Camino : Sarria → Portomarín (23 km) - mai 2025
Nous entamons cette étape, peu après 9 h, au centre de Sarria, devant l’église Santa Mariña. Datant de 1885, elle a été construite afin de remplacer une ancienne église romane du XIIe siècle.
Nous montons la rúa Maior, bordée de nombreuses auberges et bars, jusqu’à atteindre la petite église San Salvador. Datant du XIIIe siècle, on peut voir, dans le tympan (côté nord), une figure du Christ pantocrator protégeant l'entrée.
En face, l’édifice qui abrite aujourd'hui le tribunal, remplace l’hôpital San Antón. Construit en 1592, il accueillait les pèlerins de retour de Saint-Jacques-de-Compostelle qui, munis de leur « Compostela », pouvaient y séjourner deux nuits. L'hôpital resta en activité jusqu'en 1821.
Nous passons à côté d’un bâtiment qui servit de prison de 1930 à 1950 et, au-delà d’un belvédère où se dresse un calvaire, nous parvenons devant le couvent La Magdalena. Celui-ci a été fondé au début du XIIe siècle en tant qu’hôpital pour les pèlerins.
Il apportait uniquement assistance aux pèlerins se rendant à Compostelle. L’édifice a été, en partie, reconstruit au XVIe siècle en mélangeant le style roman d’origine, au gothique et au baroque. L’hôpital fonctionna jusqu’au début du XXe siècle, c’est aujourd’hui un gîte d’une centaine de places.
Nous descendons en direction du Celeiro, un affluent de la rivière Sarria, et franchissons le cours d’eau sur le pont Áspera. Celui-ci se compose de quatre arches, dont trois, construites en granit, conservent partiellement leur style roman.
La chaussée et les parapets, construits en ardoise, datent du XVIIIe siècle. Le nom original de ce pont serait « Aspera » et non « Áspera » puisque son toponyme pourrait être lié à l'attente probable et peut-être obligatoire que les voyageurs devaient subir, éventuellement pour s'acquitter du péage.
De l’autre côté de la rivière, nous progressons, sur un sentier, parallèle à une voie ferrée avant de suivre, un chemin de terre, entre les prairies. Nous passons sous un pont autoroutier et traversons, juste après, la ligne ferroviaire longée précédemment.
Un peu plus loin, grâce à une passerelle en bois, nous franchissons le ruisseau « Rego do Cervo » et montons ensuite (de 433 à 500 m d’altitude). Cette première côte, de 600 mètres, se passe sous les chênes et les châtaigniers.
À la sortie du couvert forestier, nous avançons, au milieu des champs, jusqu’à Vilei (plus souvent dénommé Barbadelo). Ici, et comme dans presque chaque village plus on se rapproche de Saint-Jacques-de-Compostelle, on trouve des hébergements, un bar-restaurant et une boutique de souvenirs.
Barbadelo est une paroisse galicienne déjà mentionnée, en 874, dans le Codex Calixtinus comme lieu de passage pour les marcheurs vers Saint-Jacques. C'était aussi, selon les légendes, là où les serviteurs des aubergistes de Compostelle venaient tromper les pèlerins en leur recommandant des auberges où ils se faisaient ensuite escroquer.
L'église, dédiée à Santiago, est un bel exemple de l'art roman galicien (XIIe siècle) qui se distingue tant par sa structure que par la singularité de ses chapiteaux ornés de motifs zoomorphes, anthropomorphes et phytomorphes. L’édifice est le seul vestige d’un monastère (fondé vers 1009), dépendant de celui de Samos.
Le Camino Francés continue, en légère montée, en direction d’A Serra. Plutôt que de rester, pendant 1,7 km, sur l’asphalte, nous décidons, au milieu de ce tronçon, près du hameau de Rente, de quitter le parcours. Notre variante, non balisée, est 400 mètres plus longue, mais permet de marcher sur des chemins de terre !
De retour sur le tracé, au hameau d’A Serra, nous traversons la LU-P-5709 et continuons, en face, dans un chemin de terre. Après 600 mètres, à hauteur d’une grande fontaine décorée avec des coquilles, nous laissons passer un troupeau de vaches qui change de prairie.
Nous poursuivons, sur un large chemin bordé d’arbres et d’un muret en pierre, jusqu’au Muiño (moulin) de Marzán. Là, nous tournons à droite et descendons légèrement pour franchir, à l'aide de grandes dalles de pierre, le ruisseau Meixente. Un dernier chemin de terre nous mène à la LU-633.
De l’autre côté de la route, nous progressons, durant un kilomètre, sur l’asphalte, entre champs et prairies, vers Peruscallo. Dans ce village, nous découvrons les premiers hórreos, nous en verrons de nombreux autres dans la suite de l’étape.
En Galice, les hórreos sont des constructions en pierre et/ou en bois (bien qu’ils soient parfois faits de ciment et de briques), généralement de forme carrée ou rectangulaire, qui servent de greniers ou de réserves de nourriture en général.
Surélevés ou séparés du sol, ils protègent les aliments (généralement des céréales) contre l’humidité et les rongeurs ; les ouvertures dans les murs permettent une bonne ventilation. En fonction de la taille et du matériau, l’hórreo indique si la famille propriétaire est plus ou moins riche.
À la sortie de Peruscallo, nous abordons un agréable tronçon, de deux kilomètres, principalement sur des « corredoiras » : chemins, limités par des pierres de granit, évoluant sous les hêtres et les châtaigniers. Grâce à des « pasadoiros » nous pouvons traverser ou longer de petits ruisseaux en gardant les pieds secs.
Au-delà du hameau d’A Brea, qui possèdent quelques hórreos, nous avançons, sur l’asphalte, jusqu’au hameau de Morgade.
Peu après la chapelle Santa Mariña, où les pèlerins ont l’habitude de laisser des objets en souvenir de leur passage, un « pasadoiro » suivi d’un chemin de terre nous mène à Ferreiros. Jadis, dans ce village, les pèlerins pouvaient reclouter leurs chaussures et ferrer les chevaux.
Par une petite route, nous descendons vers Mirallos, situé à seulement 300 mètres de Ferreiros où nous découvrons l'église Santa María. Bien que d'une grande simplicité, elle n'en demeure pas moins un véritable joyau de l'architecture romane, son portail étant particulièrement remarquable.
Construite au XIIe siècle, elle fut déplacée, pierre par pierre, de Ferreiros à son emplacement actuel, à Mirallos, en 1790. L'église est entourée du cimetière, avec ses tombes superposées, une caractéristique typique de la Galice.
Nous quittons l’asphalte pour descendre, à gauche, vers A Pena où se trouve la borne symbolique annonçant les 100 derniers kilomètres pour rejoindre Santiago ; la distance minimale que les pèlerins (à pied) doivent parcourir pour obtenir la « Compostela ».
Le hameau d'A Pena possède un bel hórreo en bois. Plus loin, entre les hameaux d’As Rozas et de Moimentos, nous bénéficions, à nouveau, d’un beau tronçon d’un kilomètre, en légère descente, sur un « corredoira ».
À la sortie de Moimentos, nous descendons (de 594 à 533 m d’altitude) un chemin de terre aboutissant au hameau de Marcadoiro où nous franchissons un ruisseau. De l’autre côté, nous suivons, sur un kilomètre, une petite route et reprenons un peu de hauteur (553 m d’altitude).
Au bout de ce tronçon, alors que l’on devine Portomarín, dans le lointain, nous abordons la descente finale vers cette ville. Durant 2,5 km, le Camino alterne les chemins de terre (souvent des « corredoiras ») et les tronçons goudronnés.
Peu après Vilachá, un village un peu plus important que les précédents, nous atteignons un carrefour (à 420 m d’altitude) où un choix d’itinéraire se présente. Sur la gauche, le Camino principal (ou historico), sur la droite, le Camino complémentario (ou alternativo). La différence entre les deux parcours est de 100 mètres !
Nous optons pour la voie de gauche où, après 400 mètres, nous devons choisir entre une descente aisée sur l’asphalte ou une descente, plus compliquée, sur un étroit sentier entre de hauts murs de pierre… nous décidons de prendre le parcours « difficile ».
En bas, nous progressons brièvement sur la LU-633 où nous découvrons la « Liberty Bell ». Cette cloche, installée en 2020, a une jumelle qui se trouve à O Vicedo (au bord de l’océan Atlantique). Les pèlerins ou visiteurs qui font sonner l'une font la promesse symbolique de visiter l'autre...
Nous traversons le pont, d’une longueur de 350 mètres, surplombant le fleuve Miño et montons les 82 marches de l’escalier, en granit qui mène, 17 mètres plus haut, à la capilla de las Nieves (chapelle des Neiges).
Cette chapelle, de style baroque, date du XVIIIe siècle. C’était la chapelle de l’ancien hôpital de l’Ordre de Saint-Jean connu sous le nom de Domus Dei ; l’arc qui y mène appartenait à l’ancien pont médiéval (nous en parlerons dans la prochaine étape).
Vers 16 h, nous atteignons notre hébergement situé à l’entrée de Portomarín.
