Les Randos de Fred & Paul

Etape 6 : Gouvy → Verleumont (21 km) réalisée en avril 2017

Nous voici de retour à Gouvy, sept mois plus tard, pour effectuer la seconde partie du GR 571. Celle-ci va nous ramener vers Sedoz où nous sommes passés lors de la seconde étape. Si nous avons pu effectuer les cinq premières étapes grâce aux transports en commun, il n’en sera pas de même pour celles qui nous occuperont cette année. En effet, à moins de faire de longs trajets, de bivouaquer où de se lever aux aurores pour prendre le seul bus (celui des écoliers), il est très difficile d’effectuer ce parcours sans avoir recours à deux véhicules.

C’est en compagnie du GR 57 que nous débutons cette étape, à la gare de Gouvy. Pendant 2,5 km nous cheminerons avec ce sentier de grande randonnée qui remonte, au départ de Liège, le cours de l'Ourthe jusqu’au barrage de Nisramont. Il se divise ensuite en deux branches : une qui suit l’Ourthe occidentale jusqu’à Libramont ; une autre qui remonte l’Ourthe orientale vers Gouvy et se poursuit jusqu’à Diekirch, au Grand-Duché de Luxembourg.

Le premier kilomètre, jusqu’au centre de Gouvy, n’est pas très passionnant puisqu’il se déroule sur l’asphalte. Ensuite, nous traversons successivement la N827 et la N838 avant de suivre, entre champs et prairies, la rue de la Croix du Chêneux. A une centaine de mètres du camping du « Lac de Chérapont », nous laissons partir le GR 57 vers Houffalize et les rives de l’Ourthe.

GR 571 entre Gouvy et Langlire

Un peu plus loin, la route se transforme en un chemin empierré circulant d’abord dans la campagne puis, au milieu des bois. Nous traversons, à nouveau, la N827 et poursuivons, en face, dans la même direction. Après 300 mètres en lisière de forêt, nous pénétrons dans celle-ci pour un parcours de deux kilomètres, sur un chemin gravillonné, en légère montée.

GR 571 entre Gouvy et Langlire GR 571 entre Gouvy et Langlire

A la sortie du bois, nous trouvons un banc où nous poser quelques instants pour une pause boisson. Nous sommes ici proches du village de Courtil, que nous apercevons devant nous, où se trouve la brasserie « les 3 Fourquets ». C'est en 2007 que Pierre Gobron, un des créateurs de la bière « la Chouffe », décide de brasser une nouvelle bière en bouteilles champenoises (75 cl) mais également en fûts. Cette bière, c’est la Lupulus ; le nom latin du houblon (Humulus Lupulus) est à l'origine du nom. Cette bière, dont 80 % de la production est exportée, se décline aujourd’hui en cinq variétés.

Outre la Lupulus, la brasserie « les 3 Fourquets » fabrique également plusieurs bières à façons. Une bière à façon est brassée, d'après une recette originale, dans une brasserie de production et commercialisée le plus souvent par une autre entreprise (une brasserie de distribution, une confrérie, un groupement culturel, un club sportif,...). Cette pratique est très courante en Belgique.

Brasserie les 3 Fourquets : Lupulus

Nous traversons la N878 et continuons, sur un chemin herbeux, vers l’ancienne base de l’OTAN. Les divers bâtiments, construits sur 63 hectares, ont été occupés par 150 officiers et sous-officiers de la Bundeswehr, avec un petit cadre belge, jusqu'en 1997. Deux pavillons administratifs avec abris antiatomiques, huit grands hangars ouverts, un hall de 2000 m2, 31 halls fermés de 1000 m2 (pour l'important charroi militaire, dont des chars d'assaut), une station de graissage-vidange,... Il y avait là tout un complexe typiquement défensif conçu, pendant la guerre froide, pour réapprovisionner des troupes en cas d'invasion soviétique.

Si, à l’époque, personne ne résidait sur le site, ce n’est plus le cas depuis juin 2001 date à laquelle le centre d’accueil pour demandeurs d’asile, géré par Fedasil, a ouvert ses portes. On y trouve aussi, depuis 2012, sur une superficie de 31 hectares, une zone d’activités économiques composée d’une vingtaine d’entreprises actives dans divers domaines. Pendant 1,5 km, nous marchons sur le chemin herbeux longeant la clôture de cette ancienne base militaire.

GR 571 entre Gouvy et Langlire, centre Fedasil de Bovigny

Le tracé rouge et blanc entre ensuite pleinement dans la forêt pour y cheminer durant 3 km. Durant ce parcours, nous montons jusqu’à 564 mètres d’altitude avant de descendre vers le hameau de Langlire. A voir l’état de dégradation du chemin, on peut supposer que du débardage a eu lieu récemment dans ce bois. Fort heureusement, le temps sec de ces derniers jours nous permet d’éviter un important bain de boue. Sur toute la longueur de ce tronçon « abimé » (soit près d’un kilomètre), il n’y a plus de balises GR !

GR 571 entre Gouvy et Langlire GR 571 entre Gouvy et Langlire

A la sortie de la forêt, le GR 571 passe à côté d’une vieille croix en pierre. Le texte gravé est presque illisible : « Ici a decedee une pauvre famme, le 6 Dec an 1774. Disse pour son ame une pater. Ave RIP. Amen ». Quelques kilomètres plus loin, nous découvrirons une autre croix, frappée en son centre de Ste-Barbe, drapée à l’antique, debout à côté d’un portail entrouvert. Sur l’épigraphe, on peut lire : « Sainte Barbe, Vierge et martire, priez pour nous. Illustre victime de la foi, patronne des ouvriers mineurs, nous vous supplions pour les merites de Jesus, votre divin époux de daigner interceder aupres de lui. Que nous soyons preserves des maux dont nous sommes menaces et de nous assister à l’heure de notre mort. Amen ».

GR 571 : croix Molhan

C’est sur un banc, devant le cimetière de Langlire, que nous effectuons la pause de midi. Nous ne nous attardons pas longtemps car, même s’il fait ensoleillé, le vent assez piquant nous refroidi. Nous poursuivons notre randonnée, à travers la campagne, vers le bois des Roches. Une passerelle en bois nous permet de franchir le ruisseau de Langlire. Comme de nombreux ruisseaux de la région, son cours recelait, et recèle encore surement, de l’or en faible quantité. Actuellement le rendement aurifère est trop faible (un gramme par tonne de gravier) pour être rentable.

GR 571 entre Langlire et Hébronval GR 571 entre Langlire et Hébronval, ruisseau de Langlire

De l’autre côté du ruisseau, le tracé rouge et blanc s’élève doucement dans la forêt avant de descendre vers un autre cours d’eau : le ruisseau de Bihain. Le chemin devient une route asphaltée que nous grimpons (de 522 à 547 mètres d’altitude). Tandis que nous passons sous une ligne à haute tension, une forte odeur de solvant nous envahi. En observant bien le pylône, nous découvrons trois ouvriers, perchés très haut, occupés à réaliser son entretien.

GR 571 entre Langlire et Hébronval

Peu après la ligne à haute tension, nous tournons à gauche dans un chemin gravillonné, entre les terres cultivées. 800 mètres plus loin, nous rejoignons une route et passons, une nouvelle fois, sous la ligne électrique. Nous marchons à la lisière d’une forêt et atteignons le point culminant de l’étape à 577 mètres d’altitude.

Nous rejoignons ensuite la route Bihain - Hébronval, suivie sur 300 mètres ; c'est le long de celle-ci que nous découvrons la croix Ste-Barbe (évoquée plus haut dans ce récit). A proximité de la route, on trouve de nombreuses excavations et monticules. En fait, il y eut jadis, dans ce secteur, des exploitations de minerai de fer (exploitations déjà mentionnées au XVIIIe siècle) et de manganèse (entre 1829 et 1918). Ce que l’on peut voir aujourd’hui, c’est surtout ce qui subsiste des activités d’extraction de phyllades du siècle dernier. Le phyllade est une roche, schiste proche de l'ardoise, caractérisée par une structure stratifiée qui peut se débiter en feuillets.

Le GR 571 tourne à gauche dans un chemin d’abord en lisière de forêt puis, entre les prés. Nous atteignons la N89 que nous traversons pour descendre, en face, vers Hébronval. Dans le centre du village, nous trouvons un banc, au soleil et bien abrité du vent, où effectuer un petit arrêt.

GR 571 entre Hébronval et Verleumont

Nous suivons un chemin empierré qui sinue entre les prairies et revenons ainsi dans la province de Liège. Nous tournons ensuite à droite pour descendre, à travers bois, vers un ruisseau. Ce cours d’eau est en fait la Lienne qui est ici toute proche de sa source. Trois passerelles successives permettent de franchir le ruisseau à pied sec.

GR 571 entre Hébronval et Verleumont GR 571 entre Hébronval et Verleumont, traversée de la Lienne

Le tracé balisé monte dans le bois et contourne la colline de Colanhan. Cette longue butte, de plus d’un kilomètre, culmine à 567 mètres d’altitude alors que la Lienne, que le GR surplombe, se trouve à 440 mètres. La forme caractéristique, typique des régions de Salm et de Haute Lienne, est due au plissement et au soulèvement des bancs schisteux. Ils recèlent chacun des phyllades, disposés en bancs redressés presque à la verticale, de teinte et de texture se différenciant sensiblement l’un de l’autre. Les pierres extraites des carrières et des fosses étaient de ce fait de qualité très variée ; chaque gisement produisant un matériau pour un emploi bien spécifique.

A Colonhan, l’exploitation des phyllades se fit pendant des siècles, par creusement de fosses sur le sommet. Les pentes n’étant alors guère boisées ; de grands troupeaux de moutons y paissaient. Dans les années 1930, plusieurs clubs belges de vol à voile s’entrainaient régulièrement depuis la crête. Toute la colline est devenue, en 1992, une réserve naturelle, s’étendant sur presque 21 ha, gérée par l’ASBL Ardenne et Gaume.

GR 571 entre Hébronval et Verleumont, colline de Colanhan

Il est presque 15h quand nous arrivons à Verleumont où nous retrouvons la seconde voiture, laissée là le matin.