Camino : Sarria → Portomarín (23 km) - mai 2025
Au Moyen Âge, Portomarín était divisé en deux barrios (quartiers) de chaque côté du Miño : San Pedro, sur la rive gauche et San Juan, sur la rive droite. Le pont étant l'un des rares à permettre de traverser le fleuve, le Chemin de Saint-Jacques, en plein développement, l’emprunta et permit ainsi à la cité d’atteindre son apogée.
À la fin des années 1950, le gouvernement espagnol approuva la construction du barrage de Belesar dans le cadre d’un projet hydroélectrique. Celui-ci impliquait l’inondation de plusieurs zones du fleuve Miño, y compris Portomarín. Comme la cité avait été déclarée « ville historique et artistique », en 1946, il fallait la sauvegarder.
Avant que l’eau ne commence à monter et que Portomarín ne soit complètement immergé (en 1963), un travail titanesque a été entrepris pour sauver les bâtiments les plus emblématiques. Pierre par pierre, ceux-ci ont été démantelés et reconstruits sur un terrain plus élevé situé à proximité.
Au XIIe siècle, les Chevaliers de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem sont arrivés à Portomarín pour prendre en charge l'hôpital et s’occuper des pèlerins. Ils ont aussi commencé la construction de l'église San Juan, qui dominait la place de la ville.
Aujourd'hui dédiée à San Nicolás, elle a l'apparence d'une église-forteresse avec des tours, créneaux et meurtrières. Cet édifice, réalisé au début du XIIIe siècle, possède une seule nef et une abside semi-circulaire.
La façade principale présente une belle rosace (c'est l'une des plus grandes de Galice) et un portail à trois archivoltes. Dans l'un d'eux, les 24 vieillards de l'Apocalypse sont représentés en train de jouer de la musique, chacun avec un instrument. Sur le tympan, on peut voir le Christ Pantocrator.
Les portails nord et sud ont également été conservés. Le tympan nord représente l'Annonciation ; le tympan sud dévoile un personnage portant une chasuble et une mitre entre deux autres personnes. Les archivoltes des deux portails sont richement décorées.
Les architectes et les ouvriers ont travaillé pendant des mois pour déplacer l’église à son nouvel emplacement, tout en préservant sa structure romane d’origine. Pour qu’il n’y ait même pas la moindre erreur et que chaque pierre soit correctement replacée, elles ont toutes été numérotées ; ces chiffres sont encore visibles.
L'église San Pedro, seul vestige du barrio de San Pedro, date du Xe siècle, bien qu'elle n’ait été consacrée qu’en 1182 par l'évêque de Lugo, Rodrigo II, selon l'inscription sur la façade.
Construite en maçonnerie de granit, elle conserve sa porte de style roman, formée d'arcs en plein cintre avec des archivoltes recouvertes de motifs géométriques. Le tympan, soutenu par des battants en forme de têtes de taureau, est décoré de deux demi-cercles étoilés.
Nous quittons Portomarín en descendant l'avenue Chantada. Après avoir traversé le Torres (un affluent du Miño), un choix d’itinéraires se présente déjà à nous : à gauche, le Camino « officiel », vers la droite, le Camino complémentario.
Comme la grande majorité, nous partons sur le complémentario qui présente l’avantage d’être plus court de 500 mètres et surtout d’évoluer sur un chemin de terre.
Pendant deux kilomètres, nous montons (de 349 à 447 m d’altitude) cet agréable chemin passant à travers une forêt de chênes, puis de pins. Au sommet, de retour sur le Camino « officiel », nous effectuons un détour, vers la gauche, permettant d’éviter un tronçon au bord de la LU-633.
Le répit est cependant de courte durée, car 500 mètres plus loin, nous revenons à la LU-633. À quelques exceptions, pendant cinq kilomètres, nous allons à présent marcher sur la « Senda de los Peregrinos » : le sentier spécialement conçu au bord de la grand-route.
Après 1,2 km, du côté droit, nous profitons du passage aménagé pour traverser la route et continuer de l’autre côté, toujours en légère montée.
Au-delà du hameau de Toxibó, qui possède un bel et imposant hórreo, le tracé s’éloigne un peu de la route pour nous offrir un tronçon d’1,3 km passant, notamment, dans un sous-bois de chênes et de pins.
Nous revenons sur la « Senda de los Peregrinos » pour un tronçon d’1,2 km en légère descente (de 574 à 532 m d’altitude) nous menant à Gonzar. À hauteur d’une aire de repos, le Camino « officiel » continue au bord de la route, tandis que le Camino complémentario (150 m plus long) traverse le village.
Nous effectuons une petite pause sur le muret devant l'église Santa María (fermée une grande partie de l'année). En face, nous découvrons, une belle fresque représentant le système stellaire.
À la sortie de Gonzar, le parcours s’éloigne de la LU-633 pour grimper, à travers une petite forêt de résineux, vers Castromaior distant d’un kilomètre. Dans le village (603 m d’altitude), nous admirons un bel hórreo, en pierre et en bois, ainsi que la petite église Santa María, de style roman, datant du XIIe siècle.
Nous quittons Castromaior en montant une petite route asphaltée avant de prendre, sur la gauche, un chemin caillouteux se dirigeant vers les ruines d’un fort pré-romain.
Moyennant un petit détour, on peut observer ces vestiges découverts en 2006 qui s’étendent sur environ cinq hectares. Ce castro, édifié vers le IVe siècle avant J.-C., connut son apogée durant les deux derniers siècles de l’époque pré-romaine, puis déclina au Ier siècle après J.-C.
On remarque un îlot principal tout en haut, presque circulaire, quatre autres à l’est et un à l’ouest, formant des plates-formes successives, chacune clairement définie par des murailles, des défenses au sol, des palissades et des fossés.
Le Camino revient à la LU-633 pour un tronçon d’environ 500 mètres sur la « Senda de los Peregrinos » aménagée du côté droit. Nous traversons la grand-route et prenons un chemin de terre descendant vers le hameau d’Hospital de la Cruz (681 m d’altitude).
Comme son nom l’indique, il y avait autrefois ici un hôpital pour les pèlerins, situé près de la chapelle San Estevo. Il ne reste rien de ces deux lieux qui ont existé jusqu’en 1739.
Nous passons au-dessus des N540 et N640 et abandonnons la LU-633. Cela ne signifie pas que nous quittons l’asphalte bien au contraire puisque les dix prochains kilomètres s’effectueront presqu’exclusivement sur ce revêtement ! Heureusement, il y a très peu de circulation et une allée piétonne existe sur le côté gauche.
Après un kilomètre, quasi rectiligne, en légère montée, nous atteignons Ventas de Narón. Dans ce hameau, la petite chapelle, en pierre, dédiée à Santa María Magdalena est le seul vestige de l’hôpital, construit au XIIIe siècle par les Templiers.
Si l’on trouve une belle aire de pique-nique à côté de l’édifice religieux, la grande majorité des marcheurs préfère cependant s’arrêter au bar-restaurant installé juste avant. À l’intérieur de la chapelle, une personne, habillée en Templier, appose le cachet sur la credencial…
Pour obtenir la « Compostela » (document certifiant de la réalisation du Chemin de Compostelle), le pèlerin (à pied) doit remplir deux conditions fondamentales : avoir marché au moins 100 km sur l'un des Chemins et prouver qu'il a vraiment parcouru cette distance.
Située à environ 115 kilomètres de Saint-Jacques-de-Compostelle, Sarria est, sur le Camino Francés, le point de départ d’un très grand nombre de randonneurs (venant de tous les continents, mais essentiellement d’Amérique)… si nous l’avons déjà constaté hier, c’est encore plus flagrant aujourd’hui.
Afin de pouvoir certifier de la distance minimum exigée, le pèlerin (à pied) doit, idéalement, apposer deux tampons par jour, durant les derniers 100 kilomètres, sur sa credencial. Ceux-ci peuvent s’obtenir dans les hébergements (gîte, auberge, hôtel), les églises, les mairies, les bars (de plus en plus nombreux),…
Au-delà de Ventas de Narón, nous poursuivons l’ascension jusqu’au point culminant de l’étape (728 m d’altitude). De là, nous descendons, toujours sur l’asphalte, vers Lameiros, situé 1,5 km plus loin. Au bord de la route, à l’ombre de grands chênes, se trouve un crucero qui serait le plus unique de Galice.
Construit en 1670, on y voit d'un côté le Christ crucifié et de l’autre, la Vierge des Douleurs. À la base, d'un côté, un crâne et quelques ossements. Sur le côté opposé, une échelle, des pinces et des clous. L’endroit étant très renommé, il faut beaucoup de patience pour espérer le photographier tranquillement…
Photos provenant de Flickr
Nous parvenons ensuite rapidement à Ligonde qui, au Xe siècle, possédait un hôpital pour pèlerins, probablement géré par les Chevaliers de l'Ordre de Saint-Jacques-de-Compostelle ; il en est encore fait mention en 1753. Aujourd’hui, Ligonde est un important village campagnard avec, comme partout, quelques hórreos.
Un sentier, d’une centaine de mètres, nous permet d’éviter un lacet de la route sur laquelle nous revenons, hélas, bien vite. Nous traversons le hameau d’Airexe, dont l’église, dédiée à Santiago, date du XVIIIe siècle, mais conserve quelques éléments romans d’une première église du XIIIe siècle.
À la sortie d’Airexe (627 m d’altitude), sans quitter la sente aménagée le long de la route, nous montons, durant un kilomètre, entre prairies et bosquets. Nous traversons la LU-P-3301 et continuons tout droit, en légère descente, sur le même revêtement, pendant un kilomètre.
Au-delà du hameau de Portos, nous montons vers Lestedo. La charmante église, dédiée à Santiago, se situe à la sortie de ce hameau. Comme souvent en Galice, le cimetière entoure l’édifice religieux et un crucero a été érigé à proximité.
Les deux kilomètres suivants s’effectuent, en faux-plat, encore et toujours, à côté de la petite route de campagne. Si les chênes et les châtaigniers restent majoritaires, peu à peu, les premières plantations d’eucalyptus apparaissent.
Peu après le hameau d’A Brea, le Camino délaisse enfin ce qui ressemblait à la « Senda de los Peregrinos », pour un correidora, ce chemin de terre creux, entre les talus et les murets, sous les arbres. Cet agréable tronçon d’1,3 km passe en contrebas de la N547.
À l’entrée d’O Rosario, nous nous éloignons de la grand-route pour descendre un chemin caillouteux. On pense que le nom du hameau vient de la prière que les pèlerins faisaient en arrivant ici, en remerciement de la bonne fortune durant leur voyage et en signe de joie à l'approche de Saint-Jacques.
Vers 16 h, nous arrivons à Palas de Rei (565 m d’altitude) où nous terminons, près de l’église, cette étape.
