Les Randos de Fred & Paul

GR 14 : Mirwart → Transinne (14 km) - juin 2021

Nous voici de retour à Mirwart pour effectuer cette courte étape, majoritairement forestière. Au départ de l’église Saint-Roch, nous empruntons la rue du Château menant, comme son nom l’indique, au château. Un premier édifice aurait été construit, en l’an 955, par un seigneur lotharingien. Celui-ci souhaitait se protéger de ses ennemis, les seigneurs de Bouillon et d'Orchimont. Les propriétaires entrèrent ensuite en conflit avec les moines de Saint-Hubert et furent chassés par le prince-évêque de Liège qui prit la défense des religieux. L'abbé de Saint-Hubert fit même démanteler la forteresse en 1083.

Au XIIIe siècle, le fief est acheté par Jean d'Avesne, mais le prince-évêque rejette le nouveau propriétaire. Cet évènement déclenche un conflit opposant le prince-évêque aux comtes de Hainaut, de Luxembourg, de Namur et de Looz, ainsi qu'au duc de Brabant. Le château change encore plusieurs fois d'acquéreurs avant de retourner à Adolphe de La Marck (prince-évêque). Après de nombreuses vicissitudes, le château et la seigneurie sont achetés par la famille des de Smackers, affairistes liégeois récemment anoblis, qui le reconstruisent de fond en comble dans son aspect actuel (1706-1734).

L’ensemble est ensuite acquis par Aimé Gabriel d’Artigues, propriétaire des verreries de Vonêche et fondateur des cristalleries de Baccarat. D’autres familles se succèdent pour aboutir, en 1891, à la famille von der Becke qui, à son tour, cède le site à la province de Luxembourg en 1951. Après une dernière campagne de restauration, laissé à son triste sort, l’ensemble fut peu à peu abandonné. Les vandales et les pillards s’empressèrent dès lors de détruire ou d’emporter une grande partie des décorations intérieures. Des travaux y sont actuellement menés pour le restaurer et lui rendre sa gloire d’antan.

GR 14 : château de Mirwart

Un peu avant d’atteindre le château, nous tournons à droite et descendons une route que nous quittons, après 300 mètres, pour un chemin asphalté passant à l’arrière du château. Par un sentier en lacets, nous descendons vers un ancien moulin ; un « panneau » nous informe que le GR 151 : Tour du Luxembourg belge et le GR 17 : La Lesse et la Lomme par les GR nous quittent. Le GR 151, qui nous accompagnait depuis l’église de Mirwart, permet, au départ de Neufchâteau, d’effectuer une grande boucle de 230 km à travers la province de Luxembourg. Le GR 17 est un nouveau sentier de grande randonnée qui permet de parcourir, en 165 km, la Lesse depuis sa source près d’Ochamps jusqu’à sa confluence à Anseremme et la Lomme depuis Lommal jusqu’à Éprave où elle rejoint la Lesse. Ce GR est commun au GR 14 depuis Grupont, mais il n’existait pas encore lorsque nous y sommes passés il y a deux ans.

GR 14 entre Mirwart et Transinne Jonction du GR 14 avec le GR 17 et le GRP 151

Nous contournons l’ancien moulin, blotti au fond de la vallée de la Lomme, au pied de la colline occupée par le château. C’est ici, à l’écart du village, que le meunier a trouvé la force motrice indispensable pour actionner les meules et moudre en farine les céréales. L’origine du bâtiment est méconnue, mais une représentation d’un moulin banal figure déjà à cet endroit sur une carte datant de l’an 1600. Au cours des siècles, le moulin va subir diverses transformations tout en gardant son emplacement initial. De nouveaux équipements vont progressivement s’ajouter afin de moderniser les machineries jusqu’à la cessation de toute activité au lendemain de la Première Guerre mondiale. La Province du Luxembourg en fait l’acquisition en 1951 pour le rénover et lui offrir une nouvelle affectation.

GR 14 : Mirwart, ancien moulin

Nous passons sous la ligne de chemin de fer (Namur - Luxembourg) et franchissons, juste après, la Lomme (ou L’homme, Lhomme). Nous suivons ensuite, pendant 800 mètres, un large chemin empierré longeant des étangs. Depuis le début du XXe siècle, des spécialistes maitrisent ici la fécondation artificielle de la truite fario ; les 35 étangs, alimentés par les eaux du Marsolle (ou du Marsoult), en livrent entre 8 et 10 tonnes par an. Pour dissuader les prédateurs tels que le héron cendré ou le cormoran, des fils sont tendus sur les étangs.

GR 14 entre Mirwart et Transinne GR 14 entre Mirwart et Transinne

Le GR 14 quitte le chemin principal et entame la lente remontée du vallon du Marsolle ; nous longeons à nouveau quelques étangs dédiés à la pisciculture ; ces étangs, creusés le long de la rivière, alimentaient en eau les roues à aubes des forges et fourneaux. Au bord du chemin, on peut découvrir une évocation d’un abri de charbonnier.

GR 14 entre Mirwart et Transinne GR 14 entre Mirwart et Transinne

À la fin de ce tronçon, d’1,3 km, nous franchissons deux fois le cours d’eau et parvenons près de la reconstitution du haut fourneau du village disparu de Marsolle. En 1536, le seigneur de Mirwart décide de construire ici un haut fourneau pour y fabriquer du fer et engage aussitôt un maître des forges et des sidérurgistes. On trouve, en effet, en cet endroit trois ressources intéressantes : l'eau, le bois et du minerai. Le haut fourneau sera utilisé jusqu'en 1568.

GR 14 entre Mirwart et Transinne

Pour fabriquer du fer, les sidérurgistes utilisent une colonne de combustion en forme de pyramide tronquée d’environ six mètres de haut. Les murs de pierre font plus d’un mètre de large. Le chargement s’effectue par le haut. Après avoir chauffé la colonne, on y déverse des couches successives de charbon de bois et de minerai de fer avec des blocs de castine (pierre calcaire) qui en fondant rassemblent les impuretés de la fusion pour former des scories. Une roue à aube actionne les soufflets qui injectent de l’air à la base du four pour entretenir la combustion du charbon et faire monter la température jusqu’à 1535°. À l’intérieur, le minerai fond et le métal apparaît.

GR 14 : haut fourneau du village disparu de Marsolle

Nous poursuivons l’ascension, au milieu de la forêt, sur un large chemin empierré. Après 2,5 km, en quasi ligne droite, nous tournons à gauche et franchissons une petite route. De l’autre côté de celle-ci, le tracé blanc et rouge continue encore pendant 700 mètres sous le couvert forestier.

GR 14 entre Mirwart et Transinne GR 14 entre Mirwart et Transinne

Nous avançons, en lisière de forêt, avec sur la droite, les vastes installations d’une pépinière de sapins de Noël. Au point culminant de cette étape (447 mètres d’altitude), nous traversons la N40 et abordons ensuite un tronçon moins passionnant ; pendant 1,2 km, nous progressons sur une route. Peu après le passage sous l’autoroute E411, nous retrouvons les chemins caillouteux.

GR 14 entre Mirwart et Transinne GR 14 entre Mirwart et Transinne GR 14 entre Mirwart et Transinne

Après un parcours forestier d’environ trois kilomètres, nous parvenons sur un chemin asphalté. Nous marchons sur celui-ci, entre champs et prairies, et arrivons, un kilomètre plus loin, près d’une chapelle, à l’entrée de Transinne.

GR 14 entre Mirwart et Transinne GR 14 entre Mirwart et Transinne GR 14 : Transinne, chapelle

Dans le centre du village, où se termine cette étape, nous découvrons, sur la place du Monument, quatre anciens canons de l'armée allemande disposés autour du monument aux morts. Ces canons ont été abandonnés à Huy par les troupes allemandes en retraite en 1918, ils ont été déplacés à Transinne en 1922. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les habitants ont déplacé les canons dans une forêt voisine afin d'éviter qu'ils ne soient saisis par les Allemands ou ciblés par l'armée de l'air alliée. Durant la Première Guerre mondiale, Transinne servait d’hôpital de campagne pour les blessés allemands.

GR 14 : Transinne, canons autour du monument aux morts

Le « lavoir de la grande fontaine » se situe au centre du village. En 1861, le conseil communal décida d’aménager la grande fontaine, où les lavandières étaient exposées au vent et à la pluie, en construisant un lavoir couvert. À l’intérieur, trois bacs : deux pour le rinçage sont adossés contre le mur du fond d’où sortent les deux sources captées de l’autre côté de la rue ; le troisième, perpendiculaire, servait pour la lessive. Entre les deux guerres, lors des festivités, les jeunes y plaçaient un plancher et on y dansait.

GR 14 : Transinne, lavoir