Les Randos de Fred & Paul

GRP 563 : Dalhem → Aubel (18 km) - juillet 2017

En 1080, par la construction du château fort sur l’éperon rocheux dominant les vallées de la Berwinne et du Bolland, face au duché de Limbourg, Dalhem devint le nom de la terre, puis celui du comté, qui jusque-là s’était appelé Fouron-le-Comte. En 1243, le comté est conquis par le duc de Brabant ; il sera cédé aux ducs de Bourgogne vers 1387 et passera ensuite aux mains des Habsbourg en 1477. Aux XVIe et XVIIe siècles, le comté de Dalhem est l’enjeu continuel de guerres de religions entre les Espagnols catholiques et les calvinistes des Provinces-Unies.

Le château est ravagé par les Liégeois en 1370, ou encore en 1465. Après sa prise et sa destruction totale par les Hollandais en 1648, il n'est plus reconstruit ; aujourd'hui, il ne subsiste qu’un pan de mur haut de 14 m et long de 30 m. Les maisons allant du haut marché au bas de la cité sont bâties sur les fondations de l'enceinte fortifiée.

Nous commençons cette étape en descendant la rue du Général Thys. En 1885, Léopold II décide de créer une ligne chemin de fer au Congo pour relier l’océan Atlantique au Stanley-Pool (Kinshasa). Albert Thys, officier d’ordonnance du roi, est chargé de l’étude puis de la réalisation de la construction de ce chemin de fer dont les travaux débutent en 1890 et s’achèvent en 1898.

Après avoir traversé la Berwinne, nous prenons un sentier, à travers les prairies, le long du cours d’eau. Les sources de la Berwinne se trouvent à proximité d’Henri-Chapelle. La rivière, qui passe notamment au pied de l’abbaye du Val-Dieu, se jette, après parcours de 31 km, dans la Meuse à Mouland.

GRP 563 entre Dalhem et Mortroux

Nous atteignons la rue du Chafour où nous nous séparons du GR 5. C'est là que nous croisons le tracé du Pelgrimspad, avec qui nous évoluerons pendant un kilomètre ; ce GR hollandais relie, en 460 km, Amsterdam et Visé. Le GRP 563, dans son ancienne version, effectuait ici une boucle vers Berneau et Bombaye. Désormais, nous ne passons plus dans ces deux villages et prenons directement la direction de La Tombe.

Jonction du GRP 563 et du GR 5

Dans ce hameau (faisant partie de Bombaye), on peut voir, au milieu d’un carrefour, une belle chapelle. En 562, Sigebert Ier (notre roi d'alors) livra bataille dans les plaines de la Meuse contre des hordes germaniques. Sur la tombe de ses guerriers, il fit élever un petit oratoire. Au VIIIe siècle, cet oratoire possédait le seul clocher digne d'être cité dans le Pays d'Outre-Meuse.

Dans la seconde moitié du XVe siècle, le seigneur Oury Xhervel del Floxhe, propriétaire d'une grande ferme à La Tombe, fit construire au même emplacement une chapelle de style gothique, dite de la Sainte-Croix. En 1613, un ermite habitait la sacristie adjointe à la chapelle en attendant la construction d'un ermitage quelques années plus tard.

En 1645, la chapelle est complètement restaurée et prend l'aspect que nous lui connaissons encore aujourd'hui, mais bientôt, le comté de Dalhem est partagé entre protestants et catholiques. L'ermite doit abandonner son office car Bombaye devient hollandais. En 1762, la chapelle est restaurée. Beaucoup de pèlerins viennent alors y prier la Sainte-Croix afin d'obtenir la délivrance des fièvres et autres maux.

En 1795, les pèlerinages sont interdits ; la chapelle est fermée et vendue comme bien national. En 1899, l'ermitage est abattu, ce qui déstabilise quelque peu la chapelle. En 2000, la restauration qui revalorise ce bel édifice, au riche passé, s’achève.

GRP 563 entre Dalhem et Mortroux, chapelle de La Tombe

Par un chemin herbeux, entre les terres cultivées, nous progressons vers la N627. De l’autre côté de cette grand-route, nous entamons la descente, toujours à travers champs, vers Mortroux. Nous traversons la N650 et la Berwinne pour atteindre le centre du village.

GRP 563 entre Dalhem et Mortroux

Après être passé à côté de l’église, dédiée à Sainte-Lucie, le tracé jaune et rouge se dirige, le long de prairies, vers le bois de Mortroux. Nous cheminons un peu plus d’un kilomètre, sous le couvert forestier, parallèlement au ruisseau d’Asse. Nous traversons ensuite le cours d’eau et progressons sur un étroit chemin, longeant les prairies, vers Asse.

Église de Mortroux GRP 563 entre Mortroux et Val-Dieu

Dans le hameau, nous faisons presque demi-tour et traversons à nouveau le ruisseau d’Asse avant de grimper sur d’étroits sentiers envahis par la végétation. Au sommet, à 214 mètres d’altitude, dans le hameau de Mauhin, nous retrouvons l’asphalte. Nous cheminons, durant un kilomètre, sur de petites routes d’où nous profitons d’un beau panorama. Nous descendons, à travers les prairies, vers l’abbaye du Val-Dieu où nous effectuons la pause de midi, autour d’une bonne bière.

GRP 563 entre Mortroux et Val-Dieu, ruisseau d'Asse GRP 563 entre Mortroux et Val-Dieu, descente vers l'abbaye

L’abbaye Notre-Dame du Val-Dieu a été fondée, en 1216, par des moines de l’abbaye de Hocht (près de Maastricht). Les moines cisterciens s’implantaient dans des lieux « déserts ». Le but était de se retirer du monde et de choisir des lieux peu hospitaliers souvent dans des vallées où le seul moyen de subsistance était de travailler à défricher la terre ; la vallée de la Berwinne correspondait à ce modèle.

Située à cheval sur le comté de Dalhem et le duché de Limbourg, la fondation du Val-Dieu sera le départ du défrichement qui donnera par la suite sa physionomie si caractéristique au Pays de Herve. L’abbaye atteint son apogée dans la seconde moitié du XIIIe siècle. Elle possédait alors un vaste domaine comprenant moulins, granges, maisons, vignes, fermes et terres faisant de l’abbé le plus riche propriétaire foncier de la région.

Le monastère n’échappa à aucun conflit : luttes entre seigneurs féodaux, guerres de successions et de religion pour finalement connaitre la dispersion lors de la Révolution française.

Abbaye du Val-Dieu

L’église, détruite ou incendiée à plusieurs reprises, sera à chaque fois reconstruite pour prendre la configuration actuelle qui reste, pour l’essentiel, conforme au plan cistercien initial. Les bâtiments abbatiaux remontent principalement aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Après la tourmente révolutionnaire, la restauration de l’abbaye et le retour de moines, au milieu du XIXe siècle, ont permis au Val-Dieu de demeurer le seul site cistercien primitif encore en vie en Belgique dans ses bâtiments historiques.

Abbaye du Val-Dieu

Nous quittons le site en suivant, pendant 300 mètres, la N650. Après avoir traversé la Berwinne, le tracé jaune et rouge abandonne la grand-route pour grimper en direction de Saint-Jean-Sart. Cette côte, qui nous fait passer de 148 à 251 mètres d’altitude, est d’abord asphaltée avant de devenir, après 700 mètres, un chemin forestier raviné.

GRP 563 entre Val-Dieu et Aubel

Au sommet, au lieu-dit Knuppelstock, nous effectuons un petit détour afin de découvrir un ancien fortin et surtout, profiter du panorama. La Position Fortifiée de Liège 1 faisait partie d’un vaste réseau de fortifications destinées à protéger notre pays de l’invasion ennemie ; elle décrivait un arc s’étendant de Comblain-au-Pont jusqu’à Visé. Les positions étaient défendues par le Régiment des Forteresses de Liège dont l’emblème, une couronne coiffant les lettres RFL et deux canons croisés, rappelle son attachement à l’artillerie.

Tout au long d’une soixantaine de kilomètres, 178 abris (dont celui où nous nous trouvons) et trois forts « modernes » (Tancrémont, Battice et Aubin-Neufchâteau) sont disposés et forment un bouclier autour de la ville de Liège. Chaque abri était nommé de deux lettres (celles du secteur) suivies d'un nombre. Ces fortins ont été construits entre 1934 et 1935. Seuls quelques-uns allaient servir de postes d’observation au profit des forts.

Saint-Jean-Sart, poste d'observation MN18 Saint-Jean-Sart, poste d'observation MN18

Nous revenons sur le tracé du GRP 563 et descendons, d’une cinquantaine de mètres, à travers les prairies. Nous franchissons deux échaliers successifs et poursuivons, toujours au milieu des pâtures, vers une ancienne ferme. Un peu plus loin, nous obliquons sur un chemin de terre circulant à flanc de coteau et nous offrant de belles vues.

GRP 563 entre Val-Dieu et Aubel

Après 600 mètres, nous atteignons la chapelle Sainte-Anne. Placée au bord du chemin, cette chapelle date de 1658, mais l’oratoire a été restauré au XIXe siècle. De l’origine, elle n’a conservé que sa façade en pierres bleues et son soubassement en moellons. À l’intérieur, seule la statue de Sainte-Anne présente encore un intérêt.

Aubel, chapelle Sainte-Anne

Nous reprenons notre parcours, entre champs de maïs et prairies, jusqu’à un lotissement à la périphérie d’Aubel. De l’autre côté de la N649, nous empruntons le chemin d’accès d’une pépinière qui se transforme, après celle-ci, en un étroit sentier. Un échalier nous permet de pénétrer dans une première prairie ; nous en traverserons plusieurs sur 1,5 km.

GRP 563 entre Val-Dieu et Aubel GRP 563 entre Val-Dieu et Aubel

Si l’ancien tracé du « Tour du Pays de Herve » contournait Aubel, il n’en est plus de même aujourd’hui puisqu’il passe au centre de la cité. Nous en profitons donc pour découvrir cette petite ville dont le nom apparaît pour la première fois, en 1248, sous la forme de « Villa de Able ».

Le 28 août 1630, le roi Philippe IV d’Espagne accorde aux habitants d’Aubel le droit tant convoité de tenir un marché hebdomadaire. Au XVIIIe siècle, en raison du succès considérable du marché, des commerces et des auberges s’installent dans de belles demeures richement ornées de pierres de taille et d’enseignes significatives.

L'édicule Saint-Hubert a été édifié au centre du marché en 1760. Il s'agit sans doute d'un petit autel de procession consacré à saint Hubert et à saint Nicolas, en vue de protéger le marché qui s'étalait chaque lundi sur les places.

Aubel, édicule Saint-Hubert

Le restaurant « Au Vieil Aubel », avec sa façade et son pignon en pans de bois, porte le millésime 1700, mais le bâtiment serait encore plus ancien.

Aubel, le Vieil Aubel

L'église Saint-Hubert, érigée entre 1907 et 1910, présente un aspect extérieur impressionnant avec son clocher culminant à 64 mètres. Quant à l'intérieur, il frappe par l'ampleur du vaisseau, la simplicité des lignes et l'harmonie des proportions. Toutefois, c'est le grand nombre et surtout la polychromie très chaleureuse des vitraux qui font de ce bâtiment un des joyaux de l'art néogothique de la province de Liège. L’ancien cimetière qui faisait jadis le tour de l’église est désaffecté depuis 1925. Il renferme de belles pierres funéraires du XVIe au XXe siècle.

Aubel, église Saint-Hubert

Plan du parcours

➔ Jonction avec d'autres GR

  • Le GR 5 : Mer du Nord - Méditerranée. Ce sentier de grande randonnée relie la mer du Nord à la Méditerranée en 2 600 kilomètres. Du nord au sud, il parcourt ainsi les Pays-Bas, la Belgique, le Grand-Duché de Luxembourg, la France où il traverse les Vosges et le Jura, la Suisse près du lac Léman, puis à nouveau la France à travers les Alpes jusqu'à la Méditerranée.