Les Randos de Fred & Paul

GRP 563 : La Calamine → Raeren (19 km) - septembre 2017

Après un mois et demi, nous voici de retour à La Calamine (Kelmis) pour parcourir cette étape qui se déroulera entièrement en région germanophone. C’est au bord de la N3 que nous reprenons notre périple sur le GRP 563. Nous traversons la rivière, la Gueule, et grimpons ensuite au milieu des prairies.

GRP 563 entre La Calamine et Astenet

Nous entrons dans une forêt où nous progressons, sur l’assiette d’une ancienne voie ferrée, parallèlement au Hohnbach (aussi dénommé Lontzenerbach, bach signifiant « ruisseau » en allemand). Nous sommes ici au cœur d’une zone qui fut le siège d’une importante activité minière. Aujourd’hui, quelques vestiges témoignent encore de ce passé : des ruines industrielles, des traces d’exploitations et une halde calaminaire.

Le nom « calamine » désigne les gisements de zinc et de plomb dans les sols. Si la calamine est extraite dans la région depuis l'Antiquité, c'est le chimiste liégeois Dony qui, au début du XIXe siècle, mit au point un procédé original permettant de produire en quantité industrielle du zinc pur. En 1837, la société S.A. Vieille-Montagne voit le jour et prend rapidement une extension internationale profitant, notamment, du plan d'urbanisation de Paris mis en œuvre par le préfet Haussmann ; la couverture et l'ornementation en zinc des toitures y sont de rigueur.

GRP 563 entre La Calamine et Astenet GRP 563 entre La Calamine et Astenet

La mine de Schmalgraf, exploitée par la S.A. Vieille-Montagne, a été en activité de 1867 à 1932 et était l’une des plus importantes de la région. Exploitant des gisements découverts en 1858, la mine atteint une profondeur de 290 mètres, ce qui constitue un record pour ce type d’exploitation en Belgique. Rapidement, une galerie à - 42 mètres est aménagée pour faciliter l’évacuation du minerai vers les laveries de Moresnet. Celui-ci empruntait ensuite un chemin de fer à voies étroites (sur lequel nous cheminons), construit le long du Lontzenerbach.

À son apogée, la mine de Schmalgraf occupait 150 personnes dont 120 mineurs. On estime que plus de 545 340 tonnes de minerai calaminaire y ont été extraits. Bien qu’elle ne soit pas épuisée, l’exploitation de la mine s’arrêta pour cause de non rentabilité, les coûts liés à l’exhaure des eaux étant trop élevés.

GRP 563 entre La Calamine et Astenet, mine Schmalgraf

Lorsque nous quittons la forêt, nous constatons qu’une randonnée VTT a lieu aujourd’hui. Si nous sommes disposés à partager les chemins, il serait bien que les cyclistes nous respectent un peu plus... ce n’est pas systématiquement au randonneur à s’écarter pour laisser le passage libre ! Nous franchissons le Lontzenerbach et traversons une prairie avant de monter un chemin herbeux entre deux clôtures.

Après avoir passé une nouvelle fois le cours d’eau, nous montons jusqu’à une petite route, suivie sur 600 mètres. Nous empruntons brièvement une route un peu plus importante et prenons ensuite le chemin d’accès à une ferme. Après cette dernière, nous pénétrons dans les pâturages où nous progressons, d’échaliers en tourniquets, vers un imposant bâtiment (une maison de repos).

GRP 563 entre La Calamine et Astenet

Nous contournons l'immeuble et, par la Nierstrasse, nous arrivons au centre du hameau d’Astenet. Là, nous découvrons le château Thor auquel on accède en traversant un passage charretier construit, comme presque la totalité des bâtiments, en moellons de grès. Le portail proprement dit, de style baroque, date de 1733. Son arche en plein-cintre est surmontée d’un fronton à volutes et ailerons sommé d’un pot à feu.

GRP 563 : Astenet, château Thor

Avant de traverser la grand-route, nous admirons une charmante chapelle dédiée à Saint-Jean-Baptiste. Ce petit édifice, reconstruit en 1724 par le drossard Johann Stéphan Heyendal, a la particularité de posséder un clocheton, au-dessus de la toiture, avec une cloche apparente.

GRP 563 : Astenet, chapelle Saint-Jean Baptiste

Le tracé jaune et rouge se dirige ensuite vers la ligne de chemin de fer « classique » (Liège - Aachen) qu’il atteint après un tronçon, d’environ 700 mètres, au milieu des prairies. Grâce à un pont, nous franchissons la voie ferrée et progressons de l’autre côté sur une petite route de campagne. Celle-ci nous fait passer sous le pont ferroviaire de la ligne à grande vitesse (Liège - Aachen), mise en service en juin 2009. Les deux lignes, séparées depuis Chênée, se rejoignent ici tout près, juste avant la gare d’Hergenrath.

GRP 563 entre Astenet et Hauset

Nous trouvons un banc où effectuer la pause pique-nique avant de grimper, à travers bois, la colline du Beschesenberg. À la sortie du bois, grâce à un échalier, nous pénétrons dans une prairie où nous progressons sur une centaine de mètres. Nous continuons sur un chemin de terre, entre les prairies, où des tourniquets nous permettent de passer sans avoir à ouvrir les barrières retenant le bétail.

GRP 563 entre Astenet et Hauset, Beschesenberg GRP 563 entre Astenet et Hauset

Un peu plus loin, nous rejoignons la Gueule que nous suivons, sur des sentiers bucoliques, jusqu’à la Kirchstrasse, à l’entrée du village de Hauset. À la suite d’un tronçon asphalté d’environ 500 mètres, nous revenons sur des chemins caillouteux et progressons, à travers un petit bois, le long de la Gueule. Nous atteignons la N68 sur laquelle nous marchons pendant 500 mètres. Après avoir franchi l’autoroute E40, nous quittons la grand-route pour emprunter, sur la droite, un chemin asphalté parallèle à celle-ci.

GRP 563 entre Astenet et Hauset, le long de la Gueule

À l'entrée d’Eynatten, nous contournons l’Amstenrather Haus, également appelée « Herrenhaus » (maison seigneuriale). Des douves protègent ce bâtiment datant du début du XVIe siècle. Son apparence actuelle, le manoir, construit par les seigneurs d’Eynatten, ne l’a acquise qu’en 1709, alors qu’il était déjà la propriété des seigneurs d’Amstenrath. Un pont à trois arcs, remplaçant l’ancien pont-levis, mène au porche fermé par un simple portail. À l’arrière, la douve s’élargit pour former un étang dans lequel se mirent le manoir et de grands saules pleureurs.

GRP 563 : Eynatten, Amstenrather Haus

Nous passons à côté de l’église Saint-Jean-Baptiste datant de 1440, mais reconstruite en 1707. Après la traversée de la N68, nous empruntons la Lichtenbuscherstrasse sur 200 mètres puis, nous tournons à droite dans une petite rue. Celle-ci, après les dernières maisons, s’en va au milieu des prairies et devient un sentier goudronné.

GRP 563 : Eynatten, église Saint-Jean Baptiste GRP 563 entre Eynatten et Raeren

Le GRP 563 traverse la Wegestrasse et continue, en face, à travers les pâturages. Un sentier, entre les haies, nous mène à Berlotte où nous découvrons une ancienne cabine haute tension. Érigée en 1923 pour les six premiers points d’éclairage du village, elle abrite le musée de la carotte. Ouvert toute l'année, 24 heures sur 24, cet espace d’1,8 m² est sans doute le plus petit musée de Belgique, voire d'Europe. Grâce à un système d'ascenseur perpétuel, sorte de paternoster mécanique, on fait défiler les divers objets du musée : des carottes en plastique ainsi que différents ustensiles de cuisine... en forme de carotte.

GRP 563 entre Eynatten et Raeren, musée de la carotte à Berlotte

Après la traversée d’une route qui, selon certaines sources, serait une ancienne voie romaine, nous empruntons un chemin asphalté. Un peu avant d’atteindre une ferme, ce chemin devient caillouteux et se poursuit, sur environ un kilomètre, entre des prairies. Nous tournons ensuite à droite et pénétrons, grâce à une chicane, dans un pré. Une succession d’échaliers, aux formes diverses, nous amène, de prairie en prairie, à Raeren.

GRP 563 entre Eynatten et Raeren GRP 563 entre Eynatten et Raeren

Par la Burgstrasse, nous descendons vers le château de Raeren. Celui-ci a été construit, au milieu du XIVe siècle, sur le site d’une ancienne fonderie, au confluent des rivières Iter et Periol. Le château fort originel, qui était entouré de grands étangs, a été restauré, en 1583, après un incendie, et doubla de volume par la même occasion. Au XVIIIe siècle, comme le château s’était fortement délabré, le propriétaire de l’époque, l’avocat Peter Joseph de Nys, y apporta des transformations dans le style romantique. Il fit notamment construire l’entrée actuelle avec le portail qui porte ses armoiries et celles de son épouse.

Le château abrite, depuis 1963, le musée de la poterie. Si des potiers sont déjà actifs au Moyen Âge, l'apogée artistique de Raeren se situe au XVIe siècle. À cette époque, des artisans mettent au point une technique révolutionnaire en créant des récipients avec un pied, des épaules, un cou et une partie centrale de forme cylindrique dans laquelle apparaissent, telles des bandes dessinées, des frises qui racontent des histoires entières, profanes ou religieuses.

Le succès de la poterie de Raeren est aussi assuré par une céramique de couleur gris-bleu jusque-là inconnue. Les cruches, telles que celles qui apparaissent dans les tableaux de Bruegel, sont fabriquées dans les nombreux ateliers régionaux. Si charretiers et colporteurs transportent ces poteries dans toute l'Europe ; Anglais, Néerlandais et Espagnols les exportent dans les colonies du Nouveau Monde. Aujourd'hui encore, il n'est pas rare que des archéologues découvrent des tessons dans les épaves ou dans les terres d'Amérique.

GRP 563 : Raeren, château et musée de la poterie

Un peu plus loin, dans la même rue, nous admirons un autre château. Malgré les transformations dont il a fait l’objet au début du XVIIIe siècle, ce bâtiment, érigé au début du XVe siècle, est demeuré le prototype du château, protégé par des douves, dans la région des Trois Frontières. La tour centrale, d’habitation et de défense, est restée intacte. Seules les fenêtres, manifestement agrandies, ne correspondent plus à la façade d'origine. Sur les façades nord, ouest et sud, des consoles en pierre surmontent les fenêtres du deuxième étage, mais personne ne sait aujourd’hui à quoi elles servaient exactement.

GRP 563 : Raeren, château

À l’angle de ce château, nous prenons une petite route et franchissons, sur un vieux pont en pierre, le Periolbach. Par des sentiers goudronnés, au milieu des pâturages, nous rejoignons le centre de Raeren. C’est devant la maison communale que nous finissons cette étape, un peu avant 16h.