Les Randos de Fred & Paul

Etape 3 : Zubiri → Pampelune (21 km) réalisée en juin 2019

Vers 8h45, nous quittons Zubiri en franchissant le « puente de la Rabia » (pont de la Rage) surplombant l’Arga ; nous resterons à proximité du cours d’eau toute la journée. Un petit chemin nous mène rapidement jusqu’à une route longeant, sur 700 mètres, une usine de magnésite. Ce produit, exploité ici depuis 1945, est utilisé dans de nombreuses applications telles que l'agriculture (amélioration de la qualité des sols), l'élevage (alimentation du bétail), la protection de l'environnement (assainissement des sols et de l'eau) et la sidérurgie. Nous longeons ensuite le site d’extraction sur des pistes caillouteuses et descendons un escalier, assez raide.

Camino Francés entre Zubiri et Larrasoaña, usine de magnésite

Après avoir franchi un ruisseau, le Camino Francés monte, par un sentier dallé, vers le hameau de Llarratz. Nous suivons une petite route, pendant 800 mètres, jusqu’au hameau d’Eskirotz et découvrons, en contrebas de la route, une ancienne abbaye. Le site, abandonné depuis 25 ans, est en cours de restauration et des visites du chantier sont organisées afin de récolter des fonds. Le bâtiment principal, la chapelle Santa Lucia, daterait du XIIe siècle et aurait pu servir de fort. Les autres constructions sont postérieures (XVIe et XVIIe siècles).

Camino Francés entre Zubiri et Larrasoaña, abbaye d'Eskirotz

Par un chemin, au milieu des prairies, nous arrivons à l’entrée de Larrasoaña. Pour pénétrer dans le village, hors parcours, il faut traverser l’Arga sur le « puente de los Bandidos » (pont des Bandits). Selon la légende, au XIVe siècle, un groupe de bandits y commettait des vols contre les pèlerins. La fondation de Larrasoaña remonterait au Xe siècle et serait probablement liée au monastère de San Agustín ; au XIe siècle, le village disposait déjà d’un hôpital pour les pèlerins.

Camino Francés entre Zubiri et Larrasoaña

Nous montons, sur l’asphalte, vers le hameau d’Akerreta et profitons ensuite d’un beau tronçon jusqu’à Zuriain. Nous randonnons pendant 3 km, en pleine nature, le long de l’Arga, sur des sentiers et chemins, tantôt gravillonnés, tantôt pavés… un vrai bonheur !

Camino Francés entre Larrasoaña et Zuriain Camino Francés entre Larrasoaña et Zuriain

À Zuriain, de l’autre côté de l’Arga, on trouve une auberge avec un bar-restaurant ; de nombreux randonneurs sont déjà installés en terrasse mais comme il n’est que 11h, nous préférons avancer encore un peu avant la pause pique-nique. Durant 600 mètres, le tracé progresse sur la N135 mais, un sentier, sur le bas-côté, permet d’éviter de marcher sur la route.

Camino Francés entre Zuriain et Irotz

Nous quittons la N135 et, après avoir retraversé l’Arga, nous avons droit à un agréable parcours, à flanc de colline. Après un kilomètre, nous atteignons Irotz où se trouve une fontaine annoncée comme non potable mais, le panneau touristique, juste à côté, indique le contraire… L’église, dédiée à San Pedro, paraît ancienne alors qu’elle date de 1920.

Camino Francés entre Zuriain et Irotz Camino Francés : Irotz, église San Pedro

Le Camino Francés franchit l’Arga sur le « puente de Iturgaiz ». Le nom de ce pont, d’origine romane, fait référence à une source, située en contrebas, utilisée jadis par les femmes du village pour leur lessive. Au-delà du pont, deux options se présentent : un itinéraire plat et bétonné, le long de l’Arga, destiné aux cyclistes ou un itinéraire plus vallonné sur d’étroits sentiers. Nous optons évidemment pour la seconde version.

À l’entrée de Zabaldika, nous décidons d’effectuer un détour afin d’aller admirer l’église du village située, sur la colline, de l’autre côté de la N135. Nous sommes accueillis par une religieuse qui nous invite à laisser le sac à l’extérieur afin de mieux profiter de la visite des lieux et pouvoir grimper plus aisément dans le clocher. Ce dernier abrite deux cloches dont la plus petite, fabriquée en bronze, serait la plus ancienne de toute la Navarre.

Camino Francés entre Irotz et Zabaldika Camino Francés : Zabaldika, église San Esteban

L’église, dédiée à San Esteban (Saint-Étienne), date du début du XIIIe siècle et n’a pas connu de changements importants au cours des siècles. À l’intérieur, on remarque d’abord une sculpture en bois du Christ crucifié entourée de nombreux petits papiers sur lesquels les visiteurs ont inscrit quelques mots. Le grand retable, de style maniériste, est de la fin du XVIIe siècle. Chaque personnage porte à la main le ou les symboles que la communauté chrétienne lui a attribués : l’Évangile, l’épée, le flacon de parfum, le calice, etc...

Camino Francés : Zabaldika, église San Esteban

Nous nous installons sur les chaises de jardin disposées, dans le parc ombragé, devant l’église et effectuons la pause de midi en compagnie d’un chat et d’un chien. Par des chemins de terre, à flanc de colline, nous revenons sur le tracé officiel et découvrons, un peu plus loin, l’église Santa Marina d’Arleta. Au-delà de l’édifice religieux, nous progressons encore, pendant un kilomètre, sur de beaux sentiers en pleine nature.

Camino Francés entre Zabaldika et Trinidad de Arre Camino Francés entre Zabaldika et Trinidad de Arre

Nous empruntons le tunnel passant sous la N1214 et grimpons ensuite (de 470 à 505 mètres d’altitude) un chemin bétonné, parallèle à la grand-route. Au sommet, nous quittons la commune d’Esteribar, dans laquelle nous cheminions depuis hier, et descendons, sur l’asphalte, vers Trinidad de Arre. Le Camino Francés traverse l’Ulzama (un affluent de l’Arga) sur un beau pont médiéval, à cinq arches, long de 55 mètres. À l'extrémité du pont, nous nous engouffrons sous le porche d'un ensemble imposant : basilique, bâtiments monastiques et auberge pour les pèlerins.

Camino Francés : Trinidad de Arre

La suite de l’itinéraire (3,5 km), jusqu’au pont de la Magdalena à l'entrée de Pampelune, se déroule en milieu urbain et passe par Villava et Burlada. La construction de ce pont, franchissant l’Arga, remonte au XIIe siècle mais il a été modifié au XIXe siècle. À l’une des extrémités du pont, une croix, probablement du XVIe siècle, indique l’entrée du Chemin de Compostelle dans la ville ; elle porte l’effigie de Saint-Jacques.

Camino Francés : Pampelune, pont de la Magdalena

Nous marchons entre les remparts de la ville qui constituent l'un des complexes fortifiés les plus intéressants et les mieux conservés d'Espagne ; il subsiste aujourd’hui environ 5 km de remparts. En tant que ville médiévale, Pampelune a été entourée d'une muraille protectrice pour la défendre de ses ennemis. Mais ce n'est qu'avec l'incorporation du royaume de Navarre à la couronne de Castille, en 1515, que son emplacement stratégique en a fait un avant-poste espagnol face à la France. Nous passons un pont-levis puis, par la « Porte de France », nous entrons réellement dans la ville. Cette porte est la plus ancienne et la seule qui soit conservée intégralement et à son emplacement.

Camino Francés : Pampelune, remparts Camino Francés : Pampelune, porte de France

Il est 14h30 lorsque nous terminons cette étape, sous un beau soleil et une température proche des 25°. Nous profitons de l’après-midi et du début de soirée pour visiter Pampelune. La cité possède de nombreux édifices religieux :

  • L'église San Saturnino a probablement été édifiée sur les restes d'un temple romain. Ses deux hautes tours et ses murs puissants évoquent son ancienne fonction défensive au Moyen Âge. De chaque côté de l'entrée, deux statues représentent Saint-Jacques et Saint-Cernin (San Saturnino). Au carrefour de trois rues, à côté de l’église, une plaque marque l'emplacement du « puits » où l'évêque Saturnino baptisa les premiers chrétiens de la ville.

  • Camino Francés : Pampelune, église San Saturnino
  • L’église San Nicolás a été fondée pour célébrer les offices religieux mais aussi pour servir de bastion militaire et défensif pour les habitants du bourg du même nom, constamment en guerre contre les deux autres bourgs de la cité (Navarrería et San Saturnino). C'est en 1222, alors qu'un de ces affrontements entre voisins faisait rage, qu'un incendie détruisit l'église-forteresse romane primitive. Une nouvelle église fut construite et consacrée en 1231. Ses murs épais, ses grilles, ainsi que la seule des trois tours de guet restée sur pied, témoignent encore d'un passé difficile.

  • C'est dans l’église San Lorenzo, de valeur architecturale modeste, que se déroulent toutes les cérémonies religieuses officielles des fêtes de San Fermín. Du temple médiéval originel, qui faisait partie du système défensif de Pampelune, il ne reste qu'une tour ; l'église actuelle date du XVIIIe siècle. L’autel de la chapelle San Fermín est présidé par la relique vénérée du saint. La légende veut que ce dernier, fils du sénateur Firmus qui gouvernait Pampelune, se soit converti au christianisme et fut ordonné prêtre à Toulouse. Il mourut en martyr, à Amiens, en 303.

  • Camino Francés : Pampelune, église San Lorenzo
  • La cathédrale bâtie entre le XIIe et le XVe siècles a été restaurée entre 1992 et 1994. Ces travaux ont confirmé l'existence d'églises plus anciennes, datant des VIe et Xe siècles, et ont mis à jour une crypte romane située sous l'abside gauche. La façade de la cathédrale, de facture néoclassique, constitue l'élément le plus polémique de l'édifice ; elle a été construite en 1783, afin de remplacer la façade romane originelle, très endommagée.

  • Camino Francés : Pampelune, cathédrale

    Dans la nef centrale, on trouve le mausolée de Carlos III le Noble et Leonor de Trastámara, œuvre d'art en albâtre et marbre noir. La sculpture est complétée par 28 statues de personnages nobles et du haut clergé pleurant. L'église est présidée par une statue, en bois recouverte d'argent, de Santa María la Real. C'est devant cette vierge romane du XIIe siècle que les rois de Navarre étaient baptisés, couronnés et bénis.

    La cathédrale possède un riche mobilier et de nombreuses dépendances : l’ancienne résidence épiscopale (composée de différentes pièces qui formaient le palais épiscopal de l’évêque du XIIe au premier tiers du XVe siècle), la salle capitulaire, le cellier, le réfectoire (ancienne salle à manger des chanoines construite aux environs de 1330 et ayant aussi servi comme salle de réunions pour les cours royales) et les cuisines, avec une grande cheminée de 27 mètres de haut.

    Camino Francés : Pampelune, cathédrale

L'hôtel de ville est situé au cœur du quartier historique de la ville. Cet emplacement n'est pas dû au hasard, mais à un ordre du roi Carlos III le Noble qui en édictant, en 1423, le Privilège de l'Union, voulut construire cet édifice à la confluence des trois bourgs existants jusqu'alors : Navarrería, San Saturnino et San Nicolás. Il mettait ainsi fin à des siècles de querelles et d'affrontements entre leurs habitants respectifs. L'ensemble du bâtiment a fait l'objet de plusieurs rénovations qui n'ont pas touché sa belle façade où se combinent le baroque et le néoclassique. Au centre de la partie supérieure, la célèbre horloge, du XVIIIe siècle, sur laquelle tout le monde a les yeux rivés lors du « chupinazo » : lancement de fusée pyrotechnique qui ouvre les fêtes de San Fermín.

Camino Francés : Pampelune, hôtel de ville

En déambulant dans les rues de la ville, nous découvrons cet imposant monument évoquant, avec beaucoup de réalisme, l’« Encierro ». Il s’agit du transfert des taureaux, à travers les rues tortueuses de la vieille ville, des étables aux arènes. Ce transfert (850 mètres de parcours), autrefois nécessaire pour la célébration des corridas, qui dure en moyenne deux minutes et demie, est aujourd’hui une course à laquelle participent près de 3000 personnes.

Camino Francés : Pampelune, monument à l'Encierro