Les Randos de Fred & Paul

GRP 571 : Vielsalm → Gouvy (15 km) - septembre 2016

Info : pour effectuer cette étape de 16 km dont 15 sur le GR, nous avons pris le train entre les gares de Gouvy (200 m hors GR) et de Vielsalm (1 km hors GR).

Le mot salm viendrait du celtique salwa (noir, brouillé). À moins que ce nom provienne de l'allemand salm « saumon », ce qui expliquerait les armoiries de l'ancienne maison de Salm et de la commune actuelle.

Au Xe siècle, le château des comtes de Salm s’érigeait fièrement à Vielsalm, face à l’église actuelle ; il a été détruit lors d’une attaque. Les comtes de Salm firent reconstruire un autre château à quelques kilomètres de là, sur un promontoire rocheux. L’ancien bourg fut dès lors dénommé la « vieille » Salm (Vielsalm), tandis que la « nouvelle » Salm devint Salmchâteau.

Vue sur Vielsalm

La première église de Vielsalm, datant de 1715, a été détruite en 1944. Le bâtiment actuel, dédié à Saint-Gengoul, a été construit en 1953 sur l’emplacement du précédent. De style pseudo-gothique, sa flèche pointe à 50 mètres du sol. On y trouve des fonts baptismaux du XIe siècle et une pierre tombale qui serait celle d’Henri VI de Salm, décédé en 1360.

Vielsalm, église Saint-Gengoul

Les cadrans de l'horloge, avec leurs chiffres remplacés par des figures en métal doré évoquent, suivant le côté, la vie religieuse, l'histoire locale ou la chasse à courre.

Vielsalm, horloge de l'église Saint-Gengoul

Un nez crochu, des dents peu blanches ou manquantes, des cheveux gris filandreux, des tissus amples et sombres dissimulant un corps encore plus difforme que le visage, voilà le portrait typique d'une macralle. Les plus connues en Belgique sont les macralles de Vielsalm, dont voici la légende...

Il y a bien longtemps, au début du printemps, de jeunes habitants de Vielsalm partirent à la recherche de myrtilles dans la forêt de Bonalfa. Leur recherche fut loin d'être fructueuse, car l'hiver avait été rude. Au bout de plusieurs heures, ils préférèrent rentrer plutôt que de chercher des baies inexistantes. Sur le chemin du retour, le groupe croisa Gustine Maka, une macralle. Elle portait à son bras un panier rempli de myrtilles !

Devant leurs regards surpris, la vieille femme leur dit, un sourire en coin, « Vîno beure on p'tit henna è magnî do tchatcha » : venez boire un verre de genièvre et manger du « tchatcha » (sorte de nectar fait de myrtilles fraîches écrasées). La gourmandise fut plus forte que la raison et tous se laissèrent tenter. Mal leur en pris, ils furent transformés en macralles. Ils possédèrent dès lors tous les pouvoirs de sorcellerie possibles.

Chaque 20 juillet, et durant 24 heures, les « Neurès Bièsses » (les macralles) prennent symboliquement possession de la clef de la ville et se rassemblent sur les rochers du Tiennemesse pour y tenir leur Sabbat en présence de leur maître, le « Neûr Bo » (le bouc noir), qui n'est autre que le Diable. Cette cérémonie attire chaque année de nombreux spectateurs.

Les macralles s'y vantent, dans le patois local, de leurs activités néfastes perpétrées au cours de l'année, dont les cibles sont très diverses. Les « Neurès Bièsses » profitent également de ce spectacle son et lumière pour introniser certaines personnalités et leur conférer ainsi le titre de « Baron des Frambâches ».

Les Macralles de Vielsalm

Depuis la gare de Vielsalm (367 mètres d’altitude), nous devons marcher un kilomètre afin de retrouver le balisage du GRP. Nous montons, à travers la campagne, en direction de la forêt « Le Bonalfa ». L’ascension, parfois raide, se poursuit dans le massif forestier jusqu’à atteindre 526 mètres d’altitude. Au sommet, nous nous engageons dans un sentier, entre chênes et épicéas. C’est par ce sentier que nous descendons vers Salmchâteau.

GRP 571 entre Vielsalm et Salmchâteau GRP 571 entre Vielsalm et Salmchâteau

Le topo-guide nous informe que nous devons faire très attention dans cette descente. En effet, à plusieurs endroits se trouvent, envahies par la végétation, les bosses et fosses des anciens trous d’exploitation de coticule. La région située entre la Baraque de Fraiture et Salmchâteau est d'un très grand intérêt géologique. On y rencontre le coticule, cette roche très particulière que l'on trouve dans des schistes d'environ 480 millions d'années.

Ce schiste métamorphique contient une infinité de cristaux microscopiques de grenats qui lui donnent une dureté apte à user l'acier et lui permettent d'affiler les lames tranchantes les plus fines ; d’où son nom plus commun de « pierre à rasoir ». Des documents attestent que des carrières étaient en activité au début du XVIe siècle. C'est au cours des XIXe et XXe siècles que cette pierre fut vendue dans le monde entier.

En 1922, on recensait 22 sites d’exploitation qui occupaient plusieurs centaines d’ouvriers. Le coticule fut peu à peu détrôné par les pierres synthétiques. Les puits d'extraction et les ateliers disparurent les uns après les autres. Le musée du Coticule à Salmchâteau est la mémoire vivante d'un des derniers ateliers de façonnage construit en 1923 et qui cessa son activité en 1955.

Le coticule de Vielsalm

Avant d’atteindre le centre de Salmchâteau, nous contournons l’ancien château des comtes de Salm. Ce château fait aujourd’hui partie d'un domaine privé, non accessible au public ; il est cependant ouvert à certaines occasions telles les Journées du Patrimoine. Seules les deux tours médiévales de l'entrée ont été conservées. À l'origine, elles étaient certainement précédées d'un fossé, actuellement remblayé, que l'on franchissait par un pont-levis.

Construit, entre 1307 et 1362, par les comtes de Salm, ce château remplaça un premier château construit à Vielsalm. Au cours des siècles, l’édifice fut abîmé, incendié et restauré à de nombreuses reprises. Son destin sera définitivement et tristement scellé à la fin du XVIIIe siècle. Il sera, en effet, démantelé par les ferrailleurs, brocanteurs et entrepreneurs du moment.

Avant le XVIIe siècle, on sait peu de chose à son sujet, sinon que les comtes n'y résident que très rarement. Les caves des tours du château servirent également de cachot pour les criminels, voleurs et personnes accusées de sorcellerie. C'est pour cette raison que le château a longtemps gardé le nom de « vieille prison ».

Salmchâteau, château des comtes de Salm

Nous effectuons une petite pause, à côté du pont Madeleine, au bord de la Salm. Un panneau d’information nous apprend qu’en 1862, Victor Hugo s’est arrêté à Salmchâteau. L’écrivain français a immortalisé l’un des plus beaux endroits du village : le pont Madeleine, avec les ruines du château des comtes de Salm en arrière-plan. Son croquis a été publié dans un livre édité par le musée du Louvre à Paris.

Salmchâteau, pont Madeleine

Le GRP 571 longe l’église Saint-Servais avant de traverser la N68 et le chemin de fer. Un peu plus loin, nous entamons la seconde montée de la journée. Cette ascension se fait, à travers bois, sur un chemin caillouteux jalonné par les stations d’un chemin de croix. Au sommet, notre continuons, pendant deux kilomètres, dans la forêt.

GRP 571 entre Salmchâteau et Cierreux GRP 571 entre Salmchâteau et Cierreux

Peu après la sortie du bois, nous rejoignons une route asphaltée et passons devant une chapelle dédiée à Saint-Roch. Celle-ci fut reconstruite, en 1953, sur l’emplacement d’une ancienne chapelle datant, selon la tradition, de 1636, année où la peste frappa durement la population. Nous profitons d’un banc pour nous reposer quelques instants.

Après être passé devant l’église de Cierreux, nous progressons durant 2,5 km au milieu des prairies. À la suite de ce tronçon campagnard, nous suivons un large chemin empierré à travers la forêt.

Cierreux, chapelle Saint-Roch GRP 571 entre Cierreux et Gouvy

Le tracé jaune et rouge descend jusqu’au fond du vallon où coule le Glain... et non la Salm ! Le domaine de Glain existait avant la création du comté de Salm. Tout naturellement, ce puissant domaine donna son nom au cours d'eau qui y prend sa source : le Glain. Au fil des années, ce domaine perdit sa puissance et fut rapidement effacé par le développement du comté de Salm.

Les habitants en aval du comté ont progressivement remplacé le nom « Glain » par « Salm » pour désigner la provenance de cette rivière. Un cartographe commit l'erreur de dénomination en remplaçant le Glain par la Salm ; cette erreur persiste encore sur nos cartes actuelles.

Comme il est déjà midi, nous cherchons un endroit sympa pour la pause pique-nique. Ayant lu dans le topo-guide qu’il existe (à 300 mètres hors GR) une chapelle, nous décidons de tenter notre chance. Nous grimpons, le long d’un chemin de croix, vers la butte Saint-Martin. Là-haut, devant la chapelle, nous trouvons deux bancs où nous installer.

Bovigny, chapelle ND des Malades et Saint-Martin

Cette région, d’abord occupée par les Romains puis par les Mérovingiens et les Carolingiens, devint un centre important. En octobre 814, la villa de Glain est citée dans un diplôme de Louis le Pieux confirmant les droits de l’abbaye de Stavelot dans ses possessions. Comme ces droits avaient déjà été accordés par ses prédécesseurs, on peut légitimement penser que la chapelle de Glain existait au milieu du VIIIe siècle.

Cette chapelle sera mentionnée pour la dernière fois en 950. Succédant à cet oratoire, dont on ignore presque tout, apparaît vers le IXe siècle, un bâtiment rectangulaire sans tour. Ses murs, d’une épaisseur d’environ un mètre, sont constitués de plaques de schiste et de moellons de grès. Aux XIe - XIIe siècles, cet édifice devint l’église romane du Mont-Saint-Martin.

Vers le XIVe siècle, des calamités de toutes sortes touchèrent la région et provoquèrent l’abandon de plusieurs hameaux. Progressivement, l’église fut abandonnée et tomba en ruine en dépit de divers travaux de réfection et d’entretien. Si « Saint-Martin » subsiste encore aujourd’hui, on le doit principalement à l’abbé Debra. En 1850, aidé par ses paroissiens, il réutilisa tout ce qu’il pouvait récupérer de l’ancienne église pour construire la chapelle qu’il dédia à Notre-Dame des Malades et à Saint-Martin.

En 1933, à l’initiative de l’abbé Bernard, un chemin de croix en schiste fut planté le long du chemin qui s’élève vers la chapelle. Les quatorze pierres tombales matérialisant les différentes stations proviennent de tombes désaffectées du cimetière de Bovigny. Le site est classé depuis 1973.

Bovigny, chemin de croix de la butte Saint-Martin

Légende du trésor de St-Martin

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De retour sur le parcours, nous traversons la N68 et prenons le chemin forestier en face. Arrivés à un croisement, nous tournons à gauche dans un large chemin descendant vers le ruisseau de Neuf Pré. Ensuite, nous progressons, toujours à travers bois, pendant deux kilomètres jusqu’à atteindre le point culminant de cette étape à 532 mètres d’altitude.

À la sortie du bois, nous prenons, à droite, un chemin empierré devenant asphalté aux premières maisons de Gouvy. La gare, où nous terminons cette petite journée de randonnée, se trouve 200 m après le pont franchissant le chemin de fer.

GRP 571 entre Cierreux et Gouvy

Plan du parcours

➔ Jonction avec d'autres GR

  • Le GR 57 : Sentiers de l'Ourthe remonte, au départ de Liège, le cours de l’Ourthe jusqu’au barrage de Nisramont. Ce sentier de grande randonnée se divise ensuite en deux branches : une qui suit l’Ourthe occidentale jusqu’à Libramont ; une autre qui remonte le cours de l’Ourthe orientale vers Houffalize et Troisvierges (Grand-Duché de Luxembourg).