Promenade verte : forêt de Soignes (21 km) - janvier 2026
Info : sur base d'un tronçon de 8 km de la Promenade verte, nous avons réalisé cette randonnée, en boucle, de 21 km. Le parcours décrit ici emprunte de nombreuses variantes non balisées.
Au départ de la gare de Boitsfort, nous descendons l’avenue Delleur et apercevons l’église Saint-Hubert. Aujourd’hui désacralisée, elle a été construite de 1914 à 1937 ; l'imposante tour (85 m de haut) est recouverte d’échafaudages depuis près de vingt ans.
Après 400 m, nous pénétrons dans le parc Jagersveld. Ce parc, de forme trapézoïdale, a été aménagé en 1904, par Edmond Parmentier, à la demande du roi Léopold II. L'aspect paysager de ce domaine vallonné de 2,7 ha est souligné par le relief et la maîtrise parfaite du jeu des perspectives.
À la sortie du parc, nous passons devant la maison communale de Watermael-Boitsfort. L’édifice, érigé, en 1845, par la famille Verhaegen-Le Hardy de Beaulieu a été cédé à la commune en 1867. De l’autre côté du boulevard du Souverain, nous entrons dans le parc du Leybeek.
Le nom de ce parc, aménagé vers 1910, évoque l’ancien affluent de la Woluwe : le Leybeek. L’étang en forme de « huit », creusé à l'emplacement d'anciens marécages, a été conçu, par René Pechère, à l’occasion de l’Exposition universelle de 1958.
Nous retraversons le boulevard du Souverain pour découvrir un imposant bâtiment, en acier, béton et verre, en forme de croix de 50,8 mètres de haut. Construit entre 1967 et 1970, le site abritait, jusqu’en 2017, la banque AXA (anciennement Royale Belge).
On y trouve aujourd'hui, en plus des espaces de bureaux, un espace de coworking, un hôtel, un centre de fitness ainsi que plusieurs restaurants et un bar. En contournant le bâtiment, on remarque les reflets sur la façade qui, sous le bon angle, créent l'illusion d'extensions virtuelles.
Au-delà de la propriété, située en face du parc Ten Reuken, nous revenons sur le parcours de la Promenade verte ; suivie durant trois kilomètres. Nous passons devant l’hôtel-restaurant « Au repos des chasseurs ». Ce bâtiment abritait déjà un café-laiterie il y a plus d'un siècle.
Par un escalier, nous entrons dans la forêt de Soignes. Nous évoluons ensuite, pendant un kilomètre, sur la drève de Pinnebeek. Via la rue du Buis, nous descendons jusqu’à la chaussée de La Hulpe. Après 200 m, nous traversons l’avenue de la Foresterie (N275).
L’aménagement de cette avenue, dans les années 1960, a nécessité de remblayer une partie du grand étang de Boitsfort, qui était donc autrefois plus étendu. Nous traversons la grand-route et prenons, en face, le chemin des Silex qui longe ce grand étang.
Jadis, les étangs de Boitsfort (grand étang et étang de Silex) appartenaient à l’autorité ducale qui les louait comme viviers à des particuliers. Ceux-ci pouvaient y pêcher toute l’année, mais ils devaient fournir à la Cour un quota de poissons ; ils devaient aussi s’occuper de l’entretien des étangs et des abords.
En face du grand étang, de l’autre côté de la chaussée de La Hulpe, se trouvait un moulin (déjà cité au XIIIe siècle et démoli en 1867) qui tournait grâce aux eaux de la Woluwe, issue de cet étang. La présence de ce moulin explique pourquoi l’étang était autrefois appelé « étang du Moulin ».
Depuis 1999, la zone autour des étangs est gérée par la Commission ornithologique de Watermael-Boitsfort (COWB), en collaboration avec Leefmilieu Brussel. Cette réserve naturelle est désormais composée de bois et de prairies et, grâce à sa vaste surface d'eau, elle attire plus de 130 espèces d'oiseaux.
L’étang de Silex, (le plus petit, que nous ne longeons pas), d’une superficie d’un hectare est alimenté par le Vuylbeek. Ce ruisseau se jette ensuite dans le grand étang, lui-même approvisionné par les Zwanewijdebeek et Karregatbeek.
Au-delà du grand étang (2,7 ha), nous découvrons une habitation qui arbore encore son enseigne. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, des cafés-laiteries, se développent aux abords de la forêt de Soignes ; on y servait des boissons lactées, mais aussi des bières et de la petite restauration.
Même si la Promenade verte n’y passe pas, nous décidons d’effectuer un petit détour par le parc Tournay-Solvay… une bonne idée, car à notre retour celui-ci sera fermé. Du 1 décembre au 28 février, le parc n’est ouvert que de 10 h à 16 h 30 ; les dernières entrée se font 30 minutes avant la fermeture.
En 1878, Alfred Solvay fait construire dans le style néo-renaissance flamand, en vogue à l’époque, une villa sur un terrain gagné sur la forêt de Soignes. Le parc, qui entoure à l’époque la demeure, tient compte du relief et des espaces sauvages.
Les marécages du fond de la vallée sont transformés en étangs, tandis qu’une partie de la hêtraie d’origine est maintenue. En 1894, la veuve d’Alfred Solvay étend le périmètre du parc vers la chaussée de La Hulpe.
En 1905, Léopold II acquiert les étangs de Boitsfort et une partie des terrains attenants afin de préserver ce site, menacé par le percement du futur boulevard du Souverain et la création des nouveaux quartiers que va générer cette extension de Bruxelles.
Ernest Solvay (célèbre frère d’Alfred), associé à l’opération, devient ainsi propriétaire d’un ancien lotissement de maraîchers, entre le nouveau boulevard et le chemin des Silex, et l’intègre dans la propriété familiale en faisant construire deux ponts au-dessus de ce chemin.
En 1911, l’architecte paysagiste Jules Buyssens réaménage le parc dans le style paysager que nous lui connaissons aujourd’hui. Lorsque Thérèse Tournay-Solvay, la fille d’Alfred Solvay, meurt en 1973, les héritiers vendent le domaine à une société immobilière.
Le projet d’immeuble de bureaux est refusé par la commune de Watermael-Boitsfort et le site est laissé à l’abandon. Racheté par la Région bruxelloise en 1980, le parc Tournay-Solvay est ouvert au public un an plus tard.
Nous montons vers le potager du château, entouré, comme il se doit, de hauts murs. Exploité aujourd’hui par des privés, ce potager n’en conserve pas moins une vocation didactique. Il est ceinturé de fruitiers en espaliers, de fruitiers basses tiges et de parterres de plantes médicinales, condimentaires ou vivaces.
Nous sortons du parc Tournay-Solvay et suivons le chemin des Deux Montagnes qui, après être passé sous la ligne de chemin de fer (Bruxelles - Namur), entre dans la forêt de Soignes. Ici, la Promenade verte continue tout droit, durant deux kilomètres.
Pour les marcheurs, il est plus intéressant d'emprunter l'un des sentiers parallèles (non balisés) : à gauche à travers la vallée du Vuylbeek, ou à droite vers l’étang des enfants noyés, puis le long du Wollenborre… nous avons testé les deux options.
Nous descendons, à droite, vers l’étang des enfants noyés (nous reviendrons par la vallée du Vuylbeek). Un moulin, appartenant à un certain Verdroncken, était autrefois installé au bord de cet étang.
Ses enfants en héritèrent et on prit l’habitude de l’appeler, le moulin des enfants Verdroncken, jusqu’au jour où « kinderen Verdroncken » fut transformé en « verdronken kinderen », traduit par « enfants noyés ».
300 m plus loin, nous longeons l’étang du Fer à cheval ainsi dénommé de par la forme qu’il dessine. Le côté gauche est alimenté par le ruisseau Wollenborre. L’autre côté reçoit le Bocq, un ruisseau créé artificiellement pour évacuer le trop-plein du réservoir d’eau potable de Vivaqua situé en amont.
Le ruisseau qui sort de l’étang du Fer à cheval prend le nom de Karregat. Au-delà de l’étang des enfants noyés, celui-ci passe sous la ligne ferroviaire avant de traverser les étangs du parc Tournay-Solvay. Le Karregatbeek rejoint ensuite le Vuylbeek dans le grand étang de Boitsfort.
Pendant 1,8 km, nous montons (de 77 à 122 d’altitude) un agréable sentier évoluant le long du Wollenborre… ce ruisseau que l’on traduit par « Source Laineuse » est quasi inexistant actuellement.
Au sommet, juste avant la traversée de la drève de Lorraine (une route à grande circulation), nous retrouvons la Promenade verte et progressons sur celle-ci pendant trois kilomètres. Par le chemin Berckmans, une voie goudronnée, nous parvenons, après 550 m, à la lisière de la forêt de Soignes.
De l’autre côté de la chaussée de Waterloo (N5), nous prenons l’avenue des Sorbiers. Celle-ci passe au milieu d'un quartier résidentiel destiné à une population aisée, pour laquelle la forêt de Soignes a jadis dû être sacrifiée.
Nous marchons, pendant un kilomètre, sur cette avenue où les grosses propriétés sont flanquées de panneaux d'avertissement de sociétés de sécurité, de nombreuses caméras de surveillance et de hautes clôtures. Au premier croisement, nous tournons, à droite, vers la drève Pittoresque (qui n’en a que le nom).
Nous descendons cette rue, sans trottoir, qui marque la frontière entre la Région de Bruxelles-Capitale et la Flandre. Alors que les maisons se font de plus en plus modestes, nous atteignons la rue de Percke, suivie sur 400 mètres.
Cette rue doit son nom à la famille « de Perke », qui possédait d'importantes terres agricoles à cet endroit aux XIIIe et XIVe siècles. Sur la gauche, s’écoule, canalisé, le Verrewinkelbeek, ici proche de sa source.
Nous grimpons ensuite (de 74 à 106 d’altitude) dans le bois de Verrewinkel. Situé sur une partie du versant nord du ruisseau de Verrewinkel, ce bois (de 15 hectares) faisait jadis partie de la forêt de Soignes ; son relief vallonné pourrait expliquer sa préservation.
À la sortie du bois, nous prenons la rue Dolez. Tandis que la Promenade verte suit cette rue, nous la quittons pour emprunter la rue Engeland longeant la Bogaerts International School, située, depuis 2017, sur l'ancien Domaine Latour de Freins.
Ce domaine avait été créé, en 1888, suite au don d’un terrain, de six hectares, par Charles de Latour de Freins en vue d’accueillir « l’hôpital-asile pour convalescents de Linkebeek ». Après la fermeture du centre en 1989, le domaine fut utilisé comme ambassade et comme siège d’entreprise jusqu’en 2002.
Près du chemin d’accès à la ferme Saint Eloy (ou Saint-Eloi), nous descendons un sentier d'abord à travers bois, puis entre des clôtures, rejoignant le Verrewinkelbeek. Arrivé sur le territoire de la commune de Linkebeek, le ruisseau en prendra le nom.
Cette importante exploitation agricole a été vendue, en 1502, à la confrérie Saint-Eloy de Bruxelles. L’institution charitable a été dissoute sous l’occupation française et ses biens furent transférés aux Hospices de Bruxelles. Revendue en 1893, la ferme a été transformée en laiterie, puis en habitation privée.
Nous arrivons devant le Moulin Rose, dont l’origine remonte à la moitié du XVIe siècle. Ce moulin banal servit d’abord à la fabrication du papier, puis à la mouture du grain. Après la Première Guerre mondiale, le moulin fut converti en hôtel-restaurant jusqu’en 1955, date de sa vente à des particuliers.
En prenant le chemin, à gauche, menant au pont sur le Linkebeek, on peut apercevoir la roue, du XIXe siècle, encastrée dans le flanc de la maison.
De l’autre côté du cours d’eau (58 mètres d’altitude), nous suivons, sur 600 m, un sentier (fort boueux par endroits), en lisière d’une prairie, en surplomb du Linkebeek. Une succession de sentiers, entre des pâtures pour chevaux nous mène ensuite près de la ferme de Perk.
Datant dans sa configuration actuelle de 1772, cette ferme, liée à la famille « de Perke », est mentionnée pour la première fois en 1342. De 1511 à 1797, elle appartenait au Béguinage de Bruxelles.
Au-delà de la ferme de Perk, nous avançons, pendant 1,4 km, sur un chemin de terre évoluant, en légère montée, entre champs et prairies. Au bout de ce tronçon, nous empruntons un sentier, vallonné, se faufilant entre des clôtures pour rejoindre l’avenue de Castonier.
Nous montons, le long de cette rue, à travers un quartier résidentiel, et atteignons, après 600 m, la chaussée de Waterloo (120 mètres d’altitude). Nous marchons au bord de la grand-route jusqu’au passage piéton permettant de la traverser en toute sécurité.
Après avoir longé, sur une centaine de mètres, la drève Saint-Hubert, nous prenons, sur la gauche, le sentier de la Petite Espinette. Par ce chemin forestier, nous arrivons, 700 mètres plus loin, au croisement entre la drève de Lorraine et la drève du Haras.
De l’autre côté de la drève de Lorraine, nous empruntons le sentier du Vuylbeek. Durant 2,4 km, nous allons descendre (de 123 à 69 mètres d’altitude), ce beau sentier sinueux progressant, au bord du cours d’eau, au cœur de la forêt de Soignes.
La traduction française (« ruisseau Sale ») du Vuylbeek porte à confusion. En fait, par ce nom, ce n’est pas son eau que l’on désigne, mais bien certaines parties de son lit qui prennent la couleur de la rouille à cause de la présence de minerais de fer dans le sous-sol de cette vallée.
Au XIIIe siècle, la forêt de Soignes appartient aux ducs de Brabant qui en ont fait leur immense terrain de chasse. Grâce aux progrès techniques agricoles et à un contexte politique plus serein, la croissance démographique explose ; après d’importants défrichements, de nouveaux villages se créent en bordure de la forêt.
Pour limiter son exploitation incontrôlée par la population, les ducs de Brabant instituent des gardes forestiers et édictent un premier code de la forêt. D’un autre côté, ils concèdent d’importants territoires forestiers à des communautés religieuses pour qu’elles y établissent leur monastère ou prieuré.
L’abbaye de la Cambre, les prieurés de Val Duchesse, Groenendael, Rouge-Cloître naissent dans ces circonstances. Au cours des siècles suivants, la forêt de Soignes est surexploitée. En 1786, 22 % de la superficie totale de la forêt se retrouvent sans peuplements.
À son arrivée en tant que directeur des plantations, Joachim Zinner propose de remplacer les coupes et les espaces vides par de grandes monocultures d’arbres de même essence et de même âge, densément plantés pour maximiser la rentabilité et privilégier la production de bois d’œuvre.
Ces plantations sont à l’origine de la hêtraie cathédrale. Durant la période hollandaise, pour combler le déficit des finances publiques, Guillaume Ier cède les 11 700 hectares de la forêt de Soignes à la Société générale.
Dans les mains de l’institution financière, le massif forestier va perdre plus de 60 % de sa superficie ! En effet, craignant après la révolution belge de devoir rétrocéder au jeune gouvernement cette propriété reçue du souverain chassé, la Société générale met en vente de nombreux lots.
Ces derniers sont ensuite défrichés pour en faire des terrains agricoles ou de grandes propriétés foncières en bordure de la capitale. En 1843, ce qu’il reste de la forêt de Soignes, soit environ 4 400 hectares, est rendu à l’État belge.
Au terme de ce parcours, nous passons à côté de l’étang de l’Ermite qui doit probablement son nom à un homme pieux jadis retiré en cet endroit isolé, et dont certains confrères furent à la base des fondations des prieurés de Rouge-Cloître et de Groenendael, à quelques kilomètres d’ici.
Nous quittons le Vuylbeek qui passe, un peu plus loin, sous l’impressionnant talus de la voie de chemin de fer avant de se jeter dans l’étang de Silex. Un sentier nous permet de remonter à hauteur du tunnel ferroviaire (déjà emprunté, dans l’autre sens, tout à l’heure).
De l’autre côté de la voie ferrée, étant trop tard pour passer dans le parc Tournay-Solvay, nous prenons l’avenue des Deux Montagnes qui contourne le parc. Nous nous engageons finalement dans le chemin des Silex qui permet de rejoindre, après 300 m, la gare de Boitsfort.
