Les Randos de Fred & Paul

GR 57 : Le Hérou → Houffalize (20 km) - avril 2018

Nous commençons cette étape, vers 10 h, sous un ciel bleu et une température bien agréable. Au départ du belvédère du Hérou (340 mètres d’altitude), nous nous dirigeons vers le village d’Ollomont (375 mètres d’altitude) ; un parcours qui pourrait être simple puisque les deux sites sont distants d’environ un kilomètre.

Cependant, nous sommes sur les « Sentiers de l’Ourthe » et nous allons d’abord devoir descendre au bord de ce cours d’eau (281 mètres d’altitude). En suivant des sentiers à flanc de colline, nous atteignons un point de vue où nous effectuons une petite pause pour admirer le superbe paysage.

GR 57 entre le Hérou et Ollomont GR 57 entre le Hérou et Ollomont

Le GR 57 rejoint le bord de l’Ourthe et progresse le long de cette dernière, sur environ 900 mètres. Nous quittons ensuite la rivière et grimpons, dans le bois, sur un sentier le long d’un ruisseau.

GR 57 au bord de l'Ourthe entre le Hérou et Ollomont GR 57 entre le Hérou et Ollomont

En cours d’ascension, nous passons au pied d’un piton rocheux de 20 mètres de haut : la « cresse Sainte-Marguerite ». En 1906, une statue de Sainte-Marguerite, patronne de la chapelle d’Ollomont a été placée sur ce rocher, complètement isolé, surplombant l’Ourthe. Elle perpétue une légende selon laquelle :

Marguerite vivait jadis recluse à Ollomont. Vertueuse et pieuse, aimable envers les habitants, elle vécut très longtemps, vénérée de tous. À son décès, les habitants de Nisramont décidèrent de l’enterrer au cimetière d’Ortho.

Ils voulurent transporter sa dépouille sur un char tiré par plusieurs chevaux. Mais, dès que son cercueil fut posé sur le char, l’attelage resta immobile. On en déduisit que Marguerite ne voulait pas être enterrée à Ortho.

Le lendemain, un fermier d’Ollomont se présenta avec un autre char tiré par un seul cheval et la dépouille fut transportée, sans peine, jusqu’à l’église du village, mais le jour d'après, le corps avait disparu sans laisser la moindre trace et sa place était occupée par une statue de la sainte. Les villageois décidèrent de placer la statue en haut de la cresse.

Ollomont, cresse Sainte-Marguerite

Nous poursuivons la grimpette jusqu’à l’entrée d’Ollomont où nous quittons brièvement le tracé blanc et rouge pour aller admirer la chapelle Sainte-Marguerite. Il s’agit du vestige d’une église romane bâtie au XIIe siècle.

De l’édifice, plus vaste à l’époque, subsistent les trois absides semi-circulaires précédées de courtes travées et dominées par une toiture coiffée en bâtière. À l’avant de l’église, l’ancien cimetière est ceinturé d’un mur en moellons de schiste dont la couverture est faite de pierres mises sur chant.

L’ensemble des monuments funéraires que l’on peut y voir est en partie constitué de croix de schiste. Certaines de ces croix sont de facture remarquable, soit par le dessin de leur médaillon, soit par l’originalité de leur iconographie.

Ollomont, chapelle Sainte-Marguerite

De retour sur le GR 57, nous suivons une route asphaltée longeant une vaste propriété privée. Après 500 mètres, le chemin devient empierré et poursuit sa descente, au milieu des prairies. Au bout de ce chemin, nous empruntons un sentier, entre deux clôtures, jusqu’à une croix d’occis.

GR 57 entre Ollomont et Nisramont

Les croix d’occis possèdent généralement, et c’est ce qui fait leur spécificité, une longue épigraphie qui renseigne la nature du décès que la croix commémore.

C’est ainsi qu’il y a distinction entre les croix d’occis de mort soudaine, violente, accidentelle ou naturelle. En plus des circonstances, le nom de la victime et son âge sont généralement mentionnés (celle-ci est peu lisible).

Ollomont, croix d’occis

Nous continuons la descente vers l’Ourthe et longeons ensuite cette dernière, pendant environ un kilomètre, sur d’étroits sentiers. Nous franchissons la N843 et traversons un parking en direction du barrage de Nisramont ; celui-ci mesure 116 mètres de long pour une hauteur de 16 mètres.

GR 57 au bord de l'Ourthe entre Ollomont et Nisramont

Le lac de retenue (47 ha), d’un volume de trois millions de m³, épouse les méandres de l'Ourthe puis des Ourthes occidentale et orientale en amont de leur confluent. La fonction principale du barrage est l'alimentation en eau potable des communes du plateau de Bastogne ainsi que des bassins de l'Ourthe et de l'Aisne.

Le site est doté d’une centrale hydroélectrique et d’une station de traitement des eaux. Le projet d'ériger un barrage dans cette région date de 1872, mais l’idée resta à l’époque sans suite. La construction débuta en 1953 pour se terminer en 1958.

Selon d’audacieux plans, le barrage devait servir de prébarrage à un ouvrage beaucoup plus vaste en aval, qui ne sera jamais réalisé. Il était question de construire un immense mur de 60 mètres de haut retenant un lac de 250 millions de m³ noyant toute la vallée jusqu’à Houffalize.

Barrage de Nisramont

C’est ici que le tracé du GR 57 se scinde en deux : le premier, que nous suivons aujourd’hui, remonte le cours de l’Ourthe orientale vers Houffalize et Gouvy.

Un second parcours suit le tracé de l’Ourthe occidentale jusqu’à Libramont. Il faut être bien attentif pour voir les plaquettes en bois, pourtant récentes, informant des différentes directions.

Un peu après le barrage, nous montons dans le bois et entamons un parcours, d’environ trois kilomètres, qui s’apparente, par endroits, à des montagnes russes, mais heureusement des escaliers facilitent la progression.

Sur ce tronçon, le long du lac, nous croisons de nombreux promeneurs. En chemin, nous profitons de quelques beaux points de vue, notamment sur le barrage et le confluent des deux Ourthes.

GR 57 autour du lac de Nisramont GR 57 autour du lac de Nisramont GR 57 autour du lac de Nisramont

Nous rejoignons les bords de l’Ourthe orientale et progressons au bord de celle-ci jusqu’à une passerelle surplombant un prébarrage. Le tracé blanc et rouge reste, sur une centaine de mètres, à proximité du cours d’eau avant de s’en éloigner ; nous retrouverons l’Ourthe à l’entrée d’Houffalize (dans 9 km).

GR 57 au bord de l'Ourthe orientale GR 57 entre Nisramont et Engreux

Nous prenons à présent la direction d’Engreux et grimpons (de 305 à 390 mètres d’altitude), à travers une forêt de résineux, sur un chemin de terre. Ce dernier, suite à des travaux de débardage, a été fortement élargi.

À la sortie du bois, nous suivons, sur un kilomètre, une petite route et franchissons un ruisseau (le Voyai) avant d’atteindre le centre du village. Dès 1242, Engreux devient l'un des quatre chefs-lieux du comté de La Roche.

Sa Haute Cour de justice, dont la maison existe toujours, était présidée par le mayeur, assisté de sept échevins, d'un greffier et d'un sergent. L'église Saint-Antoine de Padoue a été construite en 1845, en remplacement d'une chapelle datant de 1717.

Engreux, église Saint-Antoine

Nous effectuons la pause pique-nique dans le parc public, récemment aménagé, et découvrons une fontaine... originale ; une « œuvre d’art » évoquant un ancien culte à saint Greluchon. Cet ermite du VIIe siècle vivait dans les profondes forêts ardennaises.

Les paysans des environs le prenant pour une divinité païenne le supplièrent de les aider à se marier ou à assurer leur descendance. Selon la légende, toutes les femmes qui venaient prier seule, en sa compagnie, et dans les bois devenaient enfin fertiles.

Greluchon fait l'objet de nombreux pèlerinages, car ses statues possèdent le pouvoir de vaincre la stérilité. Afin d’avoir de beaux et forts enfants frisés, il convenait de « grelicher » (gratter) quelques poussières des parties génitales de la statue, on mêlait ensuite ces particules magiques à un breuvage consommé en neuvaine.

Engreux, fontaine Saint-Greluchon

Juste après une chapelle, à la sortie d’Engreux, nous nous engageons sur un sentier herbeux, entre les prés. À la fin de ce sentier, très fréquenté par les VTT, nous progressons sur l’asphalte en direction de Bonnerue.

Nous sommes, dans ce village, au point culminant de l’étape à 442 mètres d’altitude. Le GR 57 continue sur le plateau et nous propose ainsi un décor complètement différent de celui que nous avions jusqu’à Engreux.

GR 57 entre Engreux et Houffalize GR 57 entre Engreux et Houffalize

Nous continuons en légère descente, sur des chemins empierrés, au milieu du bois de Nasibelle. La pente devient plus forte à l’approche du ruisseau de Mabompré que nous traversons au lieu-dit : pont de Sûhet.

Ce cours d’eau, affluent de l’Ourthe orientale, porte le nom des localités traversées ; il est donc successivement appelé ruisseau de Noville, ruisseau de Vaux et ruisseau de Mabompré. Progressivement, le bruit de l’E25, vers laquelle nous nous dirigeons, se fait entendre.

Après une montée, de 342 à 381 mètres d’altitude, nous passons sous l’autoroute ; non loin du viaduc d’Houffalize. Débutée en mai 1974, la construction de cet ouvrage s’est terminée en juin 1979. Haut de 60 mètres, long de 370 mètres, il enjambe d’une seule arche la vallée de l’Ourthe.

GR 57 entre Engreux et Houffalize

Le parcours se poursuit sur le même chemin empierré jusqu’aux premières maisons d’Houffalize. Nous contournons un établissement scolaire et atteignons ensuite la N826, suivie jusqu’à son croisement avec la N30, au centre de la ville.

Le 6 janvier 1945, Houffalize est quasiment rayée de la carte. Les bombardements de l’aviation américaine détruisent 310 des 354 maisons de la ville. Les habitants, obligés de vivre dans une situation très précaire, sont aidés par la commune de Schaerbeek.

En reconnaissance, la N30, dans sa traversée du centre-ville, porte le nom de la commune amie et une statue du « Pogge », personnage folklorique de Schaerbeek, a été installée dans cette rue.

Houffalize, le Pogge

Nous aurions aimé voir le char allemand Panther Mark V, situé sur la place du roi Albert, mais l’engin est, depuis mai 2017, à Bastogne pour des travaux de restauration. Nous terminons cette étape près de l’église Sainte-Catherine.

Ancienne chapelle du prieuré des Augustins fondé en 1235, cette église est de style gothique primaire. La dalle funéraire de Thierry Ier représente ce dernier dans l’attitude du fondateur, tenant dans ses mains la maquette d’une église.

Houffalize, église Sainte-Catherine

L'intérieur de l'édifice, complètement restauré après la Seconde Guerre mondiale, abrite un lutrin représentant un aigle aux ailes déployées réalisé, en 1370, par l'école d'orfèvrerie de Dinant et un autel baroque de la fin du XVIIe siècle.

Le gisant de Thierry II (petit-fils de Thierry Ier et seigneur d'Houffalize de 1277 à 1282), sculpté dans une roche calcaire noirâtre, le représente revêtu de sa cotte de mailles et paré de ses armoiries.

Houffalize, gisant de Thierry II

Plan du parcours