Les Randos de Fred & Paul

Etape 9 : Navarrete → Nájera (17 km) réalisée en 2019

La fondation de Navarrete découlerait de la volonté des rois castillans de défendre leur territoire contre les royaumes voisins. Pour cette raison, le roi Alphonse VIII proposa aux habitants des villages de la région de se regrouper en un lieu défensif. En réunissant leur population autour du château, dressé sur la colline Tedeón, ils fondèrent ainsi la nouvelle ville de Navarrete. À ces habitants, le roi accorda des « fueros » (chartes) en 1192 ; la ville atteint ainsi une importance régionale.

La construction de l'église de l'Assomption débute en 1553 et montre l’énergie d’un village en pleine croissance économique, démographique et urbaine ; les travaux s’achèvent en 1645. Le portail, situé sur le côté sud, se développe comme un retable avec deux corps et deux travées articulées par des colonnes ioniques en dessous et corinthiennes au-dessus. L’intérieur de l’église abrite l'un des plus beaux retables baroques de La Rioja, réalise entre 1694 et 1698. On y trouve aussi le buste-reliquaire des patronnes des potiers, les saintes martyres Juste et Rufine.

Camino Francés : Navarrete

Nous quittons le centre de la localité en progressant, pendant 600 mètres, au bord de la N120. Devant le cimetière, nous effectuons une petite pause afin d’admirer le portail roman. Ce dernier n'a pas été construit à cet endroit ni dans cette disposition, mais a été déplacé de son emplacement d'origine : l'église de l’ancien hôpital pour pèlerins appartenant à lʼOrdre Militaire et Hospitalier de Saint-Jean-dʼAcre (nous sommes passés à côté des ruines de cette église hier en fin d’étape). Grâce à cette intervention, en 1887, de magnifiques vestiges architecturaux et sculpturaux de cet édifice ont été préservés.

Camino Francés : cimetière de Navarrete

Au-delà du cimetière, le Camino Francès longe encore brièvement la N120 avant de s’en écarter pour suivre un chemin de terre. Celui-ci progresse, en légère montée, pendant 1,9 km, entre les vignes et les oliviers. Nous traversons ensuite une petite route et continuons en face, sur un chemin asphalté nous menant à l’A12.

Camino Francés entre Navarrete et Ventosa Camino Francés entre Navarrete et Ventosa

Durant 1,5 km, nous marchons sur un chemin caillouteux parallèle à l’autoroute. Peu après un food-truck, nous avons le choix d’emprunter la variante se dirigeant vers le village de Ventosa ou de rester au bord de l’A12. L’étape étant courte aujourd’hui, nous décidons de suivre cette variante même si ça nous allonge le parcours de 600 mètres.

Camino Francés entre Navarrete et Ventosa Camino Francés entre Navarrete et Ventosa

Nous évoluons, pendant un kilomètre, sur un chemin caillouteux, entre les vignes et atteignons Ventosa vers 10h30. L’emplacement stratégique du village en a fait un lieu de passage puisqu’il est traversé par « La Calzada Romana de Italia in Hispanias », par le chemin de Saint-Jacques et plus tard par des sentiers muletiers qui relient la vallée de l’Èbre avec le plateau. Nous effectuons une petite pause au pied de l’église San Saturnino.

Camino Francés : Ventosa, église San Saturnino

Nous passons à côté d’une bodega puis nous rejoignons, via un chemin caillouteux, le tracé officiel. On peut traduire le mot espagnol bodega par « cave à vin ». Historiquement, les producteurs espagnols étaient organisés en coopératives et vendaient leur vin au négociant, les bodegas, qui se chargeaient de l’assemblage et de l’élevage du vin. Plus récemment, les bodegas se sont rapprochées du terroir en achetant des vignes et en vinifiant eux-mêmes leurs vins.

Couvrant une surface de 55 000 km², la Rioja est le vignoble espagnol le plus ancien, le plus connu et le plus noble. Si la région a commencé à produire du vin après le retrait des Maures du nord de la péninsule ibérique au XIIe siècle, ce n’est qu’à partir de la fin du XIXe siècle que le vignoble prend un virage qualitatif et développe sa renommée. L’épidémie de phylloxéra qui a détruit le vignoble bordelais au XIXe siècle a amené ces vignerons à se déplacer plus au sud, partageant ainsi leur savoir-faire avec les vignerons locaux de La Rioja : assemblage, élevage, fût de chêne…

Camino Francés entre Ventosa et Nájera

Après 600 mètres, nous quittons la piste gravillonnée campagnarde pour monter un chemin de terre menant à l’Alto de San Anton (670 mètres d’altitude). Au Moyen Âge, un monastère de Templiers se trouvait ici. Les moines soldats y aidaient les pèlerins mais, hélas, dans le même temps, des bandits déguisés en Templiers détroussaient les jacquets. Nous découvrons le panorama sur la vallée du Najerilla et le Poyo Roldan. En arrière-plan, nous devinons la Sierra de la Demanda, un espace naturel protégé, dont le plus haut sommet est le San Lorenzo (2270 mètres) ; c’est aussi le plus haut sommet de la Communauté autonome de La Rioja.

Camino Francés entre Ventosa et Nájera Camino Francés entre Ventosa et Nájera, Alto de San Anton

Nous entamons la lente et longue descente, entre les nombreuses parcelles de vignes, vers Nájera. Grâce à un passage souterrain, nous franchissons la N120 en toute sécurité et continuons, pendant un kilomètre, sur un chemin de terre parallèle à cette grand-route. La piste s’écarte ensuite de la N120 et s’en va vers une colline surmontée d’une antenne : le Poyo Roldan (mont Roland).

Selon la légende, ce site fut le théâtre d’une bataille acharnée entre Roland, chevalier chrétien au service de Charlemagne, et le géant musulman Ferragut qui était alors seigneur du château de Nájera. Après des heures de batailles, Ferragut proposa d’épargner la vie du très courageux Roland si celui-ci cessait la lutte ; une offre qu’il refusa. Les deux camps continuèrent à se battre pendant deux jours et deux nuits, jusqu'à ce que la force du géant lui fasse défaut et qu'il tombe épuisé sur Roland. Ce dernier, écrasé sous le poids du géant, comprit que le seul point faible de Ferragut était son nombril. Il rassembla le peu de force qu'il lui restait pour prendre un couteau et poignarder le géant à cet endroit. C’est ainsi que, selon la légende, les musulmans quittèrent Nájera et que Roland devint le plus célèbre chevalier chrétien.

Camino Francés entre Ventosa et Nájera, Poyo Roldan

Nous poursuivons la descente et franchissons, au-delà d’une sablière, le Yalde. Le Camino Francès longe ce ruisseau sur 150 mètres et tourne, juste avant l’autoroute A12, vers la gauche. Nous longeons une aire de pique-nique et continuons, pendant 1,3 km, sur un chemin caillouteux aboutissant à la N120.

Vers 12h30, nous atteignons les faubourgs de Nájera et trouvons un snack-bar où nous commandons un hamburger. Pour rejoindre le centre-ville, nous passons à côté du couvent Santa Elena, fondé au milieu du XVIe siècle ; seule l’église peut aujourd’hui être visitée. Nous franchissons la rivière Najerilla sur un pont datant de 1952 qui remplace un ancien ouvrage qui, selon la tradition, serait l’œuvre de San Juan de Ortega. Le Najerilla, d’une longueur de 100 km, est un affluent de l’Èbre.

Camino Francés : Nájera, pont sur le Najerilla

Dans l’après-midi, nous visitons le monastère Santa María la Real. L’origine de sa fondation relève d’une légende qui raconte qu’en 1044 le roi Garcia Sanchez III « seigneur de Nájera », alors qu’il chassait, poursuivit sa proie jusque dans une grotte où il trouva une mystérieuse image de la Vierge accompagnée d’un vase de lys blanc, d’une cloche et d’une lampe. En 1052, ayant repris la ville de Calahorra aux musulmans, le monarque fonda, avec son épouse Estefanía de Foix, ce monastère en offrande à la Vierge qui l’avait aidé. En 1079, Alphonse VI de Castille fait entrer le monastère, ainsi que le groupe de clercs qui l’habitent dans l’ordre bénédictin de Cluny. Depuis 1895, une communauté franciscaine occupe les lieux. Vue de l'extérieur, l’église surprend par la sévérité de ses formes, avec un aspect de forteresse, exempte de baies vitrées.

Camino Francés : Nájera, monastère Santa María la Real

C’est par la porte Charles Quint que nous pénétrons dans le cloître. Les moines bénédictins la baptisèrent ainsi en remerciement des aides qu’ils avaient reçues pour sa construction. La porte est ornée d’un grand écusson, en couleurs, de l’empereur. Le « cloître des chevaliers » a été construit entre 1517 et 1518. C’est ici qu'étaient enterrées les familles nobles de la région qui payaient de grosses sommes pour que leurs tombes soient placées près de celles de la royauté. On peut notamment admirer le mausolée de Don Diego López de Haro avec sa sculpture en relief du XIIIe siècle et, à ses pieds, le sarcophage gothique de son épouse Doña Toda Pérez de Azagra.

Camino Francés : Nájera, Santa María la Real (cloître)

Les 24 fenêtres du cloître qui donnent sur le petit jardin central sont décorées de motifs végétaux, d'animaux fantastiques, de petits anges et d'écussons, tous différents. On peut accéder à ce jardin par la Porte de l’arbre du bien et du mal.

Camino Francés : Nájera, Santa María la Real (cloître des chevaliers)

L'église actuelle remplace l'église primitive, de style roman mozarabe, construite au milieu du XIe siècle. Les travaux de la nouvelle église commencent en 1422 et s'achèveront en seulement 30 ans. Le style gothique de l'église contraste par son austérité avec ce que nous pouvons voir dans les autres parties du monastère. Le retable, de style baroque, a été réalisé vers 1690. Il se compose de trois parties séparées par de grandes colonnes torses dorées pleines de raisin et de feuilles mortes. Dans la partie inférieure se trouvent des niches dans lesquelles furent placées les reliques de San Prudencio, San Vidal, San Agrícola et Santa Eugenia et où, actuellement on peut voir une cloche du XVIe siècle et une lampe, éléments qui rappellent la légende de la Vierge.

Camino Francés : Nájera, Santa María la Real (retable)

Au pied de l'église une grille ferme le panthéon royal, derrière lequel se trouve l'entrée de la grotte. Ce panthéon de style Renaissance, réalisé vers 1556, est postérieur au décès des rois. Ici gisent douze membres de deux dynasties différentes : celle de Jimena ou Abarca qui gouverna le royaume de Nájera - Pampelune entre 918 et 1076 et celle du roi García V de Navarre, père de Blanche de Navarre. À l'origine, presque toutes les tombes se trouvaient à l'intérieur de la grotte, mais vers le milieu du XVIe siècle, elles furent transférées aux sépulcres que nous voyons aujourd'hui.

Camino Francés : Nájera, Santa María la Real (panthéon royal) Camino Francés : Nájera, Santa María la Real (panthéon royal)

Pendant la rénovation du début du XXe siècle, une partie des sépultures qui se trouvaient dans le panthéon royal sont transférées dans une chapelle annexe. Ce sont les tombes des infants de Navarre, presque tous fils du roi fondateur, García III. Les sépulcres furent réalisés vers le milieu du XVIe siècle. Ils sont d'un style semblable à celui des tombes royales mais sans figures gisantes.

La pièce la plus importante que l'on peut voir est le sarcophage de Blanche de Navarre qui se maria avec l'héritier du trône de Castille, Sancho III le désiré. Elle mourut à 18 ans, en 1156, à la suite de complications après la naissance de son fils Alphonse VIII, roi de Castille. Son sarcophage duquel on ne conserve que le couvercle est un des meilleurs exemples de taille romane du XIIe siècle. Malheureusement, les extrémités du sarcophage furent découpées pour l'enchâsser dans une niche de la grotte et, par conséquent, une partie de sa décoration a disparu. Les scènes représentées sont remarquables par leur aspect dramatique et leur naturalisme.

Camino Francés : Nájera, Santa María la Real (panthéon des Infants)

Au fond de l’église, un escalier en colimaçon conduit au chœur (uniquement accessible avec un guide). De style gothique flamboyant, ce chœur était placé à l'origine dans la nef centrale aux pieds de l'église et fut transféré à son emplacement actuel lors de la construction de la voûte au-dessus du panthéon royal en 1535. Toutes les chaises du bas avaient un dossier mais il n'en reste que trois. Les chaises hautes se composent d'une frise dans la partie inférieure avec une décoration héraldique et les visages de personnages de différentes races. Le dossier à une abondante décoration végétale et géométrique avec une niche centrale dans laquelle se trouvait une statue sculptée. Chaque siège dispose d’une miséricorde qui permettait aux moines de se reposer pendant les longues heures de prière au cours desquelles ils restaient debout. Toutes les miséricordes et accoudoirs sont différents et font allusion au monde symbolique. La chaise de l'abbé, située au centre, est la plus élaborée. Sur le dossier se trouve une figure ressemblant à Don García vêtu d'une armure et d'un manteau.

Camino Francés : Nájera, Santa María la Real (chœur)