Les Randos de Fred & Paul

GR 579 : Watermael → Bruxelles (9 km) - février 2017

Info : pour effectuer cette étape, nous avons pris le train entre les gares de Bruxelles-Central et de Watermael.

Depuis la gare de Watermael, nous devons marcher 200 mètres afin de retrouver le balisage blanc et rouge. Durant toute cette étape, notre parcours sera commun avec celui du GR 126 : Brussegem - Membre-sur-Semois. Nous empruntons le chemin des Chablis et franchissons, grâce à une passerelle, la ligne de chemin de fer (Hal - Vilvorde). Après avoir brièvement longé la voie ferrée, nous prenons, sur la gauche, un escalier menant à un quartier résidentiel.

Nous descendons la rue Schoolgat et arrivons sur l’avenue du Bois de la Cambre. 400 mètres plus loin, au-delà de la place Marie-José, nous traversons l’avenue Franklin Roosevelt et pénétrons dans le bois de la Cambre. Celui-ci a été créé, en 1861, par Edouard Keilig, sur une enclave dans la ville de la forêt de Soignes. Ce bois de 124 hectares est aménagé à l'anglaise (style qui imite la nature et se caractérise par une irrégularité dans la conception des plantations et des voies). Çà et là, on remarque des dépressions qui sont d’anciennes carrières de pierres exploitées notamment par l’abbaye de la Cambre.

Bruxelles : bois de la Cambre

Nous évoluons, pendant 1,3 km, sur de larges chemins et quittons cet environnement bien agréable à proximité du rond-point marquant le début de l’avenue Louise. Près du monument dédié aux bourgmestres Charles Buls et Émile Demot, nous quittons l’avenue Louise et pénétrons dans l’enceinte de l’abbaye de la Cambre. Le tracé blanc et rouge fait quasiment tout le tour du site ce qui nous permet d’en profiter pleinement.

Seule rescapée d’une ribambelle d’abbayes dont le Moyen Âge cercla la ville de Bruxelles, elle s’élève, en 1201, sous l’impulsion d’une moniale, dame Gisèle. Le duc de Brabant Henri Ier lui cède un terrain, en bordure de forêt de Soignes, à proximité d’un point d’eau (la source du Maelbeek) pour parer aux besoins de la communauté. À ce stade, l’abbaye porte la griffe médiévale : le couvent, le réfectoire, l’école et l’infirmerie sont massés autour d’une cour et enlacés par un mur parsemé de portes. Grâce aux largesses des princes et de la bourgeoisie, l’abbaye est prospère et peut se targuer, à la fin du XIIIe siècle, d’être l’un des fleurons du patrimoine brabançon.

De nouveaux bâtiments sont construits, au début du XIVe siècle, dont l’église abbatiale qui est le seul bâtiment de cette époque toujours présent. L’abbaye coule des jours heureux, jusqu’aux guerres de Religion du XVIe siècle. Prise en tenaille entre les belligérants, elle est saccagée en 1578 par les calvinistes avant d’être incendiée, en 1581, par les troupes espagnoles.

Bruxelles : abbaye de la Cambre

À la fin de l’Ancien Régime, deux abbesses transforment l’abbaye en un bel ensemble symétrique. On leur doit notamment ce que nous pouvons encore contempler aujourd’hui : les jardins en terrasses, la cour d’honneur et ses deux grandes ailes latérales, le portail de l’église, le palais abbatial et l’escalier majestueux menant aux jardins. Les travaux sont à peine terminés lorsque la Révolution française arrive. Les révolutionnaires s’empressent de fermer les maisons religieuses, les dérobant au passage et empêchant les communautés de se reformer.

Le site, laissé à l’abandon, est largement pillé et devient un dépôt de mendicité jusqu’en 1870. Quatre ans plus tard, l’abbaye abrite l’École militaire de Belgique : le cloître devient un réfectoire, la salle du chapitre un tripot et la moitié de l’église... un gymnase ! Dans les bagages de l’armée, l’Institut cartographique militaire investit les lieux en 1871. Lors de la Première Guerre mondiale, l’abbaye sert d’hôpital pour les troupes allemandes. Une campagne de restauration focalisée sur l’église, le cloître, les jardins et la chapelle s’étale de 1920 à 1940. Dans cette dynamique de réhabilitation, l’Institut supérieur des Arts décoratifs (future École nationale supérieure d’Architecture et des Arts visuels) s’installe dès 1926 et n’a jamais délogé depuis. L’église, quant à elle, est rendue au culte en 1927 après avoir été abandonnée à des activités profanes pendant plus de cent ans.

Bruxelles : abbaye de la Cambre

Le GR 579 longe les étangs d’Ixelles et atteint la place Flagey et son célèbre « paquebot ». Au début du XIIIe siècle, le site des étangs d’Ixelles est un fond de vallée traversé par le Maelbeek qui y forme de vastes étendues marécageuses. Lors de la création de l’abbaye de la Cambre, quatre étangs sont creusés afin de servir de viviers à l’abbaye. Sur les bords du plus grand des étangs, un moulin sera aussi construit.

Au lendemain de la Révolution française, Hippolyte Legrand, futur bourgmestre d’Ixelles, achète, à titre privé, les quatre étangs (le Grand Étang, le Pennebroeck, le Ghevaert et le Paddevijver) ainsi que le moulin de l’abbaye. Ses héritiers les céderont à la commune d’Ixelles en 1871. À cette époque, le caractère champêtre de ce petit village change radicalement de physionomie. Les quatre étangs sont réduits à deux : le Grand Étang (déjà partiellement remblayé quelques années plus tôt) et le second étang constitué par la fusion du Pennebroeck et du Ghevaert ; le Paddevijver, tout proche de l’abbaye, venait d’être comblé pour y créer l’esplanade de la Cambre, actuel square de la Croix-Rouge.

La création, en 1930, de l’INR mit fin aux années pionnières de la radio. Face au développement de ce média, un édifice de diffusion de conception contemporaine devenait indispensable. À l’issue du concours lancé en 1933, un jury couronne le projet de l’architecte belge Joseph Diongre. Celui-ci combine le souci de recherche architecturale à la volonté de répondre aux exigences acoustiques et techniques les plus sévères. L’originalité du concept réside également dans la dimension d’accueil du public ainsi que dans le raffinement du détail, les matériaux utilisés et la création d’un mobilier adapté.

Bruxelles : Flagey, Maison de la radio

Dès son lancement, le paquebot (surnom donné à cause de la forme du bâtiment) connaît une notoriété internationale. La qualité des studios, en particulier le Studio 4, est reconnue mondialement et attire les musiciens les plus prestigieux pour des concerts, des festivals ou des enregistrements (musique classique, contemporaine, jazz). Liée à la création radiophonique et musicale, le bâtiment voit, en 1953, l’avènement de la télévision. Il devint, pendant plus de trente ans, le pôle audiovisuel par excellence. Lorsque les occupants d’origine quittèrent le bâtiment en 1974, celui-ci allait héberger, et ce jusqu’à sa fermeture en 1995, plusieurs institutions culturelles lui donnant ainsi une nouvelle dimension. Rénové et inauguré en septembre 2002 sous le nom de « Flagey », le bâtiment a aujourd’hui retrouvé sa fonction d’origine avec la création d’un espace musical avec studios d’enregistrement, salles de concerts et de cinéma. Il est devenu un lieu à la programmation éclectique.

Bruxelles : Flagey, Maison de la radio (studio 4)

Par la chaussée d’Ixelles, notamment, nous nous dirigeons vers la place du Trône ; un parcours d’environ deux kilomètres pas très intéressant. Le tracé blanc et rouge franchit ensuite la « petite ceinture » et atteint, via la rue Ducale, la place des Palais. C’est sur celle-ci que se trouve le Palais royal qui occupe une partie de l’emplacement de l’ancien Palais des ducs de Brabant. Lorsque ce bâtiment est complètement détruit en 1731, on édifie, face au nouveau parc de Bruxelles, deux grands hôtels destinés, respectivement, au gouverneur militaire et au ministre plénipotentiaire, adjoints du gouverneur général.

Lorsqu’en 1815, suite aux décisions du congrès de Vienne, le royaume des Pays-Bas est constitué, il faut édifier un palais pour le roi Guillaume Ier qui doit résider alternativement dans les capitales des provinces du nord et du sud de son royaume. Les deux anciens hôtels sont réunis par une construction en saillie sur leurs façades. Le rez-de-chaussée laisse un passage public ouvert vers la place par des arcades soutenant une haute colonnade surmontée d’un tympan triangulaire. En 1904, le Roi Léopold II fait remanier complètement la façade du palais et crée les jardins qui le précède, en empiétant sur la place des Palais, qui est, d’autre part, élargie du côté du parc. Ces travaux ne seront terminés que sous le règne du Roi Albert Ier.

Le Palais royal est l'un des plus beaux bâtiments officiels de la capitale. Situé en face du Palais de la Nation, à l'autre extrémité du parc royal, c’est le lieu où le Roi exerce ses prérogatives de chef d'Etat ; c'est ici qu’il accorde ses audiences et que les affaires de l'État sont traitées. Outre le bureau du Roi et celui de la Reine, le Palais royal abrite les services du Grand Maréchal de la Cour, du Chef de Cabinet du Roi, du Chef de la Maison Militaire du Roi et de l'Intendant de la Liste Civile du Roi. Il comporte aussi des salons d'apparat où sont organisées les grandes réceptions, ainsi que des appartements mis à la disposition des chefs d'État en visite officielle.

Bruxelles : palais royal

Nous empruntons ensuite la rue Royale et passons par la place Royale. C’est le prince Charles de Lorraine, gouverneur des Pays-Bas autrichiens, qui est à l’origine de la création de cette place et de l’église qui est en son centre. La place forme un ensemble harmonieux de bâtiments conçu dans le style classique de la fin du XVIIIe siècle. Le centre de la place est occupé, depuis août 1848, par la statue équestre de Godefroy de Bouillon partant pour la croisade.

L’église Saint-Jacques sur Coudenberg, construite entre 1776 et 1787, est précédée d’un imposant péristyle gréco-romain rythmé par six colonnes corinthiennes et couronné d’un fronton triangulaire. Le 21 juillet 1831, le roi Léopold Ier prête le serment constitutionnel sur le parvis de l’église. Une plaque commémorative rappelle cet événement majeur de l’histoire de la Belgique. Tous les rois depuis Léopold II y ont été baptisés ; les funérailles du roi Léopold III et du prince Charles, régent du Royaume, y furent célébrées.

GR 126 : Bruxelles, place Royale

Le GR 579 descend le Coudenberg et atteint le Mont des Arts. Sur ce trajet, nous découvrons deux belles façades : l’ancienne pharmacie Delacre et le MIM (Musée des instruments de musique). En 1870, Charles Delacre, pharmacien de formation, entreprend de vendre du chocolat, alors considéré comme fortifiant et remède. Le succès est tel qu’il décide d’ouvrir une boutique spécialement dédiée au chocolat. Deux ans plus tard, il ouvre la première usine Delacre. En 1879, le pharmacien devient « Fournisseur de la Cour », un titre prestigieux que l’on retrouve sur les emballages actuels de Delacre. C’est Paul Saintenoy qui, en 1898, réalise pour Charles Delacre cet édifice néogothique, néo-renaissance.

Bruxelles, MIM et ancienne pharmacie Delacre

En suivant le Cantersteen, nous nous dirigeons vers la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule où nous terminons cette courte étape. À l’arrière de l’édifice, un poteau indicateur nous informe qu’ici se croisent les GR 12 : Amsterdam - Bruxelles - Paris, GR 126 : Brussegem - Membre-sur-Semois et GR 579.

Cathédrale de Bruxelles : poteau GR 126, GR 12, GR 579

Au VIIe siècle, il existait un petit oratoire, dédié à l’Archange Saint-Michel, situé à l’intersection des chemins suivis par les pèlerins se rendant à Saint-Jacques-de-Compostelle. Vers la moitié du XIe siècle, cet oratoire est remplacé par une église romane qui devint le siège de la première paroisse de la ville. En 1047, le comte de Louvain la dote d’un chapitre de douze chanoines et y fait transporter les restes de Sainte-Gudule. Cette nouvelle église prend le nom de collégiale des Saints-Michel-et-Gudule.

Au début du XIIIe siècle, le duc de Brabant Henri Ier fait remplacer l’église romane par la magnifique église que nous admirons aujourd’hui. Cette époque coïncide avec l'apparition du style gothique dans nos régions. Presque 300 ans furent nécessaires pour mener à son terme cette gigantesque entreprise qui s'acheva sous le règne de l'empereur Charles Quint. Son architecture présente les différentes caractéristiques du gothique brabançon.

En 1962, l’archevêché de Malines-Bruxelles élève le sanctuaire au rang de cathédrale. Depuis l’enterrement du duc Jean II de Brabant en 1312, l’édifice sert de cadre prestigieux à de grandes cérémonies : le couronnement de l’empereur Charles Quint, le mariage de nos souverains,…

Bruxelles : cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule

À l’intérieur de l’édifice, on peut admirer de remarquables vitraux du XVIe siècle, dont ceux de la chapelle du Saint-Sacrement qui évoquent les différents épisodes du légendaire Miracle du Saint Sacrement. Une plaque de bronze a été apposée, en 1977, sur le mur nord de la chapelle pour attester de la non-historicité de la légende. Dans le collatéral gauche, un escalier permet d’accéder aux vestiges de l’église romane, dont le plan est matérialisé sur le sol par des dalles plus claires.

Bruxelles : cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule, vitrail Saint-Sacrement