GR 14 : Monschau → Botrange (18 km) - avril 2018
Monschau a été fondée vers 1195 et doit son appellation au château qui se dressait sur une hauteur surplombant la Rur. Elle est évoquée pour la première fois en 1198 sous le nom de Mons Ioci, puis en 1217 sous celui de Munioie et en 1226 en tant que Monjoje. Au début de la Renaissance, c’est l’orthographe « Monjoye » qui prévaut.
Vers 1800, époque de l’occupation de la Rhénanie par la France, elle est remplacée par « Montjoie ». À l’automne 1918, suite à la défaite lors de la Première Guerre mondiale et à la francophobie qu’elle a générée, par décret officiel, le nom a été germanisé en « Monschau ».
Au XVIIIe siècle, la ville a été l'un des principaux centres de l'industrie textile en Rhénanie. Le commerce de tissu était une source de revenus pour de nombreuses personnes et a contribué à la prospérité économique de Montjoie. Le plus important (et le plus beau) vestige de cet âge d'or révolu est la Rote Haus.
Contrairement aux maisons à colombages habituelles, la Rote Haus est un bâtiment en briques de trois étages avec une façade remarquablement crépie en rouge, à laquelle elle doit son nom. Elle a été construite, vers 1760, par le riche marchand de tissu Johann Heinrich Scheibler.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, Monschau a subi peu de dommages grâce aux soldats américains arrivés rapidement dès septembre 1944, contrairement aux localités environnantes qui connurent quant à elles de violents combats.
Le GR 14 quitte Monschau en empruntant un sentier qui grimpe vers le cimetière avant d’évoluer à flanc de colline pour nous offrir quelques beaux points de vue sur le centre de la cité.
Au-delà de la chapelle dédiée à Saint-Antoine, nous descendons vers la Rur que nous traversons près d’un vaste parking. Nous avançons ensuite au bord d’une route et tournons à droite, après 400 mètres, pour passer à côté du Brauerei-Museum Felsenkeller (taverne et musée de la bière).
Nous traversons le Burgring, une route assez dangereuse, et grimpons (de 435 à 508 m d’altitude) un chemin caillouteux en lisière de forêt. Au sommet, au point de vue d’Ehrensteinley, nous effectuons une pause tout en admirant le panorama.
Par un sentier rocailleux, nous descendons vers la Rur (Roer en français) et progressons au bord du cours d’eau durant 2,4 km. Après quelques kilomètres à l'extrême est de la Belgique, cette rivière entre en Allemagne.
Au terme d’un parcours de 165 km, la Roer se jette dans la Meuse à Roermond (Pays-Bas), signifiant littéralement « embouchure de la Roer ».
Ce beau tronçon se termine près du monastère de Reichenstein. Le plus ancien château fort de la région se dressait ici dès le XIe siècle. Un couvent de prémontrés y fut installé afin d’accueillir les voyageurs et pèlerins qui empruntaient le chemin entre Aix-la-Chapelle et Trèves.
En 1802, tous les monastères sur la rive gauche du Rhin ont été dissous par Napoléon. Reichenstein a également subi ce sort, les moines ont été expulsés et le domaine mis aux enchères. En novembre 2007, la Congrégation de Notre-Dame de Bellaigue a acquis les bâtiments pour y fonder un monastère bénédictin.
Le GR 14 suit brièvement une petite route contournant un étang et traverse ensuite la Vennbahn. Depuis 2012, cette ancienne ligne ferroviaire est devenue une grande piste cyclable, permettant en 130 km de relier Aix-la-Chapelle à Troisvierges (au Luxembourg).
Cette ligne, axe direct entre Aachen et la vallée de la Moselle, avait été mise en service par les Chemins de Fer Prussiens, en plusieurs sections, entre juin 1885 et novembre 1887. La ligne connut un succès phénoménal et l'itinéraire fut mis en voie double au début du XXe siècle.
Après la Première Guerre mondiale, selon le traité de Versailles, la voie ferrée ainsi que ses stations et installations étaient entièrement sous la souveraineté de la Belgique (même si une grande partie de la ligne se trouvait en territoire allemand) et firent donc partie de son territoire.
Cela entraîna la création de cinq enclaves allemandes du côté ouest de la ligne de chemin de fer. La Vennbahn n'ayant plus le même succès qu'autrefois, vu qu'une frontière supplémentaire devait être franchie, fut remise en voie unique dans les années 1930.
Ligne stratégiquement importante, elle a été plusieurs fois victime de bombardements lors de la Seconde Guerre mondiale. C'est une ligne sinistrée qui est récupérée par la SNCB au lendemain du conflit, et le transport de voyageurs n’est déjà plus assuré entre Raeren et Kalterherberg.
La ligne ferroviaire acquit une vocation de transport de marchandises qu'elle conserva jusqu'en 1982 entre Waimes et Saint-Vith, et jusqu'en 1989 entre Raeren et Sourbrodt. La voie a encore servi pour le chemin de fer touristique entre 1990 et 2002, et pour la desserte du camp d'Elsenborn jusqu'en 2004.
Par une piste empierrée, nous montons jusqu’à la « Kreuz im Venn ». En juillet 1890, une immense croix en fer a été inaugurée sur le Richelsley, un rocher de 80 m de long et 12 m de haut, formé il y a plus de 400 millions d'années.
Le prêtre Arnoldy a fait construire cette croix, à ses frais, en mémoire de Stephan Horrichem, surnommé « l'apôtre des Fagnes ». La Croix des Fagnes, solidement ancrée dans la roche, fait 6 m de haut et pèse 1 338 kg.
En septembre 1894, à l’occasion du jubilé d'argent du prêtre Arnoldy, les habitants de Kalterherberg ont érigé, dans la niche naturelle du rocher, une statue de la Vierge Marie. Aujourd’hui encore, l'endroit reste une destination de pèlerinage et de processions.
Au-delà de cet imposant rocher, nous poursuivons l’ascension, pendant un peu plus de deux kilomètres, sur des chemins, tantôt asphaltés, tantôt caillouteux, au milieu de la forêt. Au sommet (666 m d’altitude), nous traversons une petite route et descendons ensuite un chemin, semi caillouteux, qui vient longer la « fagne de Cléfaye ».
Celle-ci occupe une superficie de 414 ha dont l'immense majorité fait partie de la commune de Waimes. Cette fagne est entièrement entourée par des forêts de résineux ; vers 1840, à l’époque prussienne, d’importantes surfaces de landes, créées par l’Homme, ont été enrésinées.
Après avoir franchi le ruisseau de Schwarzbach (581 mètres d’altitude), nous entamons une lente remontée, malheureusement asphaltée, d’environ deux kilomètres. Nous rejoignons un large chemin, lui aussi asphalté au début, suivi pendant 1,2 km. À quelques rares exceptions, nous n’avons que des épicéas autour de nous.
Au terme de ce parcours quasi rectiligne, nous parvenons au lieu-dit « La Béole », appellation qui indique qu’il y avait ici une boulaie ; comme dans beaucoup d’autres secteurs, les feuillus ont depuis été remplacés par des épicéas.
Nous prenons sur la gauche un étroit sentier et empruntons ensuite une longue ligne droite de 2,5 km, passant entre la fagne wallonne et une forêt de résineux. Durant ce trajet, un peu monotone, nous franchissons un filet d’eau : la Roer, ici proche de sa source.
Au Moyen Âge, la fagne wallonne se trouvait sur le territoire de la seigneurie de Bütgenbach qui dépendait des ducs d'Orange ; elle était alors appelée « Terre de Nassau » ou « Terre d'Orange ».
Elle devint la fagne wallonne lorsque des villageois de Robertville, parlant le wallon, y firent paître leur bétail. D'une superficie de 661 ha, son altitude varie de 580 m (au bord de la Helle) à 691 m ; ce qui en fait la fagne la plus élevée de Belgique.
Au lieu-dit « Haie de Souk », nous laissons partir, vers la droite, le GRP 573 ainsi que le GR 56. En compagnie de la liaison Bayehon du GR 56, nous franchissons, un peu plus loin, la N676 et parvenons au centre nature de Botrange où nous finissons cette étape.
