Les Randos de Fred & Paul

Etape 1 : Saint-Vith → Pont (Ligneuville) (17 km) réalisée en janvier 2018

Sankt Vith (Saint-Vith en français) serait née en 836, quand une chapelle y aurait été construite lors de la translation des reliques de St-Guy (St. Vitus) de l'abbaye de Saint-Denis vers celle de Corvey, en Westphalie. La ville est évoquée pour la première fois dans des documents du XIIe siècle du prince-abbé de Stavelot - Malmedy. La place de marché est fortifiée autour de 1350 : construction du château fort ainsi que des remparts de la ville et des tours de défense. La tour Büchel est le seul vestige de ces murs de fortification.

Jusqu'à la Révolution française, Saint-Vith releva de la maison Nassau - Vianden. Ensuite, la contrée fut annexée à la France et plus tard, par le traité de Vienne, à la Prusse. Par le traité de Versailles, elle revint jusqu’en 1940, et à nouveau en 1945, à la Belgique. L'ancienne église, démolie pendant la Seconde Guerre mondiale (comme 95 % de la ville), avait conservé du XVe siècle une tour occidentale dont les soubassements pouvaient remonter au XIIe siècle et un chœur gothique à chevet polygonal. La nef avait disparu lors de l'implantation d'un nouveau vaisseau perpendiculaire à l'ancien, bâti de 1907 à 1909. L'imposante église actuelle a été reconstruite en 1954.

GR 56 : église de Saint-Vith

Nous quittons le centre de la localité en suivant la N62 sur 700 mètres. Juste après le cimetière, nous prenons, à gauche, le Hünninger Weg. Cette petite route de campagne, non revêtue sur un court tronçon, monte (de 477 à 526 mètres d’altitude) au milieu des prairies. Sur la crête, nous franchissons la N670 et descendons, en face, toujours sur l’asphalte, vers Ober-Emmels. La ligne de partage des eaux entre les bassins de la Meuse et du Rhin passe non loin d’ici. D’un côté se trouvent les affluents de l’Amblève, de l’autre des ruisseaux qui coulent vers l’Our.

GR 56 entre Saint-Vith et Recht GR 56 entre Saint-Vith et Recht

Nous traversons le hameau et, après être passés sous l’autoroute E42, nous prenons, sur la droite, une route de campagne. Celle-ci monte vers un groupe de cinq éoliennes dont les pales sont parfois cachées par l’épaisse couverture nuageuse. Après un kilomètre, nous quittons enfin l’asphalte pour un chemin herbeux se dirigeant vers un bois. Hélas, nous restons en lisière et revenons rapidement sur une petite route. Au bord de cette dernière, nous découvrons, une ancienne borne historique entre les cours de Neundorf (Saint-Vith) et Amblève. Si la date de la première borne, détruite en septembre 1944, est inconnue ; l’actuelle a été reconstruite en mars 2012.

GR 56 entre Saint-Vith et Recht

Le tracé rouge et blanc atteint le point le plus élevé de l’étape (583 mètres d’altitude) où se dresse un pavillon forestier (Biermuseum). Ce musée, aujourd’hui fermé, regroupe quelques 4000 variétés de bière en bouteille avec les pintes et les verres assortis, un certain nombre de pièces anciennes ou de collection, ainsi que des multiples gadgets. Les bouteilles en provenance de 140 pays témoignent de l’art de la brasserie sur les cinq continents.

GR 56 entre Saint-Vith et Recht, Biermuseum

Après ce pavillon, nous abordons un tronçon forestier de trois kilomètres. Le début de ce parcours s’effectue encore sur l’asphalte mais rapidement c’est sur des chemins de terre, parfois très boueux, que nous progressons. Au bord de la route, des panneaux didactiques nous informent sur les différentes espèces d’arbres et arbustes.

GR 56 entre Saint-Vith et Recht, Emmers wald GR 56 entre Saint-Vith et Recht, Emmers wald

Nous découvrons, sur ce parcours forestier, deux croix : l’une dédiée à St-Hubert et l’autre à St-Antoine. La croix dédiée à St-Hubert évoque sa légende :

Hubert était un seigneur célèbre dans toute la Gaule pour son intelligence, sa richesse et sa bonté. On lui connaissait une grande passion pour la chasse. Un jour de printemps, plus exactement le jour du Vendredi Saint 676, Hubert partit à cheval à la chasse dès les premières heures de l'aurore. Et comme il commençait à chasser, un cerf, entièrement blanc, d'une taille extraordinaire, bondit et s'élança devant lui, l'entraînant dans les profondeurs de la forêt. Après plusieurs heures, le cerf ne montrait toujours aucune fatigue alors qu'Hubert était rompu. Soudain, le cerf s'arrêta net !

Dans une vision de lumière, Hubert vit le cerf blanc avec entre ses bois l'image d'une croix étincelante et il entendit une voix qui lui disait : « Hubert ! Hubert ! Jusqu'à quand poursuivras-tu les bêtes dans les forêts ? Jusqu'à quand cette vaine passion te fera-t-elle oublier le salut de ton âme ? ». Hubert, saisi d'effroi, se jeta à terre et interrogea la vision : « Seigneur ! Que faut-il que je fasse ? ». « Vas donc auprès de Lambert, mon évêque à Maastricht » repris la voix. « Convertis-toi. Fais pénitence de tes pêchés, ainsi qu'il te sera enseigné. Voilà ce à quoi tu dois te résoudre pour n'être point damné dans l'éternité. Je te fais confiance, afin que mon église, en ces régions sauvages, soit par toi grandement fortifiée ». Hubert répondit : « Merci ô Seigneur. Vous avez ma promesse. Je ferai pénitence, puisque vous le voulez. Je saurai en toutes choses me montrer digne de vous ! ».

GR 56 entre Saint-Vith et Recht, croix St-Hubert

Nous trouvons, près d’un panneau « An Den Goldgruben », un banc où nous installer pour la pause de midi. Comme l’indique ce panneau, des mines d’or étaient jadis exploitées dans la région. Des récits anciens, et même les écrits de Jules César, mentionnent la présence de grandes quantités d’or dans cette région. Pourtant, les quelques aventuriers ne découvrirent jamais la moindre veine digne de ce nom et ceux qui rêvaient d’une fortune rapide durent se contenter de quelques paillettes et petites pépites.

GR 56 entre Saint-Vith et Recht, Emmers wald

Après ces trois kilomètres forestiers, nous retrouvons l’asphalte et descendons, à travers des quartiers résidentiels, vers Recht. Au bout de la Weiherstrasse, suivie sur 900 mètres, nous découvrons, l’église Ste-Aldegonde et ses croix funéraires du XIXe siècle.

GR 56 : Recht, église Ste-Aldegonde

En 1907, il avait été mis fin à l'exploitation souterraine de la mine de schiste à Recht. Un important chapitre de l'histoire du village se termina à l'époque. A de nombreux endroits de la localité, on retrouve les témoins de ces trois siècles d'histoire : des maisons construites en pierre bleue, des croix ou monuments commémoratifs.

Il faut savoir que la réputation de la pierre bleue de Recht ne s'arrêta pas aux limites territoriales villageoises ou même nationales. C'est en effet grâce à des tailleurs de pierre tyroliens que le travail de la pierre bleue connut un essor très important. L'exploitation à ciel ouvert s'avérant de plus en plus difficile et pénible, les frères Margraff décident, dans les années 1880, de creuser deux galeries dans la montagne de Recht.

Aux moments de la plus grande prospérité (du milieu du XVIIIe siècle au début du XXe), on comptait à Recht une douzaine d'entreprises familiales, qui occupaient 50 à 70 personnes au travail de la pierre bleue. Cette pierre résiste parfaitement aux intempéries et aux influences de la pollution. Ce qui a sans doute accéléré la fermeture de la mine, c'est le fait que la pierre bleue extraite ne se prêtait pas à en faire des ardoises de toiture. Il était en effet impossible de fendre la pierre en ardoises suffisamment fines.

Actuellement, un siècle après la fin de l'exploitation souterraine, la galerie inférieure revit en tant que mine touristique « Schieferstollen Recht ». Longue d'environ 400 mètres, la galerie inférieure pénètre au centre d'une installation gigantesque qui, de par ses dimensions, est appelée « cathédrale » dans le langage populaire. Au cours des visites guidées dans les installations, on explique aux touristes quelles sont les caractéristiques géologiques de la montagne et de la région et combien était dangereux le travail dans la mine.

A l’église, nous empruntons la N659 qui descend jusqu’à un rond-point où se dresse une belle chapelle ; celle-ci, dédiée à la Vierge, fut bâtie en 1784. Pendant 600 mètres, nous progressons, encore en descente, le long de la N660.

GR 56 : Recht, chapelle de la Vierge

Au-delà du cimetière de Recht, nous quittons l’asphalte et montons (de 401 à 443 mètres d’altitude) une petite rue. Après les dernières maisons, nous pénétrons dans une forêt où nous allons cheminer durant près de trois kilomètres. A la différence du tronçon forestier précédent, ici, nous suivons tout le temps le même large chemin. En contrebas (environ 60 mètres), sur la gauche, coule le ruisseau de Recht. Ce cours d’eau prend sa source, dans les bois près de Rodt, à 520 mètres d’altitude et se jette, après 11 km, dans l’Amblève, à Pont, à 330 mètres d’altitude. Au niveau de son confluent avec l'Amblève, les eaux pures du ruisseau alimentent une importante pisciculture.

GR 56 entre Recht et Pont GR 56 entre Recht et Pont

A la sortie du bois, nous longeons, sur 600 mètres, l’E42 dont nous entendions déjà le bruit de fond depuis un moment. Le tracé rouge et blanc franchit le pont sur l’autoroute et descend, sur l’asphalte, vers Pont. C’est au niveau de la chapelle St-Donat que se termine cette première étape. L’édifice a été construit en 1752 par les habitants du village afin de permettre aux personnes âgées de ne pas manquer la messe en hiver. La chapelle classée est précédée de deux chênes séculaires.

GR 56 : Pont, chapelle St-Donat