GR 12 : Moulin Manteau → Rimogne (19 km) - juin 2026
Au départ du hameau de Moulin Manteau, nous suivons, sur 400 mètres, une petite route ; très vite, nous franchissons le ruisseau du Fond de Pernelle qui marque ici la frontière franco-belge.
Nous descendons la rue des Grands Prés et prenons, peu après le ruisseau du Marais Colle, un chemin se dirigeant vers une forêt. Durant 2,3 km, nous progressons au milieu de celle-ci, en légère montée (de 297 à 362 m d’altitude), principalement sur des sentiers.
Des petits panneaux nous informent que nous sommes sur le chemin des Gabelous. Cet itinéraire transfrontalier, de 5 km, emprunte des chemins autrefois utilisés aussi bien par les contrebandiers que par les douaniers (gabelous) lancés à leurs trousses.
Au terme de ce tronçon, nous rejoignons la rue du Marais Colle sur laquelle nous poursuivons l’ascension jusqu’à la D8051. De l’autre côté de la départementale, un chemin forestier nous mène, après 700 mètres, à l’entrée d’Hiraumont.
Au centre du hameau, au point culminant de l’étape (386 m d’altitude), à hauteur de l’école primaire, même si rien ne l’annonce, il existe une variante permettant d’éviter le passage par Rocroi et surtout le tronçon routier pour y accéder et en sortir.
Nous optons pour cette variante (500 m plus courte) nettement plus agréable ! Après 400 mètres le long de la D1, nous prenons, sur la droite, le chemin de la Cense Nicolle ; un chemin herbeux en bordure de prairies.
Au-delà d’un quartier résidentiel, nous descendons, à travers bois, jusqu’à la Vallée de Misère d’où étaient extraits les moellons destinés aux travaux de fortification de Rocroi. Misère désignant l’extrême infertilité de cette vallée, aujourd’hui répertoriée comme l’un des plus beaux sites naturels de France.
Nous suivons, sur 200 mètres, une petite route et passons devant le Moulin Noizet ; ce moulin à eau, situé sur le ruisseau « la Murée », possède toujours sa roue à aubes datant de 1696.
De l’autre côté de la Murée (affluent de la Meuse), qui alimente le bassin de Whitaker utilisé par la centrale hydroélectrique de Revin, le GR 12 monte (de 282 m à 329 m d’altitude) vers le couvent de la Murée ; un parcours essentiellement forestier.
En 1635, l’ermitage des Récollets de Couvin fit construire ces bâtiments pour y soigner les malades. Incendiés la veille de la bataille de Rocroi, les bâtiments ont été reconstruits vers 1670. À la Révolution, les religieux ont été obligés de fuir, mais l’endroit conserve toujours le nom de « Couvent ».
Le long de la Murée, non loin des bâtiments aujourd’hui en ruines, les pères installèrent une « calebasserie » pour y fabriquer des ustensiles de ménage.
Nous franchissons, une dernière fois, la Murée et grimpons ensuite en lisière de forêt, jusqu’aux premières maisons du hameau des Censes Bel-Air. Jadis, de nombreuses fermes, métairies - des censes - souvent isolées exploitaient terres et prairies pour ravitailler la ville de Rocroi.
Arrivés sur le plateau (375 m d’altitude), nous avançons, sur un large chemin caillouteux, en direction du château d’eau de Bourg-Fidèle. De là, nous parvenons rapidement au centre du village où se dresse l’église Saint-Martin, reconstruite en 1904.
Bourg-Fidèle est un village huguenot, édifié au XVIe siècle par Antoine de Croÿ, prince de Porcien et baron de Montcornet, d’où l’étymologie du nom (fidèle à sa religion). Les habitants sont appelés les « bourquin(e)s ».
Nous empruntons la rue Charles de Gaulle puis, au bout de la rue de Versaine, nous longeons un terrain de football. Au-delà d’une barrière métallique, nous pénétrons dans les bois pour un parcours, en légère descente, de cinq kilomètres.
Si cet itinéraire évolue d’abord sur des petits chemins, bien vite nous atteignons un large chemin gravillonné sur lequel nous marchons pendant 1,6 km. Nous tournons ensuite à droite et abordons un second tronçon, lui aussi en ligne droite, d’un kilomètre.
À l’approche du ruisseau de la Richolle, le tracé blanc et rouge change d’orientation pour continuer la descente sur des chemins plus sinueux et plus « sauvages ». Sur la droite, nous entendons, au loin, le bruit de l’autoroute A304, mise en service en 2018.
Près d’une ancienne gare, nous franchissons le ruisseau de la Richolle. Ce cours d’eau, né dans la zone humide de l’étang de Bérulle, dévale du plateau pour alimenter les étangs du Blanc Marais et de Rosainruz. Il s’unit ensuite aux eaux venant de l’étang de Doby et se nomme alors la Rimogneuse.
Au XVIIIe siècle, ces réserves d’eaux servirent à mettre en place un ingénieux système de remontée des eaux des tréfonds. L’eau de ces étangs, canalisée, alimentait, par une conduite forcée verticale, une centrale sise 45 mètres sous terre.
Grâce à cette force hydroélectrique, les eaux des profondeurs étaient remontées à cette hauteur, puis versées dans un canal souterrain pour ressortir à l’air libre dans la Rimogneuse, en contrebas de Rimogne. Fini le temps où l’on devait remonter l’eau dans des seaux en actionnant des pompes à bras.
Commencée en 1867, la première liaison ferroviaire Charleville - Hirson, via Tournes, Rimogne et Auvillers, sera achevée deux ans plus tard ; elle sera cependant peu fréquentée en raison de sa voie unique et d’une pente trop forte.
Un second tracé, passant par la vallée de la Sormonne, voit le jour en 1884 pour absorber l’augmentation du trafic de marchandises ; la ligne sera fermée en 1952. L’ouverture d’un troisième itinéraire, à double voie, en 1906, ne dessert plus la gare de Rimogne ; électrifié en 1954, c’est le seul qui subsiste de nos jours.
Par un chemin caillouteux, nous arrivons au bord de la rue Pasteur ; nous marchons le long de cette grand-route, pendant 500 mètres, jusqu’au centre de Rimogne où se termine cette étape.
L’ardoise est un élément essentiel du patrimoine de Rimogne qui a été, pendant plus de 800 ans, un des plus grands bassins ardoisiers français. Le village en garde une empreinte encore très présente.
Le renouveau du monachisme en France fait fleurir les abbayes et s’accroître les besoins en matériaux de couverture pour les nouveaux bâtiments religieux. En 1158, l’abbaye de Signy s'octroie le droit d'utiliser toutes les ardoisières du village de Rimogne.
Pour que l’exploitation des fosses soit rentable, il faut creuser de plus en plus profondément, ce que les moyens techniques de l’époque ne permettent pas. Les fosses vont vivoter et cela d’autant plus que la main-d’œuvre se raréfie à cause des nombreuses guerres et épidémies.
Le pouvoir royal, fortement endetté par les frais de guerre, obtient que le clergé contribue à éponger ses dettes. De ce fait, les abbayes sont obligées de vendre leurs biens. L’arrivée, en 1702, de Jean-Baptiste Collard marque le début de l’industrie moderne.
La Révolution française voit naître les conflits entre les différents concessionnaires, mais les Rousseau en ressortent vainqueurs. Ils rachètent de nombreuses fosses et fondent, en 1831, la Compagnie des Ardoisières de Rimogne et de Saint-Louis sur Meuse.
Entre 1825 et 1887, Rimogne connaît plusieurs grèves, avec à chaque fois, comme revendications, une hausse salariale. Le 9 avril 1888, éclate l'une des plus grandes grèves : 340 ardoisiers sur 390 se mettent en grève, mais la compagnie ne cède rien.
Lorsque la Première Guerre mondiale survient, 600 ouvriers sont employés par la Compagnie et la production est de 30 à 35 millions d'ardoises par an. La redynamisation du bassin ardoisier après la Seconde Guerre mondiale passe par la réouverture de la fosse Saint-Quentin.
On y installe un chevalement en acier qui abrite un treuil permettant de faire monter et descendre les mineurs par un ascenseur ; ce treuil facilite aussi la remontée des wagons chargés d'ardoise.
Le chevalement est inauguré en décembre 1961 et fonctionnera pendant dix ans avant la fermeture définitive des ardoisières en 1971. Élément emblématique de Rimogne, et situé au cœur du village, c’est le seul bâtiment de ce style existant encore dans la région Champagne-Ardenne.
L'église Saint-Brice, consacrée en 1847, n'a pas de cachet extérieur particulier. Elle renferme toutefois quelques curiosités, dont trois vitraux ainsi que les deux grottes de part et d'autre de l'autel qui ont été offerts par la famille Rousseau. Le peintre Eugène Damas a exécuté trois toiles situées dans la chapelle du Sacré-Cœur.
