Les Randos de Fred & Paul

Groene Gordel : Groenendael → Vossem (19 km) - février 2016

Mise à jour, février 2024 : le tracé du Streek-GR a été largement revu et modifié ; le parcours décrit ci-dessous n'est donc plus d'actualité à certains endroits.

Nous commençons cette étape, peu après 9 h, en empruntant, devant la gare de Groenendael, un sentier qui nous fait directement pénétrer dans la forêt de Soignes.

Au XIIIe siècle, celle-ci appartient aux ducs de Brabant qui en ont fait leur immense terrain de chasse. Grâce aux progrès techniques agricoles et à un contexte politique plus serein, la croissance démographique explose ; après d’importants défrichements, de nouveaux villages se créent en bordure de la forêt.

Pour limiter son exploitation incontrôlée par la population, les ducs de Brabant instituent des gardes forestiers et édictent un premier code de la forêt. D’un autre côté, ils concèdent d’importants territoires forestiers à des communautés religieuses pour qu’elles y établissent leur monastère ou prieuré.

L’abbaye de la Cambre, les prieurés de Val Duchesse, Groenendael, Rouge-Cloître naissent dans ces circonstances. Au cours des siècles suivants, la forêt est surexploitée. En 1786, 22 % de la superficie totale de la forêt se retrouvent sans peuplements.

Streek-GR Groene Gordel dans la forêt de Soignes

À son arrivée en tant que directeur des plantations, Joachim Zinner propose de remplacer les coupes et les espaces vides par de grandes monocultures d’arbres de même essence et de même âge, densément plantés pour maximiser la rentabilité et privilégier la production de bois d’œuvre.

Ces plantations sont à l’origine de la hêtraie cathédrale. Durant la période hollandaise, pour combler le déficit des finances publiques, Guillaume Ier cède les 11 700 hectares de la forêt de Soignes à la Société générale.

Dans les mains de l’institution financière, le massif forestier va perdre plus de 60 % de sa superficie ! En effet, craignant après la révolution belge de devoir rétrocéder au jeune gouvernement cette propriété reçue du souverain chassé, la Société générale met en vente de nombreux lots.

Ces derniers sont ensuite défrichés pour en faire des terrains agricoles ou de grandes propriétés foncières en bordure de la capitale. En 1843, ce qu’il reste de la forêt de Soignes, soit environ 4 400 hectares, est rendu à l’État belge.

Streek-GR Groene Gordel dans la forêt de Soignes

Nous longeons quelques étangs et grimpons ensuite, d’une dizaine de mètres, le long du Konijnholpad. Après 2,5 km, nous quittons le massif forestier pour suivre, de l'autre côté de la chaussée de Bruxelles, la Koedalstraat.

Pendant deux kilomètres, nous progressons sur ce chemin, quasi rectiligne, entre champs et prairies. En contrebas, nous pouvons voir quelques serres, car nous sommes ici, à Hoeilaart, dans la « Druivenstreek » (la région du raisin).

Une triple combinaison permet ici la culture du raisin de table en serres chauffées : un climat modéré et humide, l’orientation de la vallée de l’Ijse (avec des pentes exposées au sud) et des terres bien drainées.

Streek-GR Groene Gordel entre Groenendael et Jezus-Eik

En 1861, dans la serre du château d’Huldenberg, Félix Sohie, un jardinier s’est lancé, avec succès, dans la culture de la vigne. Quatre ans plus tard, il construit à Hoeilaart la première serre de viticulture en y apportant les améliorations techniques nécessaires pour déjà permettre une récolte au printemps.

Au cours des décennies suivantes, la construction de serres s’est multipliée dans la région. Selon le recensement agricole de 1910, la commune d’Hoeilaart, par exemple, comptait 5 176 serres. En 1961, le nombre total de serres atteignait son sommet avec 34 929 unités.

Après la mise en place de la CEE (en 1957) et les crises énergétiques de 1973 et 1979, la viticulture a connu un important recul dans la région. En juillet 2008, le raisin de table produit dans les communes d'Overijse, Hoeilaart, Huldenberg et Tervuren a été le premier produit à recevoir une AOC en Flandre.

Hoeilaart, Druivenstreek

Nous traversons un quartier résidentiel avant de franchir l’autoroute E411. Vers 11 h 30, nous entrons dans Jezus-Eik (Notre-Dame-au-Bois en français) où nous effectuons la pause pique-nique.

Jadis, un imposant chêne : « le chêne du diable » s'élevait dans la vaste et sombre forêt de Soignes. Quelques prêcheurs fanatiques s’empressèrent d'y accrocher un crucifix. Maintes fois, le chêne du diable, malgré sa divine protection, attira la foudre.

Même s'il ne faiblit pas ni ne se consuma, la croix de Jésus devint de plus en plus fragile. En 1632, Petrus Vandenkerckhoven, boucher bruxellois, se proposa de trouver une statue de Notre-Dame pour exorciser de toute crainte le chêne diabolique.

Jezus-Eik, église Notre-Dame

La statue était si jolie que la fille de Petrus en fit sa poupée favorite et refusa de la rendre à son père. En 1635, la peste faisait des ravages. Sentant sa mort proche, Petrus pria ses enfants d'accomplir son vœu : ils devaient placer la statue dans le chêne et l'offrir à la dévotion de tous les passants.

La foi des braves gens y fit naître tant de merveilles et de miracles que l’endroit devint un haut lieu de pèlerinage. Les paroisses d'Overijse et de Tervuren se disputèrent très rapidement ce lieu prospère. L'archevêque décida de les ignorer toutes deux et d'en donner la gestion à l'abbaye du Parc à Heverlee.

À partir de 1642, le recteur fit ériger, à côté du chêne, une chapelle qui devint rapidement trop petite. Tant de guérisons s'y produisaient qu'il fallut discipliner quelque peu l'enthousiasme des pèlerins ; chacun voulant ramener un petit morceau de l'arbre miraculeux, il devenait urgent d'agir.

Jezus-Eik, église Notre-Dame

On décida alors de scier le chêne qui menaçait de tomber et de construire, sur les restes du tronc et des racines, une chapelle plus grande. Les restes du chêne et de la petite chapelle se trouvent sous le maître-autel. En 1648, le gouverneur des Pays-Bas donna l'autorisation aux Norbertins de construire une église.

Le 20 avril 1650, l'archiduc Léopold-Guillaume, cousin du roi d'Espagne, Philippe IV, posa la première pierre. Sur les murs du chœur et les autels latéraux, on trouve des lambris marbrés en bois qui comportent tout un ensemble de peintures votives, dont treize portraits d’enfants.

Ces portraits ont été placés en signe de gratitude pour une guérison ou pour une faveur obtenue, comme gage contre les maladies et accidents ou pour garder vivant le souvenir d’un enfant.

Jezus-Eik, lambris peints de l'église Notre-Dame

Les vitraux, récents, représentent l’histoire de la statue et de Jezus-Eik (le chêne de Jésus). Le pavement en damier noir et blanc, que l'on peut toujours admirer, a été placé en 1672.

Jezus-Eik, vitraux de l'église Notre-Dame

Les six premiers du parcours de l’après-midi se passent encore dans la forêt de Soignes. À un carrefour de plusieurs chemins, nous croisons les GR 512 et GR 579 (devenu GR 121 en 2024) avec qui nous ferons parcours commun pendant 3,5 km.

Nous progressons sur un chemin dénommé la « Promenade Royale », une large allée qui serpente à travers l’arboretum de Tervuren. Ce dernier, créé à partir de 1902 sur un terrain appartenant au roi Léopold II, fera ensuite partie de la Donation royale.

Arboretum de Tervuren

Cet arboretum est une reproduction des différents paysages des forêts des régions tempérées, principalement de l’hémisphère nord. L’objectif principal étant l’étude des caractéristiques des essences et des différents modèles forestiers, ainsi que leur capacité d’acclimatation.

Bien des espèces botaniques que l’on trouve en Asie et en Amérique du Nord correspondent ou sont très proches de celles disparues d’Europe au cours des glaciations. La collection de l’arboretum compte environ 700 espèces et plus de 30 000 arbres.

Arboretum de Tervuren

L’arboretum se compose de deux grandes zones : à l’est, des plantations provenant d’Amérique du Nord ; à l’ouest, des arbres originaires d’Europe, d'Afrique du Nord et d’Asie. Ces deux zones sont divisées en une vingtaine de parcelles numérotées, elles-mêmes comprenant des sous-groupes.

Ces numérotations, correspondant à différents biotopes, sont mentionnées sur de petits écriteaux. Les parcelles (variant de quelques dizaines d’ares à quelques hectares) sont séparées par de vastes clairières engazonnées, des allées et des pièces d’eau.

Arboretum de Tervuren

Tandis que nous perdons progressivement de l’altitude, nous atteignons un carrefour où un poteau indicateur nous informe que les GR 512 et GR 579 (même si celui-ci n’est pas renseigné) nous quittent, tandis que le Streek-GR Dijleland nous rejoint.

Le tracé jaune et rouge nous emmène vers le centre de Tervuren en suivant, dans un quartier résidentiel, le cours de la Voer qui est ici proche de sa source.

Streek-GR Groene Gordel entre Tervuren et Vossem

Sur la droite, en longeant des étangs, nous découvrons le château de Robiano dont l’origine est sans doute très ancienne. Au XIVe siècle, les registres des vicomtes de Tervuren mentionnent Jan Van Assche comme propriétaire de la cour.

Vers 1404, Jan Hertewyck fait construire, à côté de la cour, une grande maison de plaisance en pierre. De nombreux propriétaires vont ensuite se succéder ; ils s’intéressent d’une part au profit de la ferme qu’ils louent et considèrent d’autre part le château comme une sorte de résidence secondaire.

En 1796, Jeanne-Marie Norbertine de Limpens et son époux Jean-Joseph de Robiano entrent en possession du château. Le bien est dès lors baptisé « château de Robiano ». Leur fils Louis, marié à une Allemande, en devient propriétaire en 1837.

Ferdinand, le petit-fils de Louis, en hérite en 1914, mais en raison de ses origines, il est appelé à servir dans l’armée allemande et s’installe à Paderborn avec sa famille. Le château et les biens sont confisqués par l’armée en 1918. Vu son passé militaire, Ferdinand n’a plus la possibilité de revenir en Belgique.

La famille décide alors de faire don d’une partie de ses possessions et d’en vendre une autre. L’un des acquéreurs achète la cour, le château et de nombreuses terres. Dès 1921, le château accueille des colonies de vacances pour enfants. La propriété est vendue en 1994 à une entreprise américaine de logiciels.

Tervuren, château de Robiano

Un peu plus loin, nous contournons l’église Saint-Jean l’Évangéliste et, par une belle drève, nous pénétrons dans le parc de Tervuren. Pendant trois kilomètres, nous allons cheminer à travers cette ancienne propriété des ducs de Brabant et admirer l’AfricaMuseum.

Streek-GR Groene Gordel dans le parc de Tervuren

Avant 1607, ce parc était entouré d’une palissade en bois qui soulignait le caractère privé du domaine et servait à confiner le gibier. En 1625, l’archiduchesse Isabelle fit remplacer la palissade par une enceinte en briques de 7 km de long entrecoupée de dix portes monumentales.

La Porte de Louvain est la seule porte d’origine conservée. Par deux fois, le parc a été agrandi et à chaque fois le mur d’enceinte fut allongé. Le plan en forme d’étoile a été créé au XVIIIe siècle, à l’époque de Charles de Lorraine.

Streek-GR Groene Gordel dans le parc de Tervuren

Pour donner une vitrine à son Congo et une idée du potentiel économique de cette région aux Belges afin d'attirer les investissements, Léopold II souhaitait aménager une sorte de musée. Celui-ci mettrait en scène les objets originaux, importés en quantité, suivant une approche multidisciplinaire.

À l’occasion de l’Exposition universelle de 1897, le roi fit construire le « palais des Colonies ». Cette exposition faisait la part belle, à côté des « curiosités » du Congo (animaux empaillés et objets d’intérêt ethnographique), aux produits d’exportation : le café, le cacao, le tabac et les essences forestières.

Dans le parc du domaine royal, parmi les « attractions », on trouvait de véritables villages africains. 269 Congolais réquisitionnés sur place furent amenés vers Tervuren afin de les peupler et de les animer. Deux d’entre eux perdirent la vie durant la traversée et sept autres y moururent de maladie ou de froid.

Le succès de l’exposition et l’intérêt des scientifiques furent tels qu’on décida de la rendre permanente. Très rapidement, les locaux devinrent trop exigus. Le 30 avril 1910, le roi Albert Ier inaugura le nouveau « musée colonial de Tervuren ».

Léopold II était à l'origine de cette initiative, qu'il a financée en grande partie grâce aux bénéfices phénoménaux réalisés par l'État indépendant du Congo. Le souverain est mort quelques jours avant la date d'ouverture initialement prévue, et un an après qu'il eut dû remettre le contrôle du Congo à l'État belge.

Jusqu’en 1960, les collections ne cessèrent de s’agrandir par les envois d’objets et d’échantillons de toutes sortes effectués par des militaires, des missionnaires, des administrateurs coloniaux, des commerçants et des scientifiques. En 2018, le « palais des Colonies » a été rebaptisé « palais de l'Afrique ».

Tervuren, musée royal de l'Afrique

Nous traversons la Waalsebaan et progressons, pour le dernier kilomètre, sur un beau sentier le long de la Voer. Peu avant 16 h, nous atteignons Vossem où se termine cette étape.

Streek-GR Groene Gordel entre Tervuren et Vossem

Plan du parcours