Les Randos de Fred & Paul

GR 56 : Eupen → Monschau (23 km) - mai 2023

Info : pour effectuer cette étape, nous avons pris le bus TEC 385 entre Monschau (Parkhaus) et Eupen (Schilsweg).

Lorsque le nom d’Eupen est mentionné pour la première fois en 1213, la localité appartient au petit duché indépendant de Limbourg. Après la bataille de Worringen (1288), le Limbourg est rattaché au duché de Brabant avec lequel il va partager 500 ans d’histoire mouvementée.

Suite à la défaite de Napoléon, le congrès de Vienne décide de couper l’ancien duché de Limbourg en deux ; la partie orientale, avec Eupen, est octroyée à la Prusse. Après la Première Guerre mondiale, le traité de Versailles règle le sort de la cité désormais belge, hormis son annexion à l’Allemagne entre mai 1940 et septembre 1944.

Grâce à une industrie du drap très florissante, Eupen a connu son apogée au XVIIIe siècle comme en témoignent encore de nos jours de nombreuses splendides maisons de maître bien entretenues.

Eupen, ancienne maison de drapiers

Au départ de l’église Saint-Joseph, construite, de 1855 à 1869, en style néogothique, le GR 56 monte un sentier asphalté qui rejoint la N68.

Eupen, église Saint-Joseph

De l’autre côté de la grand-route, nous suivons, pendant 800 m, un agréable sentier, en surplomb de la Vesdre. Près du pont permettant de franchir la rivière, nous prenons, sur la gauche, un large chemin forestier évoluant, lui aussi à proximité du cours d’eau.

La Vesdre prend sa source dans les Fagnes de Steinley à 605 m d’altitude et se jette, après un parcours de 73 km, dans l’Ourthe à Chênée, à 70 m d’altitude. En raison de sa pente importante (0,73 % en moyenne), la Vesdre est qualifiée de rivière torrentielle.

La rivière arrose entre autres Eupen, Verviers, Pepinster et Chaudfontaine. L'eau venant principalement des Hautes Fagnes est très pauvre en minéraux, donc idéale pour laver les laines ; ce qui a favorisé l'implantation d'industries du textile au XVIIIe siècle dans la vallée.

GR 15 entre Eupen et le barrage d'Eupen GR 15 entre Eupen et le barrage d'Eupen

Après trois kilomètres, nous arrivons sur une petite route, près d’un bâtiment de la Société wallonne des eaux (SWDE). Nous grimpons un raidillon et parvenons sur une autre route que nous descendons jusqu’au barrage de la Vesdre ou lac d’Eupen (345 m d’altitude).

Avec une superficie d'environ 126 hectares pour une contenance de plus de 25 millions de m³, ce vaste plan d'eau, inauguré en février 1950 par le prince Charles de Belgique (régent du pays à l’époque), est le troisième réservoir d'eau potable de Wallonie.

Barrage d'Eupen

Le barrage, d’une hauteur de 66 m et d’une largeur de 300 m, est un barrage-poids, c'est-à-dire que sa seule masse suffit à équilibrer la poussée de l'eau retenue.

L'alimentation du réservoir est, principalement, assurée par la Vesdre et son affluent, le Getzbach ; elle est complétée par un captage réalisé sur la Helle et acheminé vers le lac par un tunnel.

Barrage d'Eupen

Nous traversons le barrage et effectuons une petite pause avant d’emprunter, pendant deux kilomètres, le chemin asphalté qui contourne le lac.

Lac d'Eupen GR 15 entre le barrage d'Eupen et la fagne de Nahtsief

À la fin de ce tronçon, nous passons au-dessus du canal souterrain creusé pour alimenter le lac d’Eupen avec les eaux de la Helle située plus au sud, à partir d’un petit barrage la retenant sur son cours.

Ce conduit rectiligne, en béton, passant sous le Branderberg, mesure 1 200 mètres ; il a un diamètre interne de 2,30 m. La différence de hauteur entre l’entrée et la sortie du tunnel est de 10 mètres, ce qui donne une pente moyenne d’un centimètre au mètre.

Un peu plus loin, grâce à une passerelle métallique, nous franchissons le Getzbach et montons ensuite un sentier longeant le cours d’eau. Ce ruisseau naît, au lieu-dit Brackvenn, près de la frontière belgo-allemande, à une altitude supérieure à 600 m.

La première moitié de son cours se déroule dans le milieu ouvert des Hautes Fagnes. Ensuite, le Getzbach, devenu torrent, dévale dans un milieu plus forestier en formant une vallée de plus en plus encaissée et asymétrique.

GR 15 entre le barrage d'Eupen et la fagne de Nahtsief

Après environ 2 km, nous quittons cet agréable sentier pour emprunter un chemin empierré, puis un sentier plus rocailleux sur lequel l’ascension se poursuit. À défaut de trouver un banc, nous nous installons sur quelques pierres pour effectuer la pause de midi.

Le tracé blanc et rouge quitte le couvert forestier et s’engage sur un large chemin herbeux le long de la fagne de Kutenhard. Celle-ci se situe, à une altitude variant entre 480 et 560 m, sur des sols faiblement tourbeux (de l'ordre de 10 à 30 cm d'épaisseur).

GR 15 entre le barrage d'Eupen et la fagne de Nahtsief

À l'origine, elle était couverte par une forêt feuillue exploitée au fil des siècles et soumise aux activités agropastorales. L'ensemble de la lande a jadis été drainé en vue d'un enrésinement qui ne fut jamais réalisé, seuls les pourtours ayant été enrésinés à partir de 1870.

GR 15 entre le barrage d'Eupen et la fagne de Nahtsief

Au terme de ce tronçon d’1,8 km, nous franchissons le Getzbach et abordons un autre parcours d’1,8 km, entre fagne et forêt. Cette petite route nous mène jusqu'à un étang, dénommé « Entenpfuhl » (Mare aux canards).

GR 15 entre le barrage d'Eupen et la fagne de Nahtsief

Là, deux choix d’itinéraires se présentent à nous : soit à travers la fagne de Nahtsief, soit le chemin longeant cette zone (en cas d’interdiction de circulation). Vu que le drapeau rouge n’est pas hissé aujourd’hui, nous optons pour le parcours à travers la fagne.

Située le long de la N67 Eupen - Monschau, le toponyme de cette vaste étendue fagnarde et tourbeuse fait référence à un lieu-dit, mais aussi à un affluent du Getzbach qui marquait autrefois la frontière entre les duchés de Juliers et de Limbourg.

Après cette agréable succession de tronçons en caillebotis en alternance avec des sentiers en terre, à la sortie de la fagne, nous passons à côté du « Kaiser Karls Bettstatt.

Fagne de Nahtsief Fagne de Nahtsief

Ce gros bloc de quartzite a une forme qui évoque assez bien celle d'un grand lit. Selon la légende, Charlemagne, qui s'était égaré dans le brouillard au cours d'une chasse, fut contraint de passer la nuit allongé sur cette pierre.

Kaiser Karls Bettstatt

Le GR 56 évolue un moment, en lisière de forêt, sur un sentier faisant office de frontière entre la Belgique et l’Allemagne avant d’entrer réellement sur le territoire germanique ; au point culminant de cette étape (667 m d’altitude).

Par un chemin bétonné, nous descendons vers Mützenich. Dans le centre du village, nous traversons l’Eupener Strasse et poursuivons, un peu plus loin, la descente sur un sentier au bord du Kleiner Laufenbach.

Mützenich GR 15 entre Mützenich et Monschau

Nous passons ensuite sous la Vennbahn et, par un chemin de terre, toujours à proximité du Kleiner Laufenbach, nous arrivons à côté de la piscine de Monschau (465 m d’altitude).

GR 15 entre Mützenich et Monschau

Monschau a été fondée vers 1195 et doit son appellation au château qui se dressait sur une hauteur surplombant la Rur (Roer en français). Elle est évoquée pour la première fois en 1198 sous le nom de Mons Ioci, puis en 1217 sous celui de Munioie et en 1226 en tant que Monjoje.

Au début de la Renaissance, c’est l’orthographe « Monjoye » qui prévaut. Vers 1800, époque de l’occupation de la Rhénanie par la France, ce nom est remplacée par « Montjoie ».

À l’automne 1918, suite à la défaite lors de la Première Guerre mondiale et à la francophobie qu’elle a générée, le nom de la ville a été germanisé en « Monschau » par décret officiel.

Le tracé blanc et rouge traverse le Burgring et monte, peu après, une petite route aboutissant devant le château. Édifié à son emplacement actuel vers la fin du XIIe siècle, par les ducs de Limbourg, le château n’a cessé d’être agrandi et reconstruit jusqu’au XVIIe siècle.

Sous les Monschau-Valkenbourgeois, il a fait l’objet d’une importante extension, avec notamment la construction d’une partie antérieure dotée d’une grande chapelle. Un mur d’enceinte fut érigé autour des habitations apparues progressivement côté est, au pied de l’éminence sur laquelle se dressait le château.

On entrait dans la bourgade par trois portes percées dans la muraille. Quand ils envahirent la région, les Français déclarèrent le château bien national et le vendirent. Mais les nouveaux propriétaires furent dans l’incapacité totale d’entretenir cette immense propriété qui ne tarda pas à se dégrader.

Au début du XXe siècle, la province essaya de préserver le site de la ruine ; le château fut consolidé, restauré et rénové. Après la Première Guerre mondiale, une auberge de jeunesse vint occuper l’aile ouest. Compte tenu de cette occupation, il n’est pas possible de visiter le château.

Château de Monschau

Au XVIIIe siècle, la ville a été l'un des principaux centres de l'industrie textile en Rhénanie. Le commerce de tissu était une source de revenus pour de nombreuses personnes et a contribué à la prospérité économique de Montjoie. Le plus important (et le plus beau) vestige de cet âge d'or révolu est la Rote Haus.

Contrairement aux maisons à colombages habituelles, la Rote Haus est un bâtiment en briques de trois étages avec une façade remarquablement crépie en rouge, à laquelle elle doit son nom. Elle a été construite, vers 1760, par le riche marchand de tissu Johann Heinrich Scheibler.

Monschau, Rote Haus

Lors de la Seconde Guerre mondiale, Monschau a subi peu de dommages grâce aux soldats américains arrivés rapidement dès septembre 1944, contrairement aux localités environnantes qui connurent quant à elles de violents combats.

Dans le centre de la cité, nous admirons les nombreuses maisons à colombages ainsi que l’église protestante. Celle-ci a été érigée, entre 1787 et 1789, par les drapiers protestants. La particularité de l'horloge est qu’elle n'indique que les heures.

Monschau

Nous terminons la randonnée près de la fontaine des drapiers qui montre les étapes importantes de la production de draps : le tissage, la teinture et la tonte. Un processus complexe qui explique le nombre élevé d'ouvriers et d'ouvrières employés pour les fabricants de draps à Monschau.

Monschau, fontaine des drapiers

Plan du parcours