Les Randos de Fred & Paul

GR 65 : Poudally → Cahors (18 km) - juin 2016

Il est 8h30 lorsque nous quittons le gîte de Poudally sous un ciel nuageux, ce qui n’est pas pour nous déplaire après la canicule des jours précédents, mais le répit ne sera que de courte durée ! Après un kilomètre de petits chemins au milieu des pelouses sèches, nous retrouvons le tracé blanc et rouge et donc le « Cami Ferrat » sur lequel nous avions déjà marché hier en fin d’étape. Nous allons suivre l'ancienne voie romaine une bonne partie de la journée.

Chemin entre le gite de Poudally et le GR 65 GR 65 entre Mas de Vers et Cahors

Avant la sédentarisation des hommes, les causses du Quercy étaient couverts par la forêt. Les seules pelouses alors existantes étaient probablement confinées aux corniches rocheuses et aux éboulis non boisés des vallées. Vers 5000 avant J.-C., les premiers agriculteurs commencent à défricher la forêt. L’élevage s’étend et les espèces végétales et animales s’installent progressivement dans ces espaces ouverts.

Pendant des siècles, la pratique d’un pâturage soutenu des troupeaux et le prélèvement régulier des arbres et arbustes pour les besoins domestiques (chauffage, cuisine) vont contribuer à la création et au maintien de ces vastes surfaces d’herbage naturel. Vues de loin, les pelouses sèches semblent monotones, mais si l’on prend le temps de regarder, on découvre une véritable mosaïque de petits milieux différents, dans lesquels une multitude d’espèces animales et végétales trouvent les conditions favorables à leur existence.

Nous traversons la D10 et poursuivons en face sur un chemin caillouteux ; il s'agit toujours du Cami Ferrat qui file ici à travers champs, à la limite d’un bois. Puis, après trois kilomètres presqu'en ligne droite, nous tournons vers la gauche pour suivre une petite route qui descend vers Le Pech.

GR 65 entre Mas de Vers et Cahors : Cami Ferrat GR 65 entre Mas de Vers et Cahors : Cami Ferrat

Au début de cette route, dans la vallée du Cieurac, nous découvrons le lavoir et la fontaine d’Outriols. Plus loin, émergeant au-dessus des arbres, nous apercevons le château de Cieurac. Très bel exemple de la Renaissance française, il a été édifié par la famille de Cardaillac entre 1480 et 1503.

GR 65 entre Mas de Vers et Cahors : fontaine d'Outriols GR 65 entre Mas de Vers et Cahors : château de Cieurac

Nous quittons le goudron pour un chemin de terre longeant le ruisseau de Cieurac. Après la traversée de la D49, nous prenons un sentier, au milieu des hautes herbes, qui nous rapproche de l’autoroute A20 sous laquelle nous passons un peu plus loin. Aussi dénommée « L’Occitane », cette autoroute relie Vierzon à Montauban via Limoges.

GR 65 entre Mas de Vers et Cahors

Le GR 65 monte, parallèlement à la D6, sur des petits chemins pentus et nous ramène à une altitude de 275 mètres. Si nous quittons le Parc naturel régional des Causses du Quercy dans lequel nous avons eu plaisir à randonner durant deux jours, nous sommes encore et toujours sur le Cami Ferrat.

GR 65 entre Mas de Vers et Cahors

Nous longeons le terrain de football de Flaujac-Poujols avant de nous engager sur un chemin très caillouteux. Pendant un kilomètre, nous allons descendre pour atteindre une combe, environ 70 mètres plus bas.

GR 65 entre Mas de Vers et Cahors, descente dans une combe GR 65 entre Mas de Vers et Cahors, descente dans une combe

Nous effleurons la D22 puis passons à côté d’une cazelle, assez originale du point de vue de sa toiture, avant d’entamer la lente remontée de la combe de Laze, sur un large chemin caillouteux. Lorsque le chemin s’arrête, c’est par un sentier grimpant en lisière de bois que nous arrivons au hameau de La Quintarde.

GR 65 entre Mas de Vers et Cahors, caselle GR 65 entre Mas de Vers et Cahors, chemin dans une combe

Nous traversons le hameau puis la D6 pour retrouver un chemin qui, durant 2,5 km, va nous faire progresser sur une large crête au milieu d’une végétation rappelant celle du causse.

GR 65 entre Mas de Vers et Cahors GR 65 entre Mas de Vers et Cahors

Tout à coup, au niveau d’une antenne, tandis que le parcours retrouve le goudron, nous apercevons au loin Cahors. Il ne nous reste qu’un kilomètre pour atteindre la ville, mais celui-ci sera très éprouvant pour les genoux, car nous allons descendre de 240 à 125 mètres d’altitude. Passage sous la voie ferrée avant d’atteindre le Lot que nous franchissons grâce au pont Louis-Philippe.

GR 65 vue sur Cahors

De l’autre côté du pont se trouve l’octroi, une minuscule pièce où jadis on faisait payer aux visiteurs un droit d’entrée dans la ville. Un drapeau, devant le bâtiment, attire notre attention et nous incite à y entrer... ce que nous faisons. Là, nous sommes accueillis par deux dames qui nous proposent un rafraichissement ainsi qu’une petite collation. Nous nous asseyons quelques instants pour discuter et répondre aux diverses questions posées afin de connaitre, entre autres, nos impressions sur le Chemin de Saint-Jacques.

GR 65 : Cahors, l'octroi

Il est près de 13h et, n’ayant pas prévu de pique-nique, nous nous mettons à la recherche d’un restaurant. Au hasard des petites rues de la vieille ville, nous trouvons une crêperie qui conviendra parfaitement. Après le repas, nous allons jusqu’au gîte, situé un peu en dehors du centre-ville. Nous patientons dans le garage aménagé en attendant l’ouverture à 14h30. Dans ce garage se trouvent une vingtaine de casiers pour ranger les bagages, car ici aussi, nous ne pouvons rien emmener dans la chambre. Serge, le propriétaire qui a déjà été à Compostelle plusieurs fois, nous explique le fonctionnement des lieux avant de nous mener vers le dortoir de 4 lits où nous ne serons que Paul et moi... Nous profitons de notre après-midi libre pour visiter Cahors et ses principaux monuments.

Sous le règne d'Auguste, les Romains complètent leur conquête par la fondation d'une ville au centre du territoire des Cadurques, à l'intérieur d'un large méandre du Lot proche d'une résurgence vénérée par les Gaulois en l’honneur de la déesse Divona. La capitale des Cadurques romanisés était « Divona Cardurcorum », mais cette ville périt en 571, incendiée par Théodebert, roi franc d’Austrasie. De cette époque, il reste quelques vestiges dont l’arc de Diane et un morceau de l’amphithéâtre.

L’arc de Diane est le dernier vestige visible des thermes romains. Le bâtiment a probablement été édifié à la fin du Ier siècle de notre ère et aurait servi jusqu’au milieu du IVe siècle ; il était alimenté en eau par un aqueduc. La surface totale au sol s'étendait sur environ 3 000 m².

GR 65 : Cahors, arc de Diane

Les vestiges de l’amphithéâtre gallo-romain du Ier siècle se cachent sous les allées Fénelon. En forme d'ovale de 110 mètres de long sur 90 de large, ils ont été découverts en 2007 durant la construction d’un parking ; une partie de cet amphithéâtre est visible au niveau -1 de ce parking.

GR 65 : Cahors, vestiges de l'amphithéâtre gallo-romain

Saint Didier édifia une première cathédrale en 650. Après les raids des Vikings, Sarrasins et Huns, une nouvelle cathédrale dédiée à Saint-Etienne, s’élève en 1119. La façade occidentale, qui comporte quatre niveaux, a été construite au XIVe siècle dans un double but : consolider l'édifice et répondre à un mouvement de fortification de la ville. Le tympan qui ornait initialement cette façade a été transféré sur la façade nord.

GR 65 : Cahors, cathédrale Saint-Etienne

Le portail nord est encadré d'étroites arcatures aveugles coupées par une frise qui borde la troisième archivolte. Cette dernière est décorée de personnages et de diables aux occupations violentes et peu avouables. Le tympan représente l'Ascension du Christ. Celui-ci, entouré d'une mandorle, est encadré par deux anges. Cette scène principale est flanquée de plusieurs petites scènes représentant la vie de saint Etienne. Au registre inférieur, de petites arcades trilobées abritent onze des douze apôtres et la Vierge.

GR 65 : Cahors, cathédrale Saint-Etienne GR 65 : Cahors, cathédrale Saint-Etienne

La cathédrale comprend une nef unique (caractéristique qui sera reprise dans le gothique méridional), sans bas-côtés ni transept, à deux travées. Un narthex très surélevé précède la nef ; on y trouve une fresque du XIVe siècle consacrée au péché originel.

GR 65 : Cahors, cathédrale Saint-Etienne

L'originalité de la cathédrale réside dans son architecture à coupoles. Au-dessus des deux travées se trouvent deux immenses coupoles. De ce fait, la nef est très large (plus de 20 mètres), pour une longueur plus modeste. C'est à Cahors que ce type d'architecture a atteint ses plus grandes dimensions, avec des coupoles de 18 mètres de diamètre dont la clef de voûte s'élève à 32 mètres ; Cahors n'est, sur ce point, dépassé que par Sainte-Sophie à Istanbul.

GR 65 : Cahors, cathédrale Saint-Etienne GR 65 : Cahors, cathédrale Saint-Etienne

Entre 1495 et 1509, on adjoint à la cathédrale un cloître, de style gothique flamboyant, formant un vaste carré de 28,5 mètres de côté. Il a été particulièrement touché par les dévastations commises par les Protestants en 1580, lorsqu'ils ont mis la ville à sac.

GR 65 : Cahors, cathédrale Saint-Etienne

En 1316, le Cadurcien Jacques Duèze devient pape sous le nom de Jean XXII. Voulant enrichir sa ville natale, il fonde l'université, favorise la vie religieuse et le commerce ; il attire à sa cour d'Avignon les élites locales. On peut voir dans la partie haute de la ville, trois immeubles qu’il fit bâtir : Saint-Barthélémy, sobre église languedocienne de briques ; le palais de Pierre Duèze, son frère ; et, à côté, la tour Jean XXII, haute de 34 mètres, à cinq étages de fenêtres géminées.

GR 65 : Cahors, église St-Barthélémy et tour Jean XXII

La ville a conservé un très riche patrimoine médiéval et renaissance dont plusieurs centaines de maisons.

GR 65 : Cahors, ancienne maison GR 65 : Cahors, ancienne maison

Léon Gambetta, petit-fils d'un immigré italien originaire de Gênes, est le grand personnage de Cahors : avocat, député de Paris puis président du Conseil, c'est un républicain farouche opposé au second Empire. Il sera, après la guerre de 1870-71, l'un des fondateurs de la Troisième République. Une statue monumentale, en bronze, rappelle la mémoire de ce Cadurcien illustre.

GR 65 : Cahors, statue Leon Gambetta

Le repas du soir est pris dans la salle à manger du gîte en compagnie du propriétaire et de six autres pèlerins dont Mario et Hélène, rencontrés la veille. Cette dernière soirée se passe dans une très bonne ambiance, nous faisant regretter de ne pas continuer encore quelques jours le Chemin ! Demain à 11h, devant la gare de Cahors, nous prendrons la navette de la Malle Postale pour retourner jusqu’à Conques afin de récupérer la voiture.

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