze forges.

La vie de la région fut rythmée par les phases de prospérité et de récession des forges. Elles ont cessé leurs activités en 1866, à la mort du dernier maître de forges, pour se reconvertir en moulins, scieries.

GR 126 entre Godinne et Évrehailles

Revenus dans la vallée, nous suivons brièvement la rue du Redeau et franchissons le Bocq. Cette rivière prend sa source à Scy (Hamois) et se jette dans la Meuse, à Yvoir, après un parcours de 45 km.

De l’autre côté du cours d’eau (108 mètres d’altitude), nous nous dirigeons vers l’entrée d’une carrière. Un peu plus loin, le tracé blanc et rouge grimpe un rude sentier, en lacets, menant à une station de pompage de Vivaqua.

GR 126 entre Godinne et Évrehailles

Après une petite pause, nous continuons l’ascension à travers bois jusqu’à un chemin plus large, passant au-dessus des carrières Dapsens (236 mètres d’altitude). Les roches exploitées dans la vallée du Bocq sont principalement le grès et, dans une moindre mesure, la pierre bleue, dénommée également « petit granit de la vallée du Bocq ».

C'est de longue date que l'on a exploité les bancs de grès et de petit granit dans la vallée puisque des bâtiments du XVIIe et XVIIIe siècle y sont construits dans ces matériaux. Au XIXe siècle, la révolution industrielle va créer de nouveaux besoins : il faut moderniser les routes et construire des chemins de fer.

C’est le grès qui fournira les pavés des unes et le ballast des autres. Aujourd’hui, de nombreuses carrières ont fermé par manque de rentabilité, mais deux grandes carrières de grès (dont celle que nous surplombons) produisent encore du concassé utilisé en travaux publics.

Yvoir, carrières Dapsens

Nous traversons le bois de Fontenelle et poursuivons, sur le plateau campagnard, par une petite route se dirigeant vers Évrehailles. Le village, établi dans un site vallonné, s'est développé le long de trois rues principales qui convergent vers l'église, dédiée à Saint-Laurent ; par son volume de briques et son clocher typé, l'édifice émerge de l'ensemble.

Évrehailles est constitué de maisons et fermes datant principalement des XVIIIe et XIXe siècles et d'habitat groupé, souvent mitoyen, élevé en moellons de grès ou de calcaire (parfois chaulés et colorés). Le GR 126 passe devant l’église et continue, sur l’asphalte, jusqu’à la N937.

Évrehailles

De l’autre côté de la nationale, nous empruntons la petite route menant, en 1,5 km, au château de Poilvache. Établie sur un éperon, cette impressionnante forteresse, en ruine, dessine un rectangle régulier. Poilvache n’a pas toujours porté ce nom ; au début, c’était le château de Méraude.

Bâti au XIe siècle, le site est cédé, en 1254, aux comtes de Luxembourg qui continuent à le garder en fief malgré sa vente aux comtes de Namur en 1281. Récupéré par ces derniers, le château est vendu, en 1421, à Philippe le Bon, duc de Bourgogne.

Neuf ans plus tard, pendant une période de conflits entre les villes rivales de Dinant et Bouvignes, le château, assiégé par les troupes de Huy, Dinant et Liège, est détruit et ne sera pas reconstruit. Les Dinantais voulaient récupérer le château et pour ce faire, ils ont endossé des peaux de vache ; les gardes n’y ont vu que des poils et ont ouvert la porte...

GR 126 entre Évrehailles et Houx Ruines de Poilvache

Un peu avant l’entrée du site, nous quittons la route et descendons (de 203 à 99 mètres d’altitude) un sentier forestier. Au terme de cette descente, nous arrivons au bord de la Meuse, à proximité d’un pont ferroviaire.

GR 126 entre Évrehailles et Houx

En suivant, pendant 500 mètres, la rue du Clos des Manoyes, nous atteignons le centre de Houx ; nous y trouvons un banc, dans un parc, pour effectuer la pause de midi. Dominé par les ruines imposantes de Poilvache, ce charmant village est établi au pied du rocher.

Sa situation stratégique pour le passage du fleuve lui valut de vivre une histoire mouvementée et d’être fortement éprouvé lors des deux guerres mondiales. Sur le mur de l’église, une dalle rappelle la destruction de 43 maisons du village, en août 1914, par les hordes allemandes.

Église de Houx

À proximité, le château de Gaiffier (du nom de l'ancienne seigneurie hautaine de Houx) est une grande demeure en briques en forme de U datant de 1795. Le château de style classique est prolongé par un grand parc.

Houx, château Gaiffier

Après la pause, nous abordons le parcours de l’après-midi qui, bien entendu, ne restera pas au bord de la Meuse ! Par un sentier, passant à l’arrière du château, nous quittons la vallée et montons dans la forêt. Ce tracé bien agréable atteint, après 1,5 km (et 110 mètres de dénivelé positif), une petite route.

GR 126 entre Houx et Awagne

Nous progressons sur l’asphalte, en légère descente, jusqu’à une route plus importante. De l’autre côté de cet axe routier, le tracé blanc et rouge retrouve les sentiers forestiers. 700 mètres plus loin, nous continuons, sur un chemin campagnard, en direction d’Awagne.

Un peu avant d’atteindre le hameau, au point culminant de l’étape (261 mètres d’altitude), le GR 126 bifurque vers la droite. Nous prenons un chemin empierré passant entre des prairies et pénétrant, après 400 mètres, dans un bois.

GR 126 entre Houx et Awagne GR 126 entre Awagne et Dinant

Ce beau parcours est rendu pénible à cause des fondrières et le passage, apparemment récent, de motos n’a pas amélioré l’état du chemin, bien au contraire ! Nous sommes contents lorsque le balisage quitte le couvert forestier et amorce la descente, sur un chemin empierré, vers Dinant.

GR 126 entre Awagne et Dinant GR 126 entre Awagne et Dinant

Après un kilomètre, nous arrivons à la N948, mais tournons juste avant sur le chemin d’accès de la carrière de Leffe. Cette dernière appartient au groupe Holcim qui produit des granulats destinés à la construction.

Au-delà de la barrière d’entrée du site d’extraction, nous descendons un sentier à flanc de coteau et aboutissons à la N948. Nous traversons prudemment la grand-route et atteignons, un peu plus bas, l’abbaye Notre-Dame de Leffe.

GR 126 entre Awagne et Dinant

En 1152, le comte de Namur cède l’église Sainte Marie de Leffe, avec toutes ses dépendances et ses revenus, à une communauté de prémontrés de l’abbaye de Floreffe afin d’y établir une communauté religieuse.

Vers 1200, celle-ci devient autonome et son prieuré est élevé au rang d’abbaye. Durant le sac de Dinant, en 1466, le site est ravagé par les troupes du duc de Bourgogne, Charles le Téméraire.

Il faut attendre le début du XVIIe siècle pour que l’on entame des travaux de rénovation qui se poursuivent jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. En 1796, la République supprime l’abbaye, nationalise ses biens et procède à la vente des bâtiments.

Entre 1816 et 1839, le site est transformé en verrerie. Il devient ensuite une papeterie puis une fabrique de lin. À la fin du XIXe siècle, l’ensemble sert de carrière à ciel ouvert.

Les bâtiments encore existants sont achetés, en 1902, par les prémontrés de l’abbaye de Frigolet, près d’Avignon. Une nouvelle église abbatiale est alors aménagée dans la grange.

Des novices de l’abbaye de Tongerlo (partiellement détruite par un incendie, en avril 1929) sont accueillis à Leffe. L’année suivante, les bâtiments sont cédés à l’abbaye de Tongerlo et on procède enfin à une restauration d’envergure.

Abbaye de Leffe

L’abbaye de Leffe demeure cependant très vulnérable sur le plan financier. En 1954, le père-abbé rencontre Albert Lootvoet, brasseur à Overijse. De commun accord, ils décident de renouer avec la tradition brassicole de l’abbaye, en respectant les procédés d’autrefois.

Les sources mentionnent la fabrication de bière à cet endroit depuis 1240, activité rendue possible grâce à la présence d’une eau de source particulièrement pure. Progressivement, l’apport financier provenant de la vente de bière va aider la communauté à se consolider sur le plan matériel.

En 1977, Albert Lootvoet reçoit le soutien financier de la brasserie Artois. C’est aujourd’hui AB InBev qui assure, en relation étroite avec les pères de l’abbaye de Leffe, la production des bières dans le respect des traditions établies.

Abbaye de Leffe

Le GR 126 se dirige vers l’athénée puis s’engage, entre deux murs, dans un sentier longeant les anciennes fortifications. Dinant n’a eu de cesse que de s'étendre et de repousser à chaque fois les limites de ses fortifications.

La ville est naturellement doublement protégée ; d'une part, ses hautes parois rocheuses et ses versants abrupts représentent un obstacle infranchissable, et d'autre part, le fleuve coulant à ses pieds réduit considérablement les possibilités d'approche. Les enceintes sont apparues avec les conflits, autant dire qu’elles ont toujours existé !

Les remparts, qui pourraient remonter au XIIIe siècle, s’étirent du nord au sud, à mi-pente du flanc droit de la vallée, en épousant le relief du rocher. Les vestiges comprennent un mur d’enceinte ininterrompu de 450 mètres jalonné par quatre tourelles et une grosse tour à sept faces appelée : tour Taravisée.

Suivant la tradition orale, on rapporte qu’après une défaite de la ville, la garnison occupant la tour attendait toujours l’ennemi ; d’où le terme « Taravisée » (tardivement avisée).

Dinant, tour Taravisée

Par un escalier, nous descendons vers la N936 et quittons là le tracé blanc et rouge. Afin de rejoindre la gare, située de l’autre côté de la Meuse, nous devons encore marcher environ 500 mètres.

Plan du parcours