Les Randos de Fred & Paul

GRP 573 (Variante) : Pepinster → Polleur (13 km) - octobre 2022

Au départ de la gare de Pepinster, nous empruntons la rue Jacques Bouhy jusqu’au pont surplombant les voies ferrées. De l’autre côté du chemin de fer, l’itinéraire principal du GRP 573 s’en va vers la gauche, en direction de Verviers, alors que la « variante » (que nous suivons aujourd’hui) monte à droite plusieurs volées d’escalier. Nous progressons ensuite, toujours en côte, dans le quartier résidentiel des « Nids d’Aguesses ». Le tracé jaune et rouge se poursuit, pendant un kilomètre, sur un sentier à flanc de coteau, en surplomb de la Hoëgne.

GRP 573 entre Pepinster et Theux

Revenus dans la vallée, nous grimpons (de 160 à 235 m d’altitude) une petite route asphaltée. Près du sommet, nous passons à côté d’une stèle évoquant des événements tragiques qui se sont produits au château de Sohan, tout proche. Ce dernier a été incendié, le 5 septembre 1944, par les troupes allemandes en retraite en représailles de tirs à leur encontre par des résistants. Des civils, dont un enfant de six ans et le père René Lange, furent massacrés lors de cet épisode.

GRP 573 entre Pepinster et Theux GRP 573 entre Pepinster et Theux, Sohan

Nous prenons un chemin de terre et profitons, sur la gauche, d’un point de vue sur le village d’Oneux (par où le GR 573 passait jadis). Près d’un banc, nous abandonnons ce tracé relativement plat et descendons un étroit sentier qui, en bas, franchit le ruisseau de Sohan (à sec). Par un chemin herbeux, entre les prairies, nous parvenons près du cimetière de Juslenville. Nous nous dirigeons ensuite vers l’église, dédiée à Saint-Augustin, érigée en 1887 et située en bordure la N690.

GRP 573 entre Pepinster et Theux GRP 573 entre Pepinster et Theux

Nous traversons la grand-route puis, un peu plus loin, la ligne de chemin de fer (Pepinster - Spa) et la Hoëgne. Le tracé jaune et rouge évolue dans le quartier résidentiel de Juslenville-Petite avant de rejoindre, par la rue Al Pièrire, la Hoëgne. Pendant 700 m, nous avançons sur un sentier progressant à proximité de la rivière. Le quai des Saules nous mène jusqu’au centre de Theux. Si la Hoëgne semble très paisible, à de certains endroits, on devine encore les dommages causés par la crue de la rivière le 14 juillet 2021…

GRP 573 entre Pepinster et Theux, la Hoëgne

Theux présente un ensemble de maisons des XVIIe et XVIIIe siècles avec au centre, le perron, symbole des libertés communales. Un premier perron est érigé en 1456 lorsque Theux reçoit le titre de Ville. Celui-ci est détruit en 1468 par l’armée du duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, venu punir le pays de Franchimont de l'attaque opérée contre lui à Liège (sur les hauteurs de Sainte-Walburge) par les Six Cents Franchimontois. Le perron qui se dresse actuellement date de 1768.

GR 573 : Theux, Maison Lebrun

L’église, dédiée à Saints-Hermès-et-Alexandre, date du XIe siècle. Il s’agit d’une église-halle, c'est-à-dire une église dont la nef et les deux collatéraux sont de même hauteur. La tour, construite au nord plutôt qu’à l’ouest, a été édifiée au XIIIe siècle ; surmontée d’un hourd, d’où il était possible de tirer sur les assaillants, elle témoigne du rôle défensif que jouait l'église à cette époque. Il n'existe plus que deux exemples de ce type en Belgique : une ici et une à Bastogne. Le plafond plat de la nef, constitué de 127 caissons de bois peints placés en 1630, représente de nombreux personnages religieux.

GR 573 : Theux, église Saints-Hermès-et-Alexandre GR 573 : Theux, plafond peint de l'église

Le GRP 573 franchit à nouveau la Hoëgne et la ligne de chemin de fer avant de s’éloigner du centre de la localité. La gare de Theux entre en service en octobre 1854 lorsque la Compagnie du chemin de fer de Pepinster à Spa inaugure la ligne du même nom ; celle-ci a été nationalisée par l’État belge en 1872. C’est le seul bâtiment de gare datant de l'origine de la ligne qui existe encore.

La ligne ferroviaire fut construite à l'initiative des établissements thermaux de la commune de Spa qui souhaitaient faire profiter les curistes d'un mode de transport performant. Elle relie la ville thermale à Pepinster, sur le tracé de la ligne entre Liège et la Prusse. Cette ville a été préférée à Verviers, car elle se trouve au confluent de la Vesdre et de la Hoëgne, ce qui permet de s'extirper de la vallée sans ouvrage d'art trop coûteux. Entre Pepinster et Spa, la différence de niveau est de plus de cent mètres.

Durant 1,2 km, nous empruntons la rue Chawieumont. Si le début de ce tronçon est asphalté et en légère montée, la suite, sur un chemin caillouteux entre les prairies, est nettement plus vallonnée. Au sommet (281 m d’altitude), nous profitons d’un banc pour nous reposer quelques instants et admirer le paysage.

GRP 573 entre Theux et Franchimont GRP 573 entre Theux et Franchimont

Nous descendons vers le hameau de Marché où se dresse, un peu à l’écart du GR, une chapelle dédiée à Saint-Nicolas. L’édifice a été construit en 1739, avec les matériaux provenant de l’ancienne chapelle qui se trouvait, plus haut, près d’un ruisseau dont les crues la ravagèrent à de multiples reprises. Cette ancienne chapelle datait du XIIe siècle et était utilisée à la fois par les villageois qui s’étaient regroupés au pied du château de Franchimont et par les habitants du castel qui ne possédait alors pas d’oratoire ; la chapelle de Marché portera d’ailleurs longtemps le titre de castrale (la chapelle du château sera construite au cours du XVIe siècle).

GRP 573 entre Theux et Franchimont GRP 573 entre Theux et Franchimont, chapelle St-Nicolas

Nous longeons un établissement scolaire et montons vers les ruines du château de Franchimont, dont nous contournons l’imposante muraille. Datant vraisemblablement du milieu du XIe siècle, le premier château était la propriété de la principauté épiscopale de Liège ; ce qu’il restera jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Sa position stratégique, à l’extrémité d’une colline, barrait l’accès aux vallées qui l’entouraient. Le château constituait la protection orientale de la principauté contre ses voisins : les duchés de Limbourg et de Luxembourg ainsi que la principauté de Stavelot.

Le début du XVIe siècle est une période très importante pour le château ; en 1505, Erard de la Marck, un des plus grands princes-évêques que Liège ait connu, arrive sur le trône épiscopal. La sécurité du territoire est l'une de ses préoccupations majeures et il ordonne de grands travaux dans les places fortes. C’est de cette époque que date la grande enceinte pentagonale (264 mètres de long) flanquée de quatre casemates et d’une tour d’artillerie : le balloir. Pour imaginer l’ampleur des travaux, il faut savoir que la surface « dans les murs » a été multipliée par six !

GRP 573 : château de Franchimont

Au XVIIe siècle, suite aux progrès de l’artillerie, la position stratégique du château diminue vu la proximité des collines avoisinantes. En 1676, Louis XIV ordonne sa démolition, mais, en fait, seul le balloir sera partiellement détruit. Au XVIIIe siècle, le château est toujours entretenu et sert principalement de prison. Le 7 septembre 1789, le Congrès de Polleur, y tient sa réunion. À partir de cette époque, le château sera dévasté et pillé.

Depuis 2001, le site est classé au Patrimoine exceptionnel de la Wallonie. En effet, la grande enceinte, construite au début du XVIe siècle avec ses casemates et sa tour d’artillerie, n’a pas été modifiée et est toujours intacte alors que d’autres places fortes ont évolué avec le temps. Elle nous est parvenue non transformée et est un des rares exemples de la mutation des systèmes de défense à la Renaissance.

GRP 573 : château de Franchimont

Photo, par drone, de Quentin Jo

Le tracé jaune et rouge s’engage sur un chemin forestier descendant vers une prairie. Grâce à un échalier, nous entrons dans ce pré et y progressons jusqu’à un autre tourniquet. Nous traversons un champ et par un dernier échalier nous arrivons à Sasserotte.

GRP 573 entre Franchimont et Polleur GRP 573 entre Franchimont et Polleur

Nous quittons le hameau en prenant un chemin caillouteux, presque rectiligne, qui, pendant 1,5 km, évolue à flanc de coteau avec la Hoëgne en contrebas. Nous atteignons la ferme-manoir de Chinru. Sur ce site, dominant la vallée, un endroit stratégique à proximité du château de Franchimont, on construisit avant 1450, un ouvrage fortifié dont on retrouve encore certaines traces. C’est là que se serait installé en novembre 1468 le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, venu mettre le Pays de Franchimont à feu et à sac.

En 1646, le château est la propriété d’Henri-Lambert de Chinrieu ; c’est à lui que l’on doit les importants aménagements (réédification probable) qui firent du vieux castel un agréable et plaisant manoir. L’étymologie probable de Chinruy, Chinrieu ou Chinru serait : chemin vers la rivière (la Hoëgne appelée alors ru de Polleur). Au-delà de la ferme-manoir, nous continuons, sur un large chemin, entre les prairies jusqu’à nous rapprocher de l’E42.

GRP 573 entre Franchimont et Polleur GRP 573 entre Franchimont et Polleur

Nous passons sous l’autoroute et descendons, sur l’asphalte, vers le centre de Polleur. Au niveau du vieux pont sur la Hoëgne, nous croisons le GR 15 : Sentiers de l'Ardenne. Ce sentier de grande randonnée permet, en 230 km, de relier Arlon à Monschau (Allemagne) en passant notamment par Martelange, Bastogne, Houffalize, Aywaille, Spa et Eupen.

Le vieux pont romain, dont on ne connaît pas exactement la date de construction, se trouvait sur l’antique voie romaine allant de Trèves à Tongres. En moellons calcaires, le tablier du pont est construit en léger dos d’âne, au-dessus de deux arches en anse de panier. Ce pont a été reconstruit deux fois (en 1767 et en 1978) car les années l’ont abîmé des suites de très nombreux passages. De part et d’autre, sur les parapets, deux œuvres remarquables en bronze : un Christ, daté de 1767, et la Vierge à l’Enfant. Celle-ci fut volée dans les années 1990 et remplacée par une œuvre de Jacques Dubois.

GR 573 : Polleur, vieux pont

C’est près de l’église que nous terminons cette courte mais belle étape.

Tracé de l'étape